D'UN MINISTÈRE BU TRAVAIL ET DU PROGRÈS J
Voilà le parti avec lequel il voua est commandé de compter; voilà Le parti à la dissolution duquel il faut que vous travailliez sans relâche, -et vous y travaillerez efficacement par l'application des idées de justice; avec la science, vous empêcherez la violence, et c'est là le .grand résultat auquel il faut aboutir. €'est parce que mon cœur s'émeut à l'idée d'un tel problème, dont la solution ne s'opérera que par l'étud* ; c'est parce que mon cœur tout entier s'émeut de cela, que je viens à la tribune, et que je vous conjure de prendre garde à ceci : Que le travail doit être organisé ; que les questions ne sont pas résolues pour être masquées; que l'important, c'est de les aborder de front ; qu'on ne fait pas fuir le péril en se voilant la face; que s'endormir en présence d'une situation semblable, c'est tomber dans un sommeil qui serait peut-être, s'il se prolongeait, le commencement de la mort... {Interruptions.) Oui, le commencement de la mort. (Marques d'approbation.) J'en suis convaincu, et je serais un mauvais citoyen si, en ayant la conviction profonde, je ne venais pas vous le dire. Au bruit des nouvelles qui nous arrivent de Lyon, placé dans une attente formidable, au bruit des coups de fusils, que dis-je, au bruit des coups de canons qui viennent d'être tirés à Rouen... (Murmures.) Je n'accuse personne; je suis, quant à moi, dans cette conviction profonde que le mal ne vient jamais des hommes, qu'il vient toujours des choses, de la situation, et que, quand le mal existe, c'est au principe du mal, principe abstrait, immatériel, dont l'appréciation ne peut donner lieu à aucune des interruptions qui viennent de partir de cet endroit (L orateur désigne le centre gauche.) \ c'est au principe du mal qu'il faut courageusement s'attaquer. Eh bien, ce principe du mal, vous aurez à décider quel il est et de quelle manière il faut s'y prendre pour le détruire. Mais quelle que soit la solution que vous deviez donner au problème, cette solution est inévitable. Laissez, si vous le voulez, tous les systèmes de côté ; mais, au nom du ciel, ne laissez pas de côté l'étude d'un mal qui dévorera la société, si l'on n'y porte remède.
Et quand je viens ici porter ces paroles, ne croyez pas, citoyens, que j'y sois poussé par le désir de vous effrayer, désir qui, de ma part, serait, il faut en convenir, bien puéril et bien insensé. S'il arrivait que mes paroles vous effrayassent, (Rumeurs diverses.) soyez s ûrs qu'elles ne font que reproduire l'effroi qui est dans mon propre cœur.
Il faut que la lumière descende sur la situation. C'est à vous de la faire descendre, et par là vous aurez conquis des droits im-
menses, je ne dis pas seulement à la reconnaissance du peuple, mais à la reconnaissance de la postérité; et vous aurez conjuré des périls dont on ne comprend bien la portée que lorsqu'on les touche de la main. On disait, avant la révolution de Février : « Prenez garde à la révolution du mépris ! » Eh bien, c'est à nous de rendre impossible, et cela se peut, la révolution de la faim. (Mouvements divers. — Approbations sur quelques bancs.)
Admission de M. Louis Bonaparte comme représentant du peuple.
Assemblée nationale. — Séance du 13 juin 18-48.
Citoyens, c'est comme républicain que je viens combattre la mesure proposée contre Louis Bonaparte.
On vous disait, avantrhier : « Vouons à l'exécration publique quiconque oserait porter la main aux institutions nées de la révolution de février ! » Ces paroles ont retenti sympathiquement dans vos cœurs; et, pour moi, je le répète volontiers : oui, honte et anathème à qui voudrait, en portant la main sur la République, nous lancer dans cette voie de désordres et d'agitations que crée la lutte des prétentions et des ambitions personnelles ! Honte et anathème à ceux-là I
S'il en est qui aient une semblable audace, nous devons les maudire ; mais il est de la dignité de la République que nous n'ayons pas trop l'air de les craindre.
La République, en France, a été déclarée absolument nécessaire le lendemain de la révolution ; et, la veille de la révolution, que vous disait-on? On vous disait qu'elle était impossible.
Pourquoi ce changement subit dans l'opinion publique? C'est qu'en effet la République n'est pas, cette fois- ci, une aventure; la République est sortie du fond même de la situation ; la République nous est apparue comme une loi historique, et c'est précisément sa gloire ; c'est la plus grande preuve de sa force, qu'elle ait été plutôt subie qu'acceptée. Oui^c'est là que je vois sa force, que je vote le gage de sa durée, c'est là ce qui me la fait déclarer immortelle ;
Louis Blanc. — Discoure. 2
c'est pour cela que je dis qu'avoir l'air de trembler pour elle, c'est l'outrager.
Le citoyen Vignerte. — Il ne faut pas l'embarrasser par un prétendant !
Plusieurs membres. — N'interrompez pas !
Le citoyen président. — J'invite le citoyen Vignerte nommément au silence.
Le citoyen Louis Blanc. — Vous dites qu'il ne faut point embarrasser la République par un prétendant. Je vais vous dire où serait l'embarras qu'on créerait à la République ; il existerait si, par le décret qu'on vous propose, vous en veniez à irriter les sympathies que peut avoir excitées celui que vous appelez un prétendant ; à donner une importance néfaste à des agitations, factices peut-être, soldées peut-être, dont le mépris public fera justice. Ne grandissez pas les prétendants par l'éloignement ; il nou» convient de les voir de près, parce qu'alors nous les mesurerons mieux. (Très bien/)
L'oncle de Louis-Napoléon, que disait-il? Il disait : « La république est comme le soleil ! » Laissez le neveu de l'empereur s'approcher du soleil de notre République : il disparaîtra dans see rayons. (Mouvement.)
Je ne crains pas, quant à moi, les prétendante, je ne les craina paok Bt quelles seraient donc les prétentions du neveu de l'empereur? J'ignore ce qu'il veut, ce à quoi il aspire; mais il serait vraiment bien peu digne du brait qu'on fait autour de son nom, s'il s'imaginait qu'aujourd'hui le règne de son oncle est À refaire.
Napoléon a été puissant, parce qu'il a fait la nation française la première nation de l'humanité ; parce que son glaive a été, malgré tui-méme, comme le fil conducteur des idées démocratiques qui tt*t envahi le monde. Ce qu'il a voulu comme despote, c'est ee qu'il n'a pu établir. Il n'est resté de lui que ce qui devait rester : la propagation des idées républicaines par les armes et par la guerre. Mais l'empire, qui a vécu par la guerre, ne pourrait plue aujourd'hui -se continuer par la guerre, parce que, de même que las rois* les guerres tendent à devenir impoesiblee ; le monde va évidemment du côté de la paix. Voilà pourquoi l'empire n'a pas pn se maintenir; et, s'il avait pu se maintenir, il aurait été maintenu par celui qui l'avait fondé.
Eh bien! qu'avons-nous va, et que nous apprend l'histoire? Get homme avait dit : « Je fonderai une dynastie ; mon eang, devenu royal* se perpétuera dons mes descendante, -et, après avoir