COMME REPRÉSENTANT DU PEUPLE W
maîtrisé la France, moi vivant, je la maîtriserai aussi, moi mort.-» Cependant, où est rhistoire des héritiers directs de ce fondateur d'une dynastie qui ne devait pas périr ? Celte histoire aujourd'hui est contenue dans une épitaphe, et lui-même, c'est parce qu'il n'a pas pu ce qu'il a voulu comme fondateur de dynastie, comme fondateur d'empire, qu'il est allé mourir sur un rocher, où, suivant une grande parole, on l'apercevait de toute la terre.
Non ! l'empereur ne sera pas refait, parce que le temps des empereurs et des rois est à jamais pansé. Il ne sera pas refait, parce que la monarchie constitutionnelle elle-même, qui était une transaction avec des préjugés gothiques, avec des idées qui ne ressusciteront plus, parce que la monarchie constitutionnelle ellemême est morte de sa propre impuissance, de sa propre pourriture On ne l'a pas renversée, elle est tombée par l'impuissance où elle était de se tenir debout.
Eh bien, ce que la monarchie* constitutionnelle n'a pas pu, l'empire ressuscité le pourrait-il davantage? Et avec qui ? avec un homme qui viendrait en proposer la résurrection! Avec quoi? avec des villes prises, avec des batailles gagnées, avec de la gloire conquise ? Non ! pas le moins du monde ! Avec un nom ! Mais quoi ! il viendrait faire concurrence avec un nom à une République qui est précisément la grande victoire de la raison humaine et de l'égalité sur le prestige des noms, sur le respect imbécile des majestés de convention? Qu'il vienne donc faire concurrence à l'égalité ! Dans un plateau de la balance, mettons cette égalité que nous avons conquise, cette égalité que nous fonderons malgré tout, et que dans l'autre on jette an nom, quelque éclatant qu'il soit, et nous verrons de quel côté penchera la balance.
Pour moi, je ne redoute pas cette expérience, et si je la redoutais, je croirais manquer de respect à la République.
Craignez-vous maintenant Louis Bonaparte comme président possible de la République future?
Dans les pays où il y a concours de rois, qu'on écarte les prétendants avec l'arbitraire et qu'on oppose la proscription à la concurrence des dynasties, je le conçois. Dieu merci, nous ne vivons pas dans un semblable pays. Tl n'y a pas, à la République que nous arons fondée, qui s'appuie sur des millions de suffrages, il n'y a pas à la République dont le nom prononcé faisait battre d'enthousiasme, il n'y a pas «un mois, des cœurs qui s^étaient jugés incapables ée devenir républicains, ïl n'y a pas à cette république de concurrence sérieuse. N'en ayons pas peur, et ne faites pas dire
que la République a peur d'un homme, parce que, encore une fois, ce serait lui manquer de respect et faire douter de sa puissance.
Les gouvernements qui tombent sont ceux qui ne croient pas à leur lendemain. La République, Dieu merci ! a le droit de croire à son lendemain ; et ses bienfaits ont été conquis par assez de luttes, par assez de combats, pour que, maintenant que nous l'avons, nous l'étreignions de toutes nos forces et que nous ne la laissions pas échapper.
Chacun, j'en suis sûr, comprend cette nécessité, et si chacun la comprend, comment se ferait-il qu'on pût nous disputer le bénéfice de la conquête que nous avons faite ? Ceux qui l'oseraient se perdraient dans cette lutte insensée.
Ne craignons pas trop les rumeurs de la place publique, les rumeurs de la place publique ne sont pas ce qui doit faire les lois ; les lois se font avec la raison du législateur, elles ne se font pas avec ses terreurs. Que si la candidature du citoyen Louis Bonaparte pouvait être posée, elle le serait précisément par nos débats. (C'est vrai!) Ainsi, je dis que, sous quelque aspect que ce soit, cette candidature dont on nous menace n'a rien qui puisse nous effrayer.
Et voulez-vous empêcher Louis Bonaparte d'arriver jamais comme président de votre République? Vous avez pour cela un moyen bien simple, et sur lequel j'appelle vos méditations : vous n'avez qu'à écrire dans la constitution que vous allez faire, — ce qui serait éminemment républicain, ce qui serait le vrai gage de la solidité de la République, — l'article que voici :
« Dans la République française, fondée le 24 février 1848, il n'y a pas de président. »
Faites cet article-là, vous tuez la candidature du citoyen Louis- "Napoléon. (Rires et bruit.)
Un autre moyen de tuer les prétendants et leurs prétentions, c'est de faire la République assez grande, assez glorieuse, assez tutélaire du peuple, pour que le peuple, en lui préférant un prétendant, fît acte de démence.
Faites des lois qui garantissent l'ordre public, l'ordre par le travail, qui garantissent la paix publique, non point par de vaines exhortations (interruptions), non point par des calomnies dirigées contre ceux qui ont passé leur vie à vouloir l'ordre par la régularisation du travail ; mais faites des lois qui rendent le peuple aussi heureux qu'il peut l'être aujourd'hui, et qui lui promettent un bonheur plus grand encore, et il n'y aura pas de prétendants