‹ Discours politiques de m. Gambetta: Deux lettres à un conseiller généralChapitre 10 sur 45 · AU BANQUET DE SALNT-QUENTIN · texte numérisé non relu

AU BANQUET DE SALNT-QUENTIN

nombre des écoles, de la qualité des maîtres, de la fréquentation obligatoire des écoles, d*un programme étendu et varié; de telle sorte qu'au lieu d'une science tronquée, on dispense à Thomme toute la vérité, et que rien de ce qui peut entrer dans l'esprit humain ne lui soit caché. Mais cette tâche réclame beaucoup d'efforts, du travail et de la persévérance : le travail, c'est la loi même de la démocratie, et c'est à substituer le règne du travail au règne de l'oisiveté ruineuse que consiste tout l'effort du parti républicain. Il y a maintenant une politique du travail : c'est l'opposé de l'ancienne politique de la guerre et de la conquête. Ne séparons pas cette politique du travail de l'idée même de la grandeur et de la richesse de la patrie.

Pourquoi désormais le peuple sera-t-il prêt au dernier sacrifice, quand il croira l'heure du sacrifice venue? Ce sera pour sauver les conquêtes du travail, pour ne rien laisser perdre de celte richesse créée à force de labeur et d'épargne, pour ne pas laisser porter atteinte à cette civilisation dont on l'aura rendu capable de goûter tous les fruits, et à laquelle il sera redevable du capital par excellence, qui est le capital intellectuel. (Vive approbation. — Applaudissements.)

Mais cet avènement du monde du travail, ce triomphe de l'idée de justice, dans l'accomplissement des devoirs sociaux, n'est possible — • et c'est pour cela que nous avons foi dans ridée républicaine — que dans la République, et c'est ainsi, messieurs, qu'à la question du progrès des masses se rattache la grande solution des problèmes sociaux , insolubles hors cette forme par excellence, où tous les partis peuvent se mesurer et conquérir le pouvoir sans avoir recours les uns contre les autres aux entreprises de la force. (Vifs applaudissements.)

C'est sous ce gouvernement, seul digne de ce nom, où chacun comparaît armé de son bulletin de vote et ayant un droit égal à celui de son voisin, que l'on peut créer des règles durables, fonder des institutions qui n'ont pas besoin d'être violemment détruites, parce qu'elles ne sont pas faites au profit

d'une famille ou d'un seul, que tous prennent part au gouvernement et à la souveraineté, que l'ordre véritable découle de la capacité de chacun et de la volonté de tous, et où le pouvoir toujours surveillé et restreint ne tente même plus les ambitions factieuses, sûres d'ailleurs du châtiment.

Cette idée de République pure et simple n'était tombée que dans la tête de gens que Ton considérait comme des rêveurs ; mais quand on a vu toutes les monarchies installées depuis cififquante ans s'écrouler les unes sur les autres ; oh I alors, il a été nécessaire de penser aux institutions républicaines, non pas d'une manière platonique, mais pour elles-mêmes, pour leur vertu propre.

On a, il est vrai, laissé de côté les hommes qui s'en étaient faits les défenseurs ; mais on a abordé la question dans ses profondeurs, et l'on s'est demandé si la République n'était pas, après tout, le régime sous lequel on pouvait à la fois maintenir le plus longtemps la stabilité et en même temps assurer le développement des droits de tous. Et alors vous avez vu des hommes qui avaient passé leur jeunesse à traiter de pur sophisme l'avènement de la République s'en faire les plus sérieux partisans, devenir ses défenseurs officiels, défenseurs d'autant plus autorisés que leur passé ne les prédisposait pas à jouer un tel rôle. Il faut s'en réjouir; mais il faut les harceler sans cesse, il faut veiller sur eux sans trêve ni repos ; il faut reconnaître avec eux que leur conversion peut être sincère^ que rien ne nous serait plus proûtable que leur acquiescement, et que, par conséquent, nos grie& se réduiraient à ceci : l'achèvement d'une conversion bien justifiée, et l'amélioration de rÉtat républicain.

Nous ne sommes pas, en effet, dans la situation où nous étions autrefois, et notamment à la veille du plébiscite de mai 1870. Nous n'en sommes pas au désespoir ni à l'impatience ; notre âme, au contraire, est pleine de confiance, pleine d'espoir. Oui, nous avons la conviction qu'après les leçons répétées de la fortune^ sauf le sinistre coupe-jarret de Décembre, ri n'est pas de prétendant qui puisse tenter par la force une

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