‹ Discours politiques de m. Gambetta: Deux lettres à un conseiller généralChapitre 11 sur 45 · U BANQUET DE SAINT-QUENTIN · texte numérisé non relu

U BANQUET DE SAINT-QUENTIN

restauration monarchique. (Applaudissements prolongés. ) Non, nous n'avons aucune inquiétude sur la consolidation de la République ; mais pour qu'elle ne perde pas la faveur populaire, qu'on ne puisse nous la dérober, il faut qu'elle soit féconde, qu'elle soit agissante^ et que ce soit sous son égide qu'on voie s'accomplir le progrès ; c'est pour cela, messieurs, qu'on noiis trouve si ardents contre tout ce qui est un obstacle à l'accomplissement de ce programme que j'ai repris et exposé devant vous ; c'est pour cela qu'en face d'une Assemblée qui s'obstine à retarder la constitution de la République, qui refuse au pays sa capitale, et qui affecte de tenir comme provisoire, comme nominale, la forme de gouvernement qui nous régit, nous sommes portés à critiquer ses actes et à les dénoncer au pays comme une véritable usurpation.

C'est pour cela que nous invitons tous nos amis à se réunir à nous pour demander, non pas dans un intérêt de parti, mais dans un intérêt exclusivement national, qu'une Assemblée nouvelle, une majorité incontestable et certaine prenne en mains la préparation de toutes ces réformes.

One peut-on objecter à cette conduite ? Que le pays s'est prononcé? Non 1 non ! car le moindre examen de ses votes et de ses scrutins démontre jusqu'à l'évidence que la volonté du pays, c'est de fonder la République. (Applaudissements et acclamations.) Mais en dehors même des scrutins solennels, il y a an fait qui s'impose et qui est encore plus significatif, si c'est possible, c'est l'impuissance de l'Assemblée elle-même à rien oser, à rien tenter de contradictoire à ces récents arrêtés de la volonté nationale. (Sensation.) Quoi, lorsque, d'une part, la nation a ordonné, et que, de l'autre, l'Assemblée a reconnu qu'elle ne peut contredire cette volonté , pourrait-on plus longtemps, sans commettre un véritable déni de justice envers le pays, sans compromettre ses intérêts matériels et moraux, pourrait-on ajourner encore, se traîner plus longtemps dans le provisoire, refuser de résoudre aucune question et dïre obstinément : Nous avons reçu un mandat et des pouvoirs non limités ; toutes les manifestations électorales posté-

Heures ne peuvent rien contre ce titre primitif dont nous sommes revêtus ; la France n*a pas le droit de parler ; nous allons décider de son sort? (Profond mouvement.)

Heureusement que ce langage n'est point officiel, et qu'il ne sera rien fait, môme de la part des plus ardents, pour réaliser de tels défis à la souveraineté nationale. Condamnés à l'impuissance, voués, par la composition même de l'Assemblée, aux luttes stériles des partis, les députés comprendront euxmêmes qu'il est temps de sortir de ce chaos et de rendre au suffrage universel la libre disposition de lui-même. (Applaudissements.)

Et d'ailleurs, messieurs, ce sacrifice est-il donc si pécible, et est-ce, en vérité, exiger par trop de la nature humaine que de réclamer un acte de sagesse et véritablement politique ? Examinons la question.

Au mois de mai 1870, au moment où, sous la pression des agents de tout ordre et à l'aide de toutes manœuvres, l'empire surprenait la confiance de la France, la trompant à laide d'une question captieuse, obtenait six millions de suffrages, six millions de suffrages qui demandaient la paix, et à qui on a donné la guerre ; six millions qui disaient stabilité, et qu'on a voués à la ruine; six millions qui disaient ordre, et sur lesquels on a déchaîné une effroyable tempête ; six millions qui voulaient dire sollicitude de l'intérêt national, et auxquels on répondait par un défi insensé et criminel ; car le despote avait l'espérance coupable de trouver dans les hasards de la guerre un rajeunissement de forces qui permît encore une fois d*étouffer le pays. C'était encore la tradition de Bonaparte signant l'acte additionnel et disant : a Nous verrons après la victoire. •

Vous savez ce qu'il nous en a coûté ; seulement il est peutêtre utile de tirer du pébliscite lui-même et des événements qui l'ont suivi un nouvel enseignement.

Au lendemain de cette catastrophe de Sedan, comme toujours depuis près d'un siècle dans ce pays, la France étant à deux doigts de sa perte, la République a surgi ; elle est sortie de la conscience populaire et des nécessités du salut national ;

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