‹ Discours politiques de m. Gambetta: Deux lettres à un conseiller généralChapitre 12 sur 45 · AU BANQUET DE SAINT-QUENTIN · texte numérisé non relu

AU BANQUET DE SAINT-QUENTIN

elle hérite d'un passé et d'une succession que rien ne peut liquider, et ses adversaires la voudraient rendre responsable des désastres amenés par la monarchie.

Cette perfidie ne trompera pas le pays.

Pour la troisième fois, et par les mêmes mains, l'existence nationale était menacée, et, aujourd'hui, j'ose dire qu'à l'heure où la République ramassait le pouvoir au milieu de l'épuisement de toutes nos ressources, elle seule pouvait vaincre ; mais trahie par la fortune et les hommes, elle a sauvé le bien le plus précieux des nations : l'honneur. (Applaudissements.)

Eh bien, cetle République, que le suffrage universel parait de plus en plus disposé à consolider, est au-dessus des discussions et des attaques; et je me demande en définitive d'où provient un si grand résultat. Il n'est pas dû seulement à l'activité et à la sagesse du parti républicain ; il vient de plus loin, et si vous le voulez, nous allons décomposer l'ensemble de ces six millions de suffrages qui se sont rencontrés dans Turne plébiscitaire.

J'admettrais que, en dehors des excitations, des manœuvres, des pratiques de toute sorte auxquelles se livraient les agents de l'empire, il y ait eu une certaine fraction de voix acquises, coûte que coûte, au gouvernement impérial ; mais le reste, on peut le décomposer en deux parts, dont la plus considérable — • au moins quatre millions — représentait, sous l'empire même, ce qu'on appelait la démocratie césarienne, qui voulait l'installer dans le pays, et qui croyait à ses progrès, à son organisation, par la main d'un maître, au dedans et même au dehors.

Erreur fondamentale qui a coûté à la France l'avilissement de ses mœurs et ses deux plus belles et plus fières provinces. Oui, ces électeurs confiants et trompés demandaient le développement des principes de 89, inscrits au frontispice de la Constitution. L'empire, lui, les réclamait pour les exploiter, pour séduire les masses, garder les ouvriers et garder les paysans! Mais il les réclamait néanmoins.

Je dis et je répète que, parmi ces voix plébiscitaires, ils

étaient nombreux les esprits honnêtes, loyaux, qui ont éié abusés, car ils voulaient la suprématie des principes de 89 dans la société démocratique; ils voulaient Tégalité devant la loi ; ils voulaient Tinstruction assurée, Timpôt du sang obligatoire, la diminution des privilèges du clergé, et la répartition équitable des charges publiques : c'étaient des gens trompés qui croyaient à la suite de la Révolution, et qui croyaient possible l'alliance adultère de Tempire et de la démocratie. Par conséquent, nous avons le droit de les revendiquer. Instruits par le malheur^ débarrassés des suggestions napoléoniennes, ils sont de droit, de sentiments, acquis à la cause de la République et de la démocratie. Oui, j'ai cette conviction qu'à part la bande dorée des parasites qui depuis vingt ans avait mis la France en coupe réglée, à part ces conducteurs de la mascarade impériale (Rires), le suffrage universel, dans ses masses, s'est laissé tromper.

Ainsi donc^ soyons avec eux d'une parfaite tolérance pour le passé, ne récriminons pas ; qu'ils entrent dans nos rangs, et poursuivons ensemble la réalisation d'idées qui n'ont couru de périls que par leur égarement, aujourd'hui dissipé.

Et à côté de cette force immense que le parti républicain a le droit de revendiquer et de mettre en œuvre, il ne reste guère qu'un parti dont les prétentions sont connues, ce sont les hommes du passé. Leur rôle est de représenter l'ancien régime; mais le démembrement de ce parti est un fait accompli. Il reste à ses représentants à se pénétrer des aspirations contemporaines, à renoncer à un idéal usé et qui a disparu à jamais. Nous n'oublierons pas, pour notre part, les glorieuses pages que leurs aïeux ont écrites dans l'histoire de France, et cela même les invite à s'adapter, à l'heure qu'il est, aux intérêts de la France moderne. Poursuivre plus longtemps, quatre-vingts ans après 89, le retour d'un régime qui a disparu sous les forces réunies de la société française, c'est se vouer à rimpuissance et à i'isolemient sans espoir.

Ils n'ont qu'un seul parti à prendre^ c'est de considérer que le pouvoir républicain est le plus libéral de tous les pouvoirs ;

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