‹ Discours politiques de m. Gambetta: Deux lettres à un conseiller généralChapitre 13 sur 45 · AD BANQUET DE SAINT-QUENTIN · texte numérisé non relu

AD BANQUET DE SAINT-QUENTIN

que leurs aptitudes, leurs talents, leur éducation, doivent leur y faire jouer un rôle important, et qu'ils y seront comme la parure de l'État.

Quant à ceux qui se disent conservateurs-libéraux, ceux-là n'ont pas d'idéal, ni en avant ni en arrière. Ils ont des principes, ce sont de pures maximes; ils ne pratiquent point; ils n'ont, à vrai dire, aucune préférence de cœur : le cœur ne tient pas grande place dans leur politique. (Applaudissements.) Ils ont des intérêts, ils les défendent ; je ne trouve pas cela mauvais, quand les intérêts sont légitimes et respectables.

Je suis très-disposé à classer en deux parts les hommes de ce parti : ceux qui sont d'une parfaite indifférence pour tout ce qui n'est pas leur bilan, et qui, pendant vingt ans, ont donné des blanc-seings à ce fameux sauveur qui répondait de l'ordre, naïfs et sceptiques tout ensemble, qui sont tout surpris, à l'expiration de ce bail, de se trouver plus menacés^ un peu moins riches et plus troublés qu'auparavant. (Hilarité et approbation.)

Tout cela pour n'avoir pas pris eux-mêmes la protection de leurs intérêts, et pour s'obstiner à ne concevoir la société que comme une association en commandite où le gérant se charge de fournir les soldats, les prêtres* et les gendarmes. (On rit.)

Ce sont là des institutions utiles, messieurs, nécessaires, mais qui ne sauraient remplacer la force morale, seul fondement de l'autorité ; et vous en avez un triste et récent exemple.

Il y a aussi parmi eux de véritables et sages conservateurs ; ce sont d'utiles contradicteurs. Dans le système démocratique, il faut deux partis, se combattant au plein jour et luttant pour le pouvoir sans violence, avec les armes de la raison et de la science. Il faut un parti des réformes, le parti novateur; un parti plus particulièrement préoccupé des progrès et des améliorations, qui prend la tête de la société, qui a l'impatience de la justice, mais qui pourrait se jeter hors de l'orbite, s'il n'était retenu et même retardé dans sa marche par un second parti non moins nécessaire qui lui sert de frein. 11 faut donc un autre parti plus calme, plus timide, toujours résistant,

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