PRONONCÉ A L'ASSEMBLÉE NATIONALE
Le 28 Février 1873
'f^f^'^mm^r^
M. LIoN Gambbtta. Messieurs, si on insistait sur la clôture, ce que je ne crois pas... (Non ! non ! — Parlez!)
Messieurs, quoique nous n'ayons pas encore eu la satisfaction de voir monter à cette tribune un orateur chargé de défendre le rapport et Tœuvre de la commission des Trente, — c'est Içi sans doute ce qui avait fait un moment croire que Ton allait prononcer la clôture, — je viens à mon tour, au risque de vous fatiguer, parler contre le rapport, Iqs çonsid^ants, les motife et les propositions législatives qui raccompagnent.
La discussion si grave dont vous êtes saisis, messieurs, ressembla trop à une revue des partis dans cette enceinte, pour que i^ous puissions, sur les bancs où je siège, laisser se fermer 1^ 4iscus$ion générale saas dire avqc la même loyauté et avec
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la même franchise qu^y ont mises les orateurs qui représentent ce côté — la droite — ou une fraction de ce côté de TAssemblée, ce que nous pensons de Tœuvre à laquelle on convie l'Assemblée nationale.
Tout d'abord, la première pensée qui vient à Tesprit, après avoir pris connaissance du rapport de la commission, c'est de se demander si le projet de loi correspond aux préoccupations de l'opinion, si ce rapport nous invite à organiser cela même que l'opinion demande depuis le Message, ou si, au contraire, il ne va pas nous entraîner à faire juste l'opposé de ce que réclame le pays, et à lui imposer, en les préparant trop par avance, des institutions qu'il repousse.
Je crois qu'un examen attentif du projet, de ^origine surtout de la question, des développements qu'elle a reçus dans le rapport, des commentaires qui l'ont accompagnée jusque sur le seuil de cette enceinte et qui passionnent ou inquiètent le pays, nous permettra de comprendre que l'œuvre à laquelle on nous convie est à la fois puérile et périlleuse.
C'est dans sa première partie que je trouve cette œuvre puérile. Elle a, en effet, la prétention d'organiser la responsabilité ministérielle et, par compensation, de donner au pouvoir présidentiel plus d'extension et plus de garanties.
Eh bien, on peut dire, après avoir lu le rapport et les explications qu'il donne, que le pouvoir du président de la République n'est ni augmenté ni diminué ; on peut dire aussi que la souveraineté de l'Assemblée n'est ni augmentée ni diminuée. Il y a un cérémonial plus compliqué, une procédure qui, à l'usage, sera bientôt supprimée, parce que tout se passera bientôt en écritures d'une extrême concision, d'ime extrême brièveté, et qu'ainsi le but que vous avez en vue ne sera pas atteint. (Assentiment de divers côtés.)
En effet, il est certain que ce n'est pas garantir l'indépendance de ceCte Assemblée que d'obliger le chef de TÉtat à écrire à plusieurs reprises dans la même discussion où l'on a reconnu tout à la fois son droit d'intervenir et l'utilité de son intervention. A cet égard on n'a rien fait qui soit réellement
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sérieux, et je ne veux pas y insister. J'ai hâte d'arriver à ce qui constitue pour moi le caractère dangereux de Tceuvre entreprise.
Cette œuvre présente trois parties. Une première partie, qui est une contradiction flagrante avec tout l'ensemble du projet de loi, c'est le préambule ; une seconde, qui consiste dans ce cérémonial compliqué et parfaitement impuissant, dont je vous entretenais brièvement, et une troisième partie qui, à mon sens, est périlleuse ici pour tout le monde, pour tous les partis, quels qu'ils soient, qu'ils se réclament de la monarchie légitime ou de toute autre forme de monarchie, ou qu'ils se réclament d'une République sincère et loyale, parce que les mesures qu'on y propose constituent une aliénation de l'avenir et une véritable usurpation sur les pouvoirs destinés à sortir des prochaines élections générales.
Messieurs, je sais, par expérience, combien il est difficile de parler devant vous des sentiments, des aspirations du parti républicain ; je sais que nous avons toujours à lutter contre une prévention de vos esprits, qui consiste à nous prêter des idées, des intentions et des passions que nous avons beau dé* savouer ; vous nous interrompez quand nous voulons faire le développement de nos véritables intentions, et votre prévention subsiste.
Mais aujourd'hui, comme il s'agit avant tout de défendre ce qu'on peut appeler le bien propre de chaque parti dans cette enceinte, et comme il n'est besoin pour cela que de franchise et de loyauté, et comme chacun en définitive est intéressé à voir cette défense se produire à cette tribune, je compte, sans me départir en aucune manière de la modération que réclame un aussi périlleux débat, une aussi délicate discussion, je compte, dis-je, aller jusqu'au fond des choses. (Parlez I parlez I)
Messieurs, il y a tout d'abord une impression singulière qui se dégage de ce débat : c'est de sentir le malaise, l'inquiétude qui occupe et remplit la plupart des esprits dans cette enceinte. Personne, au fond, n'est content de ce contrat et de cette transaction, qui sont tout à coup intervenus entre la
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commission et le gouvernement ; tout le monde, dans les coa-r loirs, dans les conversations, dans les journaux, multiplie les critiques, dénonce les lacunes, les vices et les périls d'une pareille proposition. Et ici, au contraire, tout le monde parait résigné à se laisser aller à la dérive jusqu'à la votatioo définitive du projet de loi.
D^où peut venir, messieurs, une pareille contradiction eatre ce que l'on pense intérieurement et la conduite parlementaire à laquelle on paraît résigné ? Je crois que cela vient, messieurs, de ce que chacun, en présence de cette solution obscure, équivoque, se dit : C'est un coup de dé, il pourra peut-être en sortir un avantage pour mon parti. Ceux-ci disent; Nous y gagnerons ceci ; ceux-là se contentent dire : Par cet atermoiement, nous conquerrons toujours un peu de durée. Les uns répètent : Nous refoulons la démocratie ; les autres, au contraire : Par des voies obliques, couvertes, détournées^ nous arriverons tout de même à la République.
Eh bien, messieurs^ je crois que ce double aspect si contradictoire de la question apparaît au dehors à Topinion publique comme quelque chose d'incorrect, d*irréguUer et, permettez» moi le mot, de malsain.
Ce que ce pays réclame avant tout, c'est la clarté. Il y a assez longtemps qu'on le maintient, non-seulement dans le provisoire, mais dans Téquivoque et dans l'ambiguïté.
Ce qu'il désire, c'est de voir clair devant lui, c'est de voir où on le mène, c'est de voir surtout si on le mènera promptement à un abri où il pourra sérieusement, avec la certitude du lendemain, vaquer à ses affaires et s'occuper de son relèvement matériel et moral. (Très-bien! très-bien! à gauche,)
Car enfin, messieurs, est-ce que vous n'êtes pas frappés comme moi du double et singulier langage que l'on tiept, quand on veut défendre le rapport et le faire voter, selon que l'on s'adresse à tel ou tel côté de cette Assemblée ; croyezvous que l'on pourrait mettre tout le monde d'accord, si Ton disait nettement et franchement ce qu'il y a au fond du projet? N'est-il pas évident que qe projet a telle ou telle importance.
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qu'il pourra produire telles ou telles conséquences, avoir telle ou telle influence sur les destinées du pays, selon qu'une fois voté par vous, une fois devenu le statut du pays, il sera interprété dans tel ou tel sens par une pensée supérieure, par la pensée qui lui donnera sa valeur véritable et sa force réelle.
Pour ma part, je ne demande pas mieux qiie d'être fixé. Je voudrais savoir à quoi on peut s*en tenir. Et c'est ici, mes* sieurs, dans cette enceinte, qu'il faut qu'on nous le dise. Quand vous avez discuté la Constitution Rivet> nous avons protesté, — et vous nous pardonnerez de le rappeler, — contre l'attribution à l'Assemblée du pouvoir constituant. Nous vous avons dit qu'étant données les origines de l'Assemblée, le peu de temps qui avait été laissé pour procéder, soit à la confection des listes électorales... (Légers murmures sur quelques bancs.)
Messieurs, je vous en prie... (Exclamations sur plusieurs bancs.)
Phtsimrs membres, — On ne vous interrompt pas! Personne ne vous interrompt I
M, LE vicoMTB Dï CuMONT. — C'est un artifice oratoire !
Un membre à droite. — Vous avez besoin d'interruptions.
M. LsoN GAMfiSTTÀ. •*- Ne croyez pas du tout, monsieur Gaslonde...
M. Gaslonbe. — Mais je n'ai pas parié ! (C'est vrai I c'est vrai I)
M. Gambettà. — Ou M. Ancel.
M. Ancel. ^ Je n'ai pas dit un mot. (On rit.)
M. Gambbtta. — ' N'avez-vous pas dit 2 c'est un moyen oratoire?
M. Gaslomde. -^ Ce n'est pas moi!
M. Ancel. —Ni moi.
M. LE VICOMTE DE CuMONT. — C'est moi qui l'ai dit, et je le maintiens.
M. Léon Gambetta. -" Croyez bien, messieurs, que ce n'est pas une précaution oratoire, et que ce que je désire avant tout, c'est de pouvoir poursuivre le développement de ma pensée. Vous devez comprendre que, dans un débat aussi corn-
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pliqué^ dans une situation aussi faussée^ j'ai assez de peine à pouvoir, sans blesser personne, sans compromettre aacone espèce d'intérêt, me maintenir dans les limites précises que je me suis proposé de ne pas dépasser. Par conséqu^at, s'il m'arrive quelquefois de prononcer un mot qui puisse toucher vos susceptibilités, ou môme si, voyant un murmure se produire, et^ comme tout à Theure, dégénérer en une iotem^H tion... (Non! non! — C'est inexact!)
Un membre au centre. — C'est à gauche qu'on a intor-" rompu.
M. LÉON Gambettà. — Si vous voulez, à gauche ou à droite; mais veuillez croire qu'il n'y a là, de ma part, aucune espèce d'artifice de langage, et que c^est purement et simplement pour abréger. (Rumeurs en sens divers.)
Eh bien, je dis que ce n'est pas nous qui avons créé la situation actuelle ; je dis que cette situation remonte au Message lui-môme. Et, afin de faire bien comprendre Tunité de notre conduite, je rappelais tout à l'heure qu'à l'époque où on discutait ici la Charte Rivet, nous avons repoussé les propositions qui étaient faites ; nous avons voté contre le préambule de la Constitution Rivet, parce qu'il contenait, au bénéfice de l'Assemblée, l'attribution du pouvoir constituant.
Aujourd'hui, pour rester logiques avec cette première protestation, nous sommes obligés de protester de nouveau et de repousser l'exercice de ce pouvoir constituant qui a été attribué à TAssemblée. Il se présente aujourd'hui sous une autre forme; on prétend ajouter un nouveau chapitre, deux chapitres, trois chapitres à ce livre dont. MM. Vitet et Saint-Marc- Girardin avaient, pour ainsi dire, coupé les feuillets et écrit les premières pages.
Nous disions, à cette époque, que vous.ne pouviez pas faire une Constitution, et notre argument était tiré de l'état des partis dans l'Assemblée. Nous disions qu'il était impossible d'aboutir à la constitution d'un pouvoir organique sérieux, durable, accepté par le pays; qu'on ne pouvait pas faire la monarchie, parce qu'on n'avait pas un roi à mettre sur le
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trône, ni un peuple pour accepter ce roi ; qu'on ne pouvait pas faire la République^ parce que vous n'aviez pas mandat de l'organiser; et nous maintenions ainsi une parfaite égalité entre nos prétentions respectives.
Pourquoi l'état des partis que nous décrivions alors serait-il changé aujourd'hui? S'est-il donc passé dans l'Assemblée, entre les partis, quelque chose de nouveau? Il s'est passé dans le pays, à la vérité, une certaine manifestation de la volonté nationale qui a donné raison à ceux qui avaient tenu le langage que je viens de rappeler lors de l'établissement de la Constitution Rivet.
Du côté du gouvernement, que s'est-il produit? Un fait considérable, important, qui a eu, il faut le reconnaître, de trèsvives sympathies dans le pays, c'est la déclaration du gouvernement à l'occasion du Message, par laquelle il a dit qu'il fallait organiser la République et lui donner ses principaux ressorts d'action. Alors, messieurs, il s'est produit dans le pays un fait très-considérable : l'opinion, avec une très grande énergie, avec une très-grande force d'expansion, s'est précipitée vers le pouvoir et a donné, en grande majorité, son adhésion à la politique présidentielle.
Et vous, messieurs, qu'avez-vous fait? Vous avez nommé une commission. L'un de vous a pris l'initiative d'une contrepolitique du Message; on a été dans les bureaux, on a discuté, et aujourd'hui on réclame la vérité sur le contrat intervenu entre ceux qui ne voulaient pas déclarer la République, organiser la République, et au contraire, le pouvoir qui avait dit : Il n'est que temps de l'organiser, sans perdre son temps à la proclamer.
Ëh bien, il n'est pas possible que ceux qui ne voulaient pas du Message puissent voter un projet qui serait, au dire de certains de ses partisans, la réalisation de la politique du Message. Si cela est vrai, il faut le dire, il faut le déclarer, il faut qu'il n'y ait pas l'ombre d'un nuage sur une pareille solution.
Car ce que la France réclame, ce n'est pas deux Chambres,
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messieurs, c'est de savoir si on la mène à la République on à la monarchie! (Très-bien! très*bienl à gauche.)
Il faut donc s'expliquer avec une parfaite netteté sur ce point. Et je dis que tous les partis dans l'Assemblée y sont également engagés ; car ce serait faire une œuvre fausse, chimérique, condamnée d'avance et peut-être qui irait directe** ment contre le but que tous vous voulez poursuivre, but de paix sociale, d'apaisement politique, si vous vous mettiez à organiser un gouvernement sans dire d'abord quel sera son nom, quelle sera sa direction. (Très-bien I à gauche.) Eh bien I on ne Ta pas dit, ou plutôt on Ta dit^ mais dans les camps les plus opposés, les plus divers, si bien qu^on ne sait à quoi s'en tenir. Et on vous apporte aujourd'hui une œuvre hylHide, ambiguë, innommée, oii chacun triomphe et où chacun se croit pris, œuvre qui, comme on Ta remarqué, semble une protection pour chaque parti en même temps qu'elle leur apparaît comme une chausse-trappe et un piège.
Eh bien, messieurs, ce que nous réclamons tous, ce que nous venons soUiciter de l'Assemblée, c'est que nous ne passions pas à l'examen de ces articles sans avoir obtenu une déclaration précise, complète, après laquelle il n'y ait plus aucune espèce d'obscurité sur les intentions du gouvernement.
Nous voulons savoir si la politique du Message est maintenue ou non ; si ce sont des institutions républicaines qui doivent être fondées; si c'est enûn pour répondre à cette acclamation de l'opinion publique qui a salué le Message qu'a travaillé la commission des Trente. (Très-bien! très-bien! à gauche.)
Il y a autre chose dans le débat; il y a plus que la question du Message, il y a les institutions mêmes que l'ou veut faire sortir du contrat, de l'engagement passé entre le gouvernement et ce qui a été tour à tour la majorité et la minorité de la commission des Trente.
Et, à ce propos, veuillez ne pas perdre de vue combien il nous a été difficile, pour des hommes aussi peu renseignés sur les intentions de la majorité que nous le sommes, de pouvoir nous expliquer la fin des travaux de la commission.
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Il y a eu un moment où on comprenait très-bien ses rapports avec le gouvernement. C'était une hostilité, c'était une aggression, c'était un refus. Oui, il était clair qu'on repoussait le Message, qu'on voulait obtenir comme une répudiation du Message et remettre sous le joug du pacte de Bordeaux le gouvernement qui s'en était affranchi. On comprenait trèsbien : nous désapprouvions cette politique, nous la trouvions mauvaise, dangereuse; nous disions qu'il fallait lutter contre elle; mais enfin c'était une politique claire.
Puis, tout à coup, sans qu'on puisse rencontrer dans le rapport rien qui soit plus de nature à calmer les susceptibilités des anciens amis qu'à désarmer la critique des adversaires, de la brouille on passe à l'accord.
On s'entend, on contracte, tout est pour le mieux ; on se trouve à l'entrée de la terre promise, et ce sont précisément ceux qui ne voulaient pas d'abord y pénétrer qui en deviennent pour ainsi dire les observateurs et les découvreurs. (Rires et rumeurs diverses.)
Une voix à droite. — Les découvreurs? C'est un mot nouveau.
M. LÉON Gambetta. — Les inventeurs, si vous voulez.
Messieurs, vous devriez remarquer que ce qui me préoccupe surtout quand je suis à la tribune, c'est de me faire comprendre. Je tâche que ce but soit atteint, mais je n'ai pas la prétention de parler un langage toujours correct et soutenu. (Mouvements divers.)
Eh bien, messieurs, je dis que là aussi, de ce côté encore, il nous faut une explication, il faut que nous apprenions... (Chuchotements.) Je crois, messieurs, que ce que je dis est suflûsamment clair; vous me répondrez plus académiquement, mais j'ignore si vous me répondrez plus nettement.
M. LE DUC DE Broglie, rapporteur, — A qui parlez vous?
M. LÉON Gambetta. — Je réponds à ceux qui m'interrompent.
Plusieurs membres au banc de la commission. — Personne ne vous a interrompu.
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M. Léon Gambetta. — J'entends toutes vos observations. Si vous n'interrompez pas assez haut pour que vos interruptions soient au Journal officiel^ celui qui est à la tribune a le plaisir de vous entendre ; c'est trop de parler deux à la fois.
M. LE VICOMTE DE CuMONT. — Je déclare que personne parmi les membres de la commission ne vous a interrompu.
M. LÉON Gambetta. — Si vous ne m*avez pas interrompu, vous causez assez haut pour que toutes vos réflexions viennent jusqu'à moi. (Exclamations sur un certain nombre de bsncs.) Mais on peut bien se taire 1
Je comprends très-bien qu^on échange avec son voisin ses impressions. (Nouvelles exclamations.) Mais il ne faut pas que cela se passe au banc de la commission.
Plusieurs membres. — Mais on ne vous a pas interrompu !
M. LÉON Gambetta. — Je ne me suis pas plaint à tort, je tiens à le constater.
M. LE Président. » Il ne faut pas attacher à ces observations plus d'importance qu elles n'en méritent.
M. Léon Gambetta. — Eh bien, je dis qu'il nous faut aussi, sur le changement à vue qui est resté jusqu'ici inexpliqué, de véritables justifications ; car vous savez tous les bruits qui ont couru, vous savez avec quelle sollicitude, quelle avidité passionnée le public a suivi l'œuvre des Trente. Il a voulu se rendre compte de tout, et aujourd'hui il est tout à fait dérouté.
Or, il est impossible de vouloir imposer à une Assemblée une entreprise aussi considérable, qui peut avoir de pareilles conséquences, sans la mettre au courant^ de la façon la plus nette, de tout ce qui a pu amener une telle et si inespérée conversion.
Les propositions qui vous sont soumises présentent^ au point de vue spécial où je suis placé comme républicain, des objections bien plus graves encore. Et d'abord, messieurs, la proposition de créer, et l'engagement une fois pris de créer, la création d'une seconde Chambre me paraît tout à fait inacceptable.
DISCOURS A L'àSSEMBLÉE. 297
On nous présente la création d'une seconde Cha&bre comme nécessaire, pourquoi faire ? Pour être, dit-on, une Chambre de résistance, — le mot est italique dans le rapport comme une citation, il est vrai que la citation me paraît légèrement incomplète — (Interruptions sur quelques bancs); car on avait dit : f Une Chambre de résistance aux entraînements possibles d'une première Assemblée. »
Évidemment le mot ainsi restitué n'a pas la même signification que lorsqu'on dit : « Chambre de résistance » sans ajouter le complément auquel je fais allusion. Ces mots: « Chambre de résistance » rappellent à s'y méprendre les mots c( gouvernement de combat ». Eh bien, au fond, il pourrait bien y avoir entre les deux époques où ces deux expressions Dût été inventées, entre ces deux mots, entre eux mêmes, une véritable corrélation. Qui sait? peut-être a-t-on obtenu du chef du pouvoir exécutif ou de ses ministres l'autorisation de substituer cette expression « Gouvernement de résistance 9 à celle de c Gouvernement de combat ». Mais encore là- dessus faut-il s'expliquer, et j'espère qu'on n'y manquera pas.
Mais, en attendant, messieurs, nous républicains, comment pourrions-nous consentir à ce qu'on examinât même la création d'une seconde Chambre dite de résistance. De résistance à quoi ? la résistance à une Assemblée qui sera souveraine comme la nôtre est souveraine, dont le pouvoir sera aussi indivisible que celui que -vous détenez actuellement? Mais, messieurs, vous l'avez vous-même compris, quand un de nos collègues vous a proposé de faire fonctionner dès à présent la seconde Chambre, en la constituant d'une certaine manière, vous avez compris que le dépôt de la souveraineté nationale que vous aviez reçu était indivisible, et que, dans ce pays tel qu'il est constitué, tel que les révolutions successives l'ont fait, tel que ses mœurs et son tempérament le font aujourd'hui, il est absolument chimérique de chercher à composer une seconde Chambre.
Une telle Chambre ne peut-être le produit que de la combi-
2d8 DISCOURS A l'àssbubléx.
naison la plus artiflcielle. Sous prétexte de résister à la loi du nombre, c'est-à-dire à la souveraineté nationale, on cherche à organiser un frein, un moyen de résistance ; en réalité, on organiserait une cause perpétuelle de conflit, on créerait une cause d'excitation constante, et vous donneriez carrière à ces violences de langage contre les inégalités ou contre les conditions supérieures que vous voulez éviter dans la politique.
C'est en créant une seconde Chambre que vous donnez, pour ainsi dire, une cible et un but aux passions populaires.
Dans ce pays-ci, où il n'y a plus de trace d'une aristocratie héréditaire, où il n'y a plus de trace d'une constitution différente de la propriété, où, dans la constitution de la famille, il n'y a plus d'aînés, de majorats, de substitutions, toutes ces choses ayant disparu, vous voulez prendre, au milieu de citoyens qui ne se distinguent ni par des privilèges de naissance, ni par des privilèges de situation, une collection d'hommes en état d'exercer sur celte masse du suffrage universel un pouvoir de résistance, un frein î (Très-bien !)
Non, messieurs, c'est une chimère. On Ta essayé dans ce pays, et l'histoire des secondes Chambres, sauf peut-être pendant quelques années de la première restauration, parce qu'il restait encore alors quelques descendants ou quelques représentants de Tancien esprit monarchique, cette histoire à tout point est lamentable. Quoi de plus déplorable que l'histoire des Anciens, du premier Sénat de l'empire ? Je ne parle pas du second ; on l'avait oublié dans la tourmente du 4 Septembre. (Mouvements divers).
M. Hàkntjkns. — On n'a pas oublié M. Bonjean. (Exclamations à gauche.)
M. Gambetta. — Si vous voulez que je vous dise ma pensée sur M. Bonjean, je vous répondrai que c'était certainement, dans le Sénat, l'homme qui avait le plus de cœur et d'indépendance ; on peut dire qu'il y brillait comme une perle isolée. (Interruptions diverses à droite.)
Un membre au banc de la commission. — Aussi il a été victime I
DISCOURS A l'assemblés. 299
Un membre à droiteé — C'est pour cela qu'on l'a assassiné !
M. Charles Abbatucci. — Ce n'est qu'une phrase, et d'ailleurs vos électeurs l'ont tué I
M. LÉON Gambetta. — Messieurs, j'ai eu l'occasion déjà une fois à cette tribune, à propos du même nom et de la môme personne, que j'avais l'honneur de connaître, de protester contre l'indigne assassinat dont il avait été victime. II parait que vous avez la mémoire courte. Du reste, ce n'est pas rare chez les bonapartistes. (Rires et applaudissements à gauche.)
M* Charles Abbatucci. — Nous n'avons pas oublié votre dictature, dont les conséquences pèseront longtemps sur notre pays. (Bruit.)
M. LE BARON EscHASSÉRiAUx. — Ni votre décret d'exclusion de leurs candidats.
M. Haentjbns. — Lorsque l'enquête du 4 septembre sera publiée, vous verrez que nous n'oublions pas !
M. le PRÉsmENT. — Veuillez ne pas interrompre. Vous voyez que c'est bien inutile et que cela ne produit pas de bons résultats. (Hilarité*)
M. Gambetta. — Messieurs, nous disions qu'à aucun degré nous ne saurions nous associer à la création d'une seconde Chambre, qui ne peut s'expliquer, permettez^moi de vous le dire, que par de très-mauvais desseins contre le suffrage universel.
En effet, pourquoi faire une seconde Chambre ? Vous consulterez un jour le pays, vous produirez, — et ce sera votre droit, — vous produirez les uns et les autres vos professions de foi, monarchiques ou républicaines. Vous consulterez le pays, non pas par voie de plébiscite bu d'appel au peuple, moyen jugé> expérimenté, et l'on peut dire cruellement éprouvé par la France, mais par le véritable moyen de consulter la nation, par le mandat de député, par le contrat entre rélecteur et l'élu. Et lorsque le pays aura répondu, lorsqu'il aura créé une Assemblée aussi souveraine que la vôtre, vous voulez que cette Assemblée puisse rencontrer devant elle une
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autre Assemblée, antérieure, supérieure, investie avant elle du droit de réviser ses décisions, de refaire ses lois, et peutêtre, car on va encore plus loin, du droit de la dissoudre. C'est-à-dire que ce que vous n'avez pas voulu pour vous, ce que vous avez eu raison de repousser, ce que vous ne consentiriez jamais à faire, vous le décidez par avance pour des élus que vous ne connaissez pas, dont vous ferez peut-être partie. Contre qui prenez-vous vos précautions ? contre la France I (Assentiment à gauche) contre la démocratie, contre le suffrage universel I
Ëh bien, je le dis hautement, il peut y avoir dans cette enceinte des gens qui agissent logiquement, conformément à leur conscience, conformément à leurs traditions, en préparant une seconde Chambre, en voulant mutiler le suffrage universel. Ceux-là, héritiers ou représentants d'un passé qui a la haine, Thorreur de la démocratie, ils sont conséquents avec eux-mêmes.
Mais il en est, au contraire, qui ne sont rien que par le peuple ou pour le peuple.. . (Rumeurs et interruptions à droite. -— Très-bien! très-bien ! et applaudissements à gauche), qui sortent du suffrage universel, qui doivent le défendre, qui doivent en empêcher la moindre mutilation, parce qu'on ne comprend pas la démocratie sans le suffrage universel, parce qu'on ne comprend pas la République san? le suffrage universel : ce sont deux termes indivisiblement liés l'un à l'autre, et livrer le suffrage universel, c'est livrer la République. (Très-bien! très-bien! à gauche.)
J'ai bien le droit de dire que convier les républicains à une pareille entreprise et à une pareille œuvre, ce n'est certainement pas préparer la paix politique ni la paix sociale : c'est courir au devant des catastrophes. (Marques d'assentiment à gauche.)
Et puis vous n'êtes plus libres, j'ai bien le droit de le dire, Messieurs de la droite, qui représentez la monarchie à tous degrés, légitime ou constitutionnelle...
Plusieurs membres à droite. — C'est la même chose.
DISCOURS A l'assemblée. 30 1
M. LE MARQUIS DE Dampierre. — La monarchie légitime est en même temps constitutionnelle.
M. Gambetta. — Ce n*est certainement pas pour blesser les. convictions de personne que j'emploie un langage qui est connu et accepté. C'est une formule faite. On distingue tous les jours la monarchie constitutionnelle de la monarchie légitime... (Vives protestations à droite.)
M. DE LA Rochefoucauld, duc de Bisaccia. — Nous avons Je droit de dire qu'elles n'en font qu'une. (Mouvements divers.)
M, LÉON Gambetta. — Vous vous mettrez d^accord là-dessus, c'est votre affaire et non la mienne ; vous discuterez, vous vous entendrez, je vous le souhaite; seulement, plus vous faites d'efforts pour atteindre ce but, plus vous vous en éloignez.
Il est vrai que vous rencontrez des résistances qui peuvent annoncer la fin de votre parti, mais qui, au moins, donnent à cette fin une grandeur que d'autres peuvent lui envier. (Assentiment à gauche. — Exclamations ironiques à droite et au centre.)
Je dis que vous pouvez, en effet, aujourd'hui, si cela vous plaît, si vous croyez que cela est profitable à vos intérêts, si vous avez confiance, vous pouvez voter le principe des deux Chambres, parce que, dans votre passé, dans votre conduite, dans vos principes, il n'y a rien qui y soit profondément opposé. Mais nous, qui avons, à plusieurs reprides* cofitesté à cette Assemblée... (Interruptions à droite.) ^i
Oui, je le sais, nous avons été la minorité et tietîs testerons la minorité jusqu'à ce que le pays nous fasse majorité et nous ne demandons, — quoi qu'on en dise ici et au dehors,— pour devenir cette majorité, que les armes légales de la discussion et de la persuasion. (Très-bien! à gauche.)
Et c'est parce que nous sommes parfaitement convaincus que l'opinion est invincible et que nous n'avons absolument rien à redouter de ses libres manifestations, que nous ne voulons pas d'une République de surprise, d'une République
aOS INSC00II8 A L'ASaniBLtl.
d'ambiguïté ou d'équivoque et que nous saurons attendre que le pays la fasse telle qu'il la veut, c'est-à-dire progressive et libérale.
Eh bien, je dis que nous sommes engagés et nous avons, à plusieurs reprises, dès l'origine de l'Assemblée, protesté contre ses prétentions au pouvoir constituant; et aujourd'hui nous lui reconnaîtrions ce pouvoir?
Gomment, à partir du 2 juillet 1871, il n'est pas entré un républicain dans cette enceinte qui n'y ait été envoyé pour y exprimer l'opinion de ses commettants; or, Topinion de ses commettants républicains a toujours été de réclamer de vous la dissolution comme moyen politique, et non pas l'organisation des pouvoirs publics. Et ces républicains le savent bien, et la preuve qu'ils le savent, c'est que, lorsqu'on a discuté la Constitution Rivet, ils ont voté contre le préambule.
Ils sont donc liés par cette politique, ils sont liés par ces principes, par ces actes, ils sont liés par le vote de la Constitution Rivet, liés par le manifaite qu'ils ont signé à l'heure des vacances, dans lequel ils déclaraient que l'Assemblée actuelle ne possédait pas le pouvoir constituant et qu'il n'y avait plus qu'une résolution à prendre, la dissolution, qu'ils ont poursuivie par le vote du 14 novembre, par leur signature apposée au bas du manifeste au dehors de cette Assemblée et par leur vole dans celte enceinte.
Et aujourd'hui, nous pourrions consentir à changer toute notre conduite, à désavouer tous nos actes I Par quelle grâce d'État ? On nous a donc promis quelque chose ? 11 s'est donc accompli dans le parlement, ou dans les régions du pouvoir quelque chose de tellement inespéré, de tellement heureux, qu'on a pu, ne tenant plus compte ni du vote du 31 août 1871, ni des élections répétées, ni de la volonté clairement mani« festée des commettants contre la prolongation des pouvoirs de l'Assemblée, fouler aux pieds tout cela, reconnaître le droit qu'elle a eu non^seulement de constituer le pouvoir exécutif, mais encore de créer l'organisme de l'État tout entier, sans même qu'on veuille consentir à déclarer que le pouvoir consti-
PiSGOUfii À L'ASSSMBUili;. 803
tuant de l'Assemblée sera épuisé après qu'il eo aura été fait une pareille application ; car il y a ceci de merveilleux dans la loi, h laquelle on nous convie : on constitue, cela n^est pas dou^ teux, car, passez en revue ce qu'on a fait : on organise le pouvoir exécutif, sa durée, on dit s'il y aura une Chambre ou deux Chambres, comment ces Chambres seront nommées, on établit le régime électoral d'un pays.
Or, toutes ces choses, vous les dites, vous faites tout ce que comporte une Constitution dans tous les pays du monde ; et quand cela est fait, vous dites : Le pouvoir constituant n'est pas entamé.
Messieurs, le pays ne peut comprendre ces choses; pour moi, je suis absolument incapable de pénétrer ces subtilités, ces finesses, et je connais un axiome de droit qui domine aussi bien les contrats politiques que les contrats civils ; vous ne pouvez pas constituer et retenir le pouvoir constituant.
Si vous constituez, votre pouvoir constituant est épuisé ; vous ne pouve;( donner et retenir ; ^ Donner et retenir ne vaut. » C'est une maxime gauloise qui a traversé l'ancienne monarchie, qui doit s'appliquer sous la République. (Trèsbien ! à gauche I)
Non, vous ne le pouvez pas ; c'est une contradiction flagrante, et ce préambule, qui est là, qu'on a eu tort de maintenir, il est l'explication, il est la véritable glose qui donne le sens de toutes ces habiletés, de tous ces stratagèmes que contiennent le rapport et le projet de loi qui raccompagne.
La permanence, la survivance du pouvoir constituant garanties au frontispice de ce projet de loi, mises au-dessus de toutes les applications que vous pouvez en faire, mais cela veut dire que Fœuvre à laquelle on se livre n'a aucune valeur, aucune consistance, qu^elle est éphémère, qu'elle est, pour ainsi dire, une sorte de moyen à l'aide duquel on gouvernera au jour le jour, à Taide duquel on préparera plus ou moins bien la disparition de cette Assemblée, h l'aide duquel on fera les élections, (Très-bien ! très-bien I à gauche,)
Ëb bien, nous, nous ne croyons pas pouvoir nous prêter è de
304 DISCOURS A l'assimbléi.
semblables accommodements, la question ne se pose pas pour nous de savoir qui fera les élections. Nous n'avons qu'une question à poser, c'est de savoir quand on fera les élections. (Très-bien I à gauche.)
Nous vous avons dit, dans d'autres circonstances, pourquoi, sous l'influence de quel principe, de quelle idée dominante nous demandions la dissolution. La principale, c'est qu'il nous semblait impossible que, dans l'état actuel où se trouvent les partis, il fût véritablement praticable et d'une bonne politique, conforme aux intérêts généraux du pays, de faire autre chose que de régler le ménage de la nation et de se retirer.
Vous ne l'avez pas pensé ; vous nous avez donné tort. Eh bien, nous nous sommes résignés; le pays continue de réclamer la dissolution. (Mouvements et dénégations à droite et aa centre.)
M. Ddssaussoy. — Gela n'est pas vrai !
Un membre. — Combien de signatures ?
M. MiLLAUD. — Lisez V Officiel ; nous déposons des pétitions tous les jours.
M. Gambbtta. — M. Dussaussoy me fiait Thonneur de m'interrompre et de me dire : « Gela n'est pas vrai I »
M. DussADssoY. — Non, cela n'est pas vrai I C'est une opinion, voilà tout I
M. Gambetta. — Permettez-moi de vous dire que rien n'est plus vrai, et que vous en avez la preuve sous les yeux tous les jours... (Interruptions.)
Permettez; c'est renonciation d'un fait; si j'ai tort, vous me confondrez, et si j'ai raison, malgré vos dénégations, laissezmoi rétablir.
, Je dis que vous avez sous les yeux des preuves que le pays ne cesse pas de demander la dissolution. Tous les jours, le Journal officiel contient une série de pétitions qui réclament la dissolution. (Bruit. — Laissez dire 1)
Messieurs, j'irai jusqu'au bout, n'ayez aucune inquiétude.
Vous êtes-vous donné la peine de faire la récapitulation de ces pétitions? Savez*vous que vous avez deux commissions de
DISCOURS A l'assemblée. 305
pétitions dont chaque membre a pour sa part entre 15 et 20,000 signatures à dépouiller .
M. Target. — Au IS février, il y en avait 83,000, d'après les additions faites sur le Journal officiel. (Ah I ah I)
M. LÉON Gambetta. — Monsieur Target, vous m'interrompez pour me dire qu'au 18 février il y en avait 83,000. Eh bien, je vous interromps pour vous dire, moi, que M. Millaud, qui est là, député de Lyon, pour son compte personnel, à la date du 15 février, en avait déposé ou reçu 135,000.
M. Target. — Ce n'est pas au Journal o/ficiel.
M. LÉON Gambetta. — Je dis, messieurs, et vous vérifierez mon dire, qu'à l'heure qu'il est, il y a trente membres dans cette Assemblée qui sont chargés de dépouiller, chacun pour son compte personnel, 15,000 à 20,000 signatures ; faites le compte, et dites-nous si nous sommes loin du million, c'està-dire qu'à l'heure qu'il est, vous avez dans vos cartons plus de 500,000 signatures, et que nous sommes en mesure... (Dénégations sur divers bancs.) oui, oui, c'est un fait, et que nous sommes en mesure de vous en apporter autant, car nous les avons.
Par conséquent, rien n'est plus contraire à la vérité que de dire que le pays ne réclame pas la dissolution. (Interruptions à droite.)^»
Au contraire, on peut dire que c'est précisément en face des résistances de l'Assemblée, de son impuissance et des œuvres comme celle qu'elle tente aujourd'hui que la dissolution est de plus en plus à l'ordre du jour dans le pays. (Nouvelles dénégations à droite.)
Je sais bien qu'il me sera parfaitement impossible d'avoir votre adhésion sur une aussi irritante matière ; seulement, je tenais à rétablir les faits, et comme dans les discours que vous avez entendus hier on a répété plusieurs fois que la campagne de dissolution avait avorté, je tenais, au coptraire, à vous faire voir que la « campagne dissolutionniste, » comme vous disiez... (Rires sur divers bancs.)
Un membre à droite. — Le mot est excellent 1
306 DUCOUgfi 4 If'ÀSSniJILti»
M. LioN GiMBBTTA. -*- Je ne dis pas que le mot m aoit pas expellent, je le reprends, -^ « que la campagne dinolutionniste, » contre laquelle vous avez déchaîné votre majorité... (Oh! ohl) et provoqué l'éloquence de M. le garde des sceaux, que ce mouvement dissolutionniste ne s'est pas arrêté, qu'il continue» et qu'un jour viendra où vous en tiendrai compte vous-mêmes, plus tôt que vous ne pensez, (Ab ! ah I à droite.)
Dans tous les cas, ce qui importe, c'est de rétablir l'arga** ment que je faisais valoir tout à Tbeure, à savoir que ceux qui se sont associés à ce mouvement de dissolution ne peuvent pas, aujourd'hui, reconnaître la compétence et la capacité de l'Assemblée pour organiser deux Chambres, et c'est là tout l'intérêt de cette démonstration à laquelle je me suis livré au milieu de vos murmures. (Oh I oh I)
Maintenant, on peut aller plus loin et se demander comment ce projet, qui ne contente ni les partisans de la mooar^ chie, ni les partisans de la République, peut cependant prendre corps, vivre, se présenter dans cette Assemblée et être à peu près assuré du succès. Il faut cependant qu'il se fasse au profit de quelqu'un. Je crois qu'en y regardant de bien près, en voyant quel est le nombre, la qualité des personnes qui protègent le projet, qui en sont les tuteurs, les auteurs, on pourrait trouver les bénéQciaires de cette combinaison politique, oui, les bénéficiaires de la situation politique qui sortira précisément de la votation du projet, votation qui me paraît as<^ surée, puisqu'il y a, pour ainsi dire, une sorte de consente*^ ment résigné entre les hommes qui représentent des principes parfaitement opposés à ce contrat, à le subir.
Par conséquent, ii triomphera. Les attaques que je diriga contre lui sont à peu près platoniques; elles ne peuvent déranger en rien absolument les savantes combinaisons de la commission des Trente ; c'est purement et simplement pour la satisCaction de nos principes, pour Taccomplissement de notre mandat que je viens exposer en toute loyauté les scrupules, les crainteSfJes défiances qu'inspire one pareiilia oeuvre.
^ DISCOURS A L'ASSSMOllto, 307
Au nombre de ces craintes, de ces défiances, ce qui nous apparaît, c'est qu'il pourrait parfaitement se faire que cet état n'étant ni la monarchie ni la République, et soutenu à la fois par les plus tièdes d'entre les tièdes, qui sont sur la frontière de Tune ou de Tautre de ces institutions, ce fût... une sorte de gouvernement $ui generis qui serait un gouvernement de personne et non pas un régime national.,. (Mouvements divers.) à Taide duquel on durerait, on vivrait, on traverserait le temps. On met, on cache sous des apparences de grand esprit de conciliation et d'apaisement, parce qu'on ne veut pas aller droit au principe, cet énorme besoin d'équivoque.
Eh bien nous^ messieurs, nous ne pouvons pas nous y prêter. Que voulez-vous ! Nous sommes tenus par nos souvenirs ! Je ne dis pas cela pour ériger en dogme la suspicion ; non, je crois très-volontiers aux conversions, je crois parfaitement qu'il y a des monarchistes qui se disent : « La monarchie ]i*est point possible tout de suite tn elle ne sera possible que dans quelques lustres, alors que nous-mêmes nous en aurons accumulé beaucoup trop sur nos têtes. » (Sourires à gauche.) Et on se décide à faire les affaires de son pays, on entre dans une Constitution qui n'est pas assez républicaine pour effaroucher un récent passé monarchique ; on se prête h la com^binaison, on aide la République qu'on a appelée conservatrice. . ,
M. LE COMTE DE Rampon. — C'cstla bonuc.
M. LÉON Gambette. — Je n'ai rien à dire contre le mot ni contre les personnes qui entrent dans cette combinaison ,
Je ne comprendrais pas un régime qui 3e ferait sans conservateurs; mais il ne faut pas qu'il se fasse exclusivement avec des conservateurs, et surtout des conservateurs d'une certaine catégorie. Nous comprenons la République autrement.
Nous ne vous en voulons pas, nous ne vous en voudrons jamais de nous appeler des républicains radicaux, des jrépublicains de la veille, des républicains entiers I.*, (Rires bruyants et prolongés.)
M. Gambetta. — Je ne veux pas rechercher dans une dif** férencede tempérament... (Nouveaux rires.) Texplication de
308 DISCOURS A l'àssimbléb.
cette hilarité. L'Assemblée est souveraine, elle peut se p^mettre toutes les allusions... (Oh! ohl) M. Clapier. » Passez sur cet incident.
M. LÉON Gambetta. — Je disais que nous avions un trè^ grand respect pour la sincérité de nos collègues qui se rallient à la République conservatrice. Seulement, nous sommes bien obligés de déclarer, non pas par esprit d'exdusion, non pas parce que nous sommes obsédés d'une tradition qu'on appelle )a tradition jacobine, et qui a pour principal caractère d'exercer le soupçon, la défiance, le dénigrement, sur ceux qui ne lui ont pas toujours appartenu ; en aucune manière ; c'est parce que la dissidence porte plus haut, c'est parce nous ne pouvons pas comprendre ce que c'est que l'organisation d'une République qui n'a d'autre programme « que de refouler la démocratie », qui ne comprend d'autres institutions que des institutions monarchiques, qui ne veut pas faire à l'esprit vraiment républicain les concessions sans lesquelles c^tte République n'est purement et simplement qu'une mise eu œuvre des abus du passé ; c'est pour cela que nous sommes obligés de déclarer que nous ne voudrions pas d'une République en dehors précisément de cette souveraineté du suffrage universel que vous avez appelée bien dédaigneusement la souveraineté, la brutalité du nombre et que vous considérez presque comme une abjecte tyrannie.
Eh bien, derrière toutes ces menaces, tous ces gros mots de grand seigneur à l'adresse du suffrage universel, nous qui n'équivoquons pas, et qui sommes pour le suffrage universel dans son universalité, nous nous sentons touchés, blessés, et nous vous disons : Si c'est la République conservatrice, ce ne sera pas la République. (A gauche : Très bien ! très bien ! — Mouvements divers.)
Nous voulons la République avec ses libertés, c'est-à-dire ses droits primordiaux, de presse, de réunion, d'association, mis au-dessus des lois elles-mêmes... (Exclamations en face et à droite de l'orateur.)
En quoi, messieurs, une pareille déclaration pourrait-elle
DISCOURS À l'assemblée. 309
vous alarmer? Si la République existait, si elle était aux mains des républicains, vous auriez tous un intérêt primordial à ce que ces droits fussent placés au-dessus des atteintes du législateur, à ce quMls fussent placés dans une sphère inaccessible aux entreprises des assemblées et des pouvoirs exécutifs... (Mouvements divers.)
M. DE LA BoRDERiE. — Et surtout au-dessus des entreprises des dictateurs I
M. LÉON Gambetta. — Il est absolument impossible de discuter dans ces conditions-là! (Parlez! parlez I)
Pour nous, dis-je, la République ne doit pas et ne peut pas être un leurre...
Un membre, — C'est la théorie du droit divin de la République !
M. LÉON Gambetta. — Ce n'est pas le droit divin de la République, — comme on me dit, c'est la mise en action même de la dignité et de la raison humaine!... (Interruptions à droite.) C'est évident, car qu'est-ce qui fait la supériorité de l'homme, qu'est-ce qui fait sa dignité, si ce n'est pas précisément que, dans la société, il ne puisse être dépouillé, il ne puisse être diminué de sa somme de souveraineté et d'indépendance que dans la mesure précise que comporte l'intérêt général? (Ah ! ah! voilà.)
M. DE LA BoRDERiE. — Ce u cst pas le privilège de la République.
M. LÉON Gambetta. — Eh bien alors, pourquoi venir parler de théorie de droit divin ? Vous savez bien que c'est là un mot qui n'a aucune espèce de relation, de rapport avec nos doctrines, avec nos principes, avec nos idées. Qu'il y ait des hommes qui honorent ce droit divin, c'est très-bien, et je comprends ces traditions. Mais pourquoi nous adresser ce mot comme une injure, pourquoi nous faire cette injustice, lorsque, courtoisement, dans toutes les questions, nous disons que nous ne voulons, que nous n'attendons rien que du consentement national, et que c'est pour cela que nous sommes les défenseurs résolus du suffrage universel qui en est l'expression.
310 DISCOURS ▲ L'ASSElfBLÉl.
(Nouvelles interruptions à droite. — Approbation à gauche.)
Messieurs, vos interruptions m'éloignent de cette descrip* tion, que je vous faisais, des parrains et des bénéficiaires de l'œuvre des Trente, et cependant c'était là précisément que je tenais à arriver, parce que c'est dans le dénombrement des personnes, des hommes qui s'accommodent le plus aisément de l'œuvre des Trente, que se trouvent pour nous les principales raisons de défiance.
Je comprends, messieurs, qu'on ait un principe rigoureux, qu'on soit pour la monarchie» sans transaction, ou pour la République radicale et loyale, mais je ne comprendrais pas qu'on s'accommodât, en se réservant d'amener un jour, sinon la monarchie, du moins une sorte de monarchie qui n'aurait pas l'investiture, le prestige, les grandeurs de la monarchie, mais qui en môme temps n'aurait pas l'éleclivité périodique du pouvoir présidentiel, qui ressemblerait à une république entre les mains d'un grand pensionnaire à vie ou d'un stathouder... de race princière. (Mouvements divers.)
Ce n'est pas, messieurs, pour le chef actuel de 1 État que je parle; mes prévisions vont au delà de la situation actuelle, et je crois que sans témérité je puis les apporter à cette tribune, parce qu'elles sont au fond de vos consciences, au fond de la conscience de nombre de braves gens qui, tous les jours, ont cette inquiétude et qui cherchent, avec la plus grande patience, avec la meilleure bonne foi, à appuyer les combinaisons gouvernementales, mais qui le font avec crainte et qui, — pour emprunter une parole forte et sagace , la parole d'un homme dont vous n'avez jamais contesté ni la prévoyance, ni la sagesse, ni la modération, du président républicain que nous avons l'honneur d'avoir à notre tête, — qui ne veulent être ni dupes ni complices i.
Eh bien, messieurs, c'est pour n'être ni Complices ni dupes d'une sorte de combinaison qui, sans être la monarchie, ne serait pas non plus la République, que, nous, nous ne voulons pas nous associer à Tœuvre que vous entreprenez. Nous ne voulons pas nous engager dans cette série de défilés qu'on
DISCOURS A L*ASSfiirBLiE. 311
nous ouvre aujourd'hui et au bout de laquelle il ne peut y avoir qu'une grande déception pour le parti républicain. Voilà pourquoi ni au point de vue des principes, ni au point de vue de nos actes, ni au point de vue de la souveraineté nationale, que vous ne pouvez pas, pour ainsi dire, conGsquer par avance, nous refusons de nous prêter à aucune des dispositions qui vous sont soumises par la commission des Trente.
Je crois, en effet, messieurs, que Ton nous convie à commettre une très-grande faute, car si cette Assemblée, qui voit venir la libération du territoire, lègue, après elle, à la France un pouvoir qui lui ressemble , c'est-à-dire une représentation nationale dans laquelle il y aura également des monarchistes résolus, des républicains inflexibles, puis ces esprits intermédiaires, oscillant, hésitant, tantôt se portant d'un côlé, tantôt se portant de Tautre, qu'est-ce qu'on aUra fait pour Tordre public, qu'est-ce qu'on aura fait pour la stabilité de nos institutions ? Je suppose que, dans six mois, dans un an, ces deux Assemblées nouvelles soient en fonctions : l'une, sortie du suffrage universel, imbue de la volonté nationale, portée, si vous voulez, aux réformes, les voulant, croyant qu'il y a assez longtemps qu'on les ajourne et qu'on les retarde, — elle a tort ou elle a raison, je ne me place pas à ce point de vue, — imprégnée de l'opinion publique, ardente, décidée à agir et à faire; l'autre, évidemment rivale, puisqu'elle aura été créée avant la première pour la combattre, pour lui résister ; la guerre va éclater tout d'abord. Comment se traduira cette guerre? Elle se traduira comme se traduisent ici nos dissentiments : par l'impuissance , par la provocation , par l'équivoque. La Chambre basse sera républicaine; la Chambre haute sera monarchique, et on opposera ainsi les partis les uns aux autres.
Ce qu'on vous propose d'organiser , c'est donc toujours le provisoire, c'est-à-dire l'énervement, Tanémîe à perpétuité. (Approbation sur divers bancs à droite et à gauche.)
Eh bien , je crois , sans aller au delà , sans chercher si ces rivalités et ces conflits resteront enfermés dans le cercle par-
342 DISCOURS A l'âssemblAk.
lementaire , — je ne veux pas, messieurs , vous attrister par des prévisions trop lugubres, — je crois , et il est bien permis de le supposer, que, dans un pays aussi difficile, aussi mobile, aussi frémissant que le nôtre, il n'est peut-être pas bien sage de dire à ce pays, avant de l'avoir consulté, avantde lui avoir laissé librement choisir ses élus, il n*est peut-être pas bien sage de lui dire : Nous t'avons nommé un geôlier par avance. (Mouvements en sens divers.)
Je déclare que c'est là une provocation téméraire , et que vous auriez bien tort, messieurs, de penser que Ton peut impunément adresser de pareilles provocations au sentiment public.
Messieurs, en somme, pourquoi luttons«nous?
Les résistances que nous faisons au projet de la commission des Trente ne sont pas seulement dictées par l'amour de notre parti.
Il me paratt, messieurs, que, bien que nous ayons un grand intérêt à voir rejeter les propositions qui vous sont soumises, nous ne sommes pas les seuls à avoir cet intérêt , et que ceux qui, dans cette enceinte, ont souci de la défense , de la protection des intérêts propres de leur parti , peuvent, sans redouter ces reproches de coalition... (Interruptions sur quelques bancs.) Eh oui! il faut tout dire I (Oui! oui! à droite. — Parlez I parlez !)
Je reprends et j'ajoute qu'il y aurait une fausse habileté à déguiser nos sentiments , à ne pas dire très-hautement que nous trouvons l'expédient constitutionnel qu'on vous propose aujourd'hui mauvais pour tous, pour vous, monarchistes, comme pour nous, républicains; oui il y aurait une fausse habileté à ne pas reconnaître que, sans abaisser ni les uns ni les autres la dignité et l'indépendance de nos principes, nous pouvons parfaitement nous rencontrer d'accord dans le vote, nous pouvons repousser, les uns et les autres, sous l'influence de nos principes respectifs le projet qui nous est présenté.
M. LE Bkï^ofi CELAmk^D eu plusieurs autres membres adroite — C'est vrai !
DISCOURS A l'assemblée. 313
M. DE Gavardie. — Pas de comparaison î (Exclamations diverses.)
M. Léon Gambetta. — M. de Gavardie m'interrompt pour me dire... (Ne répondez pas ! — Continuez I) que ce qu'il redoute, c'est la comparaison. Il n'a qu'à s'abstenir; ce n'est pas à ceux qui ont peur de la comparaison que je m'adresse.
Je dis que nous avons , à quelque parti que nous appartenions, un droit de légitime défense à exercer , en repoussant, chacun pour notre compte,' un projet que je trouve puéril et périlleux, je crois l'avoir établi. . . (Assentiment sur divers bancs à droite et à gauche,) que je trouve contraire au véritable intérêt de la France, soit qu'on veuille faire la France républicaine, soit qu'on la veuille faire monarchique.
M. Hervé de Saisy. — (Très-bien ! très-bien ! Exclamations et rires sur divers bancs.)
M. de Gavardie prononce quelques mots qui se perdent dans le bruit.
M. Léon Gambetta. — 11 est bien difficile de poursuivre les développements de sa pensée, et cela, je dois le reconnaître, par la faute d'un seul interrupteur , mais je le supplie et je lui promets de ne jamais l'interrompre, ce qui ne m'est pas encore arrivé, je le supplie de me laisser aller jusqu'au bout. (Parlez !)
M. DE Gavardie se lève et prononce de sa place quelques paroles que le bruit empêche d'entendre.
Sur plusieurs bancs. — N'interrompez pas ! n'interrompez pas!
M. Léon Gambetta. — Vous voyez, monsieur de Gavardie, que je reconnais toute votre puissance, j'espère que vous m'en tiendrez compte.
Je disais qu'il était impossible qu'à quelque parti qu'on ap partienne ici, on puisse s'accommoder d'un expédient qui, permettez moi de vous le dire, est un coup de dés ; chacun selon son sort et selon la fortune pourra y trouver uniquement son avantage , mais il ne saurait vous convenir (l'orateur désigne la droite), il ne saurait vous convenir de nous faire une Cons-
314 DISCOURS ▲ L'ASSSMBLtI.
titation , de ttOtis livrer à un contrat aléatoire , et cependant on ne pourra pas nous accuser ni les uns , ni les antres , en votant non , d'avoir porté atteinte ni à la solidité ni à Tautorité du pouvoir exécutif.
En effet, toutes les fols que le pouvoir exécutif est venu dans cette enceinte poser des questions môme graves, mais qui prêtaient matière aux concessions et aux transactions, nous n'avons jamais ni compté ni marchandé ces concessions et ces transac-* tions. Mais quand aujourd'hui on vient nous demander, à nous républicains, de porter la main, sous prétexte, sous couleur de fondation nuageuse indéfiniment ajournée, oblique , de la République, quant on vient nous convier à porter atteinte nousmêmes au dépôt sacré de l'intégrité du suffrage universel et de préparer des armes pour une oligarchie et contre la démocratie, nous disons en toute sécurité de conscience, convaincus que nous sommes les véritables amis de Tordre et du gouvernement, nous disons : Non I (Sensation prolongée à droite. — Vive approbation et applaudissements à gauche.) — L'orateur reçoit, en reprenant sa place, les félicitations de ses amis.