PRONONCÉ A NANTES
L» 16 Mai 1873
Messieurs et chsrs Goncttotens,
Permettez* moi, en me levant, de boim aux progrès de la démocratie nantaise, de boire aux triomphes récents que le suffrage universel vient de remporter ici et par lesquels il vient d'affirmer de la manière la plus éclatante la solidarité qui réunit toutes les villes, ~ que dis^e, toutes les villes ? toutes les municipalités de France, •« dans la même défense de leurs franchisés communes.
Mais une fois ce tribut payé à la municipalité de Nantes, après cet hommage rendu à votre corps électoral, permettezmoi d'aborder directement le sujet de notre entrevue.
Il y a plus d'un an que j'ai pris, à Tégard de v<» amis, rengagement de venir vous visiter, de me rendre au milieu de vous pour y recueillir vos impressions, pour me pénétrer de vos propres pensées, pour étudier avec vous l'état du parti républicain dans ce riche et beau département de la Loire*Io* férieure, à qui — laisseznnoi le dire — - il reste quelque chose à faire s'il veut placer sa bonne reptation républicaine d'aitjourd'hui à la hauteur de celle que lui avamii faite vos devaoK
ciers dans la carrière et qui de Nantes avait fait le premier centre politique de TOuest. Messieurs, cette dette que j'avais contractée à Tégard de vos amis, qui vous représentaient Tannée dernière à notre réunion d'Angers, je suis bien heureux, bien toucbé de pouvoir la payer aujourd'hui en aussi bonne et en aussi nombreuse compagnie. (Très-bien I très-bien!)
Depuis cette époque, il s'est passé bien des événements en France. Depuis un an, en effet, nous avons assisté au duel le plus dramatique qui puisse se rencontrer dans les annales d'un peuple. Nous avons vu une nation tout entière, gagnée à la cause de la démocratie et de la République^ procéder lentement, sagement, pacifiquement, légalement, à l'élimination lente, à l'expulsion progressive d'un système de gouvernement politique que cette nation rejette et répudie parce que ce système représente le passé. Â partir du mois de juillet 1871, date à laquelle il faut toujours revenir, parce qu'elle a été comme l'aurore de la renaissance politique du pays (Bravos. -— Oui I oui I), nous avons vu le suffrage universel, tout d'un côté, signifier modérément, mais résolument, à ces mandataires du premier moment qu'il avait envoyés en février 4871 siéger à Bordeaux, que, la paix étant feite et leur tâche spéciale accomplie au point de vue politique, ils n'étaient pas en harmonie avec la majorité de l'opinion. Le suffrage universel a recherché ensuite toutes les occasions, dans les questions relatives aux intérêts de la commune, du département ou de rÉtat, de bien démontrer, de bien établir que la France avait résolu de mettre un terme au mandat qu'elle avait conféré après la guerre, sous le coup de Tinvasîon. Cette démonstration s'est poursuivie, depuis un an, avec un caractère progressif ; et c'est là, messieurs, ce qui est surtout frappant. Les premiers choix du suffrage universel n'avaient qu'une signification relativement et modérément hostile à l'Assemblée monarchique de Versailles ; mais à mesure que la résistance de l'Assemblée s'est accentuée et à mesure que l'on a yu se resserrer, devenir plus compacte et plus résistant aux volontés de la France ce noyau d'hommes qui, sentant très-bien que le
mandat qu'ils ont reçu est épuisé en leurs mains, qui, sacbant le sort qui les attend lorsqu'ils comparaîtront devant leur juge naturel, ne veulent pas se déposséder de l'autorité qu'ils détiennent injustement ; à mesure* que le pays a vu cette résistance, cette inattention, cet aveuglement, il a voulu faire, il a fait des choix de plus en plus significatifs. (Oui, c'est cela ! très bien I très-bien 1 — Bravos.)
Messieurs,* c'est le pays qui a fait ces choix et non pas, comme ont osé l'inventer les journaux hostiles, un parti occulte^ clandestin, ténébreux. Non! messieurs^ on ne remue pas la France à l'aide d'une organisation ténébreuse et qui ne pourrait pas s'avouer; noni on ne met pas le suffrage universel tout entier en mouvement au moyen de complots souterrains. (Marques d'adhésion. — Bravos.)
Ce qui a fait que la France s'est prononcée pour la République, et qu'elle a choisi des candidats de plus en plus significatifs, de plus en plus militants, il faut le répéter sans cesse, messieurs, c'est que la France a vu que ses premiers avertissements n'avaient pas été entendus, que ses premiers avis avaient été réjetés ; c'est elle qui a cherché , qui a trouvé le moyen de pester jusqu'à Versailles, jusqu'au pouvoir, sa voix méconnue, sa voix dangereusement méconnue. (C'est celai — Trèsbien ! — Applaudissements.)
Et remarquez-le bien, messieurs, elle s'y est prise de telle sorte que la légalité, que la prudence et la sagesse sont restées tout entières du côté du corps électoral, c'est-à-dire du côté de cette masse à qui Ton reproche avec un dédain ridicule de vouloir tout courber dans le pays sous la brutalité du nombre. (Bravo I Bravo I — Salve d'applaudissements.) Oui, messieurs, notre parti vient de prouver une fois de plus par sa prudence, sa modération, par les choix habiles et heureux qu'il a su faire pour établir les légitimes griefs du pays; il vient de prouver surtout, par la sage restriction du mandat conféré aux derniers élus, que notre éducation politique accomplit chaque jour de nouveaux progrès et que nous méritons de plus en plus la confiance de la nation. Et l'on voudrait faire croire que tous
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ces résultats ont été obtenus à Taide d'une organisation sacrête, ténébreuse ? Messieurs, cela est impossible ; car à me;" sure que les élections se succédaient dans le pays, on a pu assister à une complète et magnifique évolution des concbes les plus nombreuses et les plus profondes du pays vers la RépuÛique : à tel point, messieurs, qu'après les dernières élec« tions, on a pu faire ce calcul, dont la conséquence, immense et décisive pour nous, écrasante pour nos adversaires, est que si l'on supprimait des listes électorales les électeurs républi* cains des villes, pour n'y maintenir à côté de tous les électeurs des campagnes que ceux, dans les mêmes villes, dont les votes sont réactionnaires, nous triompherions encore, grâce à cette sorte d'élan unanime qui s'est emparé de la race tout enti^ et qui entraîne sans distinction les villes et les campagnes de la France. (Bravos. — Applaudissements prolongés.)
Il est impossible, en présence d*une démonstration aussi rigoureuse et d'un triomphe aussi décisif de la volonté nationale, de fermer plus longtemps les yeux. On ne pourrait plus dire maintenant comme autrefois : L'opinion est avec nous, le pays nous suit. Que parlez-vous des résultats de certaines élections isolées? Ce sont là des agitations superficielles sans aucun retentissement et qui n'ont pas d'écho dans le fond de la conscience nationale. Non, on ne pourrait plus tenir un pareil langage. La France entière s'e^t prononcée. Alors, messieurs, voyant qu'on ne peut pjus rallier l'opinion ni lui faire ratifier la politique de l'Assemblée de Versailles, à quoi pensent* on aujourd'hui ? Il faut le dire tout haut, mes^urs, parce que c'est un devoir : on pense à se retourner contre ceox-là dont on tient son mandat, contre ceux-là qu'on a trouvés parfaitement Ubres^ parfaitement capables, parfaitement mcmiux en février 1871. (Hilarité.) On se retourne contre le su£Erage universel et on lui dit : Puisque tu ne veux plus sanctionner notre souveraineté, nous allons te décapiter 1 (Oui I oui! — Applau« dissements prolongés.)
Messieurs, nous n'en sommes encore qu'aux menaces} mais, si des menaces on passait à l'exécution, il faudrait élever la