‹ Discours politiques de m. Gambetta: Deux lettres à un conseiller généralChapitre 34 sur 45 · L'ANNIVERSAIRE DU GENERAL HOCHE · texte numérisé non relu

L'ANNIVERSAIRE DU GENERAL HOCHE

Mes chers Concitoyens,

Après les événements accomplis depuis noire dernière réunion, après les paroles si touchantes et si vraies, où nous avons tous reconnu Taccent de la vérité ; sous l'empire de cette émotion que communique seul le sentiment de la tradition et de la famille, après les souvenirs qui nous étaient rappelés tout à rheure par M. Carnot, n'attendez pas que je revienne à mon tour sur la noble existence de Hoche, sur les exemples qu'elle contient, sur les vertus qu'elle fait éclater. C'est une tâche qui a été trop parfaitement remplie pour que la pensée me vienne d'y rien ajouter. Comment ne pas vous dire cependant, messieurs, que si quelque chose est de nature à frapper l'attention publique et à nous réconforter, — nonseulement nous tous qui sommes ici, mais tous ceux du dehors, — à raffermir nos convictions, à fortifier nos espérances dans la crise, plus bouffonne que redoutable, que nous traversons (bravos et rires), c'est, à coup sûr, notre réunion

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ici, sous le toit de cet homme de bien, de cet homme de cœur que son patriotisme rattache au drapeau de la République (Bravos. —Très bien!), de ce digne citoyen qui, dans Versailles, depuis de longues années et en face du pouvoir avilissant et corrupteur de cet empire abhorré, que de misérables impuissants ne craignent pas de laisser publiquement réhabiliter, sans doute parce qu'ils s'en font les plagiaires, a dévoué ses efforts à faire revivre cette pure et grande ûgure de Hoche, offrant ainsi à la France, au pays, à Tarmée, la contemplation d'un véritable Français qui a donné son sang pour la patrie, qui fut le plus grand des citoyens, le plus brave des capitaines, le plus généreux des soldats, et à la mémoire duquel la France peut chaque année rendre hommage, sans amertume et sans dissidences, et sans trouver, dans l'existence de ce héros, une ombre, une tache qui ternisse Téclat de sa gloire ? (Bravos prolongés.)

Nous voilà donc assemblés, mais non pas aussi nombreux que nous l'eussions désiré. Ce n'est pas, messieurs, que le nombre nous eût fait défaut; le nombre ne nous manque jamais, et c'est précisément parce que nous avons pour nous le nombre assuré, inévitable, c'est parce que ce nombre tant redouté se montre, dans les circonstances actuelles, attentif et recueilli que vous voyez éclater tant de haines, tant de provocations impuissantes et désavouées à Tavance. Aussi, quand nous nous réunissons en petit nombre, c'est qu'il nous plaît qu'il en sôit ainsi, c'est qu'il ne nous convient pas de faire le jeu d'adversaires ou trop naïfs, ou trop roués, et de tomber dans leurs pièges éventés par avance. (Oui ! — Très bien ! — firavos.) Mais il nous suffit d'être ensemble, dans cette maison, entre amis connus les uns des autres, pour qu'il nous plaise également de parler du passé, du présent et de l'avenir de nos idées, dans ce Versailles qui appartient à la démocratie républicaine, qui est bien nôtre et qui a toujours été nôtre depuis 89 jusqu'à ce jour, jusqu'à la minute actuelle où je parle, sans s'être jamais démenti, car on dirait qu'il y a une tradition d'indépendance à laquelle elles ne manquent jamais

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pour ces villes qui sont la résidence des rois et qui, les voyant de plus près, connaissent mieux que toutes les autres villes de France la vanité et les périls, la sottise et les dangers des fastueuses monarchies.

Oui, messieurs, il est utile qu'on le sache partout, ce Versailles que Ton croit royaliste et réactionnaire a toujours été vibrant à chaque vibration de la France ; depuis 84 ans, il n'a jamais laissé à aucune ville dans le pays Thonneur et l'avantage de le devancer. Paris, lui-même, qui est si voisin et si semblable, Paris n*a jamais devancé Versailles. En 1815, en 1830, en 1848, en 1870(1), savez-vous ce qui est arrivé? Il faut le dire en face de ces inconscients qui l'ignorent. C'est Versailles toujours, qui, au milieu de toutes les autres villes de France, acceptait et proclamait le premier l'événement général qui s'accomplissait à Paris, de telle sorte que si Ton a cru, en venant ici, se retirer dans une sorte de camp retranché de la réaction, on s'est trompé, car vous tous, citoyens de Versailles, vous êtes tous des serviteurs fidèles de la Révolution française, vous tous, les présents et les absents. (Oui I oui ! — Bravos.) Depuis trop longtemps le soupçon et la défiance, la calomnie et Tinjure pèsent sur cette noble et majestueuse cité» Il faut qu'on sache que Versailles est à l'unisson de toutes les grandes agglomérations qui ne vivent et respirent que pour la République. On a fait de Versailles la capitale cadette de la France, et il le méritait ; Paris reste son aîné. Versailles est digne de venir immédiatement après Paris» car il n*a jamais marchandé ses efforts à la défense du droit et de la patrie. (Très bien I — Bravos.)

Messieurs, nous sommes à un an de date de cette première réunion qu'on rappelait tout à Tlieure et qui, au lendemain de cette souillure si noblement supportée, — l'étranger envahissant jusqu'à vos foyers les plus intimes, — avait été comme une sorte de reprise de vous-mêmes, non pas certes dans une

(1) Le 4 septembre 1870, à dix heures da matin, le Conseil municipal élu de Versailles proclamait la déchéance de TËmpire et la République* (Extrait des procès-verbaux du Conseil municipal.)

pensée de revanche, — ce sont là des mots qui nous sont pour longtemps encore interdits, — mais comme une sorte de purification patriotique de votre ville au lendemain du départ de Tennemi. (Mouvement.) L'an dernier, dans cet hôtel des Réservoirs, que de mesquines querelles de police nous ferment aujourd'hui, ce que vous cherchiez en vous réunissant, ce n'était certainement pas à créer une agitation ni une sédition politiques capables de faire trembler nos adversaires; vous teniez, au moment où la France commençait à se retrouver libre, à lui montrer, pour ranimer son courage, la noble et bienfaisante figure de Lazare Hoche, général des armées de la première République, pacificateur de la Vendée, le plus illustre des Français nés dans votre grande et généreuse ville de Versailles. (Applaudissements prolongés.)

Nous voulions cette année continuer ce culte du souvenir ; nous aurions désiré, en nous retrouvant ensemble, nous consoler des défaillances que nous subissons à Theure actuelle, échapper pour un moment à ces étreintes que subit la France, à ce deuil qui nous pèse et dont nous sentons, cependant, que notre pays pourrait victorieusement sortir, si l'exercice de sa souveraineté lui était rendu. Nous ne voulions pas faire acte de parti ; nous souhaitions simplement de nous remettre en présence du génie même de la patrie, nous retremper au souvenir de celui qui en fut l'incarnation la plus pure ; nous voulions parler de la France en rappelant la vie, en retraçant l'histoire d'un des plus glorieux fils de la France. (Oui I — Très bien I — Applaudissements.)

On ne l'a pas voulu, on ne l'a pas permis. Mais, messieurs, puisque nous sommes réunis, il faut retourner la question et savoir — l'occasion est propice — pourquoi cette réunion, qui avait été si facile, et qui avait paru si naturelle il y a un an, est aujourd'hui contestée, gênée, embarrassée, empêchée, et pourquoi il y a une sorte d'acte de courage, non de notre part, mais de la part du digne ami qui a bien voulu offrir son toit à des amis de vingt ans pour causer de questions qui intéressent à la fois la patrie et la République.

Que s'est-il passé depuis notre dernière réunion ?

Messieurs, parlons ici sans passion, puisque nos adversaires ont toujours le tort — volontaire ou inconscient, je l'ignore — de nous représenter constamment aux yeux du pays, dans leurs journaux et dans leurs discours, comme des hommes de passion, incapables de bien juger, incapables de se maîtriser, de réunir des faits, de les examiner, de rechercher les enseignements qu'ils contiennent, de se déterminer d'après les règles que le bon sens vérifie, que la raison accepte et que l'utilité générale du pays commande. Et si je parle ainsi, ce n'est pas pour vous, messieurs, c'est pour ceux qui sont, tous les jours, les victimes de ces déclamations et de ces calomnies. C'est à cause de ceux qu'on redoute et qu'on veut exclure, que Ton cherche h mettre la main sur la bouche des hommes qui peuvent exprimer, sur les projets et les espérances de la démocratie, des opinions régulières, sensées, acceptables, parfaitement scientiiiques nt justes, fondées sur la pratique de peuples voisins et, par conséquent, démontrées par l'expérience. C'est à l'adresse de ceux qui composent le nombre que l'on a imaginé de dire que tel serait un trouble-féte dans la nation qui oserait parler, en dehors de l'Assemblée de Versailles, sur la politique et les affaires de la France, et qui aurait la prétention d'en entretenir les électeurs dans un pays de suffrage universel, c'està-dire dans un pays où tout le monde non-seulement prend une part effective dans le gouvernement de l'État par son vote, mais joue constamment sa propre destinée dans les mêlées électorales, en ne pouvant en rendre responsable que lui seul, quand le scrutin a prononcé.

Hé quoi ! messieurs, on trouverait séditieux, factieux, qu'un citoyen, investi par le suffrage de ses concitoyens des pouvoirs nécessaires pour les représenter, sortît de l'enceinte où se font les lois pour aller vers ceux a qui on doit les appliquer et qui, seuls, délèguent le pouvoir de les faire I (Très-bien ! très-bien ! — Vive approbation.)

On trouverait étrange, subversif — ce sont les expressions qu'on emploie — de voir ceux-là qu'on appelle le parti ra-

dical, aller vers ceux qui les ont créés, conslilués, commissionnés» qui leur ont donné le mandat dont ils tiennent tous leurs droits de représentants, pour leur rendre compte du mandat, de la commission, pour leur expliquer ce qu'on a fait, en quoi on s'est rapproché de leurs volontés, en quoi on s'en est écarté, ce qu'on a eu l'intention de faire soit en conformité avec leurs intérêts, soit en contradiction avec leurs désirs I Et cette conduite loyale, honnête, normale, paciûcatrice, qui a pour but d'apaiser les passions, de faire disparaître les idées fausses et de réduire les chimères, d'avoir raison des utopies, de modérer les excès de zèle et les impatiences, de discipliner les élans, les ardeurs et les énergies, ce travail régulier, légal, moralisateur et ordonnateur de la paix entre les classes et les hommes, on le traiterait de faction, de sédilion, et l'on voudrait l'interdire ! Cela est impossible, messieurs, et nous ne saurions le tolérer ! (Très-bien I — C'est cela! — Applaudissements répétés.)

Aussi, messieurs, toutes les fois que j'en trouverai l'occasion, qu'elle soit petite ou grande, — et je vous demande pardon de me servir d'une pareille opposition dans les termes, car il n'est pas de petite occasion pour dire la vérité, ne fut-ce que devant un seul de ses semblables, — je protesterai en faveur du droit de compte-rendu et de propagande. (Vive approbation.) En effet, il n'est pas au monde de devoir plus impérieux que de dire la vérité, que de consacrer sa vie à la défendre et que d'y conformer sa conduite; et, n'eùt-on arraché qu'une seule conscience à l'erreur, n'eût-on envahi qu'une seule intelligence, oui, n'en eût-on ramené qu'une seule à la vérité, au droit et au juste, qu'on pourrait mourir content, sans les pompes d'un culte quelconque... (Salve d'applaudissements. — Oui ! oui ! — Très-bien !) et défier les diatribes de ses détracteurs : une seule intelligence émancipée, c'est une grande victoire sur l'erreur, et il n'en est pas de plus noble dans le monde ! (Nouveaux applaudissements.)

Voyons les choses de près, messieurs. Au fond, comment agissent nos adversaires ? Est-ce que, dans ce monde qui nous

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environne, vous n'entendez pas émettre, tous les jours, cette opinion qu'il existe, quelque pari, un pouvoir de constitution divine^ mais de représentation humaine, qui a seul le dépôt de la vérité dans toutes les questions, qui a la puissance de lier et de délier, qui opère sur les consciences, et qui ne prétend à d'autre mission dans le monde que de sauver des âmes? Or, ce que font ceux qui émettent une pareille prétention et qui s'y disent autorisés, pourquoi ne nous appar* tiendrait-il pas de l'entreprendre, dans l'intérêt d'une autre cause que celle de nos adversaires, d'une cause non moins sainte, non moins élevée, non moins sacrée et non moins juste, que dis-je? de la seule cause juste? Pourquoi ne nous appartiendrait-il pas de faire la propagande du prosélytisme à travers toutes les entraves oflicielles ou officieuses, d'aller droit aux intelligences asservies et, nous retournant vers cette doctrine qui a placé ses oracles au Vatican, de lui dire : Si tu parles pour Dieu, je parle pour l'homme; si tu combats pour les choses surnaturelles, moi, je combats pour l'établissement de la justice et la propagation du bonheur parmi les hommes? Car, messieurs, ne l'oubliez pas, nous ne combattons point pour des rêveries, mais pour des faits; non pas pour des idéalités, mais pour des réalités; nous n'aspirons pas à faire des saints^ mais des citoyens, nous luttons pour donner à notre pays des hommes libres, des patriotes, nous luttons pour la France! C'est une assez grande chose dans le monde. Pourquoi donc ne jouirions-nous pas des mêmes droits que ceux qui luttent pour l'Église romaine et pour ses doctrines? (Double salve d'applaudissements.)

Encore une fois, messieurs, plus que jamais il est nécessaire d'indiquer, de préciser cet antagonisme, d'opposer l'un à l'autre ces deux systèmes d'éducation générale ; car, soyez-en certains, puisque vous le voyez tous les jours, tout s'efface, tout disparaît aujourd'hui en présence de ce grand et redoutable conflit.

Les hommes menacent de se diviser en deux camps ainsi tranchés : le camp de ceux qui s'inclinent sous l'obéissance

passive à un dogme que rien ne juslifie, et le canap de ceux qui ne se réclament que de la libre raison et de la dignité humaine. Messieurs, dans ce grand duel qui tient le monde altenlif, ils deviennent bien petits et bien mesquins, les intérêts de ces deux ou trois familles qui prétendent avoir le droit de commander à notre pays ! Non, le bonapartisme, la légitimité, Torléanisme, et je ne sais quelle autre combinaison d'aventure ne sont rien quand on les met en présence de ce combat singulier si tragique et qui semble avoir pris notre pays pour théâtre, de ce duel de la raison contre l'oppression de la raison. (Bravos prolongés.) Plus nous allons, et plus la politique de ce pays se dessine dans ce sens^ et, si quelque spectacle est fait enfin pour dessiller les yeux de la France hésitante, c'est Tapparition de ce spectre du passé qui, loin de se déguiser, s'avance à pas lents et calculés, mais ouvertement, de ce spectre qui a la prétention de remettre la main sur la France et de la replacer sous le joug du passé. (Jamais ! non, jamais t la France n*y consentira !) Vous dites jamais ! et vous avez raison de prononcer ce mot. Messieurs, je peux rendre, à cet égard, un témoignage absolument certain, car, dans les divei*s voyages que j'ai faits à travers la France, j'ai pu rencontrer, sur quelques points du territoire, des divisions, des dissentiments, des tiédeurs même, au point de vue de la vraie politique à suivre ; mais il y a un sentiment dans lequel j'ai trouvé la France toujours unanime et vibrante, toujours semblable à elle-même, toujours émue et agitée par la même antipathie, soit que Ton se trouvât sur les bords de la Méditerranée ou de la Manche, ou bien au centre du pays ; partout j'ai entendu, pour peu qu'on descendît et qu'on prêtât Toreille, que ce fût sous la cabane du pauvre ou dans la maison d'un homme plus aisé, le cri de révolte contre le cléricalisme, car le cléricalisme^ c'est le retour de la France vers l'ancien régime, et la France a rejeté l'ancien régime avec horreur et pour toujours. (Oui ! oui ! — Très-bien ! — Applaudissements.)

Ce sentiment d'antipathie, messieurs, est général et indestructible. Aussi bien suffîra-t-il que ceux qui ont jugé à propos

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de renverser du pouvoir l'homme qui, en somme, aaccompl la plus grande tâche qu'il y eût à accomplir depuis deux ans, l'affranchissement du territoire, — il leur suffira, dis-je, de laisser entrevoir, aux yeux de la France attentive et clairvoyante, l^arrière-pensée du cléricalisme pour qu'à Tinstant même, sans discussions, sans dissidences politiques, la France regarde du regard qui convient ces gens qui prétendent être les maîtres chez nous, et pour qu'elle les attende, impassible et de sang-froid, jusqu'au moment où, pour réaliser leurs détestables desseins, ils chercheront à sortir de la légalité Jusque- là, calme, immobile, elle pourra bien les laisser faire sans trop s'émouvoir en apparence ; mais quand les fautes auront comblé la mesure, le jugement de l'opinion se fera entendre, et le suffrage universel, même menacé, même sophistiqué, même mutilé, de sa grande voix couvrira la voix de ces misérables rhéteurs qui peuvent l'injurier, mais qui ne sont de taille ni à le bâillonner, nia l'asservir. (Applaudissements prolongés.)

£t s'il y a, messieurs^ aujourd'hui, un enseignement à tirer de la réunion qui nous rassemble, c'est que, si des changements, des mutations, se sont produits dans les personnes, à coup sûr il n'y a rien de changé dans les choses. La France n'a pas changé de volonté, le pays n'a pas changé de résolulion, les pouvoirs n'ont pas changé de nom, la légalité est restée la même. Les divisions des coalisés royalistes sont aussi profondes, que dis-je ? plus profondes ; car, à la veille de la chasse, on est d'accord ; mais quand le gibier est abattu, on cherche à dépecer la proie, et chacun en veut le plus riche morceau. (Hilarité. — Très bien ! — Bravos.) Messieurs, envisageons la question avec sang-froid : en réalité, rien n'est changé ; le pouvoir a passé dans d'autres mains, mais c'est au nom de la République que cette transmission du pouvoir a eu lieu ; c'est là une décisive et solennelle démonstration qui a permis au pays d'apprécier la valeur de ce mécanisme républicain tant et si souvent discuté. On a vu le pouvoir changer de mains au nez et à la barbe, permettez-moi cette expression,

de quatre prétendants différents (Hilarité vive et prolongée.), et cependant l'ordre n'a pas été troublé. Pourquoi î Parce que le pouvoir était impersonnel, parce qu'il pouvait changer de npains, mais qu'il ne changeait pas de Utre, et que ce titre suiGt pour assurer Tobéissance et le respect de la loi. (Mouve-* ment. — Très-bien I — C'est cela.)

Ce qui se passe n'est donc pas fait pour nous abattre, et, à coup sûr, nous n'avons pas môme à redouter la présence au pouvoir du plus fragile des cabinets. (Rires.) Messieurs, je perdrais mon temps à discuter la valeur personnelle des hommes qui le composent et l'on pourrait y voir des intentions de satire ou d'épigramrae fort éloignées de ma pensée. Je prends les choses telles qu'elles sont, et je dis, parce que c'est là un jugement qu'il convient de porter devant la démocratie française qui appréciera mes paroles, je dis qu'il y a dans la situation actuelle deux éléments: d'une part, une majorité légale, toute-puissante, mais transitoire et passagère, qui est aujourd'hui à l'extrême, demain au centre et, aprèsdemain, d'un autre côté ; une majorité qui dépend de la volonté de la nation, que celle-ci peut changer par un contingent nouveau de volontés nouvelles et qui, par conséquent, est modifiable et changeante comme signiQcalion et comme caractère ; et, d'autre part, au-dessus de cette force légale mais provisoire, légale mais commutable, un pouvoir qui est le pouvoir présidentiel républicain, et qui ne peut être que républicain. Messieurs, en parlant de ce pouvoir présidentiel républicain, essentiellement républicain, j'ai le droit, en mon nom et au nom de mes amis, de me réclamer des déclarations solennelles dont celui qui en est investi a fait précéder la prise de possession de la magistrature suprême. Il y a eu là, en dehors et au-dessus des partis, un pacte avec le pays tout entier. Le pays a fait confiance à ces paroles, et j'ajoute qu'il y a là le plus sacré et le plus synallagmatique des contrats, qui ne pourrait être brisé que par un coup de force d'en bas ou par un attentat d'en haut. Eh bien I je crois que, de part et d'autret la violence serait également coupable, et que le

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monde et l'histoire jugeraient avec ia dernière sévérité quiconque sortirait de la légalité pour entrer dans le crime. (Trèsbien ! très-bien I — Applaudissements.)

Messieurs, je ne suis pas assez nouveau-venu dans la vie politique pour prendre le change que cherchent à nous offrir nos adversaires. Je les connais de longue date, je les ai vus à Tœuvre les uns et les autres ; je vous fais grâce du portrait et de la description de leur caractère, de leurs manœuvres, de leurs méchancetés ordinaires ; je yeux seulement dégager un seul trait qui leur est commun à tous, c'est celui-ci :

Ils affectent d'entrevoir, dans les autorités constituées du pays, les pouvoirs publics d*abord, l'armée ensuite, puis la magistrature et d'autres forces sociales, je ne sais quel complot attendu pour quelque détestable entreprise. C'est là un outrage à ceux dont on escompterait ainsi la collaboration coupable et, pour ma part, je renvoie cet outrage à ses auteurs, convaincu, entendez-le bien, de la loyauté de celui qui tient le pouvoir suprême, convaincu surtout — et ici j'entends dire toute ma pensée — des sentiments d'honneur, de patriotisme et d'obéissance absolue aux intérêts supérieurs de la loi et du pays, qui animent tous les rangs de l'armée française sans distinction. Et sans servir dans ce moment, je Taffirme en toute concience, les intérêts de tel parti plutôt que ceux de tel autre, je dis que, dan» un pays aussi agité que le nôtre, en dépit de quelques collisions savamment préparées par les coupe-jarrets de Brumaire et de Décembre, nous avons cette suprême consolation que jamais l'armée n'a été et ne sera l'instrument de 'pronunciamientos politiques. (Très-bien ! très-bien ! — Bravos prolongés.) L'armée est au-dessus de pareils actes et elle n'a pas plus besoin de nos paroles que des paroles intéressées qu'on lui adresse d'autre part. Aussi, messieurs, je vous le dis, n'ayez aucune inquiétude ; continuez à vous servir des lois pour la propagation de vos idées ; continuez à démontrer tous les jours à ce peuple qui vous environne Texcellence et la supériorité de la constitution républicaine; continuez à démontrer par des comparaisons, par des faits, les avantages

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iocoDlestables de la démocralie républicaine sur tous les régU mes dynastiques et monarchiques ; prouvez à ce pays qu'en face de l'Europe qui nous regarde, et qui s'apprête à proûter de toutes nos faiblesses et de toutes nos défaillances, il n*y a plus qu'un refuge, plus qu'un rempart, plus qu'un asile, non pas seulement pour des républicains, mais pour des Français: c'est une République sincère et déûnitive, amie des sages progrès et capable de résister à toutes les réactions; une République^ gouvernement supérieur de la démocratie, dans laquelle la France — s'étant ressaisie elle-même et ayant assujetti tous ses enfants au service militaire et tous ses citoyens à des contributions justes et également réparties, ayant réalisé l'immense et nécessaire réforme de l'éducation nationale — pourra, dans une heure décisive, présenter tous ses fils égaux et régénérés comme un faisceau indissoluble devant Tennemi. (C'est cela! Très-bien! très-bien! — Salve d'applaudissements.)

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