LES NOUVELLES COUCHES SOCIALES
M. LE PRÉSIDENT. — La parolc est à M. Gambetta.
M. Gambetta. — Messieurs, ce qui m'amène à cette tribune, un peu tardivement, ce sont les paroles qui ont été prononcées par l'honorable M. de Kerdrel. Quoiqu'il ne m'ait pas désigné nommément, il s'adressait d'une façon tellement claire à celui qui a l'honneur d'être à cette tribune, que j'ai dil les relever et demander à l'Assemblée de me permettre d'y répondre en quelques mots. M. de Kerdrel lui-même a reconnu, avec sa franchise ordinaire, que c'était bien moi qu'il avait entendu désigner.
Voix à droite, — Plus hauti
M. Gambetta. — Tout à l'heure, messieurs. (Rires et mouvements divers.)
Tout à l'heure... messieurs, je veux rester dans l'attitude qni convient quand il s'agit de donner des explications de doctrine politique. (Mouvement.)
M. de Kerdrel m'a reproché d'avoir jeté dans le pays une expression qui, à son sens, ne contiendrait pas moins qu'une
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théorie de guerre civile, d'anlagonisme et d'hostilité irréconciliable de diverses classes les unes contre les autres.
A droite, — On n'entend pas I
A gauche, — Écoutez, vous entendrez !
M. Gambetta. — Et, généralisant son sentiment, il n'était pas loin de nous considérer comme représentant dans la so« ciété française un principe général de sédition, que nous porterions même jusqu'aux colonies.
Messieurs, il y a assez longtemps que cette expression de « nouvelles couches sociales, » de « couches sociales différentes, )) a été employée ici même, et avant moi , par divers membres de celle Assemblée, pour que, s'il ne s'agissait que du mot lui-môme, je n'eusse ni à le revendiquer^ ni à le défendre.
Mais évidemment, puisque l'on me fait de cette expression une application personnelle, et que d'ailleurs on prétend en faire sortir des théories politiques de nature à porter dans la société le trouble et le désordre, j'ai dû croire que l'occasion était propice, qu'elle était bonne pour exprimer ma pensée, pour la limiter, pour ramener à leur véritable valeur ces deux mois que Ton a défigurés par passion politique, par entraînement, par hostilité, par l'effet de cette antipathie que certaines personnes conservent contre leurs adversaires politiques, par toutes ces préventions enfin qu'on a depuis tantôt un an amassées autour d'une expression parfaitement simple en elle* même, et qui, dans ma pensée, n'était que la traduction exacte des faits accomplis ou en train de s'accomplir sous nos yeux, dans le mouvement du suffrage universel lui-même. (Écoutez ! écoulez !)
J'affirme donc, messieurs, que lorsque je disais que Ton peut définir et partager la société française en deut grandes fractions, dont Tune s'obstine à demeurer attachée au passé et s'acharne à faire obstacle à l'avenir, et dont l'autre marche de plus en plus vers l'organisation d'une démocratie pacifique et légale ; quand je parlais de la République, et que je la signalais comme l'idéal particulier du gouvernement des nouvelles cou*