SUR LES NOUVELLES COUCOES SOCIALES
mettre la main aux affaires et de les bien diriger, répétant chaque jour à ceux qui représentent l'ancien monde politique : Voulez-vous enfin prendre voire parti de l'état démocratique indestructible et inévitable de la France? Voulez-vous nous faire une part dans la gestion des affaires du pays? Voulezvous qu'il n'y ait plus de haines do classes à classes? Reconnaissez la démocratie ! (Interruptions à droite. — Bravos et applaudissements à gauche.)
M. LE VICOMTE DE LoRGERiL. — Ce quc Dous n*avons pas... (Bruit.)
A gauche, — A Tordre ! à Tordre !
M. Gambetta. — Reconnaissez la démocratie et la démocratie avec sa forme de gouvernement, sa forme nécessaire (Ah ! ah !), essentielle, la République! (Exclamations à droite. — Applaudissements à gauche.)
Aussi bien, messieurs des.c!asses dirigeantes, comme vous n'avez pas voulu prêter l'oreille à un semblable contrat, il se passe tous les jours dans le pays quelque chose de plus considérable qu'une révolution soudaine, que ces joucnées plus ou moins militantes dont on tient les annales dans notre histoire malheureusement, depuis quatre-vingt-quatre ans; il s'accomplit, en ce moment même, non pas sous vos yeux, puisque vous ne voulez pas le voir, mais sous les yeux de tous les observateurs attentifs et impartiaux, une véritable révolution légale et sociale.
Partout où depuis soixante ans, entendez-vous bien, dans les Conseils généraux, on n'avait pu faire pénétrer une minorité appréciable d'hommes sortis des rangs du peuple, ayant ses aspirations... (Interruptions à droite), ayant ses aspirations, ses idées et ses espérances; partout ou presque partout le suffrage universel a écarté... sans y mettre toujours des ménagements, mais cela tient à ce qu'on n'a pas entendu les paroles de conciliation et de transaction sur le terrain républicain... (Exclamations ironiques à droite. — Vive approbation à gauche.)... Le suffrage universel a écarté des gens qui auraient pu rendre de réels services, s'ils avaient compris le rôle
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qui leur était offert, de tuteurs, d'éducateurs et de guides du peuple. Le peuple lui-même s'est installé aux affaires, et c'est cette éclosion que, sous le nom de nouvelles couches sociales, fruit du suffrage universel, j'ai saluée à Grenoble ! (Vifs applaudissements à gauche.)
Et je dis, messieurs, que vous avez beau chercher à défigurer ma pensée, à en faire une sorte de drapeau rouge, je dis que vous ne parviendrez pas à égarer le bon sens de ce pays ; il sait très-bien que je ne suis pas partisan des théories niveleuses, que je ne suis pas un homme de chimères et d'utopies, et que si je demande l'accession, l'avènement de la démocratie aux affaires, c'est que je ne suis désireux que d'une chose, relever la France par l'ordre matériel et moral... (Très-bien! très-bien ! — Applaudissements prolongés à gauche.) Et si quelque chose est fait pour donner à ce mot de t nouvelles couches sociales » sa consécration, son véritable caractère, c'est la politique que l'on nous apporte et que Ton fait ici depuis tantôt deux mois, politique qui n'a qu'un nom, que la France connaît, contre laquelle elle s'est déjà prononcée, contre laquelle elle se prononcera toujours, c'est la politique de l'ancien régime contre la politique de la Révolution ! (A Tordre ! à rordrel à droite. — Nombreux et vifs applaudissements à gauche. — L'orateur, en retournant à son banc, est félicité par un grand nombre de ses collègues de ce côté de l'Assemblée.)
PRONONCÉ A l'assemblée NATIONALE, LE 14 JUILLET 1873