‹ Discours politiques de m. Gambetta: Deux lettres à un conseiller généralChapitre 40 sur 45 · SUR LÀ PRATIQUE DU DROIT DE RÉUNION · texte numérisé non relu

SUR LÀ PRATIQUE DU DROIT DE RÉUNION

on nous faisait le tableau véritablement enchanteur de ce pays où l'aristocratie et la royauté juxtaposées vivent sans secousse, sans collision... (Rumeurs à droite. — Parlez! parlez)! sans collision, ou au moins sans conflits sanglants, avec un monde aussi passionné, aussi laborieux, plus grossier et plus misérable à coup sûr que les travailleurs français.

On disait aux hommes trop ardents de la démocratie française : PreneZ'là des modèles; imitez ces luttes légales;, voyez comme en Angleterre les conflits se dénouent par la propagande !

Et on cilait les noms de Gobden, d3 Bright ; on nous invitait à entrer dans celte arène pacifique de contradiction, de dialectique, où le progrès est la conquête de la raison et bientôt celle de la majorité. (Très-bien ! très-bien! et applaudissements à gauche et au centre gauche.)

Eh bien, messieurs, qu'est-ce à dire?

M. LE COMTE DE Maillé. •— ils n'attaquaient pas la Chambre 1

M. LÉON Gambe'fta.— L'honorable comte de Maillé m'interrompt pour me dire : « Ils n'attaquaient pas la Chambre! » (Exclamations à gauche.)

Je fais appel à ceux de nos collègues qui ont lu les comptes rendus de ces scènes presque violentes, — car il n'y a pas que les Français qui aient le sang chaud et prompt; les Angïo- Saxons ont aussi leurs emportements, leurs passions parfois brutales, leurs manières vives de trancher les questions, ou au moins de se pousser un peu dans les réunions publiques, — je fais appel aux souvenirs de ceux de nos collègues qui ont lu ces récits. Il en est parmi nous, et jusque sur le banc des ministres, qui les ont examinés de plus près, qui les ont décrits, qui en ont exposé, dans une publication spéciale ou dans une Revue qui est presqu'une institution politique en France, des peintures exactes et justement remarquées. Il en est quelquesuns d'entre vous qui ont des sympathies jjour un prince dont vous connaissez les travaux et qui a eu pour but précisément de mettre en lumière, dans un livre loué par ses amis et qui a

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failli devenir la base d*une enquête spéciale de la part de l'As semblée nationale, la description de cette animation, de cette lutte, de cette liberté d'association, de réunion, de protestation, de propagande. De telle sorte que nous en sommes à envier le spectacle de la liberté individuelle chez nos voisins.

M. LE COMTE DE DouuET. — L'Angleterre est un pays complètement organisé, tandis que la France ne l'est pas ! (Bruit.)

M. LÉON Gambeita. — A l'aide de quels procédés les Anglais peuvent-ils poussera la conquête légale des libertés etdes droits qu'ils réclament? A l'aide de la liberté du balcon, oui, du balcon, dont vous parliez tout à l'heure, parce qu'ils ont le droit de se réunir autour de plates -formes, sur les places publiques, dans les édifices construits par la munificence des citoyensqui appartiennent à l'aristociatie elle-même, et qui, pins soucieux ou plus intelligents de leurs intérêts et comprenant mieux leurs devoirs, savent qu'il n'y a qu'un moyen de diriger les démocraties dans les voies de la justice, c'est de leur tendre la main, c'est de leur ouvrir les portes de l'arène légale, c'est de les instruire par la pratique même de la liberté. (Applaudissements a gauche.)

En conséquence, permettez-moi de dire que cette liberté, dont on croit se défaire par une épigramme, est la plus essentielle de toutes dans une démocratie. Essentielle pour nous surtout, car, malheureusement, nous avons affaire à un peuple auquel on a mesuré d'une façon bien avare l'instruction et la science... (Réclamations à droite. — Approbation à gauche), à un peuple qui ne lit pas, qui ne s'intéresse pas aux œuvres écrites. Et alors, le vrai droit pour lui et le véritable moyen, non-seulement d'apprendre, mais de se discipliner, de se gouverner lui-même, c'est le droit de réunion, c'est la liberté de propagande. (Très-bien à gauche.)

Plusieurs membres à droite, — A la question.

M. LÉON Gambetta. — Voilà le droit avec lequel vous pourrez espérer distinguer ce qu'il y a de bon parmi les éléments

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