DONNE PAR LA VILLE DE PERIGUEUX
M. Gambetta avait depuis longlemps pris l'engagement d'aller visiter nos amis de la démocratie républicaine du sud<ouest. Metiant à profit la cordiale invitation de M. du Bruel, ancien représentant du peuple, consul général de France à Genève, révoqué par le gouvernement du 24 Mai, M. G.tmbelta est arrivé lundi, 22 septembre, accompagné de M. ii). Spuller, au ch&ieau de Sept-Fonds, vaste maison de campagne située à cinq kilomètres de Périgueux, et s'y est installé suivant le désir exprimé par le propriétaire.
Dans cette résidence, pendant toute la semaine. M. Gambetta a reçu de très-nombreuses visites des républicains de Périgueux, qui sont venus à Sept-Fonds pour s'enlrelenir avec l'honorable député do la situation présente du pays et des projets que la réaction médite d'exécuter à la rentrée de l'Assemblée nationale.
Jeudi, dans la soirée, il est allé à Périgueux pour assister au dîn»r otfert en son honneur par M. le docteur Guilberl, ancien préfet du gouvernement de la Défense nationale, à toutes les personnes qui, après avoir accepté et rempli des fonctions administratives dans ^intérêt de la République, ont été destituées successivement pour plaire à la réaction. Après le dîner chez
M. Guilbert, M. Gambclla s'est rendu chez M. Fournier-Lauâ'ièrc, ancien maire révoqué de Périg»ucux, qui avait réuni dans son salon tout le Conseil municipal de la ville, à l'effet de le remercier de l'invitation qui lui a élé adressée par le Conseil d'ahsisler aux fêtes municipales données par la ville de Périgueux, à l'occasion de l'inuuguralion de la statue du général Daumesnil.
Samedi, 27 septembre, au château de Sept-Fonds. l'affluence des visiteurs a élé plus grande que de coutume. On peut évaluer entre trois c^nt cinquante et quatre cents lo nombre des personnes qui sont accourues des divers points du déparlement, des quaire arrondissements de Nontron, de Bergerac, de Sarlat, de Ribérac, pour s'entretenir avec M. Gambella des affaires de la démocraiie. On remarquait, parmi ces visiteurs, un grand nombre de maires, de conseillers généraux et d'arrondissement, dont l'influence sur leurs concitoyens tient à leurs sentiments républicains hautement professés et connus. La réception de toutes ces personnes n'a pas duré moins de quatre heures. On s'était spontanément divisé par régions, et l'on pénétrait dans les appartements par groupes de cinquante à soixante personnes. Chacune de ces réc«piions, marquée au coin de la plus sincère cordialité, a donné lieu à un frat rnel échange de pensées et de vues sur la situation. La conversation s'engageait sur la poli^ tique, sur le présent et l'avenir de la République. Chacun y prenait pari, apportant ses observations personnelles, taisant connailre ses propres opinions. M. Gambetla résumait^ dans uoc courte allocution finale, l'ensemble des faits examinés et des déclarations produites, et terminait par des conseils dont la fermeté autant que la prudence ont été justement appréciées.
La plus importante de ces réceptions partielles a été celle des visiteurs venus des départements limitrophes. Elle se composait de plus de cent personnes. Les visiteurs de la Charente et de la Vienne ont été présentés par notre confrère et ami M. Massi^ cault, rédacteur en chef de la Charente; ceux du Lot-et-Garonne et du Lot, par M. Louis Mie, avocat à Périgueux, dont l'infatigable dévouement à la démocratie est si connu dans tout le midi de la France; ceux de la Haute-Vienne, de Limoges et dç Saint- Yriex, par M Georges Périn, représentant de ce déparlement à l'Absemblée nationale; ceux de la Corrèze, de Tulle et de Brives, par M. Maillard, avocat à la cour d'appel de Paris, en ce moment en vacances parmi ses concitoyens. Dans cette entrevue, M. Gambeita, après avoir entendu et recueilli toutes h$ observatiooa
communiquées par les visiteurs, a prononcé une allocution qui a embrassé rapidement toutes les questions à Tordre du jour, et l'assemblée s'est séparée ayec la conviction que la sagesse, la discipline, 1 inébranlable patience de la démocratie républicaine sauront contenir et déjouer les projets tramés contre les insti* tutions existantes. Chacun a emporté la certitude que partout l'idée républicaine et (léuiocratiquo est en progrès.
La royauté du droit divin, qui amènerait infailliblement la domination des prêtres et des nobles, est en horreur aux populations. Lasse de tant de commotions politiques, soucieuse avant tout de ^e préserver de l'inévitable révolution produite par le rétablissement de la monarchie, quelle que fût cette monarchie, et qui serait, comme l'a dit M. Thiers, la j)lus redoutable de toutes, la France* aspire à se reposer dans la République sincèrement libérale et démocratique de tant d'agitations funestes. Le pays est las du provisoire; ce qu'il veut, c'est la République définitive et solidement assi>e; or, celte République ne peut être constituée que par une Assemblée nouvelle, élue spécialement pour cet objet avec un mandat parfaitement défini et à Tabri de toute contestation.
Cette heureuse et féconde journée laissera un long souvenir dans la démocratie du sud-ouest.
Dimanche 28 septembre, la ville de Périgueux a solennellement inauguré la statue du général Daumesnil. De grandes fêtes ont été données à cette occasion. M. Gambetta avait été invité à y assister.
Dans la soirée, un banquet a été offert par la municipalité de Vincennes.
Celte réunion a eu un caractère essentiellement privé. Aucun des représentants de l'autorité n'était présent. Le banquet était présidé par M. Gambetta. Après plusieurs discours, le maire révoqué de Périgueux a porté un toast à M. Gambetta. Voici en quels termes il s'est exprimé :
Messieurs,
Le toast que je vais porter sera certainement chaudement applaudi par vous tous.
A Gambetta !
C'esl-à-dire au citoyen illustre qui ne douta pas de la France^ et s'il ne put lui faire obtenir la victoire, lui conserva du naoins ce glorieux privilège des heureux vaincus : Thonneur !
A Gambetta ! Dans une République à peine sortie du berceau, sur un sol disputé pas à pas à Télranger, il sut établir un gouvernement sur la seule base de la force morale et du patriotisme de tous; il sut créer ces armées, qu'on est fier d'avoir possédées quand elles peuvent écrire sur leur drapeau : Coulmiers, les batailles de l'Est et le siège de Paris.
A Gambetta! dont le nom, après cette fêle, restera uni, dans notre admiration, à celui de Dauiiiesnil ; tous deux ont aimé la patrie, tous deux ont tenu haut le drapeau tricolore.
A Gambetta ! enfin, le guide de la démocratie, son espoir pour le jour où la République, solidement établie, débanassée des tâtonnements monarchiques, radieuse et sereine, régnera en France, assurant les droits de tous par les efforts de tous.
Messieurs, je remercie l'illustre citoyen qui a bien voulu venir nous visiter; je bois à son retour au milieu de nous, je bois à Gambetta.
M. Gambetta a répondu par le discours suivant :
Messieurs et cbers Concitoyens,
Ce n'est pas sans émotion que l'on entend de telles paoles, et il faudrait qu'au milieu des déceptions de la vie pu-. blique l'âme d'un républicain eût perdu tout ressort pour ne pas vibrer jusqu'à se briser sous l'impression de semblables discours, qui traduisent des sentiments si bienveillants et si généreux. Vos applaudissements, venant donner à ces paroles comme une consécration, me laissent profondément ému et reconnaissant, mais tout à fuit incapable d'y répondre comme c le voudrais ; c'est-à-dire d'une façon digne, non pas seulement des hommes qui sont ici, — car, après tout^ les hommes sont peu de chose dans la mêlée des partis et en face de la grandeur des idées qu'ils défendent — (applaudissements},
mais dignes surtout de la grande cause qui vient d'être si noblement rappelée, et que nous sommes tous résolus à défendre jusqu'à notre dernier soupir.
Messieurs, dans le discours de notre ami, M. Laurière, il y a une assimilation que la postérité et l'histoire ont, seules, le droit de faire, entendez-le bien. Quoiqu'elle ait été faite par un cœur sympathique et généreux, je dois la repousser. Mais, puisqu'on veut bien reconnaître que j'ai quelque droit de parler au milieu des républicains, mes frères, et en leur nom, qu'il me soit permis de ne point laisser s'introduire parmi nous un langage trop complaisant, où un homme quel qu'il soit tient toujours trop de place, où, peu à peu, il refoule et écrase l'idée qu'il représente. Citoyens, ne donnons jamais à penser que cette auguste incarnation de la justice parmi les hommes, la République, c'est-à-dire la vertu, devenant le levier du gouvernement des hommes (bravos), puisse dépendre de l'existence d'une personne^ du hasard, de la maladie, des infirmités d'un organisme, au lieu de reposer, immuable et éternelle, sur le droit et la volonté respectée d'une nation toujours libre. (Applaudissements prolongés.)
Permettez-moi donc, mon cher Fournier-Laurière, ces quelques mots de réserve et de correction, après les paroles que vous avez fait entendre; d'ailleurs vous avez, ce jour-ci, mérité un honneur auprès duquel ne peuvent compter pour rien ni les applaudissements de vos amis ni la reconnaissance de vos concitoyens. Que vous est-il donc arrivé? Le voici : toute votre ville en est encore émue. Vous qui avez tout fait pour cette ville, vous qui lui avez donné la lumière et l'eau, la salubrité et le bien-être, vous qui, jour et nuit à la tâche, avez remis ici tout en ordre sur la voie publique comme dans les finances, vous, le maire que toute cité devrait envier et que tout gouvernement devrait soutenir, au milieu de vos travaux, dans votre œuvre de zèle et de dévouement, vous avez été tout à coup frappé, suspendu, révoqué ! au nom de quoi? au nom de l'ordre... mais de l'ordre moral. Et par qui? Par vos adversaires politiques. (Salve d'applaudissements. — Accla-
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mations.) Voilà le grand honneur qui vous est échu« (Nouveaux applaudissements.)
Mais si vous avez encouru les arrêts ou plutôt les arrêtés (rires) de Tordre moral, le suffrage de vos concitoyens, — auquel est venu se joindre, dès que la mesure qui vous frappait a été connue, le suffrage de tout le reste de la France, — vous réserve la compensation certaine que la justice et le bien accompli rencontrent tôt ou tard dans ce monde. Car, messieurs^ laissez-moi exprimercette conviction tout intime, c'est dans ce monde que les œuvres reçoivent leur sanction ; quoi qu'on en dise, la justice est parmi nous, elle arrive boiteuse ou rapide, trop rapide souvent; nous Ta vous bien vu après notre irrépable faute du plébiscite; trop lente aussi quelquefois, elle arrive sûrement ; cette confiance en la justice fait notre force et nous [soutient. Pour moi, je n'en ai, je n'en connais point d'autre I — (Sensation et applaudissements répétés.)
Messieurs, on rappelait tout à Theure cette époque fatale où le pays, abandonné, trahi par ceux-là mêmes qui, pendant vingt ans, s'étaient fait, non pas ses guides, mais ses exploit teurs, ne rencontra, au milieu de désastres sans nombre, ai armée régulière, ni finances, ni administration, ni diplomatie, Tout s'était écroulé à la fois, et, la bande impériale s'étant retirée, la France nue, garrottée et gisante, était réddte à subir les injures et les souiliures de l'étranger. £lle se releva, grâce à la République. (Oui! oui! c'est vrai.) Aussi, messieurs, je ne laisserai jamais dire, sans protester, que notre pays a man^ que de patriotisme. Non ! il n'en a manqué à aucune heure, et, dès le lendemain de la capitulation et delà défaite, il a tout donné, il a tout apporté, des hommes, de l'argent, des ressources matérielles. Il a dit : prenez et employez ces choses, et on les a employées. Si la défaite est venue, si la victoire n'a pas récompensé les efforts et les sacrifices, il faut savoir le dire, c'est parce qu'il y a eu des hommes et des partis politiques qui, tablant sur les revers de la France, ont tout énervé et tout an*êté, préférant la capitulation, la défaite, l'abaissement de la patrie à rabdication de leurs convoitises parttcuUè-
res. (Marques d'adhésion. — Applaudissetnents prolongés.)
Messieurs, je reviens sur tous ces faits douloureux pour établir deux points qui sont connus au dehors, que l'univers sait^ et qu'il faut que la France sache bien à son tour : à savoir que notre peuple ne s'est pas abandonné, que notre natiott s'est retrouvée, qu'elle s'est retrempée dans l'extrémité même de ses malheurs, que les âmes se sont élevées à la hauteur des désastres éprouvés, et que des efforts inouïs ont été faits pour résister à Tinvasion, efforts dénigrés chez nous^ mais admirés par le reste du monde. (Très-bien! très-bien! Applaudissemeais).
Ces souvenirs si tristes, citoyens, ont leur côté glorieux : loin de moi la pensée d'en faire honneur à tel ou tel parti. C'est la France entière qui s'est levée, c'est à elle qu'on faisait appel, et c'est elle, elle seule qui a répondu. Ce n'est pas nous, qu'on le sache bien, qui avons jamais distingué la couleur des drapeaux qui marchaient à l'ennemi ; non, jamais, je le déclare hautement, une pensée aussi impie ne m'est arrivée à l'esprit! (Salve d'applaudissements.)
C'est pour cela que je suis profondément humilié, pour l'honneur et pour le renom de ma patrie, de voir s'élever autour des républicains qui ont servi la France, je ne sais quelles susceptibilités jalouses, je ne sais quels ombrages mesquins du genre de ceux que l'on témoigne aujourd'hui. Aussi, mes^ sieurs, en ce moment même, si un devoir impérieux s'impose à vous , c'est le souvenir de ceux qui manquent ici; c'est à ceux-là qu'il faut porter un toast, non pas au nom d'un parti politique, mais au nom du sentiment national, au nom de k France tout entière.
Messieurs, après les défaites que nous avons essuyées et qu'il faut maintenant réparer, le sentiment qui doit dominer dans nos cœurs, qui doit nous exciter et nous soutenir, c'est le sentiment de la patrie ; et si j'avais pu croire que ma présence à ce banquet, où vous m'avez convié, devait avoir pouf effet d'en exclure les représentants de la vaillance française, les défenseurs du drapeau français, ceux qui n'ont ja!»ais fai-»
bli, ceux qui n'ont jamais capitule, ceux qui n'ont jamais rompu d'une semelle... (Adhésion unanime. — Très-bien! très-bien ! très-bien ! — Bravo. — Double salve d'applaudissements.)
Si j'avais pu penser, dis-je, que ma présence pût entraîner leur exclusion de ce banquet, oui, malgré la joie profonde que j'éprouve à presser la main fraternelle de cette démocratie qui est ici réunie, et à laquelle j'ai voué toutes mes forces, toute mon intelligence, — je ne serais pas venu. (Sensation profonde.) Je ne serais pas venu, parce qu'il y a quelque chose qui m'importe plus que nos fêles républicaines, c'est le rôle, c'est la mission, c'est la place de ceux qui représentent la vaillance de la patrie devant Tétranger. (Explosion d'applaudissements. — Bravos unanimes.)
Ils seraient des calomniateurs tous ceux qui interpréteraient mes paroles autrement qu'elles ne doivent l'être. Je ne les prononce pas dans un mesquin intérêt de parti; je les dis parce qu'il y a quelque chose de supérieur à la République, de supérieur à la liberté de la pensée, c'est la France, c'est l'indépendance de la France, c'est la passion, c'est la religion de la France ! (Oui ! oui I — Très-bien ! — Bravos et applaudissements répétés.) La France résume tout pour moi : liberté de la raison, progrès et justice, République ; tout cela, c'est la France ; voilà pourquoi il n'y a rien, il ne peut rien y avoir au-dessus de la France. (Nouveaux applaudissements.)
Aussi j'ai le droit de dire, parce que c'est une vérité qui s'impose à tous, que, désormais, il ne peut plus être fait de séparation ni de rupture entre la France et le parti républicain, entre la France et la démocratie. J'en atteste notre histoire. Est-ce que ce malheureux et noble pays a jamais pu trouver une réparation ou un refuge contre les désastres accumulés par les monarchies successives, ailleurs que sous l'égide et l'abri de la République? Et lorsque cetie République s'était dévouée, quand elle s'était pour ainsi dire sacriflée, après qu'elle s'était soumise à touies les malédictions pour secourir la patrie^ alors ses adversaires, comme une meule
acharnée, se sont retournés contre elle, criant, aboyant, hurlant pour chercher à la rendre responsable des malheurs qu'elle s était donné mission de réparer.
C'est ainsi qu'ils ont essayé de troubler l'esprit du peuple, de pervertir la clairvoyance du paysan, cette création immortelle de la Révolution française (applaudissements unanimes), et celle de l'ouvrier, cette autre création de la science moderne appliquée à la conquête de la nuture. (Nouveaux applaudissements.) Ils sont parvenus seulementàtroubler l'esprit du bourgeois, qui devait être l'initiateur, le conducteur et le guide de la famille française, en lui faisant renier ses traditions et sa gloire, son génie et ses intérêts, pour le faire se précipiter, tremblant, aux pieds d'un maître.
Ils ne réussiront pas, messieurs... ; mais je ne suis pas ici pour parler de notre politique intérieure, et une autre fois... (Très-bien ! très-bien ! — Applaudissements répétés.)
A ce moment, l'orateur, en proie à une vive el profonde émotion, s'arrête, s'assied un instant, se relève et continue :
Je vous demande pardon, messieurs. Au milieu de l'émotion qui me gagnait, j'ai oublié ce qu'on ne doit jamais oublier dans des fêtes analogues, c'est Paris et le souvenir de tout ce qu'il a fait pour la France. Je ne serais pas son représentant, son mandataire, si je m'asseyais sans constater la présence ici de la municipalité de Vincennes, et pour nous, Vincennes, c'est Paris, confondu dans une étroite solidarité avec la municipalité de Périgueux, affirmant, dans cet admirable culte de la vertu nationale, leur intime union, démontrant que c'est l'esprit de Paris, que c'est l'àme de Paris qui vit et palpite dans l'àme de la province, et que c'est le sentiment de l'unité française qui rattache la province à ce Paris souffrant et glorieux, toujours cher à toute la nation. L'union est si parfaite qu'on ne sait, dans ce culte du dévouement, de l'héroïsme, à qui revient l'initiative. Est-ce au département de la Dordogne, qui a été le berceau de Daumesnil, de ce héros simple et modeste, qui
enseigne aux militaires d'aujourd'hui que, pour s'inscrire au Panthéon des grands hommes, le génie n'est pas toujours nécessaire, et qu'il suffit simplement de faire son devoir! (Trèsbien ! très-bien! — Applaudissements.) Ou bien celte initiative appartient-elle à la municipalité de Vincennes, dont les représentants sont venus assister à la fêle que vous donnez pour perpétuer la mémoire de Daumesnil? Admirable confusion mutuelle qui nous rappelle ces premiers jours, jours superbes, delà Révolution française, où, pour se donner le baiser fraternel, pour se communiquer la même pensée, les mêmes frères, les mêmes Français envoyèrent de tous les points du territoire des délégués des provinces à Paris. C'est cette fédération nationale, — non pas une fédération qui implique le désordre, la division et l'anarchie, — qui nous a réunis tous en un admirable faisceau, et qui a constitué la patrie française ; c'est cette fédération nationale qui a définitivement associé vos destinées les unes aux autres, et qui nous a vraiment appris à tous qu'il vaut mieux mourir tous ensemble plutôt que de rien laisser distraire de notre admirable patrimoine national. Mais, hélas ! cruel retour sur nous-mêmes? ces paroles nous rappellent qu'il manque des verges au faisceau de la République! (Profonde sensation.)
Messieurs, à la municipalité de Vincennes, qu'on pourrait presque appeler la municipalité de Paris, et à la municipalité de Périgueux; aux patriotes absents, à la France, à la République ! (Acclamations et applîiudissements prolongés.)
L'auditoire se sépare^ en proie à une vive émolion.