AU CHATEAU DE LA BORDE
près Ghàtellerault
En quittant Périgueux, M. Gambetta s'est rendu au château de La Borde^ près Gh&tellerault, chez M. Adolphe Escarraguel, qui lui avait annoncé l'intention de réunir autour de lui les membres les plus autorisés et les plus influeuis de la démocratie républicaine du département de la Vienne.
Pendant les quatre jours qu'il a passés dans cette résidence^ M. Gambetta a reçu de nombreuses visites : le vendredi 3 octobre, notamment, plus de soixante personnes sont venues à La Borde pour apporter à M. Gambetta l'expression des sentiments et des vœux des populations ouvrières des campagnes relativement aux intrigues monarchiques et à raffermissement définitif des institutions républicaines.
Le soir, un grand dîner de vingt-cinq couverts a été offert par M. Adolphe Ëscarraguel.
Au dessert) il a porté le toast suivant :
MessiburSi
Voulez-vous me permettre de porter un toast à un homme quii alors que l'empire gouvernait la France^ a su, dans nos
assemblées publiques, élever, devant cet empire autoritaire, le drapeau de la démocratie avec un éclat remarquable;
— A l'homme qui, plus tard, aux heures pénibles et douloureuses de la France, alors que la ville de Paris faisait de si patriotiques elTorb pour soutenir courageusement la lutte, confiait sa personne et sa vie aux voies aériennes pour venir, dans la France étonnée, apporter encore son énergie et sa résolution inébranlable ;
— A l'homme qui va dans l'Assemblée actuelle défendre encore, avec Ténergie qu'il a développée dans les deux premières phases dont je viens de parler, et aussi avec l'éloquence qui lui est propre, les intérêts et l'avenir de la véritable souveraineté, la seule légitime, la souveraineté nationale!
Je vous propose, messieurs, comme son hôte et son ami, de boire à la santé de M. Gambetta. (Assentiment général. — Très-bien ! — Très-bien I )
M. Gambetta, se levant, répond :
Messieurs,
Je réponds aux cordiales et fraternelles paroles de notre hôte en buvant :
A la République !
A la démocratie française I
A l'union de toutes les fractions du parti républicain ! (Bravo ! bravo ! assentiment général.)
Messieurs,
Si vous pouviez, comme je le peux, moi, tous les jours, voir et connaître de près ce grand parti républicain, qui bientôt perdra le nom de parti pour devenir la patrie elle-même (Marques d'adhésion), si vous pouviez voir dans tous les rangs, dans toutes les conditions, ce qu'il recèle de trésors de bonne volonté, d'esprit de sacrifice, de générosité native qui ne calcule jamais, d'ardeur spontanée, toujours prête à s'élancer, dans toutes les circonstances, vers qui lui tend les bras et qui