‹ Discours politiques et écrits divers (volume 2)Chapitre 11 sur 27 · S£PONSE AU DISCOURS DE H. THŒRS · texte numérisé non relu

S£PONSE AU DISCOURS DE H. THŒRS

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(Suite de U «éuiee du 11 juin iMB)

M. Thiers, selon moi , vient de déplacer la question en déclarant que nous prétendions aujourd'hui ne pas être assez éclairés, lorsque hier nous avions conclu, sur les faits seulement, à une violation de la constitution. Oui, nous sommes éclairés, je vous l'ai dit, et je remonte à la tribune pour que vous ne puissiez pas dénaturer ni travestir mes paroles. Hais il y a un Fait qui est capital : le gouvernement, lorsqu'il a violé la constitution, lorsqu'il a violé, je vais vous le démontrer, le décret de l'Assemblée constituante, par quels moyens les a-t-il violés ? Vous nous dites qu'aujourd'hui notre affirmation d'hier doit sufBre ; je vous réponds et vous n'avez pas dit un mot contre cela : entre vous, majorité, et nous, il y a le pays. Eh bien, vous ne pouvez pas faire comprendre au pays ceci : qu'après avoir suivi ostensiblement la politique de l'Assemblée constituante jusqu'au 29 mai, que le 29 mai, tout à coup, vous ayez changé de politique, que vous ayez rappelé votre agrat d'une part, et que, d'autre part, vous ayez donné des ordres au général Oudinot d'entrer directement dans Rome.

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Je dis que vous avez dû être impressionnés par des actes , par des faits, que nous oe les avons pas connus, que ces faits, ces actes sont renfermés dans vos instructions, et que vous devez les communiquer.

El je vous dis ceci non pas pour changer ni votre conviction, qui est faite, ni la nôtre, qui est faite; mais, enU% l'accusation — vous ne pouvez pas répondre à cela — entre l'accusation et le jugement, il y a tont un monde. Eb bien, il faut qu'en présence de notre accusation, le pays soit mis à même de savoir si la constitution a été violée ou si elle ne l'a pas été.

Et je dis que, pour décider, il a besoin de connaître les actes; vous êtes sous un gouvernement républicain, vous ne pouvez pas les lui soustraire ; et il y a ce fait capital pour l'accusation que, pendant la session de l'Assemblée constituante, et avant la réunion de l'Assemblée législative, vous avez tout d'un coup, sous je ne sais quelle impression, donné des ordres que nous avons le droit de connaître.

Maintenant, est-ce que vous croyez par hasard que nous n'avons pas bien fait d'insister pour avoir cette communication? ësIfCO que vous croyez par hasard que la présence de M. Thiersà la tribune, et que l'aveu qu'il vient de faire n'est pas la question tout entière? Ëh bien, ne fussé-je remonté à la tribune que pour constater ce fait, je dis que c'est un fait très grave, et je vais vous le démontrer.

Ah I rappelez-vous-Ie, oui, l'aveu que vous avez fait aujourd'hui est un des aveux les plus graves, et qui pèse sur voua. Vous avez dit que la question était entre la démagogie et l'ordre.

(Quelque* membrei à droUe : Oui! oui !)

Vous répondez que oui; eh bien, vous vous associez donc à cette politique qui, à Rome, quaud le suffrage universel de toute une nation a prononcé.... {Rumeurs. — Intem^tùm.) vous vous associez donc à cette politique qui appelle

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démagogie l'exercice des droits d'un peuple libre ! Soyez francs jusqu'au bout : ce que vous nommez démagc^ie à Rome, c'est ta république.

{À gauche : Bravo ! bravo !)

Vous dites que la Constituante, en autorisant notre armée à descendre à Civila-Veccbia, à peine d'être stupide, avait apparemment eu la pensée qu'on pourrait pousser jusqu'à Rome. Les phrases dites plus ou moins rapidement, plus ou moins habilement, sont faciles à Tenir faire à cette tribune. Â.vez-vous répondu au rapport de M. Senard? M. Senard n'était pas un membre isolé de l'Assemblée constituante ; il était rapporteur de la majorité de cette Assemblée. Avez-Tous répondu à ce procès-verbal que je vous apportais hier, et que vous ne pouvez pas discuter, et dans lequel il disait au gouvernement : Vous n'irez pas à Rome; nous n'osons pas tous dire de revenir immédiatement à Givila- Vecchia, car nous ne connaissons pas les circoDstances» et sous l'empire d'un échec nous ne voulons pas avoir l'air de donner tort à nos soldats. Mais nous vous enjoignons de ne pas aller à Rome. Vous n'y étoufferez pas la liberté romaÎDe ni la république ; nous vous le disons ; nous prenons acte de vos paroles.

Et qu'avez-vous répondu à cet autre rapport de M. Jules Favre, qui venait dire : < Le gouvernemeul s'est présenté dans la commission; il a déclaré deux choses : qu'en allant à Givita-Vecchia on n'avait voulu que ceci — retenez-le bien je veux que la France le sache; toutes les habiletés de tribune ne pourront pas effacer cette volonté de l'Assemblée constituante — oui, l'armée française ira à Civita-Yeccfaia pour empêcher les Autrichiens et les Napolitains d'abuser de la victoire ; mais vous n'irez pas à Rome pour étouffer la république romaine. FA vbus avez répondu que ce D'étaîl pas votre intention.

Et vous dites aujourd'hui, je ue lïais par quel abus de

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langage, que les Autrichiens seraient à Rome si l'armée française ne s'était pas trouvée auK abords de la ville éternelle. Que vous répondait donc le triumvirat? Il vous disait ceci : Faîtes éloigner les troupes françaises; des Napolitains, nous en avons eu raison.... (Rumeurs au centre et à droite.) Nous ne vous demandons qu'une chose, c'est de Doas Laisser faire justice également de l'armée autrichienne. {Exclamatiotii et rire» à droite. — A gauche ; Oui! ouil)

Tous les doutes, tous les rires ne peuvent pas prévaloir contre une pièce olËcielle. Quand les Romains vous ont dit qu'on leur laissât faire justice eux-mêmes des Autrichiens, ils vous l'ont dit après avoir fait preuve de courage contre tes Napolitains. Et de quel droit voulez-vous vous montrer plus protecteurs de leur nationalité qu'eux-mêmes? De quel droit voulez-vous repousser des ennemis qu'ils veulent repousser par eux-mêmes? Vous ne pouvez pas vous soustraire à cette déclaration des deui rapporteurs. Et quand veus-mtoies vous avez dit dans la commission que vous ne vouliez pas étouffer la liberté romaine, que vous ne vouliez intervenir à Rome que pour lui donner des institutions libérales; vous ne pouvez pas, après cette première faute commise par votre général en chef, ainsi que l'a décidé r.^ssemblée constituante, prétendre que cette Assemblée, par l'organe de son rapporteur ofQciel, ne vous a pas fait cette défense au nom du pays : a Vous n'irez pas jusqu'à Rome pour tuer et anéantir le gouvernement qu'elle s'est donné. > Je le répète, toutes les phrases de M. Thiers ne pourront pas prévaloir contre les rapports officiels ; je les lui oppose, le pays saura les lui opposer lui-même ; c'est la meilleure de toutes les réponses.

Maintenant, un dernier mot, et j'insiste sur ce point, je tiens à le constater; vous avez dit : C'est la guerre entre l'ordre et la démagogie. Monsieur Thiers, savez-vous bien

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que les paroles que tous avez prooonoées là ne sont pas de vous ; elles sont de l'emperaur de Russie, elles soal du roi de Prusse. {Bravo$ et (^laudmementt à gawbe.)

Oui, ces détestables paroles sont celles de Tempereur de Russie dans son manifeste. Il a déclaré ceci, que, depuis le â4 février 1 848 , il avait observé le mouvemeut de l'Europe, et, quand il avait cru que le mouvement était veau d'agir au nom de Tordre contre l'anarchie et la démagogie, c'est-à dire contre les républiques.... (Murmures etvitet réclamations au centre et à droite. — À gawke : Oui! oui!)

C'est vainement que tous tous récriez. Si vous aTica voulu lire avec attention ce manifeste si grave

{A droite : Nous l'avons lu I)

Vous y auriez tu ceci, c'ost que c'était la révolution de Février qu'on caractérisait. {M. Thiers fait des signes de dénégation.)

C'est vainement que vous répondez que non, monsieur Tbiers ; je pourrais envoyer chercher ce manifeste, si on voulait suspendre un instant la séance. {Exelam<Uio7u sur plusieurs bancs.)

Messieurs, voulez-vous ou ne voulez-vous pas de la discussion ? [à droite : Parles I parlez I)

Eb bien, si vous vouliez de la discussion d'une façon sincère, comme vous prétendez que l'interprétation que Je donne au manifeste de l'empereur de Russie n'est pas exacte, je bis ce que fait tout homme loyal, je tous dis : Vonleavous l'envoyer chercher? (Bruit. — Interruptions.)

Se dis que vous verriez dans le manifeste de l'empereur de Russie et dans celui du roi de Prusse qui Ta suivi de quelques jours, que ce n'est point aux mouvements insurrectionnels de l'Allemagne et de l'Italie qu'on s'adresse, mais bien à la révolution de Février elle-même. Je le dis pour l'avoir lu dans l'Assemblée constituante, et j'ajoute

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- 5«3 — que, quand eo relatant les paroles textuelles j'ea tirai celte coDsëquence, personne n'a pu m'interrompre, parce qu'elle était impérieuse et fatale.

£h bien, quand tous venez nous répéter ces TaotB : rordre el la démagogie, je tous dis, encore une fois, que c'est la question de la monarchie et la question des républiques. {Dénégatiom à droite et au centre. — À gauche : Sil)

C'est si bien la question des républiques, que la république romaine, apparemment, ne pouvait point intéresser l'empereur de Russie au point de vue de la catholicité; vous ne pensez pas qu'il ait intérêt à défendre le catholicisme. Eh bien, pourquoi donc, lui, parl&-t-il aussi de la république romaine dans son manifeste? Pourquoi y fait-il allusion? Parce que c'est la république.

{Une voix au centre : Non, parce que c'est la démagogie.) (RiclamtUiom à gauche.)

Vous me répondez : C'est la démagogie que la républi- (jue romaine 1

Permettez-moi de répondre ici en son nom.

On reprochait hier à la république romaine qu'un meurtre l'avait inaugurée. Ceux qui disent cela savent parfaitement qu'ils ne disent pas une chose vraie. [Exclamatiom au centre et à droite.)

{À gauche : Aon/ nçnl)

{Une voix à droite : Ettrce que par hatard M. Bosti n'ett pat mort?)

Le meurtre commis sur M. Rossi est arrivé cinq mois avant la proclamation de la république, et apparemment vous ne rendez pas tout un peuple responsable d'un fait isolé!

J'aime à croire que vous vous inclinez tous les jours devant la révolution de 1789, devant la république française. Eh bien, est-ce qu'elle n'a pas commencé, il faut le dire,

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par de fatales exécutions ? Est-ce que tous pourriez confondre avec des accidents fatals ce qu'il peut y avoir de vrai, de sacré dans la liberté d'un peuple? Par suite d'un fail isolé Vous ne seriez pas sincères en reprochant à ta république romaine d'avoir été inaugurée par le meurtre it M. Bossi. (Vive agitation.)

Je dis que la république romaine n'est pas de la démagogie, nou, bien certainement ! Comment ! un peuple, par son sufl'rage universel , au milieu de la paix, sans insurrection, produisant une assemblée coostituanle, vous pouvez dire que c'est de la démagogie? Vous n'osez pas le dire de la France, et cependant il faut conclure de la même façon.

La démagogie ! vous prétendez que cette Assemblée n'est pas le produit légitime de ce peuple! Cependant, à la manière héroïque, unitaire, indivisible dont elle se défend, pouvez-Tous dire que ce sont des démagogues? C'est une république aussi sacrée, aussi sainte que la vôtre, sachesle bien.

Eh bien, je vous le répète, je n'ai plus qu'un mot à vous dire, et j'y reviens souvent parce que je veux que celle pensée soit bien constata aux yeux du paysj vous avez dit: C'est l'ordre en opposition à la démagt^ie. Oui ! c'est l'ordre qui s'avance dans toute l'Allemagne, c'est l'ordre de la Prusse, qui vient jusqu'à nos frontières, jusqu'au pont deKehl! Oui! c'est l'ordre qui s'avance avec rAuiricbe jusque sur le Wurtemberg, c'est Tordre qui vient tous menacer jusque sur nos frontières, voilà l'ordre! Yous êtes du parti des Cosaques, vous n'êtes pas républicains!

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