‹ Discours politiques et écrits divers (volume 2)Chapitre 12 sur 27 · LE 15 JUIN · texte numérisé non relu

LE 15 JUIN

■ ÂTtREMiNn DU 13 Juin 1840 BT u QatsTioM d'italic

ET COMtElL k Là oillOGlUTIE

(Londres, ooTembre 1849)

C'en nn procès jugé, m

Depuis cinq mois, j'ai laissé l'action et la parole à nos ennemis : ils en ont usé largement, comme ils savent le faire, quand la dictature les couvre; et, sauf les pontons que l'exil remplace, la réaction de juin 1849 n'a rien oublié, dans ses débauches, des violences de sa mère, la sanglante réaction de 1848. Ainsi, l'état de siège quand Paris jouissait du calme le plus profond, les conseils de guerre, les mandats sur délation, les visites domiciliaires,

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la suspension des journaux, aggravée cette fois du pillage des imprimeries, des citoyens frappés à genoux sans défense, d'autres jetés dans les cachots pour un mot, pour un geste, ou même pour simple cause de suspicion, voilà ce que nous avons vu depuis le i3 juin, sans compter la plus riche hécatombe de représentants que l'histoire ail connue, et la série de lois draconiennes qui sont Timpât obligé des journées fatales au peuple, la prime ordinaire des contre-révolutions heureuses.

Dans cette belle curée que les royalistes se sont ouverte, comme la liberté, comme le peuple, comme mes amîs, j'ai laissé ma part de dépouilles ; mais, ne pouvant assouvir sur ma personne leurs implacables rancunes de Février et d'avant Février, mes loyaux ennemis se sont jetés sur mon . honneur, et, pendant quatre mois, tous ces bravet m'ont accusé de lâcheté, de désertion à l'heure de la bataille. Je n'ai pas voulu répondre aux Bayardi si connus de Février et de Juillet; car leurparolene vaut en matière d'honneur; et, comme leur bouclier, leur cœur est de carton, ainsi qu'en témoignent deux dynasties tombées sous nos coups, sans qu'ils aient su montrer même le courage des valets pour les défendre ou pour les suivre.

Que m'importait, d'ailleurs? N*avais-je pas pour me venger la preuve publique imminente aux procès, les témoignages à l'audience qu'on ne pouvait ni supprimer ni travestir. N'étais-je pas certain qu'il serait fait justice au grand jour, en plein débat, de toutes ces fables burlesques, inventées ou ramassées sous toutes les polices, et perfidement enchâssées dans les réquisitoires, à cette honnête fin de frapper, dans l'un des fondateurs de la République, la République elle-même?

Aujourd'hui, quoiqu'un arrêt ait supprimé violemmeul la défeifse générale de la cause et de ces martyrs, cette preuve que j'attendais, cette preuve expiatoire s'est faite, par les

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témoignages et par la parole loyale de mes amis, dont la probité Sdèle, dans les fers, comme dans les autres fortunes, m*a touché profondément et me console deloutes ces avanies. Un mot seulement, un dernier mot sur ces calomnies, misérables cartouches de police qui ont servi depuis cinq mois à chaîner tous les gros et petits calibres de la réaction.

Danslajouméedul5 juin, au Conservatoire, nous avons vu la mort d'assez près, quelques-uns de mes amis et moi. Le long du mur, alignés, sans armes et sans défense, nous étions à six pas, sous le feu d'un peloton qui nous tenait ajustés et qui n'attendait plus que le dernier commande* ment. L'ofBcier, ivre de fureur et de vin (disent plusieurs témoins), levait son épée pour donner cet ordre de mort, quand un chef supérieur, accourant à toute bride, n'eut que le temps de relever les fusils. «. Us sont prisonniers, ditil ; s'ils bougent, on les fusillera tout à l'heure. » Oui, un instant de plus et nous tombions assassinés, sans provocation, sanscombat, sans explications, sans jugement, comme un troupeau qu'on égorge à l'abattoir I Ëh bien, à ce moment tragique et suprême, un seul des hommes rangés le long de ce mur a-t-il baissé la tdte, a-t-il, en suppliant, marchandé sa vie, et fait prix pour son corps aux dépens de son honneur? Quel sont donc les lâches, de ceux qui se tiennent ainsi sous la mort, sans pâlir, ou de ceux qui les insultent le lendemain, prudemment abrités derrière les canons de l'état de siàge? Non, non, pendant cette journée de sacrifices, je n'ai point oublié un instant que, de tous ces représentants, j'étais celui que la France venait d'ho~ Dorer du plus grand nombre de ses suffrages.

Et plus tard, en effet, lorsque j'ai quitté le Conservatoire, ï avait-il lutte? y avait-il bataille? avais-je des amis engagés dans un combat? Il n'y avait ni combat, ni lutte, ni bataille d'aucune espèce. Sans avoir rendu ni les droits ni les armes.

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car je n'avais pas d'armes, et mon droit restait entier sods la force, j'étais prisonnier de guerre dans une place mal gardée. îe me suis retiré librement, sans laisser derrière moi, — ni ma parole, que je n'avais pas donnée, ni mes amis; — car, depuis plus d'un quart d'heure, il ne restait que quatre d'entre nous aux Arts-et-Métiers : Marlin-Bernard, Considérant, Guinard et moi ; — ni, par conséquent, mon honneur. Depuisquand le prisonnier deguerre est-il luimémejusticiahle de ses fers tombés? et si la force ne sait ou ne peut garder ses captifs qu'entourent trop de sympathies, quelle est la morale qui les condamne à se faire leurs geôliers eux-mêmes? — Pourquoi, d'ailleurs, moi, représentant, aurais-je sanctionné la violence exercée sur le Peuple souverain dans ma personne? Est-ce que, dans l'accomplissement de mon droit et de mes devoirs, j'avais à légitimer ta force, en laissant mon écharpe, ma liberté ou ma vie en olage à ses caporaux? Non I ceux qui me dénoncent comme ayant déserté la bataille savent bien qu'il n'y a jamais eu de bataille au Conservatoire. Maintenant, qu'ils aient été

hors d'eux-mêmes d'avoir laissé échapper la proie sans

trop de présomption, je le comprends, au luxe de pièges dont ils I avaient environnée ; mais je ne saurais compatir à leur douleur, quand je me souviens que le guet-apens audacieux de Moulins est resté sans vengeance, et qu'on n'a pas voulu trouver les coupables d'un assassinat public tenté contre ma personne.

Laissons les hommes et parlons principes.

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LA QDESItOM «OMAINE

Le 15 juin dernier, nous avons élé déclarés faclieuxpar le gouvernement de M. Louis Bonaparte; nous avons été traqués comme tels, et livrés, sans débats, par l'Assemblée nationale, aux bras veogeurs de la justice politique, Une longue instruction s'est faite contre nous, sous l'état de siège, sans aucune garantie de publicité ni de contrôle, car toutes les feuilles libres étaient supprimées ou bâillonnées; et de ces investigations à huis-clos, un acte d'accusation est sorti, qui nousa traduits devantla haute-cour de Versailles, comme accusés de complot et d'attentat contre la Républitiue, à propos des nlTaires romaines.

Les afTaires romaines! l'Europe entière les sait. Comme cependant ce n'est que du pur énoncé des faits, du simple rapprochement des dates que découle naturellement la preuve «t de notre justification et du forfait du gouvernement, qu'il me soit permis de les rappeler rapidement.

Au mois de mars dernier, un ministre du gouvernement fut chargé de porter à la tribune de la Constituante la demande d'un crédit de \ 200 000 francs pour lus frais d'un corps expéditionnaire qu'on voulait envoyer dans les Etats romains. Ce ministre déclara qu'il y avait péril imminent pour l'indépendance et la liberté romaine ; que les puissances alliées du Saint-Siège allaient envahir Rome, et qu'il fallait que le drapeau de la France fût là pour arrêter les vainqueurs et couvrir les vaincus.

A cet hypocrite appel fait au nom de liberté, je compris qu'une mauvaise pensée venait de n;iitre dans les conseilsdu gouvernement, et que cette pensée portait dans ses con-

LEORO-HOLUN. -~ Il 34

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séquences non seulement une violation flajprante de notre Constitution, mais la ruine de la République romaine ef la reslauralion de tous les vieux abus de la papauté. Je dénonçai ce complot en germe ; la Constituante ne partagea pas mes craintes, que les événements, hélas I n'ont que trop justifiées depuis. Une commission fut nommée pour examiner h fond le projet du gouvernement, et les engagements les plus formels des ministres, dans les bureaux, ayant calmé tous les scrupules, même ceux de H. Jules Favre, la majorité sanctionna par son vote le crédit et l'expédiliou.

Tel fut le premier acte public de celte longue intrigue gouvernementale, si féconde en palinodies indignes, et qui s'est dénouée dans le sang à Rome, à Paris par la déportation.

Notre instinct nous avait bien servis, mes amis et moi! N'avions-nous pas d'ailleurs la leçon des événements? Les faits qui se passaient sous nos yeux n'étaient-ils pas autant de prouves vivantes? Ainsi, la République romaine était, comme la nôtre, sortie des libres volontés d'un Peuple souverain, et bien qu'elle eût un gouvernement légal, issu du suffrage universel, on refusait de la reconnaître ; on n'avait de relations officielles qu'avec te ropré' sentant du pouvoir déchu, témoignant ainsi efTroolément de la haine qu'on portail à Rome affranchie ; enfin le commandement de l'expédition est confié à un des porte-bannières de l'Église et de ta branche aînée.

Maintenant que le pays a payé l'assassinat de Rome de son or et du sang de ses ûts, maintenant qu'il est engagé par la question romaine dans une impasse infranchissable, il peut dire si nous avions raison de sonner le tocsin à ta première alerte ?

Mais te complot tramé dans t'ombre pour un succès électoral qui devait désarmer la Révolution à l'intérieur, ce

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complot des Royalistes et de t'Ëlysée va bienldt poindre au {^rand jour et se développer dans toutes ses perlldies. L'at* taque du 30 avril, en eflet, cette attaque sauvage contre Home, découvrit le dessin caché de la politique française et les secrèles instructions qu'on avait données au général Oudinot.

Qu'avait voulu ta Constituante? Qu'on entrAt, en atnu, dans les Ëlats romains, qu'on occupât un point du terri- . toire, ainsi que l'avait fait Casimir Périer pour Àncdne,. et qu'on attendît, avant d'intervenir, les hostilités de l'Autriche ou du Bourbon de Naples. Qu'avait cent fois répété le gouvernemeot par ses deux organes ministériels, MM. Drouin de Lhuys et Odilon Barrat? — Qu'il n'y aurait pas de prise d'armes contre Rome, qu'on respecterait son Peuple et ses Assemblées dans leurs volontés souveraines, et qu'on n'agirait que pour sauvegarder, en cas de malheur, les libertés romaines contre les violences de l'étranger. Eh bien, le général en chef de celte expédition fraternelle ei M^/dtre avait onvert sa campagne />Ai7an{Arc|;n^ue par l'occupation militaire, dictatoriale de Civita-Vecchia, indignement, misérablement abusée, et le 50 avril, il marchait sur la capitale bataillon en armes et mèche allumée.

Subitement éclairée par ce guet-apens inouï, l'Assemblée nationale sentit l'injure. Elle se souvint de ces paroles, prononcées le i6 avril par M, Barrot : « !Sou$ ne voûtant pu faire concourir ia France au renversement de la République romaine. » Et, devant cette déloyauté qui se trahissait k coupa de canon, elle vola son fameux ordre du jour du 7 mai : « L'Assemblée nationale invite le gon- • vemementà prendre, sans délai, les mesures nécessaires « pour que l'expédition d'Italie ne loit pat plut longtemps < détournée du but qui lui était assigné. »

Par cette sentence législative qui restera comme une flétrissure publique dans notre histoire, la Constituante

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dégageait sa responsabilité, châtiait le gouvernement et tentait de l'arrêter dans ses félonies.

Le minislère, en efTel, accepta ce terrible jugement ; il jura de l'exécuter dnns toute sa rigueur, et, pour mieux tromper rAssemblée, il envoya M. de Lesseps à Rome avec plein pouvoir de débattre et de résoudre. Hais les élections approcliaient ; la Constituante, qui s'était dépouillée de ses mains, allait remetlre à la Législative les destinées de la République, et sa volonté mourante fut bientôt scandaleusement trahie.

A l'heure où sa souverainelé venait de s'ensevelir dans le nouveau scrutin, on décbirait son testament à l'Elysée, avant que la Législative fût elle-même installée ; on donnait ordre au général Oudinot de renouveler sa marche sur Rome : on engageait enfin l'honneur et les forces de la France, au mépris de 1 a Gonstilulioa, au mépris des deux Assemblées dont l'une avait prononcé souverainement et dont l'autre était encore à parler I

C'est ici que le complot éclate dans tout son jour et que va commencer la série des attentats. Les acteurs se présentent désormais sans masque sur la scène, et chacun fait publiquement sa partie. Le président annonce des renforts à son cher Oudiuol, et les vapeurs, armés en guerre, sillonnent la Méditerranée. L'honnête homme du conseil, H. Barrot, dénonce la République romaine comme un gouvernement de terreur et d'assassinats; la ville éternelle n'est plus qu'un coupe-gorge, un repaire de bandits et de révolutionnaires étrangers opprimant un peuple chrétien, il faut chasser à tout prix ces écumeurs sauvages du saint asile métropolitain, et délivrer de la tyrannie de ces dictateurs cette grande cité catholique où tous les cœurs appellent, d'un vœu tacite mais ardent, le père de la mansuétude, le pape de toutes les miséricordes. Sa Sainteté Pie IX.

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Pour celte œuvre fratricide, toutes les nuances du royalisme se donnent la main. J'entends encore d'ici la voix aigre de M. Tbiers, les notes sérapliiques et mielleuses de M. de Falloux, mêlées au faux bourdon du vieux chantre de la paroisse constitutionnelle. Ce brave homme, traître à ses serments de la veille, à tous ses acies, à toutes ses pa> rôles de vingt ans, vient demander un nouveau crédit pour doubler les forces de l'expédition, pour écraser Rome, qu'il devait couvrir contre les Autrichiens. Le malheureux ! acheter quelques heures de pouvoir par tant de bassesses, pour se voir ignominieusement chassé plus tard par l'odieuse ingratitude d'un frère, et recevoir au cœur une inguérissable blessure. Mânes de la République romaine, vous commencez à être vengées !

Je le demande, y a-t-il place encore à l'équivoque, au scrupule, dans les cœurs honnêtes? La' Constitution n'est-elle pas cyniquement violée dans son article 5, et le sang romain ne cne-t-il point vengeance devant le Peuple, devant la Constituante, dont le dernier vote fraternel s'est traduit par un long et sanglant bombardement?

Certes, si cette Assemblée s'était trouvée debout, dans son pouvoir souverain, devant cette rapide et scandaleuse évolution, devant cette indigne volle-face du gouvernement, à moins d'abdiquer toute pudeur et tout' respect d'elle-même, elle aurait fait jeter à Vincennes le président et ses conseillers; elle les aurait livrés à la justice nationale comme atteints et convaincus de haute trahison. Mais la Constituante n'existait plus, et quatre cents royalistes siégeaient sur ses bancs, jaloux de conclure et de porter contre la République romaine un c^up fatal à tii République française.

Aussi, voyez la marche des événements et comme tout se précipite sous l'impulsion des chefs royalistes, parmi lesquels sont venus siéger jusqu'aux vieillards de 1815.

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La lettre du président de la République était un acte flagrant de révolte contre la Constitution et contre le dernier arrêt d'une Assemblée omuipotente. Eh bien, la doqvelle Assemblée l'amnistie, le fait sien et sanctionne, par ses acclamations, cette scandaleuse usurpation du pouvoir souverain, cette insulte grossière à la première Assemblée, sortie du sufTrage universel.

Le ministère s'était engagé d'honneur , par des actes {renvoi de M. de Lets^s) et par la parole {ht ditcoun de M. Barrot), à faire exécuter l'arrêt du 7 mai dans toute sn rigueur. Eh bien , la nouvelle Assemblée déclare que le ministère a bien fait de mentir à sa parole, de changer un corps d'observation, une expédition de sauvegarde en une expédition violente, en guerre acharnée contre un Peuple, contre une nationalité libre, indépendante, maîtresse d'ellemême. — M. deLesseps, fidèleaux instructions qu'il avait reçnes, ainsi qu'à la politique de la Constituante, voyant de près les choses et les hommes, conclut un armistice et formule un traité qui termine le différend à l'honneur des deux politiques et des deux Peuples engagés. — Eh bien, l'armistice est violemment rompu par le chef militaire de l'expédition : un simple agent du pouvoir exécutif déchire le trailé d'un plénipotentiaire! M. de Lesseps est désavoué, rappelé*, Qétri par un gouvernement parjure, par une politique à double visage, qui ue fut qu'une étemelle hypocrisie. — Et la nouvelle Assemblée de glorifier encore celte longue série de scandales, de trahisons, d'équivoques, dont le dernier mot devait être l'arrêt de mort d'un Peuple, et le dernier terme, l'assassinat d'une République.

Que devions-nous faire devant ce pouvoir exécutif qui, ministres et président, venait entrer, après trois mois de conspiration, d'intrigues de mensonges, en pleine révoile contre l'esprit de la révolution de Février, contre les principes de la politique républicaine, contre les décisions su-

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prêmes de l'Assemblée, contre le texte formel de la Constitution et contre la foi jurée? Nous devions demander la mise en accusation des ministres et du président; nous devions provoquer devant l'Assemblée législative Tapplicalion immédiate des articles de la Constitution sur la res* ponsabilité.

Ce devoir, nous l'avons accompli jusqu'au bout; — nos conclusions et nos motifs, comme les faits de cette guerre impie, sonldéjàdel'histoire; mais dansla conscience contemporaine, ils sont demeurésaussi vivants qu'au jour de la lutte: elle en est encore toute saisie, et dans plus de vingt procès, elle nous a donné raison par le verdict solennel de ses jurés.

L'Assemblée législative rejeta pourtant nos propositions vengeresses de l'honneur et de la loi outi^gés. La demande de mise en accusation fut repoussée par la majorité royaliste, et la politique anticonstitutionnelle du gouvernement consacrée par le vote d'uu crédit nouveau.

Oui, quelle conduite tenir, dans cette conjoncture extrême, devant une Assemblée qui légitimait le parjure des ministres, l'usurpation du président, et qui se rendait complice de leur révolte contre la loi fondamentale de la République?

En présence de cet article 7 du préambule de la Constitution : a Le citoyen doit aimer la patrie, servir la République, la défendre, même au prix de son sang. ■

De l'article 109 : « L'Assemblée nationale conûe le dépôt de la Constitution et des droits qu'elle consacre à la garde et au patriotisme de tous les Français. »

Ces prescriptions obligatoires et sacrées, nous les avons, par la tribune, par la presse, portées devant le Peuple, et montrant tous les pouvoirs en flagrant délit d'attentat contre la Constitution, nous les avons déclarés décbus, rappelant à chacun ses droits et ses devoirs.

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C'était mettre en demeure le souverain, au nom de U Conslitulion violée par ses délégués; c'était accomplir noln; deroier acte de représentants constitutionnels.

Lesouverniu a répondu, le lendemain, par une manife^ talion pacifique, par une dernière tentative en droit, fondéf? sur l'article 8 de la Constitution, qui dit :

« I^es citoyens ont le droit de s'associer, de pétitionner, de s'assembler paisiblement et sans armes. »

Or, à cette manifestation légale, comment, à son tour, a répondu le gouvernement? Par la violence sans sommalion, (je le prouverai), par une attaque sauvage, par la baïonnette, par l'épée qui a versé le sang et qui nous a poussés au Conservatoire.

Et qu'a fait l'Assemblée? Elle a livré le Peuple, le souverain, à la dictature militaire, et les protestants parlement taires au parquet, comme elle avait livré la Conslitulion au gouvernement.

Voilà la crise dejuin dans ses causes et dans ses faits généraux.

 quelques jours de là, on entendit tomber les murailles de Borne sous les boulets de la France républicaine, et le ministère annonça que nos armes avaient enfin délivre la ville éteinelle.

En effet, la dictature étrangère exercée par un soldat venait d'être établie, et gouvernait sous l'inspiration des prêtres : on avait chassé la Constituante, chassé les administrations, chassé le gouvernement, aboli ia République, dissous la garde nationale et ce qui restait de l'armée. La presse était au bâillon, le peuple sous la loi martiale, et deux drapeaux fiotlaieot au château Saint-Ange, celui des cardinaux inquisiteurs et celui de l'étranger victorieux. Rome était donc bien libre, libre, comme le Paris de 1815 sous la lance du Cosaque et sous la pression de l'Europe armée.

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Ce peuple affrancfii pourtant ne criait pointiVoë// n'appelait point son pape, n'embrassait pas ses libéralenrs; il enterrait ses morts et portait, à la Face de l'armée française, le deuil de la République.

Dans cette ville qu'opprimaient la veille les condottieHde révolutions et des bandits érigés en dictateurs, malgré toutes les manœuvres de la police, malgré les appels ardents d'Oudinol et de ses aides en diplomatie, l'on n'entendait pas une acclamation en Faveur de Pic IX, et, tous les foyers, comme tous les cœurs, restaient fermés à Fétranger.

Autre malheur : on ne trouvait pas de crimes au compte des triumvirs, pas de sang à leurs mains, dans leur poche pas une ba!oquedu trésor public; on avait donc calomnié le peuple, l'armée, le gouvernement ; on avait trompé la France en toutes choses et sur toutes choses, pour abattre,, pour assassiner une République !

Et qu'importent à nos saints ministres, à notre religieuse Assemblée, le silence terrible du peuple romain, son attitude sombre, sa piété pour sa République et pour ses morts? Qu'importent les déceptions du jour, lilles des vieilles calomnies? Ce n'est pas Tindépenilance, la souverainett!-, la liberté du peuple romain dont il s'agit; c'est l'intérêt général de la catholicité qui est en cause, et cet intérêt veut que le pape soit rétabli sur son trftne, dans toute la plénitude de ses deux puissances, de ses deux souverainetés, qui, l'une sans l'autre, sont condamnées k périr.

Ainsi l'entendent ces deux capucins attardés sur la route du pn^^, MM. de Falloux et de Montaiembcrt ; ainsi le veut la majorité des 400 qui, sous la restauration de la tiare, voit ressusciter déjà tout l'ancien monde des couronnes et des hiérarchies.

Ce chant de victoire indiscret, ce triomphe prématuré des légitimités menace le jirésident lui-même ; il trouve

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— 578 ~ alors qu'oD va trop vile en besogne ; il sait dos officiers Tollairiens et fort las de jouer, aux yeux du monde, le beau rdle de geôliers du saint-ofûce : il veut d'ailleur», avant le Consulat ou l'Empire, se produire en pied sur la scène, et tout à coup il jette dans la politique une lettre napoléonienne qui, stipulant quelques apparences de liberté rîv gle et fixe tes destins de Rome I

Mais M. Bonaparte a compté d'une part sans le pape, de l'autre sans H. Tbiers et ses croités. Le premier lui réptHid par un décret ex cathedra à la Grégoire XVf, et H. Tbiers, oubliant la lettre de l'Elysée, fait voter par ses royalistes l'encyclique de la proscription et de l'absolutisme.

C'est à ce point qu'en est le drame aujourd'hui; M. Bonaparte a renouvelé son vestiaire et choisi des commis. Hais il a subi la politique de l'Assemblée ; — le pape n'a cédé ni d'un principe ni d'un pardon, — et la liberté romaine a pour suaire, non la pourpre de César, mais la robe i-ouge df.s cardinaux. Le pape, s'il rentre à Borne, ne pourra pas y rester huit jours après le départ de l'armée française; et, d'après le Père Ventura lui-même, il aura tué son sacerdoce étemel au proGt de sa royauté viagère.

Ainsi, la Bépublique romaine est mcu'te sous nos coups ; nous avons violé son territoire, trahis son peuple, abattu son gouvernement, confisqué sa souveitiineté. Nous avons rétabli l'Ëglise de paix sur un volcan de guerres civiles.

Président de la République, et vous, membres de la majorité, que répond raz-vous à l'histoire, en face de ce texte de la Constitution ; « La République française respecte les nationalités étrangères, comme elle entend faire respecter la sienne; elle n'entreprend aucune guerre dans des vues de conquête, et n'emploie jamais ses forées contre la liberté d'aucun peuple ? »

Que répondrez-vous à l'histoire, vous, bigots sans génie, qui n'aurez pas voulu séparer le prince du pontife, dégager

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le dogme des souverainetés mondaines qui lui sont étrangères, et qui aurez laissé porter à la religion le coup le plus mortel, par l'aveugle entêtement de son premier vicaire ?

JX PROCÈS DR VEB8&n.l^S

Qu'est-ce que le procès de Versailles ? C'est un drame substitué, par un gouvernement aux abois, à l'accablante ei simple vérité des faits; c'est une protestation légale, la résistancedans la Constitution, qu'on transforme en un complot; c'est une série de violences et de provocations contre les victimes qu'on déguise sous une accusation d'attentat.

Au point de vue judiciaire, c'est une arbitraire déclaration de compétence rendue par un tribunal qui n'avait pas qualité pour en connaître, au profit d'un haut jury dont les membres, n'ayant point été élus à cet elTet, n'en pouvaient légitimement user. Monstrueuse et double usurpation de pouvoirs que couronne plus tard l'interdiction de ta défense.

La démonstration sur ces matières est acquise à la conscience publique, et je n'ai rien à dire après les défenseurs de Versailles. Comment qualifier également tous ces faits particuliers, tous ces détails groupés avec tant d'art dans l'instruction et dans le réquisitoire, et dont les débats ont fait justice. La France a pu voir de quelle poussière on avait bâti cet échafaudage !

tin mol seulement sur les faits généraux, sur les causes immédiates et sur les incidents de valeur qui peuvent jeter la lumière vraie, les dernières clartés dans cette discussion si misérablement étranglée, non par des scrupules d'audience, mais par la nécesiité politique et la peur des juges.

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A Taudience, comme dans l'acte d'accusation, le fait esscatiel, primordial, souverain, la cause originelle pi génératrice du procès a disparu.

L'expédition romaine n'a-t-elle pas détruit l'indépendance, la souveraineté, la liberté d'un peuple ? — Par ce crime la Constitution n'a-t-elle pas été violée? — Telle était vérilablement la question.

« Détournons nos regards et laissons de cdté cette éternelle affaire de Home, dit H. Baroche;elle ne fut ici qu'un prétexie pour une révolution nouvelle. » — « On dp peut pas plaider devant un tribunal, et contre le gouvernement, ijiie la Constitution a élé violée, dit M. de Royer; ces questions d'État appartiennent à l'Assemblée loute-puissante : elle seule en peut décider. »

Ainsi, d'une main, on écarte le cadavre et de l'autre t'arrét accusateur î voilà la morale, la grande morale du réquisitoire ! Avant de prendre la parole, il a besoin de voiler le meurtre et de voiler la loi. — Cette justice D'est-elle pas jugée ?

Voilà donc Rome et la Constitution mises hors de cause; renvoyez ces pimremes avec leurs longs voiles de deuil : elles n'ont que taire au procès.

11 s'agit d'un complot et d'un attentat contre la République française et son gouvernement, — d'un complot d'abord : en voici l'organisme :

1° La Solidarité républicaine, vaste association révolutionnaire qui reliait Paris aux départements et les départemcnts à Paris; la Solidarité jaœbine avait, dès longtemps, organisé les cadres, et l'affaire de Rome, servant de prétexte, son armée se leva partout, au mot d'ordre, pour engager la bataille.

2° Le but, après cet assaut général, c'était de mettre la main .sur la société française, et de la livrer à toutes les expériences sauvages du socialisme, en tenant tous lesinUi-

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réls, loûs les fronts afTaissés sous une nouvelle terreur dont je devais être le Robespierre ; j'avais déjà distribué les fonctions à mes aides ; l'on nommait tous mes complices, grands juges, ministres et licteurs. N'avait-on pas trouvé, sous les tables du Conservatoire, le sinistre almanacb de cette cour de sang ?

3* Gomme autrefois, dans les guerres civiles du monde romain, j'avais ma légion prétorienne et mon quartier des K$qiàliet. Ce quartier était te sixième arrondissement, et mon capitaine aux gardes avait nom Forestier.

Voilà, citoyens, ce que vous avez lu pendant quatre mois dans toutes les feuilles qui s'inspirent de bi police, des pai^ quets, et du gouvernement.

£h bien, quand M. l'avocat-général , ces débats étant clos, a pris la parole, it n'a pas dit un mot, un seul mot de la Solidarité réfmhlicaine; il n'avait pas été question une seule fois, à l'audience, de cette société-mère qui ralliait toute l'armée de Catitina.

Pourquoi ce silence et dans les débats et dans le réquisitoire ? Parce qu'on avait adossé te procès à un paravent de fantaisie, parce que la Solidarité républicaine, société de [iropagande électorale qui s'était fondée légalement, était morte depuis cinq mois; parce que ceux de ses membres incarcérés avaient été élargis après une longue détention, lorsque l'affaire du 13 juin éclata; parce que de ses registres saisis, de ses papiers et correspondances mis sous les scellés, une instruction laborieuse n'avait pu tirer une seule preuve, un seul indice relatif au complot à juger. Ledit complot s'était donc écroulé par sa base, et l'on avait été forcé de l'étayer ailleurs. Voilà pourquoi la SoUdarUé républicaine a disparu de l'afliche, au lever du rideau.

Quant aux abominables expériences socialistes, dernier but de la conspii'ation, et auxquelles je devais présider en qualité de dictateur, avec droit de vie et de mort, puisqu'on

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n'a rien trouvé dans le sac de la solidarité, les lettres, la correspondance du chef trahiront sans doute le secret redoutable. Eh bien, on ne produit pas même une seule lettre contre moi I — Dans ma position ofîicielle pourtant, j'en recevaisjusqu'àcentpar jour, dont je renvoyais la plus grande partie à la poste, ne pouvant y répondre, ni les payer. Lo gouvernement en avait là sous la main placeurs milliers, toutes ouvertes à l'œil de l'argus policier, ou du commis judiciaire, et dans ce riche trésor on n'a pu rien trouver non plus.

Singulier conspirateur que celui qui recevait la preuve de son crime, sa correspondance de chaque jour, à l'hAtel des Postes du gouvernement.

Hais le V|* arrondissement, et mon colonel prétorien U. Forestier? Hélasl dans ce malheureux procès, j'ai perdu mes Esquilies, mon lieuleoant, qu'on a été obligé de rendre à ta liberté; j'ai perdu mes ministres, mes francsjuges, mes licteurs, que l'on n'a pu retrouver, pas plus que les listes rouges du Conservatoire !

Où donc alors était le complot le 15 juin? Il était dans l'air, il était sur toutes les lèvres d'où s'échappait le cri de Vive la Constitution l II était dans la protestation universelle des consciences ; il était l'âme publique indignée.

Ainsi, quand le comité des journalistes, où se trouvaient FeprésenLés la Presse, le Siècle, le Crédit et le NoUonal, déclarait à Punanimité que la Constitution étail violée: quandH. de Girardin y proposait, auxapplaudissemenls unanimes, de mettre au ban l'Assemblée nationale elle-même, c'était moi qui faisais mon complot contre la Constitution, contre la République et le gouvernement I

Quand le comité des Amis de la Constitution rédigeait son manifesté du 12 juin, et concluait, comme celui delà presse, par une déclaration de flagrant délit, et par un appel aux républicains, c'était moi qui faisais mon complot con-

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tre la sociélé, contre la Constitution et contre le président! — Ne sait-on pas, en effet, que le comité des Amis de la ConttUution ne veut pas dé )a Constitulion, ne veut pas de la présidence, ne veut pas de la société bourgeoise?

Lorsqu'enlin le comité socialiste électoral adressait ses deux mâles proclamations au Peuple, au nom de la Constitution, violée, comme l'avaienl fait la Montagne et les deux autres comités, celui de la Presse et celui des Amis de la Constitution, c'était moi, toujours moi qui conspirais, et, cette fois, avec les 453 000 voix qu'avait obtenu, aux élections de Paris, le premier candidat de ce comité électoral socialiste I

Quel pitié ! — Trouver un complot, et le complot de quelques hommes, dans une explosion univei'selle du sentiment public qui éclate par tous ses oignes et par toutes ses voix, contre le meurtre d'un peuple et contre le parjure d'un gouvernement I

Ah ! certes, si c'est là pour M. Baroche un complot, il a bien mal fait sa besogne de justicier, car il aurait dû traîner la France entière i ses assises.

C'est cela pourtant, ou ce n'est rien, puisque ma compiration particulière fait défaut, et qu'on a mis la Solidarité républicaine hors de cause.

Mais, qu'est-ce qu'un complot organisé, tramé par l'opinion publique, un complot de la conscience universelle? C'est la vérité insaisissable, qui a pu être comprimée aujourd'hui, mais qui se fera jour demain, à travers mille et mille cratères, plus forte de sa compression même.

Un complot, au contraire, qui tombe soua le coup de la loi, ah ! nous en connaissons un qui s'est ourdi dans la nuit du 12, et déroulé sur les boulevards dans ta journée du 13.

Le 1*2 au soir, la date est significative, avant la pubU-

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cation des manifestes, et le programme arrêté de la maaiftisUtion du lendemain, M. le général Changarnier éclatait ainsi, en s'entretenant avec le capitaine Farina : i Je me moque bien de voire Constitution I — Lessept est un fou! — Tout êtes tous des brigands de Parisiens I II n'y a que l'Empereur qui savait vouimâter. Eh bien, moi, je mettrai le feu à votre ville ! »

Ces proies toucliaateâ qui i-évèlent si bien le républicain el le civilisé d'Afrique, elles avaient été répétées dans la salle des conférences, et de là s'étaient répandues au loin, comme la flamme sous le vent.

Ajoutez la tentative d'arrestation a domicile exécutée danr la nuit du 12 au 15 contre les vingl-cinq membres du comité socialiste; ajoutez encore les décrels de suspension contre les journaux républicains, signés dans/atR^meouit; apprenez, enQn, qu'on avait, la même nuit, signé la dissolution de rartillerie parisienne (j'avais dans les mains, te 13, à huit heurex du matin, la œpie de ses ordonnances sorties du mini^tèœ de l'intérieur), et qu'à ce dernier décret, on ne l'a point oublié, un commencement d'exécution fut donné par l'expulsion du poste des Tuileries, à oiue heures du matin! Citoyens, n'ost-ce pas là qu'est véritablement le complot?

Et ces bandes en blouse sorties de la Préfecture de police (plusieurs témoins en ont déposé sans être contredits), ces faux ouvriers aux mains blanches, aux souliers vernis, (voyez le Moniteur), marchant en légion d'émeute aux Arls-et-Méiieri!, puis disparaissant tout à coup, non pourtant sans avoir laissé leur empreinte au Conservatoire, car je me rappelle deux de ces héros de nuit, fusil à l'épaule, pisloletjj aux reins, criant : Vive la Républicaine romaine! et qui se sont rués sur moi, dès qu'ils m'ont va sous les baïonnelles. Ne reconnaissez-vous pas là les expéditions de 1832,

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1853, 1855, et ne devinez-vous pas d'où sont partis tes coups de fusil tirés derrière ces barricades embryonnaires qui devaient, plus tard, oflTrir à M. le général Ghangarcier une si facile et si retentissante victoire? Ab ! te Peuple sait défendre autrement les bairicades qu'il a lui-même

Le voilà, le grand complot de la journée du 15 juin, le voilà dans son vrai jour, avec ses menaces de caserne, ses décrets de provocation et ses guenilles de police.

N'en serait-il pas de même de l'attentat, et n'est-ce pas à ceux qui nous accusent que doit revenir le compte de la journée ? Voyez el jugez.

La colonne de ta manifestation, partie du Châlean-d'Eau, s'est déroulée le long du boulevard, des officiers de garde nationale en tète : Etienne Arago, Schmitb, Périer; elle est accueillie, sur son passage, par les plus vives acclamations ; pas un cri séditieux n'est sorti de ses rangs, pas un homme n'est armé, pas une parole de guerre, pas une pro* vocation n'a retenti : c'est la protestation du peuple qui se déploie pacifiquement en divisions profondes ; c'est l'armée de la constitution qui passe et qui va demander justice pour son honneur qui saigne et pour un peuple égorgé. Mais tout à coup un fort détachement militaire débouche, au trot, par la rue de la Paix, se jette sur cette longue foule massée, la coupe en tous les sens, la pousse du pied de' ses chevaux el de la pointe de ses baïonnettes, La colonne attaquée cède en son milieu, mais elle ne peut ni se disperser, car il o'y a d'issue qu'une terrasse élevée, ni reculer, ses deux extrémités faisant l'étau. La mêlée reste épaisse quelque temps : alors, des hommes tombent, on en frappe qui sont à genoux ou qui cherchent à fuir! Enfin I... les vides se font, et les cadi'es à demi refoulés, MM. les commissaires de police commencent à faire let somm^iom.

Let tommations^ oui, après l'embuscade, après le guul-

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npens, après toutes les violences ; le roulement de tambour après l'exécution I

Si c'est là la méthode africaine, elle peut être d'uue iiré- BtBtible vertu dans la guerre; mais cette irruption d'ennemis dans une cité tranquille, contre tes masses d'un peuple qui déQle sans armes, se croyant à l'abri sous Je bouclier delà loi, comment la nommer? Chez des hommes libres, on l'appellerait assassinat I Mais quand l'état de siège vient, après, tout couvrir de son formidable silence, que la parole reste aux vainqueurs seulement, cela se décore du nom de stratégie, la grande ttratégie du général Changamier.

Âb ! pour moi , je le déclare, cinq moisécoulésn'ont encore rien effacé de la vivacité de mes impressions. Ala vue dece peuple traîtreusement surpris, lâchement assassiné, courant de toutes parts en criant : Aux armes ! à la vue de ces citoyens sanglants apportés sous les fenêtres du tieu même de notre réunion ; au souvenir des parolesdu général Changomier^ dites la veille : « Je mettrai le feu à votre ville; > lu souvenir, qui se pressait dans ma tète, de ces décrets déjà rendus contre les journaux, contre l'artillerie, je n*ai plus eu qu'un sentiment : défendre avec le Peuple la Constitution deux fois violée par l'attentat contre Rome et par l'tttentat contre des citoyens désarmés; — ou bien tomber, eu victime, avec lui.

Aux Arts-el-Hétiers 1 dit quelqu'un. Aux Ârls^t-Méticrs I répondifr-je.... Eh bieni oui, le destin a trahi la cause du droit; le fait nous a condamnée I

Que m'importe t je le confesse ici dans ta sainteté de ma conscience, et dût l'amertumede l'exil empoisonner le reste de ma vie, le 13 juin serait à faire que, placé sons Teonpire des- mêmes ciconslances, je recommencerais ce que j'ai fait le 13 juin,

Ce n'est pas l'orgueil qui me fait parler ainsi, cVt la foi. — Il est des heures suprêmes où les petites combinaisons

poliiiqucs oc sont rien. Oui, encore une fois, le fait nous a condamnés, mais un parti ne grandit point avec le droit qui succombe dans sa main, il grandit en succombant pour le droit ! le dn'it, seule puissance de la démocratie depuis tant de siècles et contre laquelle aucun airât n'a su prévaloir.

Celui do Versailles, croyez-moi, amis, est déjà apprécié, comme le fut par l'histoire l'arrêt des martyrs du 9 thermidor :

V C'ettunprocèijugé, maitwn plaidé. »

DE LA MAIDHITË 80UTER11KE

Peut-OD même appeler /uj/^ un procès où l'on a refusé de laisser débattre les principes, les causes déterminantes?

Mais à quoi servirait de se traîner plus lons^uemenl >iur d'inutiles détails, quand la solution du procès de Rodez vient de nous prouver, une dernière fois, après vingt autres acquittements, ce que pense la France de la violation de la Constitution par le gouvernement et par l'Assemblée? Effrayantes et formidables leçons, parties do tous les points du pays, comme une protestation unanime contre le verdict du jury de Versailles t

Avant de fermer cependant le dernier feuillet de ce procès, il nous faut examiner une double thèse, proclamée par te ministère public, consacrée par les juges, et qui semble suspendue sur la République comme une. menace et comme un défi.

La majorité de l'Assemblée nationale, a-t-on dit, est souveraine. Elle a le droit omnipotent, le pouvoir absolu d'initiative et d'interprétation. Sa décision est, en toutes choses, la loi des lois.

El, comme corollaire immédiat, comme légitime conséquence :

Le droit d'insurrection n'eiiste en aucun cas, toute résistance est un crime.

Ce code n'est pas nouveau dans le monde : i] s'appelait, au moyen âge, le droit divin, et l'on en trouve encore les formules et la discipline dans le catéchisme de toutes les Russies.

Mais, chez Nicolas, dit-on, c'est la volonté d'un seul qui fait la loi, toute la loi; c'est donc l'absolutisme. Tandis qu'en France, c'est la volonté collectivequi fait les majorités, et le vote de ta majorité n'es! que l'expression, par l'organe de ses délégués, de cette volonté collective, l'expression do souverain. ■ — Vous ne voulez donc pas de la souTerainetc du Peuple?

Non, certes, je ne veux pas de puissance au-desms du droit éternel; je ne veux pas d'un souverain absolu audessus des droits inhérents à la nature même de l'homme, quel que soit ce pouvoir et comment qu'on le nomme : — dictateur, peuple ou roi I

Je suis homme et citoyen à la fois. Homme, j'ai des droits naturels qui sontau-dessus de toutes les souverainetés, et ces droitsantérieurs, imprescriptibles, ces droits sacrés: liberté de conscience, liberté du culte, liberté de penser, liberté de vivre, je ne puis les abdiquer sans m'aliéner moi-même.

Que les grands docteura qui prêchent, après celui des Césars, l'absolutisme du peuple, pour nous ramener par le peuple à l'absolutisme des rois, nous expliquent pourquoi tes i-eligions, pourquoi les philosophies ont eu tant de martyrs, et pourquoi l'humanité, cette volonté collective des siècles et des peuples, a marque sa plus haute période de civilisation par l'affranchissement de la conscience individuelle, par la consécration de ces droits naturels : li pensée, la croyance et le culte libres !

Citoyen, c'est-à-dire membre de la grande famille souveraine, j'ai pareillement de$ droite contre lesquels rien ne vaut, ni volonté collective, ni dictature d'un seul ou de plusieurs, car ces droits sont ma part elle-même de éouveraineté; je ne puis les abdiquer sans tomber esclave, sans devenir une chose dans la famille politique, et voilà pourquoi la Républiqueelle suffrage universel, iostruments et garanties absolues de la souveraineté pour chacun el pour tous, — Toilà pourquoi, dis-je, le suffrage universel et la République sont aussi sacrés au citoyen que les droits antérieurs et la constitution de l'homme.

Toute usurpation, de ce cdté, serait un crime, et le Peuple entier moins un serait-il complice, il y aurait attentat à la loi sociale, au principe, au dogme de la souveraineté, car il y aurait un escigve ou bien un martyr!

Voilà le droit dans toute sa probité, dans toute sa rigueur.

Or, si le Peuple entier moins un ne peut, en l'aliénant, porter atteinte à la souveraineté qui réside dans chacun et dans tous, comment une majorité de simples déléguéï pourrait-elle ce que ne peut pas le souverain lui-m('.me?

Et ce n'est pas tout. L'Assemblée législative a prêté serment à la Constitution républicaine qui pose et garantit lesdroits et les devoirs; celte Constitution, qui n'est pas une charte, un contrat, mais l'expression vivante et sacrée de la volonté collectÏTe, c'est-à-dire une véritable déclaration de la souveraineté, — cette Constitution, l'Assemblée législative ne l'a pas faite; elle n'a retju mandat ni pour l'interpréter contre son texte formel, ni pour la modifier selon ses caprices; elle ne peut, elle ne doit que l'incarner dans les institutions, et la défendre contre l'empiétement des partis ou les forfaitures du pouvoir exécutif.

Voilà son râle; or, si la Constitution est la lettre obligatoire, le code absolu de ta Législative, comment sa ma-

jorité pourrait^tle violer elie-roême cette CoQStitulion, comment pourrait-elle exercer la souveraineté dans toute sa plénitude? Gomment la décision de cette majorité serailp elle la loi des lois?

Cette argumentation est l'évidence, el nous mettons au déû les sophistes les plus habiles de la rompre sans aller aui hérésies.

Hais si cette théorie de Tabsolutisme au proGt des mijorilés est condamnée par la science sociale, par laj Constitution et par tous les principes du gouvernement républicain, elle est surtout odieuse et redoutable par ses conséquences.

Ainsi, la majorité pourrait, en vertu de $on droit touverain, supprimer la liberté des cultes et nous rendre la Saint-fiarthélemy, les dragonnades, l'assassinat des Albigeois et le carnage des Hussitesl

La majorité pourrait, en vertu de son droit touoerain, supprimer la liberté du citoyen et celle de la pensée, c'està-dire noua rendre la censure et les verroux de l'ancien régime, la Bastille et la Sorbonne.

La majorité pourrait, toujours en vertu de $on droit nuverain, supprimer la République et le suffrage universel, c'est-à-dire absorber tous les droits, effacer, d'un trait, la souveraineté du peuple.

Et c'est quand ce monstrueux anthropomorphisme est prêché comme le dogme de vérité, c'est quand toutes les servitudes se condensent sous une seule tyrannie, qu'on vient dire au Peuple, au souverain : La loi de cette tyrannie aéra ta loi, l'insurrection est toujours un crime, tu n'as pas le droit de résistance!

S'il en est ainsi, Peuple, fais amende honorable, la corde au cou, leciliceaux reins, pourles trois grandesRévolutioas que {u as accomplies depuis un demi-siècle; brûle les livr^ qui l'ont inspiré tes saintes révoltes, les monuments et les codes qui les ont consacrées ; ouvre les tombeaux de (es

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philosophes et de tes martyrs, jette leurs cendres au vent, déchire leurs images, reaverse leurs statues ; te voilà rede- Tenu vassal d'esprit et de corps, le voilà devenu la chosd de ter délégués^ qui t*ont pris à bail pour trois ans!

Ah I vous voulez tuer le droit d'insurrection, et vous formulez d'un seul mot, en un seul principe, le code de toutes les tyrannies, et vous fondez sur la République ellemême le despotisme des commis 1 — Hais vous outragez le Peuple jusqu'au dernier scandale, en te dépouillant, et quand viendront les crises vous aurez légitimé les plus terribles résistances.

Ceci est une question de vie ou de mort ; aussi dîral-je aa Peuple en finissant :

Citoyens, mes amis, mes frères, veilles, veillez nuit et jour ; évitez les discordes intestines, ralliez-vous, en légion, sous le drapeau de la République ; car le gouvernement est aux ambitions empiriques et folles qui tentent les 18 brumaire sans s'être trempées dans ta gloire ; car votre Assemblée législative, en se déclarant souveraine et seule interprète de la Constitution, s'est réservé le droit de vie et de mort sur la République, sur toutes vos instituiions, sur tous vos droits, sur le suffrage universel, qui est votre dernière force avant le désespoir I Car toutes vos admini»* traitons, toutes vos hiérarchies, tous vos états-majors sont à la trahison flagrante; car votre Révolution de février n'est que la curée des royalistes. Et ce n'est pas au milieu (le vous, autour de vous seulement que s'agitent et se précipitent les factions ennemies qui vous guettent comme une proie perdue; elle est dans toute l'Europe, à Saint<Péter»boui^, à Berlin, à Maples, à Vienne, à Londres, la grande

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conspiration qui veut abattre la République française, qui veut en finir avec la Révolution.

Jetez les yeux sur la carte des guerres et voyez! Pour ne pas réveiller dans le monde les alarmes jalouses, on nous a fait rester couches dans le lit de la défaite, comme au lendemain de Waterloo. Puis, nous avons laissé tomber, tour à tour, les révolutions écloses sur nos frontières au soufQe puissant de nos idées. La Prusse, le grand-duchéde Bade, la Bavière, les Villes libres, la Savoie, la Piémont, l'Italie entière, tous les peuples fils de notre génie révolutionnaire s'étaient levés. Nous les avons livrés l'un après Pautre au coup rapide des coalitions royales, et, de Berlin à Rome, où nous campons pour la caûwlkité, tout est fauché ; il n'y a plus que des gibets, des cachots et des tombes!

Une seconde ligne de bataille apparut tout à coup, et, cette fois, profonde, coupant en deux l'Europe des rois : car elle éelairait, de ses feux, depuis les sapins du nord jusqu'aux flots de l'Adriatique; c'était Venise, c'était la Hongrie, c'était le vieux Daaube en révolte comme Ip Rhin, c'était le tocsin de la Révolution appelant, du haut des Carpathes, vingt nations à la fête du dernier combat, et réveillant sur sa croix sanglante leur sœur aînée, la Pologne. — Eh bien ! la Pologne a donné sa dernière garde, celle de ses tombeaux ; la Hongrie a prodigué ses victoires ei le sang de ses veines ; Venise a vécu sous une pluie de feu; tous les miracle de nos grandes guerres ont été renouvelés par ces peuples de héros, et la France républicaine a gardé le silence des neutresl Et deux grands empires de l'Europe ont pu se liguer pour abattre un homme, une patrie, la Hongrie, Kossuth. — E^ maintenant, cette seconde ligne de bataille est fauchée comme la première, et de Venise à Varsovie, comme du Rhin au Tibre.iln'yaptusquedes gibets, des cacholset des tombes!

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Voilà l'histoire, amis! Tous nos alliés sont à la chaîne ou morts. Acculés sur un dernier mamelon^ nous sommes seuls en Europe, seuls, — entre l'Angleterre, qui, féodale ou marchande, nous hait, car notre Révolution la subalternise en affranchissant le monde, — et la vieille coalition du continent, qui masse ses armées comme en i815, comme en 92! Souvenez-vous, d'autre part, que nous avons, cette fois, Goblentz et tous ses héritiers, tous ses cadets dans les administrations, dans les Assemblées, partout.

Ainsi, veillez, Républicains, et que tout homme qui aime la patrie veille avec vous! car, peut-être, au printemps prochain, avant que la moisson n'ait fleuri pour les maîtres, vous entendrez, sur les champs de bataille engraissés par le sang des peuples, battre le rappel dos grandes guerr«, et l'enjeu, cette fois, sera la patrie, la Ré[iublique, l'avenir du monde.

Ne vous laissez donc pas entraîner aux querelles vaines, aux débats irritants, aux systèmes qui divisent, et ne songez qu'à défendre, à sauver la Révolution. Elle gardera fidèlement dans son sein tous vos principes, toutes vos idées, toutes vos espérances ; mais, pour Dieu ! réfléchissez qu'elle seule peut les gardei-, car elle est la mère, elle est la nourrice même de nos rêves, et, quand le combat aura fini, la liberté vous les rendra pour que vous les portiez devant le Peuple, votre juge et le nôtre.

Encore une fois, serrez vos rangs, il y a danger. — Les rois, au dehoi-s, dans leurs conseils, ont condamné la patrie de ta Révolution, et les royalistes, au dedans, creusent, on pleine Assemblée, la fosse de la République.

Pour que les bouchers de Berlin, de Prague et de Milan ne rallient pas à l'improviste leurs armées encore éparses, pour que te canon ne vous surprenne pas au milieu de vos dissertations, prenez vos masures vous-mêmes ; défiez-

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TOUS de ceux qui font diversion à ce grand devoir; la pi'emière Révolution en connut de pareils ; ne complci pas sur votre gouvernement, sur ses journaux, sur ses diplomates; faites signaler, chaque jour, par vos orateurs à la tribune, par vus sentinelles de la presse républicaine, les évolutions de la politique ennemie, ses stratégies intérieures, ses mouvements de corps armés ; préparez le Peuple à la guerre sainte; si l'on vous demande vos fusils de gardes nationaux, ne les rendez pas; et qu'à la première alerte du côté du Rhin, à la première menace coatre l'a Suisse, par exemple, car ils veulent vous tourner^ la France se lève, dans une vaste ligue, toute hérissée d'armes, comme une forêt de baïonnettes,

A l'intérieur, vous conjurerez le péril en vous ralliant sous la bannière de la Constitution, bannière déchirée par le boulet qui tua Rome, mais encore debout aux mains de la Montagne, el portant dans ses plis, avec les armes de la Révolution, les deux grandes devises de Février : Suffrage universel, — République française.

De cette Montagne on a dit, je le sais, qu'elle s'élail suicidée. — Suicidée ! — en protestant au nom de la République, au nom de la Révolution, contre Fassassinat de Rome, contre la honte et contre le crime du fratricide? — En tombant, dans le drapeau de la Constitution, sous les violences de la force et de la dictature I — Ah 1 ce n'est pas le devoir accompli, quoique malheureux, qui tue; o'«sl la conlradictioD s'achamant à tout, étouffant sous l'orgueil toute foi, tout dévouement ; c'est la dispute byzantine enfio quand a sonné l'heure des crises. Oui, dans celle journée, la Montagne a perdu quelques hommes, et des meilleurs, qui sont aujourd'hui sous les murs épais de Doulleas; mais la hampe du drapeau est restée dans ses mains que le sBcriûoe a retrempées; mais ta vie morale est sauve; mais, grâce à la prison, grâce à l'exil, peuplés par ses martjrs,

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elle a le droit de dire : J'ai gardé la Constitution jusqu'au Calvaire ; je suis la légion sacrée de la Itépublique.

Citoyens, gronpez-vous donc. Dans quelques jours, aux termes d'une loi de déchéance, tous serez appelés dans seize départements à remplacer vos élus de mai, les grands coupables du 13 juin. — Les royalistes se partagent déjà les trente écharpes des condamnés. — Cependant la yictoire est dans vos mains; c'est à vous de voir si vous voulez écrire vos noms au bas de Tarrët de Versailles et sur la grande tombe romaine ; c'est à vous de voir si vous voulez sceller de votre sceau souverain les registres de la déportation.

Songez qu'il s'agit d'affirmer de nouveau la République démocratique et sociale par un grand acte de souveraineté, de venger la Constitution violée, de protester une dernière fois contre le guet-apena de Rome, et de relever, dans le monde, la foi française tachée par le sang d'un meurtre.

Ralliez-vous donc énergiquement en comités; car la patrie est en danger! Marchez avec ensemble, dans une seule volonté, comme une phalange à l'assaut ; et que celui de vous, électeur ou candidat, qui fera scission ou refusera son concours, que celui-là soit déclaré par tous renégat de la Révolution et traître à la République.

Ce jugement, soycz-cn certains, ne fera que devancer celui de l'histoire,

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ADRESSE AU PEl'PLK

xam Di L'iniiiTiRUiRB de pivaiEn lux (Undrr*, férricr 1X50'

ClTOVEHS,

Il y a deux ans, à pareil jour, le peuple entrait vainqueur dans les Tuileries désertes et veuves de leur dernier maître: il entrait vainqueur au palais Bourbon, où siégeaient les marchands de son honneur, et balayait le temple ; il entrait vainqueur à l'Hôtel de Ville dont ses victoires ont tant de fois visiié le balcon, et du haut de cette grande chaire des révolutions; il proclamait la Répl'blique.

Au cri de son avant-garde, la France entière répondait, le lendemain, par un long applaudissement ; elle se sentait revivre ; pour la première fois, depuis Waterloo, elle venait d'agir et son cœur était en fête.

Vous vous souvenez, citoyens, de ces premièi-es heui-es du réveil et de leur dous enivrement. Pas une voix ne s'élevait, sous le ciel, pour protester ; et les derniers serviteurs delà monarchie tombée s'empressaient eux-mêmesaux autels de la patrie, offrant, celui-ci son épée, celui-là sa loge, et poussant ToubU de l'honneur jusqu'à trahir le deuil des maîtres.

L'Histoire, un jour, dira combien fut héroïque etgrande cette lutte du peuple, terrible comme un débordement el

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rapide comme la vengeance céleste. Elle dira surtout combien sa victoire fut magnanime et douce, même aux mains sanglantes qui venaient de combattre. Ainsi, le dernier roi put partir sous celle grande miséricorde de février. Derrière tes barricades, où gisaient encore les cadavres des faubourgs, pas une goutte de sang ne fut versée, pas un domicile ne fut violé, pas une liberté n'eut à souffrir. La ville ouverte se couvrit de sentinelles; les guenilles gardaient les trésors de l'État et les comptoirs des riches. I^a probité de la faim couvrait jusqu'à l'usure, et cette grande Révolution est entrée dans l'histoire sans une vengeance, sans un écart, sans une lâche de sang.

Sorti comme elle de la tempête, son gouvernement oublia les longues proscriptions qu'avait subies le parti républicain, et ses colères les plus légitimes; il abolit l'échafaud, il effaça l'esclavage qui souillait nos colonies lointaines, il décréta te droit au travail, il afTranchit toutes les voix et toutes les tribunes, il organisa le suffrage universel, et, s'inclinant devant les urnes , il appela la grande souveraineté.

Révolution et gouvernement, telles furent nos œuvres, et le vieux monde en demeura à ce point saisi, que ta République française fut, partout, saluée comme ces îles sorties de la profondeur des eaux et qui viennent s'asseoir, riches et resplendissantes, au milieu des mers.

Aujourd'hui, lesopinionset les temps sont bien changés! La Révolution de Février n'est plus qu'un misérable guetapens, une surprise de conspiration, une aventure de carrefour. La République, acclamée par tous, et vingt fois consacrée par les pouvoirs sortis du suffrage universel , la République n'est plus qu'un indigne escamotage de nuit, im gouvernement de cabaret , une intrigue sans passé comme sans avenir. Le peuple lui-même est déchu de toutes les grandeurs que saluaient en lui les bassesses de

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Février; il n'est plua qu'un instrument de guerre civile, un voleur de couronne, un esclave révolté, qu'il faut réduire.

Chaque jour, dans la presse, organe des vieux partis royalistes, c'&st un concert de malédictions et d'anathèmes contre la Révolution, ses principes, ses hommes, ses institutionâ et ses œuvres. I.a liberté confiante et désarmée de Février s'appelle ivresse aveugle et folle licence; ses quelques rerrains de Marseillaise s'appellent des bacchanales, et tes proclamations : terreur. Dans notre Assemblée légisUtive, on voit toutes les passions liguées contre la République, et jusqu'à de petits grands seigneurs qui s'essayent à l'insnlle contre la majesté de notre glorieuse histoire. Je ne veui pas défendre ici ce que nos pères ont fait : car les enfants ingrats qui profanent leur cercueil ne sauraient atteindre i leur mémoire, et ces noms illustres, trempes dans le sang et la gloire, ne sont pas à la merci des gentilshommes.

Mais la Révolution nouvelle, menacée, calomniée, frappée jusqu'au meurtre, crie vengeance, et du fond de l'eTil, comme dans les ardeurs de la lutte, ma voit lui sera Gdèle.

Ils appellent une turprïse, un giiet-apens, l'éclatante victoire de Février, et ils avaient en bataille, devant le peuple, toutes les forces d'une monarchie que le temps avait assise : — police, armée, justice, administration, chambre, états-majors, généraux, canons, trésors et for-

Ils appellent escamotage tTutigne, intrigue de taverne et de Tue, la République acclamée sur les barricades, ratifiée pur le suffrage universel, consacrée par tous les pouvoirs sortis de la nation, et ils n'ont pas fait, au grand jour de l'épreuve, une seule réserve, une seule protestation, quand toutes tes voix de la patrie s'élevaient en chœur et nuHi' talent libres ; — en sorte qu'invisibles à l'heure du combat et muets après la défaite, leur insolence d'aujourd'hui ne peut avoir qu'un nom : la vengeance des peurs passées.

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llsdisent que le peuple est use mente sauvage, enûévrce pur le socialisme de passions bestiales, jalouses, toujours prêt à In curée; et pendant trois mois, ce peuple, pour faire aimer la République au monde entier, a souffert ta faim, quand il avait l'empire!

Ah ! race éternelle et venimeuse des usuriers et des hobereaux, quand l'ouvrier gardait vos villes opulentes ofi vous n'aviez pas un soldat, vous ne portiez point si haut votre tête et votre parole en face de la blouse; vous vous contentiez de serrer vos écus et d'affamer le travail, en le caressant, jusqu'au jour où vos armdes s'étant ralliées, et le pain manquant dans les faubourgs, te peuple désespéré viendrait dénoncer la trêve et se heurter à vos canons.

11 est arrivé, ce jour d'exécration et d'épouvante qui a laissé dans notre histoire une mare de sang, et qui vous a livré la République, un moment étourdie par vos clameurs, vos calomnies et vos mensonges.

Voyons, qu'avez-vous fait de votre pouvoir? Comment avez-vous payé la miséricorde et les sauvegardes de février? Par le massacre des vaincus, par les bagnes, par les pontons, élcrnel pilori de vos simulacres de justice, et votre haine était si profonde qu'après quinze mois elle n'est pas tarie: ne venez-vous pas d'envoyer les dernières victimes au désert d'Afrique? Voilà comment vous avez payé les magnanimités du peuple.

Et la liberté qu'on vous avait faite si grande, comment l'avez-vous faîte aux autres? L'association publique est un crime, la conlrnverse socîateest un crime, la manifestation pacifique du souverain est un crime. La presse, entravée par les cautionnements, est muselée par les lois. Mesure do guerre, expédient d'un jour, l'étal de siège est entré dans la législation normale, et vous avez, en face de la souveraineté du peuple, décrété, fondé l'institution organique de la dictature.

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En février, — en mars, — en avril, — yoa journaux, vos coteries, vos conciliabules avaient de la lîberlé pour tous les outrages, pour toutes les intrigues, pour toutes les calomnies. Aujourd'hui , que vous êtes les maîtres, vous faites la chasse aux idées, aux livres, comme les fanatiques d'Omar. Vous parlez, non de régler mais de supprimer le socialisme. Vous ne comprenez, vous ne pratiquez, vous n'aimez que la force -, et la pensée, meurtrie par vos lois, traquée, sur les chemins, par vos estafîers, la pensée cherche, en vain, un coin du ciel libre, pour s'échapper et se répandre dans cette étrange République, où les chaires et les tribunes sont la monarchie.

Oh ! vous avez raison, honnêtes gens de tous les budgets et de toutes les trahisons, vous avez raison de célébrer au rabais, ou d'interdire l'anniversaire de Février : car vous êtes la contradiction vivante de sa justice, de son courage, de ses mansuétudes; car il vous accuse, du haut du trône et de l'échafaud renversés, — les deui seules ruines qu'il ail faites, — il vous accuse du haut de ses tombes ou pleurent ses enfants et ses veuves que vous avezlaissés sans pain, tandis que vous offriez cent mille écus de pension à l'opulent exil des altesses, il vous accuse par toutes les voix de ses proscrits, de ses martyrs et de ses prolétaires, âmes généreuses dans lesquelles vous êtes parvenus à jeter le poison de ta haine et le cruel besoin des représailles.

Oui, citoyens, ceux qui vous gouvernent, qui vous admi nistrent, qui vous jugent, n'avaient point qualité pour honorer nos morts. Leur prière républicaine serait un mensonge, un blasphème, une profanaLion, et c'est à nous, qui portons le deuil de Février, à nous qui gardons toutes ses espérances, avortées pour un jour, c'est à nous, travailleurs et soldats au grand chantier de la révolution qu'il appartient de célébrer ce mémorable anniversaire.

Et ce n'est pas aux banquets, aux commëmoratiooï

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bruyantes, aux cérémonies publiqaes, que je vous convie : liolas ! les jours sont trop mauvais pour que la patrie puisse épancher ses joies et dérouler la pompe de ses fêles, te long de SCS villes gardées par l'élat de siège. La tombe romaine est toujours là, béante avec son cadavre, dénonçant au monde l'assassinat commis par nos armes. La Pologne, la Hongrie, rAlIcinugne, toutes les nations, nos sœurs, sont crucifiées ou captives, et la démocratie française ne saurait dresser ses tables à l'ombre des gibets.

La police, d'ailleurs, guette vos joies républicaines comme des crimes. Elle épie le geste, la parole, le regard, jusque dans vos foyers; elle cherche une occasion, un prétexte, un accident pour attiser vos colères et provoquer la (liclature qui doit donner l'empire : Souvenez-vous des arbres de la liberté 1

Soyezdonc vigilants, calmes, maîtres de tous, commedes citoyens qui laissent aux affranchis d'un jour les ivresses de la première heure ; sachez voiler vos tristesses et vos souvenirs, assoupir vos espérances, taire vos ressenliments ; un jour viendra bientôt, si vous savez pratiquer le plus sacré des devoirs, où la France libre et régénérée relèvera ses morts en Europe, et reprendra ses fêtes.

Jusque-là, gardez l'altilude austère et forte de recucillument dans le droit, gardez la foi .retenez la fougue; et si vous voulez honorer vos morts de Février, si vous voulez réparer vos défaites et relever la fortune du peuple, songez que, dans quinze jours, le suffrage universel vous appelle au grand acte de la souveraineté, songez que, dans quinze jours, la réaction peut avoir «es Ides demarsl Kh ! citoyens, il n'y a pas de plus auguste cérémonie, de plus noble fête expiatoireque celle du scrutin. L'urne du suffrage universel, c'est l'autel de la purification, c'est la fontaine de l'éternel rajeunissement, c'est la couche féconde où la patrie engendre ses destinées.

LEDKO-ROLUH. — Il

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Les rois, quand leurs âls meurent, tes parfumeol d'encens, el les enterrent dans la pourpre : eh bien, tous pouvez, comme les rois, ensevelir vos morts dans la pourpre de votre souveraineté.

Tel est, d'ailleurs, le mouvement des choses, et si grave la situation, que la mission grandit pour tous et que la responsabilité de chacun s'élève jusqu'aux destinées générales de la patrie.

Nous n'en sommes plus, en effet, au développement pacifique et régulier de la Constitution. Les factions qui, depuis le 10 décembre, se sont emparées de la Republique, sont en conspiration ouverte et permanente contre les institutionsde Février et contre la souveraineté du Peuple ellemême. Les tentes et les drapeaux de la monarchie sont déployés jusque dans l'enceinte de l'Assemblée législative. « Il y a huit millions d'électeurs royalistes, » crie une voix, et OD y parle, tout haut, d'organiser un scrutin tnte//^e;U, c'est-à-dire de supprimer ce qu'on appelle, ailleurs, VémetUe du suffrage universel. Un ministre même, dans une provocation insensée, s'écrie, comme pour légitimer à l'avance les coups d'État : « Vous pouvez commencer, si cela vous convient ; nous sommes prêts. » Et tandis que cette cohue, venue de tous les camps, sous la pression de la peur bourgeoise, jette l'insulle à nos souvenirs, mutile les libertés, filles delà Révolution, et menace la démocratie dans son droit suprême, un autre pouvoir délégué, la présidence, marche dans ses voies vers l'empire. Il a ses commis, ses familiers, suite équivoque et tarée, dans l'administration, la police, les ambassades; son ambition haletante et sans génie, mais inquiète, besoigneuse, acharnée, tient tout en suspens, en souffrance, et trouble, au fond, le commerce, les industries) les arts, tes alTaîres particulières comme la destinée sociale, les intérêts comme les idées.

Ainsi, point de halte, point de repos dans le pn^senl,

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nulle confiance dans l'ayenif qui porte, dans se» mystères, des problèmes et des catastrophes.

La contre-révotulion,que les ambitionsdivisent mais, que les haines rallient, ne veut pas que la France s'arrête, ajant jeté l'ancre du suffrage universel, et qu'elle puisse vivre dans les eaux profondes de la démocralie. 11 faut, dans ses desseins, que le grand fleuve, débordé depuis cinquante ans, remonte vers sa source jusqu'au delà de 89, et que la France épuisée, fatiguée, déchue dans le monde, reniant sesgloires, se repose dans la servitude!

Est-ce là citoyens, ce qu'on vous avait prorais, est-ce ainsi qu'on devait payer vos naïfs et conGanls suffrages, après la fameuse candidature du iO décembre ?

Eh bien ! vous allez voter de nouveau, c'est-à-dire lier ou délier, absoudre ou condamner, consacrer ou flétrir; car vos bulletins d'élection ne donnent pas seulement le mandat et l'investiture, ils sont encore et surtout le verdict du pays, tere dictum, l'arrêt en dernier ressort, le jugement souverain.

Instruisez dose le procès dans vos consciences, en juges religieux et sévères, vous qui allez prononcer sur ta Révolution, sur la patrie, sur l'émancipation du monde 1 Ëtudiez de près les questions qui sont la matière du jugement, et, voire opinion formée, soyez inflexibles, comme nos pères quand ils partaient pour les assemblées ou la frontière.

Ils eurent, sans doute, dans les rudes journées de leur épopée révolutionnaire, des moments plus difdciles. des crises plus tragiques et plus redoutables ; mais, je ne sais trop, en vérité, si la sainte cause pour laquelle ils sont morts fut jamais plus exposée, plus humiliée, plus compromise qa'aux jours où nous sommes.

De quoi s'agit-il, en effet, et qu'avez-vous à décider? — Sont-ce des questions d'intérêts personnels, d'ambitions locales, d'attributions administratives, de petits conflits, ou

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de menus contrôles sur les hommes et sur les choses?

Hélas ! non, citoyens, le temps n'est pas à ces misèresdc la paii. Vous avez à vous prononcer pour ou cootre la patrie que le réseau des coalitions enveloppe de toutes parts et qui n'a d'autres alliés dans le monde que le souvenir de sa gloire et la prière de ses martjrs.

Vous avez à vous prononcer sur la vie [ou sur la mort de la République, trahie par son gouvernement qui la livre en détail nus prélentioDS ennemies, outragée par ses mandataires eux-mêmes, et n'ayant, tant que n'éclatera pas le dernier coup, d'autre asile, d'autre abri, d'autre forteresse que vos consciences et vos urnes.

Vous avez à vous prononcer sur le sort de la Révolution dont les principes sont faussés, les garanties détruites, tes institutions empoisonnées ou taries jusque dans leur source. Vous avez, enGn, à prononcer sur te suffrage universel, sur votre propresouveraineté, sur vous-mêmes.

Toutes ces graves questions, en efTel, ne sont-elles pas aujourd'hui pendantes?

Pour la liberté, pour l'inviolabilité de la patrie, prenez la carte et suivez, dans ses étapes, dans ses évolutions, la grande armée de la sainte-alliance ; ce n'est pas en Pologne, en Allemagne, en Bohême, en Italie ; ce n'est pas sur la Vistule, sur le Danube, le Tibre ou le Pâ, que tous aurez à soutenir désormais vos premières batailles; c'est sur le Rhin découvert et rasé de ses forteresses : car, tandis que vous vous abandonniez au culte innocent de la légende et que TOUS rendiez un dernier hommage à votre grand empe* reur, en acclamant sa poussière vivante, vos ennemis s'avançaient, écrasant les peuples et massant leurs armées. Ils campent, aujourd'hui, sur les tombes où sont couchées les révolutions trahies par nos armes : ils ont des phalanges échelonnées sur toutes leurs frontières, et, le doigt vers les Apennins, ils demandent à châtier l'Helvélie, dernière jw-

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Irie libre qui garde nos portes; or, l'Helvëlie c'est la France.

Et quels hommes avons-nous, en Europe, pour épier les mouvements de la coalition, pénétrer ses desseins, survciN 1er ses stratégies, combattre ses influences et ses lignes redoutables? En Prusse, nous avons expédié M. de Persigny, diplomate d'an Licli ambre, qui fnil la chasse aux dots princières et négocie pour l'hyménée. — La première République avait envoyé Sieyès à Berlin. — ■ Celui qui fait sentinelle à Saint-Pétersbourg, pour le compte de la révolution, s'appelle Caste'-Bajac ; c'est un deces juges de 1815 que l'histoire a flétris du nom d'assassins, et que M. Bonaparte a choisi entre tous pour réjouir, sans doute, l'ombi* de Sainte-Hélène et la grande âme des héros, ses compagnons. C'est encore un de ces hommes à la tache de sang que M. Bonaparte a placés dans ses conseils, à la léte de nos années et pour le service des guerres ! En sorte que si la coalition déborde et nous entame, an lieu de Carnot, la France répondra : d'Hautpoul !

Mais ce n'est pas, je vous l'ai dit, au dehors seulement que la Révolution est menacée : c'est à Tintérieur, surtout, qu'il faut veiller et craindre, car il y a contre elle coalition au dedans, comme au delà des Trontières et dans le camp des rois.

Ainsi donc, favorisés et couverts par l'amnistie de Février, tous les vieux partis se sont coalisés et marchent ensemble à l'assaut de la République. Maîtres du gouvernement, ils déracinent les institutions, ils arrachent les traditions les plus vivaces, et du champ fécond de 89, labouré depuis cinquante ans par les générations successives, ils extirpent les doctrines, les idées, tous les germes éclos sous le grand arbre de la souveraineté populaire.

C'est ainsi qu'après avoir abattu l'une après l'autre, et confifiqué les libertés politiques, ils se sont jetés sur les ius-

titulions fondamentales qui donnaient la sève et la lumière, qui étaient la force et l'espérance de la démocratie.

L'instruction primaire, source de vérité toujours jaillissante, leur était odieuse et suspecte, comme la faculté génératrice de l'affranchissement. — Ils ont placé l'oreille de la police à la porte de ses écoles. Ils ont livré l'instituteur au bon plaisir des préfets. Ils ont dit de lui qu'il n'avait plus rien d'humain que les instincts communs à l'homnic elà la béte. Ils l!ont dépouillé de tous ses droits, le marquant comme un empoisonneur public, et ne lui laissant pas même tes tristes privilèges qui lui venaient de la mona^ chie.

L'enseignement secondaire, plongeant ses racines dan;: les couches de l'histoire, ouvrant les grandes p^^peclives de la science, éveillant le cœur, disciplinant l'esprit, fwmant le citoyen, l'enseignement secondaire, pour toutes ces raisons, leur portait ombrage et leur était latal ; ils l'ont livré, comme l'instruction primaire, aux jésuites pour l'eipui^er et l'assainir : ils ont mis la vieille Université sous la surveillance de l'Église, voulant, disaientrils, unir cm deux sœurs rivales pour le bien et ta paix des générations futures; comme si l'on pouvait accoupler la pensée libre cl la foi, comme si l'Eglise, dans son esprit d'autorité, ses dogmes fit ses mystères, n'était pas la contradiction vivanlfi de la science et de l'histoire.

Mais qu'importe? Il fautarréler l'esprit humain, ce grand coupable : il faut à tout prix faire la nuit, et tuer la démocratie par l'ignorance, par l'abrutissement! — N'est-ce pas la démocratie qui nous perd?

Voilà, citoyens, ce qui s'est passé, ce qui s'est conclu sous vos yeux, et voilà ce que vous aurez encore à juger, le 10 mars, dans vos assises électorales 1 Non, non, ce n'est point un intérêt de frontière ou d'ai^ent, une garantie politique, judiciaire ou bien administrative que vous aurez

cette fois k protéger, à couvrir de votre jugement ; c'est l'esprit tout entier de la civilisation moderne, c'est la vérité, c'est la science qu'on a vendues à la politique dâs ténè* bres.

Geui qui vous avaient promis, pour vos enfants, l'instruction gratuite, variée, générale, et qui l'abandonnent, en monopole, au clergé, ceux-là se sont-ils, du moins, contentés d'écarter la science et de mettre la main du jésuite st|r les lèvres et sur le cœur des générations nouvelles? ont-ils respecté les garanties publiques, les prérogatives du citoyen, ses droits écrits ou naturels ; et la liberté sous la loi qu'ils vous avaient promise, l'ont-ils gardée Gdèlement ?

Six départements, ceux qui touchent à la Suisse, au point menacé par l'ennemi, sont, depuis huit mois, en état de siège et souffrent toutes les avanies de la dictature : visites domiciliaires, inquisition, censure, emprisonnement, razzias de jour et razzias de nuit, selon le bon plaisir militaire ; on n'y laisse pas même circuler la pensée nationale, ta parole officielle, la parole tombée de la tribune souveraine.

Hors de cette citadelle immense, comprimée sous les lois de la guerre, la police étend ses masses sur toutes la surface de la République : cités ou bourgs, villes ou campagnes ; le gouvernement, pour épier les citoyens, a tout mis en réquisition, en vedette, jusqu'aux gendarmes, et le voilà qui vient de concentrer entre les mains de quatre généraux toutes les divisions militaires de France, toutes les forces du pays, atin, sansdoute, que la liberté, la République et la Constitution soient mieux gardées et vivent plus à l'aise sous ces grands commandements !

Sont-ce là, citoyens, les faisceaux de la liberté légale, et reconnaissez-vous à ces manœuvres de guerre, à ces violences injustifiables, h cet espionnage organisé, à cette menace d'un état de siège préventif, la civilisation progressive et

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c;ilme qui, sous la toi, devait s'ëpandre pour nous faireoublier,à tous, ces temps afTreux du gouvernement provisoire, où la licence elTrénée respectait tous les droits et n'arrêtait n'emprisonnait, ne dépouillait personne.

Citoyens, encore une fois, voyez et jugez entre le sabre et la liberté, le droit et la force.

EnQn, vous souvient-il des magnifiques promesses dont toutes les routes électorales étaient jonchées avant le lOdécembre? C'était un monde incoonu d'économies et de largesses. Le travail devait fleurir, fécondé par la paix et le crédit; les services étant réduits et surveillés par un cod- Inîle sévère, l'impôt diminuerait sans cesse, etnousécbapperions à la banquemute pour entrer dans une ère de prospérités merveilleuses.

Qu'est devenu tout cela ? Ces cités ouvrières, tant vantées, n'ont même pasdépassc le niveau de leurs premières assises. Non, jamais l'histoire n'aura enregistré un charlatanisme plus effronté, suivi d'une plus immense déconvenue. — la CoQStiluantu, au moins, avait affranchi le sel, réduit la taie postale et décrété l'abolition dé l'impôt sur les vins. — En attendant mieux, le gouvernement de M. Bonaparte a déjà rétabli le dernier de ces impôts et le plus exécré.

Les prestations en nature, ce reste de l'esclavage, étaient dénoncées à la justice de l'Assemblée, comme une charge honteuse, lourde au travail et qui devait disparaître. — 1^' gouvernement de H. Bonaparte l'a fait maintenir.

Le budget avec ses découverts, ses arriérés, ses déficils, écrasait le pauvre. — M. Bonaparte a fait doubler la liste civile de la présidence, et a dépensé 40 millions , sans com|iti'i' l'honneur, pour son immortelle expédition de Rome.

£t les campagnes, dévorées par le fisc, qu'ont-elles vu de ce crédit foncier, dont l'organisation devait se faire d'urne façon magique pour rendre à la terre ses sucs nourriciei's épuisés par l'usure?

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— «fl —

Citoyens, vous pouvez faire justice de tant de mensonges, carrurnc va s'ouvrir et ta victoire est à vous.

Ëtte est k vous, si, ne cooroodant ni les nuances, ni les drapeaux, vous marchez au scrutin, comme en un combat suprême, n'ayant qu'une devise et ne choisissant, pour défendre la République, que des républicains.

Elle est à vous ; croyez-m'en, aux terreurs qui les troublent, à ta rage impuissante qui leur a fait trouver ce mol terrible :

l'émeute du suffrage universel!

Ah Icelleémeulepacifiquedu scrutin qu'ils viennent don': la châtier! — s'ils sont prêts, nous lesommes aussi. — Qui, le suffrage universel, universel et direct, violé par la force ou par la fraude, tout deviendrait arme dans notre maiu. Comme au temps de nos pères, plus de quartier, plus de merci dans ce cfaoc du vieux monde contre le monde nouveau.

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