ARTICLE PARD DANS LE JOURNAL LE PROSCRIT
k Lj» sdih dd ximFUiE du comi cenui. DiKOCRUtQDi Eunorin , veit : ■.■oBiH-ioLUR JOCGH umn
UJBIIT D»Bin âKHOLD KDGK
de Francfort
(LoDdm. ii juiUcI IbSO)
Oui, malgré les efforts inouïs tentés contre elle, l'avenir est bien à la Démocratie ; car, sous l'empire de mystérieui décrets, tout devient instrument dans sa main.
Vainement les oppresseurs des Peuples se prémunissent-ils de tous côtés, par des précautions inOnies; vainement imaginent-ils, dans leurs cabinets, des desseins où le monde entier est compris; vainement relèvent-ils les gibets, les échafauds, les tables de proscription ; ils pensent à tout, eiceplé à la loi invisible qui entraîne dans son irrésistible mouvement peuples et rois, et c'est justement par l'endroit auquel ils songeaient le moins que tous leurs projets croulent en un moment.
La proscription, par exemple, avait pour but de dispo'ser les défenseurs des Peuples, d'enlever à la Révolution sa dii'eclion puissante, et c'est au contraire la proscription qui, en donnant un point de ralliement forcé aux représentants des diverses nationalités, va, par un effet inattendu, leur permettre de se connaitre, de s'éclairer mutuellement, de
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se concerter, et de former entre les Peuples un lien indi&< sotuble.
Grand et fécond résultat dans l'histoire de l'humanité I Jusque-là les Peuples marchaient d'un pas inégal, les uns plus avancés, les autres plus attardés sur le chemin du progrès, ceux-ci luttant pour une question de race, ceux-là pour une question de nationalité, quelques-uns pour une prédominance de caste, quelques autres pour des questions sociales, tous enfin combattant isolés, sans ensemble, sans but comme sans drapeau commun. D'injustes préjugés, des préventions sans fondement avaient été semés entre les Peuples par les rois; et voilà que, tout à coup, pour dissiper les nuages, pour prévenir les défaites partielles, pour atteindre au niveau d'idées, pour n'avoirplus qu'un unique sjmbole, la proscription fait plus en un an que n'auraient pu faire en un siècle les négociations à distance et les rapports lointains.
J'avais donc raison de dire que tout devient instrument dans la main de la Démocratie, et que le résultat obtenu est grand et fécond.
Quelles institutions politiques peuvent, en effet, se fonder sérieusement, si elles n'ont autour d'elles l'air et l'espace, et si elles ne sont environnées d'institutions homogènes ? Quelles réformes économiques peuvent être durables, s'il n'est fait un changemenl radical dans les rapports économiques de l'Europe? C'est alors seulement que l'Europe sera constituée démocratiquement , qu'il sera possible de résoudre d'une manière définitive les grands problèmes de la production, de la réparlilion et des échanges, d'où dépend le bonheur des nations. Il faut que tout s'assimile dans l'ordre politique, comme tout se tient et s'assimile dans lu monde physique. Plus de diversités possibles entre les gouveinements de l'Europe. Les mondes qui appartiennent aux mêmes groupes doivent se mouvoir el gravite
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d'api-ès la mémo loi. Ci^ (|ui paraissait une chimère, il y a un siècle, dans les livres de l'abUc de Saint-Pierre, semble à peine audacieux aujourd'hui, et peut cesser, demain, d'être une fiction.
Ainsi, nous l'avouons hautement, publiquement, sans crainte comme sans réticence : universaliser l'idée démocratique, concentrer en uaelTort collectif des etTorts jusquelà impuissants dans leur solitude, opposer à la saintealliance des rois la sainte-alliance des Peuples pourémanciper le monde, résumer en un seul programme les idéi>< sociales acceptées dès aujourd'hui, pour ne pas perdre le fruit de nos conquêtes, telle est noire œuvre, tel est le but constant de notre activité. Et pour l'atteindre, pas de conciliabules ténébreux, pas de manœnvres souterraines, non ; In clarté du soleil, au contraire, pour faire mieux connaitn; la puissance de nos forces, l'immensité de nos masses pn>fondes et le petit nombre de nos oppresseurs.
Placés à cette hauteur, n'agissant qu'au grand jour, avons-nous besoin de répondre à ces calomnies odieuses, récemment lancées contre nous ? « Nous tenions à Londres, disait un journal que j'aurais honte de nommer, nous tenions école de sociétés secrètes et d'assassinat. Nous avions désigné des agents de vengeance pour aller frapper les têtes couronnées de l'Europe. »
Les misérables qui mentent ainsi ne parviendront pas» faire oublier deux choses : la première que la peine dt; mort en matière politique a été abolie par le gouvernemeot qui a eu l'honneur d'établir la Képublique en France; la seconde que, si pour les crimes ordinaires l'échafaud, cel opprobre de l'humanité, est toujours debout, si aujourd'hui encore il est payé plus de bourreaux qu'il n'y a de tètes à couper, on le doit aux sauvages clameurs des journaux royalistes.
Non, nous ne conspirons pas, parce que nous savons
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que, si tes révotulions de palais s'accomplissent par des conspirateurs, ce a'est point par des conspirnlions que se réalisent les transformations sociales, et nous sommes à la veille d'un de ces grands changements dans l'humanité. Ce n'csL pas vainement que, depuis vingt siècles, elle se débat pour briser ses liens, ce n'est point par un coup de hasard, mais bien par l'effet d'une loi supérieure, inéluctable, que l'esclave a'est fait serf, que le serf s'est fait salarié, et que le sal:irié des champs, comme celui des villes, veut, à l'heure qu'il csl, secouer la dernière exploitation de l'homme et se faire libre à son tour. Voilà, sous tous les débats de forme, le véritable fond des choses, voilà le legs du temps que la révolution de Février porte avec soi et qu'il faut bien, bon gré mal gré, se résigner à acquitter prochainement.
Aussi, est-ce pitié que d'entendre répéter sans cesse par les hobereaux du royalisme, par tous les gens à courte vue, qui prennent l'effet pour la cause, que Février fut une surprise.
Si Février n'avait été qu'une surprise, les royalistes auraient été bien lâches, car ils étaient, quoi qu'ils en ' disent, sur leurs gardes depuis longtemps! Mais qu'ils se consolent, Février avait quelque chose de soirverain, de providentiel, devant quoi les plus vaillants devaient succomber. CuLlc Révolution, née de la tradition, était fatale, inévitable, prévue aussi sûrement par les penseurs que peuvent être calculés par un mathématicien la vitesse et l'espace. Février une surprise ! C'est là l'éternelle excuse des vaincus, c'est le grossier artiQce de l'orgueil humain qui ne veut s'incliner devant aucune puissance, pas même devant la mort, dont il dit tous les jours qu'elle est une surprise, bien qu'elle soit la seule chose certaine de la vie.
Juger ainsi les révolutions, c'est leur assigner une bieu
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petite cause. Pourquoi ne pas plutôt se résoudre à les comprendre dans le livre de l'humanité, dont elles ne sont que le développement 7 Elles ont une génération de prophètes plusancîenne, plus nombreuse que cellequt prédit la venue du Messie. Que Fut-il lui-même, sinon une de leurs personnifications ? Leur marche progressive, à travers les âges, révèle la main qui les mène, c'est là le signe de leur caractère religieux et le fondement de notre inébranlable foi.
Pour saisir le sens de la Révolution, ouvrez l'histoire el voyez, après tout, combien courts furent les instants comptés à cette monarchie dont vous essayez inutilement de ranimer ta poussière. Ne parlons ni de ses assassinais de rois, ni de ses exterminations de Peuples, ni des bûchers qu'elle a allumés, ni des torrents de sang qu'elle a répandus; ne parlons que de sa durée. A la considérer dans chacune de ses modifications, est-il quelque chose de plus fugitif que cet éternel monument de la sagesse des hommes, et de combien de crimes et de désastres chacune de ces modifications n'a-t-elle pas été accompagnée 1 A peine arrivée sa maturité, la monarchie féodale tombe pour faire place la monarchie des États, la monarchie des Étals à la monarchie parlementaire, la monarchie parlementaire à la monarchie absolue, la monarchie absolue à la monarchie constitutionnelle, et cette dernière elle-même est trois fois brisée, comme pour mieux constater qu'on ne saurait en rapprocher les éclats.
Ne diiait-on pas à voir toutes ces monarchies croulant l'une sur l'autre, qu'elles sont poussées par quelque chose de surhumain?
C'est qu'en eflet elles sont précipitées par deux immo^ tels principes qui sont la condition même du développement de l'humanité :
La perfectibilité de l'homme:
La perfectibilité des Sociétés.
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Oh I sans doute, des générations d'individus disparaissent, des successions d'hommes passent ; mais l'homme, l'homme type reste debout, enrichi de tout ce que ses devanciers lui ont transmis, orné de tous les présents des Ages. 0e par la loi même de sa nature, il faut donc que l'homme brise tout ce qui Fait obstacle à sa perrection indéfinie, car l'homme veut être de plus en plus libre, de plus en plus éclairé, de plus en plus heureux.
Ainsi en est-il des Sociétés. Sur les Sociétés qui s'évanouissent sans cesse, une Société progresse sans cesse- D'abord on lue et on dévore le vaincu ; plus lard, on se contente de le réduire en servitude; — plus tard encore, on l'échange; que d'étapes parcourues déjà ! De la guerre de races, dans laquelle des nations tout entières sont anéanties, à la guerre d'idées ou d'influence gouvernementale, quel cliemin ! et quel chemin aussi — les mêmes mots selon les âges n'exprimant pas les mêmes idées — de la République arislocralique d'Athènes ou de Rome, à la République française de 1792, et de celle-ci au suffrage absolument universel de 1848 !
Tout marche donc, hommes et Sociétés, et ce mot d'un grand écrivain : « La liberté est ancienne, le despotisme seul est nouveau, » n*est qu'une saillie de l'esprit; c'est le contraire qui est vrai. Non, l'humanité ne tourne pas sur elle-même, l'image du serpent qui se mord la queue n'est que le symbole des Sociétés éteintes. Le monde suit bien une route ascensionnelle, et l'arislocratie , le despotisme sont des anciens jours, tandis que la liberté est fille du lemps et de la raison.
Ainsi donc, perfectibilité de l'homme, perfectibilité des Sociétés, tels sont les deux grands courants de l'histoire, qu'aucune puissance au monde ne saurait entraver.
Si l'idée, parfois, semble reculer ou s'arrêter, ce n'est que pour mieux prendre son élan et franchir plus d*espace
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d'un seul bond. Après le gigantesque effort de notre première Révolution, par exemple, où en était l'Europe ? Réfractaire à la semence de l'esprit nouveau, son sol dut être .labouré profondément ; ce fut le travail de l'épée ; Napoléon et ses innombrables légions sufûrent à l'œuvre.
L'idée ainsi dispersée doit être ramenée à son foyer pour se concentrer de nouveau. Vint la Restauration ; aux luîtes de la force succédèrent les luttes de la iribune, de la presse : pouvoir et liberté, philosophie et religion, tout se discuta, tout bouillonna, comme en une fournaise ardente, pour explosionner en 1S50. El cependant, durant cette période, que d'hommes croyaient sérieusement, comme il en est qui le croient aujourd'hui, que l'esprit humain retournait vers le passé I
Même répit après i850 ; la France n'était pas mûre encore pour l'idée républicaine ; une expérience restait à faire. Ce fut le tour des idées constitutionnelles, des gouvernements d'équilibre et de pondération. Ils devaient être essayés dans toute l'Europe, {four mieux démontrer leur inanité. A la fin de 1847, combien d'esprits pensaient que c'en était fini avec les révolutions? Jamais majorité fut-elle plus compacte et plus puissante, jamais cours de rente fut-il plus élevé? El cependant, sous ces semblants trompeurs, l'idée avait tellement grandi, s'était si démesurément dilatée, que le moule devint insuffisant à la contenir et qu'il dut éclater encore.
Elle avait même, pendant ces dix-huit ans, multiplié à ce point, que ce fut, en Février, par toute l'Europe, comme l'éruption d'un seul volcan. Mais, je l'ai dit, toutes les nations n'étaient pas prêles au même degré, l'Europe n'était pas une dans sa pensée : il fallait que le niveau de la persécution et du malheur égalisât tous les Peuples. La tâche a été mesurée à ta réaction ; elle l'accomplit sans relâche. De là ce temps d'arrêt apparent pendant lequel toutes les aris-
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tocraties de l'Europe crient victoire. Ne criaieDi-elles point victoireaussi sousGharlesX,sous Louis-Philippe ? Laissez-les làire : la joactioa de nos forces s'est opérée^ et ce n'est plus, déjà la Seioe ou le Danube, te Rhia, le Tibre ou la Vistule, qui débordera isolément ; de tous ces fleuves un immense océan s'est formé, prêt à monter sous une seule pression, sous un mfimesoufOe, le souffle ardent de la Démocratie.
Yoilà où nous en sommes arrivés. Quelle carrière parcourue en soixante ansi 1792 nous trouva seuls ; la France ayant devance d'un siècle toutes les autres nations, toutes les nations se tourn^ent contre elle. 1815 nous laissa seuls, et aujourd'bui cependant, plus encore qu'en Février, l'Europe continentale est prêle à se lever pour défendre nos idées qui sont les siennes.
En 1792, Saint-Just, dans l'idéal de ses institutions, constatant les inimitiés qui séparent les Peuples, osait à peine entrevoir le jour où ils ne fonaeraient qu'une seule famille. < Ce rêve, disait-il, n'est réalisable que dans un avenir qui n'est pas fait pour nous. » Et en moins de soixante ans, les Peuples se proclament frères ! 11 n'y a pas trente ans encore qu'ils se ruaient l'un sur l'autre à un si^e de leurs chefs, et aujourd'hui pas une douleur, pas un martyre qui ne soient devenus communs. Si tel peuple; lutte, .combat, succombe, c'est pour conserver au trésor généra) de l'humanité tel droit, tel principe, telle liberté.
Et c'est ce mouvement universel, inconmi jusqu'ici dans rhistoire, c'est cette fin des Sociétés : la solidarité humaine, c'est cette conspiration du temps ayant pour complices toutes les nations, c'est cette force indomptable multipliée par le poids des siècles, que de petits orateurs et de petits journalistes ont la folie d'appeler la surprise de Février.
Puisqu'ils en sont revenus aux miracles, qu'ib essaient donc d'arrêter le soleil, de tuer la seule diose inunortelle ici-bas : la pensée.
UMID-ULLIII. — n S7
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Après bien des luttes sanglantes , elle avait trouvé le moyen de se faire contre-poids à elle-même, etde progresser sans secousses ni violences. Désormais, par le libre exercice du suffrage universel, toute difficile question devait se résoudre pacifiquement; eh bien! au lieu de reconnaître que le genre humain pouvait avoir raison contre vous, hommes du passé, vous avez préféré ramener les classes, c'est-à-dire les haines, et déclarer que sur dix millions d^électeurs, sept millions au moins étaient des vagabonds et de la vile multitude.
La presse vous gênait, vous la brisez. Hais qu'importe, la pensée se fera jour, tant qu'il restera une imprimerie dans un coin du monde. Irez-vous jamais plus loin que Louis XIV, qui prohibait l'introduction des mauvais livres, sous peine de la corde. Cependant arrêta-t-il l'inondation des écrits, des brochures, des pamphlets pleuvant de l'étranger, empêcha-t-ii le dix-huitième siècle de briller sur le monde?
Paris est le grand creuset où s'élabore l'idée; ne poDvanl point éteindre le foyer, vous voulez entreprendre de l'isola. VousToulez rayer Paris de la carte de laFrance; car c'est le déshonorer, l'anéantir, que de lui enlever le siège de l'Assemblée et du Gouvernement. — Essayez-le également, en serez-vous mieux sauvegardés? N'y eut-il point une Assemblée envahie par le peuple à Versailles ? n'y en eut-il point une autre envahie par les baïonnettes du pouvoir à Saint- Gloud? Pour échapper au premier danger, faut-il courir audevant du second ?
Hélas I tous ces moyens sont bien usés ; ils ont été lentes et bien d'autres encore, puisque, pendant des siècles, la pensée humaine n'a cheminé qu'entre la torture et les bûchers.
Qu'y faire? Elle renaît de ses cendres, elle est conune le grain qui germe d'autant mieux qu'il est foulé aux pieds.
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Acharnez-vous à le fouler pour que la moisson monte plus TÎte.
Mais, croyez-moi, vous n'êtes, en fait de persécutions sociales, en fait de tentatives rétrogrades, vous n'êtes, malgré vos fureurs, que de pâles imitateurs et de timides écoliers.
L'histoire offrel'exemple d'une révolte gigantesque contre !a marche de l'esprit humain, et celle-là peut frapper par ses proportions colossales. L'interdit n'embrassait pas moins que l'univers connu.
C'était, comme aujourd'hui, sur le penchant d'un vieux monde et d'un monde nouveau : le rebelle s'appelait Julien.
Il n'apostasiait pas, lui, pour arriver à l'empire, il le possédait dans toute sa plénitude. C'était, de plus, une vaste intelligence, un homme continent, sobre, infatigable, un redoutable guerrier, un grand administrateur. Souvent il avait vaincu. Il était secondé par tout ce qu'il y avait de riche et de puissant, par tout ce qui vivait d'abus et de pri- ▼il^es. Il entendait accuser les chrétiens des mêmes écormités dont on accuse, à l'heure qu'il est, le socialisme. Eh bien I en essayant de rebrousser le cours du temps, il se fit écraser par les générations qu'il voulait retenir. Elles le renversèrent malgré sa force. L'idée passa par-dessus son tombeau pour faire le tour du monde,- de même que l'accomplira, de notre temps, l'idée nouvelle ; et les soins inutiles qu'il se donna prouvent qu'il n'est pas plus possible de ressusciter les siècles que les morts.
Frères, la monarchie est aussi bien morte aujourd'hui qu'étaient morts, sous Julien, les dieux du paganisme;
Sous quelque forme qu'on veuille )a rétablir : Empire ou royauté ;
Par quelques moyens qu'on le tente : coups de majorité, ou coups d'État.
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Frères^ debout et confiance, car nous avons avec nous les Peuples, l'histoire, la tradition, le génie même de l'humanité.
Lebru-Roluh.
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PMS DE PRÈSIDEliT, PL€S DE REPRÉSEmUITS
iBnai MM DUH Ll MDM», « I* V«tx «ta Pi*WCTH *
(Londrei, tSH)
Qu'on ne se récrie pas avant de nous entendre jusqu'au bout ; ce que nous proposons est à la fois l'œuvre du temps et la seule solution qui ressorte des faits actuels. Ce n'est pas la révolution sanglante mais bien le moyen de la conjurer, en faisant comparaître toutes les écoles, tous les systèmes, tous les grands et dîfËciles problèmes sociaux qui agitent notre ^e, devant l'unique juge compétent, devant le paya tout entier.
On se rappelle qu'il y a trois ans & peine nous disions : » Pas de président; un président élu parla nation, c'est l'antagonisme et la guerre. » Les faits ne sont-ils pas venus bientdt ratifier nos prévisions?
Aujourd'hui, poussé par la même logique, nous disons : Plus de représentants, mais de simples délégués, des commissaires, pourne pas dire des commis, nommés seulement pour préparer la loi, laissant au Peuple le soin de la voter, en d'autres termes : Gouvernement direct du Peuple par le Peuple.
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Celle thèse, malgré tes contradictions violentes qu'elle rencontre, n'en est pas moins destinée à faire son chemin plus promptement encore que la première.
Pourquoi?
Nous Talions dire en examinant si, philosophiquement, cette idée est vraie,
Si elle est praticable,
Dans quelles mesures elle est praticahle,
Si, enfin, elle est proQtable ou nuisible à la nation.
Et, d'abord, que l'idée du gouvernement direct du Peuple par le Peuple soit philosophiquement vraie, pas de doute à cet égard, pour peu qu'on remonle aux principes constitutifs des sodétés.
Q La souveraineté, dit Rousseau, dans le Contrat Social, n'étant que l'exercice, de la volonté générale, ne peut jamais s'aliéner, et le souverain qui n'est qu'un être collectif, ne peut être représenté que par lui-même.»
« L'idée des représentants est moderne, elle nous vient du gouvernement féodal ; les anciennes republiques ne l'ont jamais connue. L'attiédissement de l'amour de la pairie, l'activité de l'intérêt privé, l'immensité des États, les conquêtes, l'abus du gouvernement l'ont fait imaginer. »
< Cependant, les députés du Peuple ne sont et ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires, »/j ne peuvetU rtea conclure définUivement. Toute toi que le Peuple, ai personne, n'a pas ratifiée, est mUle. Cen'est point une toi. »
II ajoute, avec cette puissance de déduction qui le caractérise : 8 Â l'instant qu'un Peuple se donne des représentants, il n'est plu4 libre, il n'est plus, u
La théorie que Rousseau avait trouvée dans les profondeurs de son génie, et qui étonna, dans un siècle d'esclavage, par son radicalisme et sa nouveauté, comment la
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nier, aujourd'hui que lant de faits nombreux se sont accumules pour lui donner raison ?
Oui, un peuple qui se fait représenter cesse bien d'être libre, car la France, libre en Février, en se donnant des représentants s'est, par là même, donné des maîtres.
Qui pourrait soutenir, en elTet, que lors de l'invasion de Rome, la Franceeût voté comme ont volé ses représentants? El dans la question des boissons, et dans ta question de l'enseignement, et dans celle de la liberté de la presse, croil-on, aussi, qu'elle eût voté comme ont voté ses représentants? Lors de la mutilation du suffrage universel, surtout, imagioe-t-on que le Peuple se fût immolé de ses propres mains?
Ah[ sans doute que, dans d'impénétrables desseins, cette dernière et mémorable épreuve était nécessaire, pour que l'institution de la représentation fût à jamais jugée, à jamais condamnée, comme l'est dorénavant, celle de la
Arrêtez, dira-t-on, vous confondez deux choses : le droit et le fait, le principe et le vice des choix. Si le Peuple s'est trompé sur les hommes, cela ne prouve rien contre l'institution; de meilleures élections n'eussent point engendré d'aussi funestes résultais.
Le Peuple, répondrons-nous, à notre tour, qui jamais ne se méprendra sur ses véritables intérêts, sur ce qui est bon pour lui, mauvais pour lui, sera longtemps encore susceptible de s'égarer sur les hommes el sur les noms. Le monde n'esl-il point au prestige, à rinlrigue, à la renommée bien plus qu'au dévouement et à la vertu ? Les plus célèbresne sont-ils pas souvent ceux qui, au lieu de suivre modestement, en conscience de cœur et d'esprit, le droit sillon, ont, par d'éclatantes contradictions, attaché le plus de bruilàleurs pas ? La félicité d'une nation ne peut donc dépendre des personnes, elle ne doit reposer que sur des principes.
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Non, nous ne confondons pas, c'est bien l'inalitotion de la représentation eile-même qui est périlleuse, et, à peine d'être sans cesse trompé, sans cesse esclave, sans cesse misérable, le Peuple doit faire par lui^néme tout ce qu'il peut raisonnablement faire ; il faut que sa grande, son unique aiïaire soit sa liberté et son honneur ; donc, la thèse du gouvernement direct du Peuple par le Peuple est, philosophiquement et politiquement vraie.
Peut-être en théorie, s'écriera-t-on, mais en pratique jamais. Voyez d'ici une grande nation comme la France, toujours assemblée ; quel rére, quelle chimère I Et le travail, la production que deviendront-ils? Dételles institutions étaient bonnes chez les Grecs, chez les Romains ; ils habitaient un climatdoux, ils n'étaient point avides, deseselaves faisaient leurs travaux. N'ayant pas les mêmes avantages, comment conserver les mêmes droits ? Ressusàterei-Toos les ilotes?
Non, nous ne voulons pas d'ilote, uous qui ne voalons plus de prolétaires ni de salariat. Hais, n'anticipons pas.
Faisons toutefois remarquer que, si les républiques antiques étaient constamment sur l'agora ou le forum, c'est que les citoyens y exerçaient non seulement les droits de souveraineté, mais une partie de ceux du gouveroMnent. Ils traitaient certaines affaires, ilsjugaient certaines autres; ce n'est pas cela que nous demandons.
Ajoutons qu'il faut peu s'effrayer des impossibilités ; .es bornes du possible dans les choses morales sont moins étroites que nous ne pensons; ce sont nos préjugés, notre amour incurable de la routine qui les circonscrivent et nous font trop facilement prendre ombrage. Ce siècle, plus que tout autre, en a fourni des preuves ; mais, entres toutes, il en est une qui demeure sans réplique.
Que penser encore des soties déclamations contre l'impossible, quand on a vu chez nous le suffrage universel
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foncti<H)ner si admirablement? Huit jours avant sa mise à exécution, combien d'esprits sensés ne disaient pas: Jamais dix millions d'hommes ne voteront sans troubles, sans collisions. Et cependant, nous avons pu comtempler ce merveilleux spectacle de dix millions d'hommes votant le même jour, à la même heure, dans Tordre le plus parfait.
De l'existant au possible, la conséquence est forcée.
Le mécanisme de la souveraineté, devenu, aux mains du Peuple, souple et docile, qu'importe le nombre de fois qu'il devra le faire mouvoir?
Le gouvernement du Peuple par le Peuple étant pratiquement possible, examinons, maintenant, dans quelle mesure il peut raisonnablement s'appliquer.
Quelle est ta limite à poser entre ce que le Peuple doit faire directement, et ce qu'il doit nécessairement déléguer?
Eh bien? cette li^ne de démarcation a été tracée par un des esprits les plus positifs de nos assemblées délibérantes, par Hérault de Séchetles, qui, après avoir été une des lumières de l'ancien parlement, fut le premier magistrat de la Cour de cassation, à son berceau. Cette distinction, la Convention l'a posée, et le Peuple lui-même l'a sanctionnée par plusieurs millions de suffrages.
Mais, pour plus de brièveté, laissons parler les maîtres :
« l'La souveraineté, dit Hérault, n'étant que l'exercice de la volonté générale ne peut jamais s'aliéner. — De là, l'institution de la République. — Car, toute autre forme de gouvernement serait une aliénation du droit. »
a 2° Le souverain, qui n'est qu'un être collectif, ne peut être représenté que par lui-même. — De là, le gouvernement direct du Peuple. »
m Ces deux règles, ajoute le rapporteur de la Convention, nous les avons eues sans cesse devant les yeux, et c'est toujours à la dernière limite que nous nous sommes attachés à saisir les droits de l'humanité. Si quelques fois nous nous
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sommes tus conlraints de renoncer à cette sévérité de théorie, c'est qu'alors la potsibilité n'y était pitu. La nature des choses, les obstacles insurmontables dans l'exécutioii, les vrais intérêts du Peuple, nous commandaient ce sacrifice; car, ce n'est pas assez de servir le Peuple, il ne faut jamais le tromper, b
Et la Constitution de 1 795, partant de la souveraineté du Peuple, pour s'arrêter seulement devant ce qu'elle considérait alors comme l'impossible, posait ce principe plein de sagesse :
€ Le Peuple souverain est l'universalité des dtojens français.
« Il délibëresur les lois.
« Le corps législatif propote des lois et rend des décrets.
« Les lois doivent être acceptéei par le peuple. ■
Maintenant, un mot d'éclaircissement, nous ne saurions mieux faire que de l'emprunter à Hérault lui-même :
a Pourquoi consulter le Peuple sur. toutes les lois? Ne suf^t-il pas de lui déférer les lois constitutionnelles et d'attendre ses réclamations sur les autres? Nous répondrions : c'est une offense au Peuple que de détailler les divers actes de sa souveraineté. Nous l'épondrions encore : avec les for^ mes et les conditions dont ce qui s'appelle proprement loi sera entouré, ne croyez pas que les mandataires fassent un si grand nombre de lois dans une année. On se guérira peu à peu de cette manie de législation, qui écrase la législation, au lieu de la relever, et, dans tous les cas, il vaut mieux attendre et se passer même d'une bonne loi, que de se voir encore exposé à la multiplicité des mau* vaises. »
Qu'on nous peimette une dernière citation ; elle est de Robespierre ;
« Le mot de représekt&kt ne peut être appliqué à aucun mandataire du Peuple, parce que la volonté ne peut se re-
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— «7 — présenter. Les membres de la législature sont des mandataires k qui le Peuple a doané la première puissance ; mais, dans le vrai sens, on ne peut pas dire qu'ils le représentent. La législature prépare des lois et fait des décrets ; les lois n'ont le caractère de lois que lorsque le Peuple les a formellement acceptées. Jusqu'à ce moment, elles n'étaient que des projets ; alors elles sont l'expression de la volonté du Peuple. Les décrets ne sont exécutés avant d'être soumis à la sanction du Peuple, que paixe qu'il est censé les approuver. Il ne réclame pas, son silence est pris pour une approbation. Il est impossible qu'un gouvernement ait d'autitis principes. Ce consentement est exprimé ou tacile; mais, dans aucun cas, la volontésouverainenese représente, elle est présumée. Le mandataire ne peut être représentant; c'est un abus de mots, et déjà, en France, ou commence à revenir de cette erreur. »
Les esprits sérieux, les hommes de foi, ne sauraient se lasser de lire la discussion, si lumineuse et si patriotique, qui a préparé cette Constitution de 93.
Toutes les grandes questions politiques qui nous préoccupent aujourd'hui, y sont soulevées et résolues; avec quelle profondeur! Les droits sacrés du Peuple, son initiative, ses assemblées primaires, la distinction fondamentale entre les lois et les décrets, la confection et le vote des lois, tout y est ordonnancé avec une prudence incomparable. Sans doute, il est quelques modiûcations de détail que l'expérience a rendues nécessaires, notamment en ce qui concerne l'élection du pouvoir exécutif; mais jamais la majesté du Peuple ne fut plus solennellement reconnue, le principe de sa souveraineté plus respecté.
Quels acteurs, quels drames, quel but ! L'ennemi aux portes, à l'intérieur la famine organisée par les rois ; pour scène le monde, pour Qn le bonheur du genre humain. La truelle d'une main, comme disait l'un d'eux, l'épée de
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l'autre, coDstraisanl et combattant, déclarant que la République ne pouvait négocier tant qu'il resterait un ennemi sur son territoire. A quoi un dés membres s'écriait : « Vous avez donc fait pacte avec la victoire? — Non, répondaient-ils tous, nous l'avons fait avec la mort, o
Mânes sanglants et toujours calomniés de Thermidor, pardonnez encore à vos insulteurs; votre génie arait devancé l'époque. Il faut, pour vous comprendre, une génération afTranchie par votre martyre; mais, bientôt, les temps do votre évangile seront accomplis !
Poursuivons : Si nous avons démontré, avec Rousseau, que le Gouvernement direct du Peuple découle de la nature même des choses ; qu'avec la Conslitution de 93, il est facile à organiser, que reste-l-il maintenant? cette seule objection, — qu'on répétera éternellement, tant que le fait n'en aura pas eu raison, comme de tant d'autres banalités : — Si le Peuple légifère lui-môme, c'en est fini da travail national, la fortune publique a reçu la plus mortelle atteinte.
Pas d'exagération : la question étant réduite aux termes dans lesquelselleaété posée par la Convention, — le Peuple votant les lois, et l'assemblée des délégués pourvoyant, par des décrets, aux nécessités secondaires, — combien de fois suppose-t-on que le Peuple aurait, dans l'année, à exercer son droit? Bien rarement, sans aucun doute, torsque les principes primordiaux fixant ses destinées auront été posés par lui.
Ceux qui tiennent ce langage ont-ils réfléchi au nombre de jours que le Peuple a perdu et perd encore, en fêtes, &[ dimanches, en chômage? Le temps qu'il dépense ainsi ne serait-il pas plus utilement employé à cimenter son indépendance, sa grandeur, sa prospérité?
Quoi I le Peuple, la France entière, n'aurait pas bien gagné sa journée, quand la nation aurait statué, en cou-
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naissance de cause, sur ses intérêts les plus précieui; quand elle aurait réglé son impôt, son crédit, les bases de la proprÎGlé, les lois de son travail intérieur, de ses exportations; quand elle aurait fondé l'association et la solidarité; quand elle aurait cicatrisé ces deux chancres du cœur et du corps, l'ignorance et la misère I Âh I certes, il lui faudrait moins de temps pour réaliser son bonheur en ce monde, qu'elle n'en a consumé, depuis des siècles, à chercher, dans l'autre, un problématique salut. L'assemblée primaire serait la cathédrale moderne, l'autel vivant élevé véritablement au culte de la fraternité. Non, ce temps ne serait pas inutilement dévoré ; ce qui est nécessaire, en f^et, c'eat moins la souveraineté constamment en action, que la souveraineté toujours constituée, toujours présente, n'abdiquant jamais. Où le droit et la liberté sont toutes choses, les inconvénients ne sont rien. D'ailleurs, il faut savoir accepter les conséquences de son principe ; pas de Démocratie, sans d'incessants efforts. Un peu d'agitatioii^ donne du ressort aux âmes; ce qui fait prospérer l'espèce, oe n'est pas le repos, c'est le mouvement. Du mouvement les vieux politiques avaient fait un crime, sachons en faire une vertu, un moyen; si formidable qu'il soit, il n'est jamais qu'une force, quand il n'est pas contrarié dans ses lois éteinelles de développement.
Un dernier mot : le Gouxiernement direct du Peuple est ta seule formule de la Révolution prochaine ; la seule, encore une fois, qui nous sort des systèmes, des écoles, des personnalités; la seule qui nous sauve des tyrannies, des dictatures, des aristocraties, quelles qu'elles soient; la seule qui n'emprisonne pas la puissance de l'idée, et prévienne les explosions, en ménageant de larges échappements.
< Ayez confiance dans la raison du Peuple, disait un B qui le connaissait bien, Danton ; malgré ses calom-
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nîateiirs, et il a plus de gëoie que beaucoup qui se croîenl de grauds hommes. Dans un grand peuple, on ne compte pas plus les grands hommes que les grands arbres dans une vaste forêt ; ils disparaissent dans les profondeurs des
Si Danton pouvait parler ainsi, de quoi a'est pas capable, aujourd'hui, ce Peuple éclairé par deux révolutions nouvelles, et par soixante ans de succès et de revers !
A l'œuvre donc, frèresl Depuis six mois, la Voix du Protcrit s'est efforcée, dans une série d'articles, de préparer ce gouvernement du Peuple, et l'idée, partie d'un coin de l'exil, a poursuivi sa carrière.
Aujourd'hui, que chacun lui vienne en aide; que tout cœur vraiment peuple, que tout républicain sans arrièrepensée, sans réserve, se joigne à nous. Latradition a été rompue en 95, bien qu'elle eût sa raison d'être ; aucune idée légitime ne saurait être étoufTée; renouons la chaîne des temps, tous n'ayant qu'un cri de ralliement, une devise : GonvERHEMEKT niRECT DU PEUPLE; et bientôt le Peuple fera mieux que de triompher : pour la première fois eD0n, il n'aura plus de maître, il régnera.
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IAKIFEST8 ADRESSÉ A LA DÊIOCBATIE FRANÇAISE
DUn LB JODUUL tBJSK t U R»IOH D {Se mm 1S58)
UNION - SOUDABITÉ
« {/nwiez-tot» fou», c'est te $eul moyen de sauver la République I » Telle fut la dernière parole de la Démocratie expirante, après ces journées de prairial où maîtresse de Paris, de ta France, elle ne dut sa défaite qu'à son excès de confiance et d'humanité ; tel fut l'adieu suprême de ces cinq représentants du peuple qui se frappèrent d'un même couteau, aux pieds d'une commission militaire, pour ne pas survivre à la Révolution vaincue.
Et où en était la France quand ces paroles de paix et de fraternité furent prononcées? La contre-révolution partout triomphante décimait les républicains. Les compagnies du Soleil et de Jémt poursuivaient par le fer et par le feu leurs épouvantables exploits, les prisons regoi^aient de patriotes désignés alors sous le nom général de terroristes comme on les désigne aujourd'hui sous celui de socialistes ou de Jacques-, les royalistes massacraient les femmes, les jeunes filles, tes enfants ; ils mitraillaient dans les geôles ; à Lyon seulement,. en Provence, dans les pays voisins, plus de 13 000 citoyens étaient égorgés sous les yeux et avec le consentement tacite des commissaires girondins; comme
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aujourd'hai, il suffisait d'une dénonciation anonyme, d'un soupçon, pour être frappé ; et ce qui avait échappé aux fusillades était proscrit en masse.
Pourquoi celte hécatombe de la Démocratie après tant de glorieux triomphes au dehors, après que, par une indomptable éoei^e die avait eu raison de l'Europe armée et de la coalition des rois ? Parce que, dans la victoire, la Démocratie avait cessé d'être unie, parce que tes ressentiments, les rivalités jalouses, les implacables orgueils avaient fait oublier l'ennemi commun, parce qu'elle avait miné, dévoré, anéanti ses propes forces, parce qu'elle avait perdu de vue, dans ses colères intestines, cette idée simple et vraie qu'en temps de révolution il n'y a véritablement que deux camps, celui où l'on combat pour les idées nouvelles et celui où l'on défend la cause du passé, le parti de l'égalité et le parti de l'aristocratie.
Il avait fallu la rude épreuve d'un terrible désastre pour faire taire les haines, pour effacer les divisions, pour fondre les nuances, pour arracher aux lèvres mourantes des derniers martyrs cette salutaire et fraternelle leçon : « Vimsez-ix»a la unt let autres, c'est le seul moyen de sauver la Répabligue. »
ils avaient compris, mais trop tard, ces valeureux soldats de la République, ces géants de l'idée nouvelle, que l'ensemble et la discipline sont le premier devoir de la bataille, et le seul moyen assuré de succès.
Ëb bien I cet enseignement, inscrit en lettres de sang dans l'histoire, sera-t-il perdu pour nous?
Lorsque la France trompée, surprise un Instant, frémit aujourd'hui sous sa honte, prête à secouer le joug, lorsque le suffrage universel n'est plus qu'un mot, un simulacre de droit exercé âoua la pression de re$pionaage, de ta prison, des baîounettes, lorsque les coffres de l'État s'épuisent entre les bals et les proscriptions, lorsque les défenseurs du droit
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sont jetés à tous les veots nus et sa»s pain, et que la République n'est plus dans la République, mais à Rellc-Isle, à Lambessa, à Cayenne, à Nouka-Hiva ; lorsque ce n'est plus déportation qu'il Tant dire pour caractériser tant de proscriptions odieuses, mais dépopulation, resterons-nous isolés, divisés, accablés, impuissants en présence de l'opprobre de la patrie; n'interrogerons -nous le passé que pour nous reprocher des fautes, au lieu d'y chercher un remède et une règle de conduite pour l'avenir; ne comprendrons- nous pas enfin qu'à chaque victime qui succombe, qu'à chaqueconvoi qui part, qu'àchaque larme quicoule, nous ne pouvons plus avoir qu'un sentiment, qu'une idée : la conciliation de tous les soldats de la République sur te terrain pratique de la Révolution ; un mot d'ordre, celui que la défaite sut dicter à DOS pères : « Unissez-vous les uns le» autres, c'est le seul moyen de sauver la République ! »
Que ces mots, qui renferment à la fois une expiation et une espérance, demeurent sans cesse présents à notre esprit, qu'ils soient l'invocation du matin, l'inspiration do la journée, la méditation du soir, que chaque bouche les répète, que tout démocrate y conforme ses actes, et bientôt la France, ignominieusement asservie, redeviendra grande et libre, car nous avons pour nous la raison, le nombre, le droit immortel, le courant des siècles qu'on ne remonta pasen vain.
Et la France libre, frères, c'est le triomphe de l'idée, c'est l'humanité libre.
Ah I certes, il n*y a pas de peuple-roi, — qui donc a prononcé ce mot impie ? — Non, pour les républicains, il n'y a pas de peuple-roi s'imposant aux autres peuples, pas plus qu'il ne peut y avoir de roi dans chaque peuple ; mais il y a des peuples initiateurs, des peuples apdtres qui rayonnent par la pensée, par l'action, des peuples martyrs auxquels a été dévolu l'insigne et douloureux honneur de souffrir non pour eux seuls, mais pour l'humanité tout entière.
UDID-ROLLDC. — Il 3t(
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Od peut le dire sans orgueil : ceux qui , parmi ces peuples prédeslinés, ne placent pas la Frajice au premier ran^:, ignorent ou défigurent son histoire.
Gomment s'ouvre-t-elle, en effet, lorsqu'eo ilQ'i sa démocratie parait pour la première fois sur la scène et pose les bases de la politi({ue nouvelle? Par un décret de la Convention qui inaugure la fraternité des nations, liis appelle toutes k la liberté et leur promet aide et assistanre.
La Convention fait plus, lorsque pour les besoins de sa défense, pour repousser le flot envahisseur qui s'est précipité sur elle, elle ordonne à ses généraux de poursuivre l'ennemi sur un sol étranger : « Ne souscrivez, leur dit-elle, aucun traité qu'après l'afiermissement de la souveraineté et de l'indépendance du peuple sur le territoire duquel les troupes de la République seront entrées, qu'après qu'il aura adopté les principes d'égalité et établi un gouvernement libre et populaire. »
Enl848, àplusde cinquante ans de dislance, mêmes seutiments, mâmes principes de solidarité. Le gouvernement provisoire déclare qu'en droit les traités de 1815 n'existait plus, et qu'il est prêt à porter appui à toute nation qni voudra s'aflranchir. Il le fait discrètement, timidement, il est vrai, mais pourquoi ? On ne le sait point assez.
Parce que de l'Allemagne, de l'Italie, de tous les pays eniins'élevait un concert de supplications: Soyez prudents, lui criait-on, les peuples ne sont point encore prêts i comprendre vos sentiments fraternels, c'est dans leur sein qu'ils veulent trouver l'initiative ; la mémoire de vos victoires pèse sur vous, ne la réveillez pas; si vous passez la frontière, vous allez rallumer contre vous des hostilités mal éteintes.
Cependant notre armée, concentrée au pied des Alpes, nllait les franchir pour voler au secours de la démocratie italienne: tL'ItaliafmràdaK,» nous fut-il superbement répondu.
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Toità cooiment nousélioQS compris; et pourtant, sans se décourager, parce qu'elle était dans la logique du droit et s'inspirait alors du génie de la France, la Constituanle, celte assemblée sortie du suffrage le plus libre et le plus universel qui fut jamais, proclamait dans un ordre du jour solennel : l'émancipation de la Pologne, l'indépendance de ritalie, l'alliance fraternelle avec l'Allemagne.
Si ronpassedesthéorics aux faits, onvoitaulS juin 1849 la représentation française, la presse, les écoles, le prolétariat, se faisant décapiler pour une cause qui n'était point la leur, mais bien celle d'un peuple frère indignement trahi. Telles sont les grandes lignes de notre histoire, tels sont les véritables courants de la politique démocratique. Avec un tel passé la France est^lle, oui ou non, le peuple de l'initiative, le champion du droit universel, le soldat de la fraternité?
Ah I c'est vainement que, proGtant du moment où la démocratie française est foulée aux pieds, quelques esprits l'accusent d'avoir manqué à ses promesses.
Ceux qui parlent ainsi, la passion les aveugle ; ils confondent deux choses.
Ils confondent ce qu'a voulu et ce qu'a pu la Démocratie ; ils ne tiennent pas compte des obstacles sans nombre qu'elle a rencontrés sur sa route; qu'ils disent si jamais elle a régné sans partage, si depuis plus de soixante ans elle n'a pas eu sans cesse à rouler à l'intérieur cet éternel rocher de Sysiphe qu'on appelle l'aristocratie etqui retombait élerneliement sur elle; si victorieuse un jour, vaincue le lendemain, elle a jamais pu réaliser son programme; qu'ils disent enfin si parmi les nations de la terre il en est une autre qui ait arboré avec autant de persévérance le drapeau de la solidarité humaine, et qu'ils nomment le peuple reconnaissant qui a jamais secouru la démocratie française vaincue, agoni* sanfe.
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Loin de là, loi-squ'en 92 la France appela à la liberté tous les peuples, eh bien, tousles peuples ne se ierèrent-ils pas à la Yoix de leurs tyrans pour venir donner des fers à la nation émancipa trice? Et pour être juste, ces conquêtes que vous reprochez tant à la France, que furent-elles autre chose que les conséquences fatales d'une agression injuste et les nécessités d'un duel à mort entre la liberté el la servitude?
Depuis, je le reconnais, les peuples se sont éclairés. repentis, ils ont enfin compris ce que la Démocratie française a souffert et souffre encore pour la cause commune. Aussi, loin de la calomnier dans sa défaite, est-ce toujours vers elle qu'ils tournent les yeux, comme vers le seul point d'espérance qui brille à l'horizoïi.
Et ils ont raison, car la Démocratie a des retours soudains cl un peuple, pris d'assaut, n*est point un peuple vaincu quand il s'appelle la France. La terreur peut bien, comme sous Tibère, se faire, pour un instant, raison du mépns, mais elle ne saurait étouffer la conscience.
Le droit parle tout bas, on se rassure, on se relie, le peuple, revenu d'un premier guet-apens, s'abstient et attend; la boui^oisie fait le vide, elle désavoue, elle condamne ; Paris, Lille, Lyon, ces trois grandes cités protestent. Ah ! la vie se sent encore sous le suaire, il faut le déchirer. Le rideau est tombé violemment sur la Révolution ; à nous de le relever, à nous de rétablir en France la Hépublique, en Europe notre initiative.
Soyez convaincus que nous le pouvons, frères, pour peu que nous soyons unis.
LKDRuJtOLLn.
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Lxxxin