‹ Discours politiques et écrits divers (volume 2)Chapitre 14 sur 27 · LA NOUVELLE SAINTE-ALLUNCE · texte numérisé non relu

LA NOUVELLE SAINTE-ALLUNCE

(Loadrœ, rérrier 18S6)

La paix est conclue, car les dissidences que pourraient offrir les aftaires d'Orient disparaissent devant l'intérêt prédominant des despotes à enchaîner les peuples età rétablir contre eux une formidable mutualité. Reconstituer les traités de 1815, voilà bien le fond de la question; tout le reste n'est que fantasmagorie et mise en scène pour l'illusion du spectateur. Aussi, eu entendant les journaux répéter sur tous les tons que la France est à l'apogée de sa gloire, qu'elle préside aux destinées du monde, que la honte des traités de 1815 est effacée, se senti rait-t-on, pour le moins, saisi d'étonnement, si l'on ne savait que, dans ce monde de fictions et d'impostures, presse, discours, prose et vers n'ont qu'un rôle, dénaturer la vérité.

Cependant, comme ces mensonges ofUcicts tendent à égarer l'opinion, exhumons, puisqu'on nous y oblige, des souvenirs douloureux, et examinons en quoi consistent ces traités de 1815 si justement abhorrés de la nation.

Deux choses les constituent : un fait et un droit, si l'on peut ainsi parler.

Le fait, aucune mémoire française ne Ta oublié : c'est la patrie vaincue et humiliée, l'étranger régnant pendant trois ans surnolre territoire, et y dictant des arrêts de

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- «8 — mort, la réduction de nos frontières en deçà decelles de la République, de celles même de la monarchie, l'abandon de douze mille bouches à feu, d'un matériel immense, de trente et on vaisseaux de haut rang et de douze frégates, le payement de trois millards de rançon en argent ou en nature; c'est t'Angleterre enûn s*cmparant de toutes nos colonies, prenant position sur toutes les mers, et réalisant, dans son avidité, ce mot deChatam : « Que deviendrait la Grande- Bretagne, si elle était jamais juste envers la France? »

A ce fait, je le demande, qu'y a-t-il ou que va-t-il y avoir de changé ? Rien absolument.

Le droit — ma plume de juriste se refuse à écrire ce mot — l'esprit infernal, dirai>je mieux, des trailésde 1815, on le connaît aussi : c'est simplement, an nom de la très sainte et indivisible Trinité, une association de brigands qui parquent, distribuent les peuples, s'engageant l'un envers l'autre à les abrutir sous le joug du prêtre et du soldai. Esprit qui se développe, se fortiQe successivement dans les congrès de Troppau et de Laybach, pour trouver enfin son expression la plus insolente et la plus barbare dans le traité secret du congrès de Vérone qu'il est nécessaire. de transcrire ici :

a Les soussignés spécialement autorisés à faire quelques additions au traité de la Sainte-Alliance, ayant échangé leurs pouvoirs, adhèrent à ce qui suit :

€ Art. 1". Les hautes parties contractantes, convaincues que le système du gouvernement représentatif est incompatible avec les principes monarchistes, de même que la doctrine de la souveraineté du peupleest incompatible avec le Droit divin, s'engagent mutuellemenl tes unes envers les autres, de la manière la plus solennelle, à employer tous leurs efTorts pour anéantir le gouvernement représentatif dans tous les États de l'Europe où il existe, et a empôchff son introduction dans les I^tals où il n'est pas encore connu.

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« Art. 2. Comme on ne peut douter que la liberté de la presse ne constitue le moyen le plus puissant, entre les mains deS' prétendus défenseurs des droits des nations, contre les droits des princes, les bautes parties contractantes engagent réciproquement leur foi à adopter toutes les mesures propres â sa suppression, non-seulement dans leurs Ëtats respectifs, mais dans tout le reste de l'Europe.

■ Art. 5. Convaincues que les principes de la religion contribuent puissamment à maintenir les nations dans cet état à'obéittance fosnve qu'elles doivent à leurs princes, les hautes parties contractantes déclarent que leur intention est désormais de soutenir dans leurs États respectifs tellei memres que le clergé croira devoir adopter pour Vaffermisiement de let intérêt» si intimemeni agioeié$ à ceux de l'autorité desprince$. Les hautes parties contractantesoffrent en outre d'un commun accord leurs remercîments au Pape pour tout ce qu'il a déjà fait pour eux, et elles sollicitent sa coopération continue en vue de soumettre les nations.

< Art. 4. Les hautes parties contractantes, en conâant à la France le soin de ramener les nations à l'ordre, s'engagent à l'aider dans son entreprise, de façon à se compromettre le moins possible les uns et les autres vis-à-vis de leurs peuples. En conséquence elles s'obligent à fournir un subside de 20 000 000 de francs, ledit subside devant courir à partir de la signature de ce traité jusqu'à la un de . la guerre.

a Art. 5. En vue de rétablir dans la péninsule (l'Espagne et le Portugal) l'ordre de choses qui existait antérieurement à la Révolution de Cadix, et aussi pour assurer la pleine exécution des articles de ce traité, les hautes parties contractantes s'engagent, jusqu'à l'accomplissement du but ci-dessus indiqué, à supércéder à tout autre projet, et pour en hâter l'accomplissement, elles adresseront immédinlement

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des ÏDslructions à tous leurs agents à l'intérieur ou à l'étranger. »

c Le présent traité sera ratifié, et les ratifications échangées à Paris, dans le délai de six mois. »

Cet acte insensé fut signé le 12 novembre 1S22 pour l'Autriche , la France, la Prusse et la Russie, par Hellârnich, Chateaubriand, BernslorfT, Nessetrode. Le nom de l'Aogleterre y fait défaut, car la politique à outrance qu'il consacrait était tellement monstrueuse, tellement hostile en particulier aux institutions publiques de la Grande-Bretagne, queCanning, le ministre libéral qui dirigeaitatorslcsafTaires de ce pays, se crut obligé de rappeler le duc de Wellington, son négociateur.

Et qu'on ne prenne pas fantaisie, parce que ce traité a été clandestin, nié même quelquefois, d'en révoquer en doute l'existence ou les dispositions fondamentales. L'histoire serait là pour répondre qu'à une époque correspondante au congrès de Vérone les constitutions furentenelTet déchirées, que les échafauds se dressèrent, que l'Autriche marcha sur le Piémont, Naples et la Sicile, flanquée dans le lointain d'une armée de 80 000 Russes prêts à lui prêter main-forte, que la France enfin envahit l'Espagne pour y restaurer le trône absolu du stupide et sanguinaire Ferdinand VII.

Les choses allaient donc, pour la servitude, au gré des tyrans, quand tes révolutions de 1850 et de 184S vinreat, . par leurs contre-coups, jeter quelque trouble dans leur odieux et persévérant complot. Hais ce fut de courte durée; la Hongrie qui, la dernière, avait tenu l'épée pour l'indépendance, était à peine trahie et livrée par Gorgey, que les maîtres de la Russie, de la Prusse et de l'Autriche, revenus de leur terreur, se réunissaient de nouveau à Olmutz, à Ërfurt, à Dresde, à Varsovie. Ce qui se passa dans ces conférences mystérieuses, nul ne le .sait, si ce n'est qu'une circulaire du comte de Nesselrode informait les agents russes en

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Europe que la Sainte-Alliance était reformée sur les mêmes bases qu'en i822, et que la Russie, la Prusse, l'Autriche, étaient une fois de plus d'accord, comme au bon vieux temps de la croisade unÏTerselle contre les peuples. D'ailleurs les faits contemporains portent encore ici témoignage, puisque ce fat alors que les traces de la liberté expirante furent entièrement effacées, les duchés de Schleswig-Holstein donnés au roi de Danemark, le Danemark lui-même olTert en perspective à la Russie, le mouvement unitaire de l'Allemagne écrasé à Francfort, Hambourg, Brème, ces villes libres occupées par les mercenaires autrichiens.

Reste enfin un document qui complétera cette analyse: je veux parler du traité intervenu entre la Russie, la Prusse et l'Autriche, au mois de mai i852, dont on ne saurait se passer non plus de connaître la substance.

Toujours au nom de la très sainte et indivisible Trinité :

« LL. MM. l'empereur d'Autriche, le rot de Prusse et l'empereur de Russie,

a Considérant que la souveraineté héréditaire forme la base de l'ordre européen et qu'il existe, sous ce rapport, une solidarité de responsabilité et d'intérêts entre tous les Ëtats européens;

« Considérant de plus, quant à la France, que la maison de Bourbon est l'incarnation du principe de souveraineté héréditaire et le comte de Chambord le chef présent de cette famille;

« Que le pouvoir exercé par Momimr Napoléon Botmparte est un pouvoir de facto qui ne saurait pas même s'appuyer sur le prétendu droit de l'empereur Napoléon, attendu que celui-ci, par l'article premier du traité de Fontainebleau, a, de son propre gré, pour lui, ses successeurs et descendants, aussi bien qu'au nom de tous les membres de sa famille, renoncé à tous les droits et à toutes les prétentions à la souveraineté et au gouvernement de la France ou

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du rojaumc d'Italie ou de tout autre pays quelconque ;

« Qu'au surplus, l'origiDe du pouvoir actuel du président de la République française est la n^ation du priDÙpe monarchique héréditaire ;

u Par tous ces motirs, et beaucoup d'autres qu'il est superÛu d'énumérer, les signataires de cette convention considèrent de leur devoir d'arrêter d'avance et par un entendement commun leur ligne de conduite, pour le cas où l'une ou l'autre des éventualités ci-après tracées viendrait à se réaliser :

c Dans le cas où le prince Louis Bonaparte, président temporaire de la République française, se fera étire, par le suffrage universel, empereur à vie, les puissances ne reconnaîtront la nouvelle forme de gouvernement éligible qu'après avoir demandé au prince Louis Ronaparle des explications sur la signification de ce nouveau titre* et qu'après avoir obtenu, de sa part, l'engagement, premièrement, de retpecter le* traùés existantt ; deuxièmement, de ne rechercher aucun agrandissement territorial, et troisièmement, de renoncer à toute prétmtion à la fondation d'une dyna$tie.

« Dans le cas où le prince Louis Bonaparte se déclarerait empereur héréditaire, les puissances no reconnaîtront pas le nouvel empereur, mais elles adresseront au gouvernement français, d'une part, et de l'autre à tous les autres gouvernements européens, une protestation basée sur les principes de droit public et la lettre de$ traitéi. Elles délibéreront dès lors, selon les circonstances, sur des mesures ultérieures à prendre.

a Dans l'hypothèse où un mouvement populaire ou militaire renverserait le gouvernement du prince Louis Bonaparte, ou bien pour !e cas de sa mort, les puissances s'engagent et s'obligent, par tous les moyens en leur pouvoir, à favoriser et appuyer la restauration de l'héritier du trdne

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légitime et à ne reconnaître, pour l'avenir, nulle autre djaastie que celle des Bourbons, etc. »

Si longue qu'elles soient, peut-être ne regrettera-t-on pas ces citations qui dessinent, d'elles-mêmes, si bien la situa* lion, el placent la question sous son véritable aspect.

On voit que, d'un câ(é, il s'agit, pour les vieux despolismes, d'arrêter une guerre qui aurait pu finir par le soulèvement de quelque nationalité, et de serrer provisoirement le frein des peuples, même à l'aide d'un (occupant temporaire dont ils envisagent la chute.

De l'autre, pour l'homme du 2 décembre, de se glisser dans le cénacle des rois, de passer, autant que possible, empereur de droit, d'empereur de fait, comme ils l'appellent, d'essayer de devenir chef de race, en faisant baptiser le berceau de son héritier problématique par les grands prêtres du passé.

Voilà tout rinlérét.

Et c'est pour satisfaire, non l'ambition, le mot serait trop relevé, mais la puérile et sotte vanité d'un homme, que nous venons de subir une des guerres les plus lourdes et les plus terribles.

L'Empire viager nous avait coûté le vol de la Banque de France, le massacre des boulevards, les fusillades nocturnes du Ghamp-dc-Hars, la mort ou la proscription de vingt mille citoyens.

L'Empire héréditaire — ou pour parler plus exactement, car on sait ce que valent ces hérédités, — la prétention à l'Empire héréditaire, nous coûtera 5 millards et la vie de 70 mille de nos plus braves soldats, dont les os blanchissent les plaines de la Crimée.

Tant de sang, tant d'argent pour courir après la chimère que poursuivit vainement le premier Bonaparte, qui s'écriait aussi, dans sa démence : « Que ne suis-je mon petitfils 1 » Âh! que Tacite avait raison de dire : t I.e pouvoir

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acquis par le crime ne peut se perpétuer que par le crime. »

Quel crime, en effet, des plus grands, des plus irrémissibles, que cette guerre d'Orient, entreprise pour une fin aussi misérable! et, cependant, elle D*en eut jamais d'autre.

Il est même une foule de ses épisodes qui resteraient ineiplicables, si cette guerre n'était considérée comme une voie prise par l'homme du 2 décembre pour entrer, de haute lutte, dans les rangs de la Sainte-Alliance qui lui restaient fermés.

Par ce qui suit, on va voir qu'il ne voulut jamais du czar que son alliance, et non sa ruine.

Et tout d'abord qu'on se souvienne qu'immédiatement après son crime il s'adressa au meurtrier de la Polt^ne pour se faire admettre parmi les oppresseurs des peuples. Couvert de sang, il semblait que les chances lui fussent ouvertes; certes, tous deux étaient dignes de s'entendre. Cependant, Nicolas repoussa ses avances, trouvant sans doute qu'il n'offrait pas encore contre la Révolution, trop récemment terrassée, de suffisantes garanties. « Qu'il soit sage, disait-il, et nous verrons. » C'en fut assez pour que l'homme du 2 décembre, changeant, non de but, mais de route, se retournât vers l'Angleterre, comme l'avait fait Louis-Philippe dans les mêmes circonstances; avec celte différence, toutefois, que Louis-Philippe, qui avait vu l'Angleterre indomplable de Pilt et ses six coalitions, eut peor d'elle et se perdit, tandis que l'autre, qui connaissait, de fraîche date, le secret de sa faiblesse, lui Qt peur et s'en servit.

User de l'Angleterre comme d'un moyen, d'un pont vers la Russie, tel fut son plan. Mais, ce plan, comment le

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réaliser sans la guerre, et comment faire tomber dans la guerre une nation aussi commerçante, aussi amie de son repos, aussi peu préparée, que la nation anglaise? Celait aisé, pourvu qu*on agitât à ses yeux une de ces questions qui, comme celle d'Orient, intéressent, à Qn haut degré sa marine et ses possessions dœ Indes. L'Angleterre donna dans le piège, la guerre Tut déclarée sans que, pour cela, rallié fidèle, combattant d'une main, cessât de l'autre de négocier sourdement et séparément avec la Russie.

Aussi l'épée, toujours pointée au corps, ne fut-elle jamais eafoncéc jusqu'à la garde. De U tant de tergiversalions apparentes, tant de résolutions incertaines ou lentement exécutées qui n'avaient qu'un objet : amener insensiblement la Russie à l'alliance, sans la pousser à l'exaspé* ratioD du désespoir qui creuse les abîmes infranchissables. De là les provinces danubiennes remises aux mains de TAutricbe pour s'attacher à la fois un des pri ncipaux auteurs de la Sainl&-Atliance et assurer la retraite de la Russie compromise; de là la Silistrie non secourue, et Omer-Pacha arrêté dans sa marche oflensive, de là les ports commerciaux de la Grimée épargnés, puis, en compensation de Sébastopo), pris enfin pour apaiser les mécontentements de l'opinion, Nicolaîeiï respecté, qui redeviendra demain Sébastopol. De là l'armée française rendue immobile, ausitôt après sa victoire, et de toutes les lâchetés la plus ignominieuse et la plus ineffaçable, Kars condamné à l'avance, malgré la valeur surhumaine de ses défenseurs, afin de permettre à la Russie de racheter, par cette gloire facile et avec cette faible rançon, les échecs qu'elle avait subis, les possessions qu'elle avait perdues.

Envisagées de ce point de vue, tant de choses obscures, contradictoires jusqu'ici, éclatent sous leur véritable jour. La Turquie ne fut qu'un prétexte, l'Orient, comme autrefois, un théâtre où se débattit la querelle personnelle des

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Césars. On ne lutta contre la Russie qu'ea lui faisant répéter sans cesse par les émissaires publics ou secrets, par les notes diplomatiques et par les autographes : < Pourquoi nous eotre-dëtruire, nous qui reposons sur le même principe : le despotisme ? Nous n'avons qu'un ennemi : les peuples. Faisons la paix et associons-nous contre eux. »

Bref, les propositions que la raideur hautaine du père avait dédaigneusement ajournées furent à la longue ent^dues du ûls, et maintenant on sait le reste.

Ainsi, trahir la Turquie, trahir l'Angleterre, trahir l'armée française que des ménagements si criminels envers la Russie firent décimer par le fléau des maladies et les horreurs d'un siège sans fin, tout cela pour s'ouvrir les portes de la Sainte-Alliance et river de plus fort la chaîne des peuples, voilà bien le point de départ et le but de la guerre d'Orient, qui a condamné la France à tant de sacrifices.

Aujourd'hui, sans doute, l'Angleterre est éclairée ; elle comprend que l'invasion qu'elle avait cru détourner par uneguerre lointaine va se rapprocher, avec la paix, de ses rivages ; que son loyal allié, qui ne règne que par l'armée, ne saurait laisser longtemps, sans danger pour lui-même, cette armée inactive ; que ce n'est pas en vain qu'il improvise, chaque jour, quelque vaisseau dans ses ports. Aussi aurait-elle voulu continuer la guerre pour couvrir ses échecs, et fournir à l'homme du 2 décembre l'occasion de se jeter sur le lîhin, ce qui aurait pu éveiller contre lui la coalition de l'Europe. Combinaisons superQues ! il est trop tard. La paix se fera, si déjà elle n'est faite, avec od sans l'Angleterre, au besoin contre elle. Trop heureuse, si la première mission que recevra, de la Sainte-Alliance, l'homme du 2 décembre, n'est pas celle de renouveler cop- Irc la tribune, la presse, les libertés anglaises, la campagne que la France absolutiste de 1823 se vit imposer contre les libertés de l'Espagne! Alors, l'Angleterre porterait le poids

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de son crime, car c'en fut an de placer sa main dans la main parjure et sanglante de l'homme du !2 décembre, et la tache qui y reste, semblable à celle qui souillait la main de lady Macbeth, demeure indélébile. Pourquoi l'Angleterre, au lieu de déserter la cause de l'Italie, de la Pologne, de la Hongrie, ne l'a-t-elle pas soutenue ? Autre serait sa fortune. Mais à elle d'aviser : c'est son affaire et non ta nôtre.

Ce qui nous regarde, nous enfants de ta France, c'est que te crime qui est k la veille de se consommer contre ta civilisation, le progrès, la marche ascendante de l'humanité, ne nous ait pas pour complices. Mieux vaudrait encore, pour t'avenir de la liberté, les traités de 1815 contre nous qu'avec nous. Épuisés d'hommes et d'argent par le premier Bonaparte, sous les flots pressés de l'Europe, nous avons pu être vaincus sans être déshonorés. Le corps avait été touché, non pas l'âme ; 1 830 et 1848 Tont bien prouvé. Mais, passer du rôle de victime à cetni du bourreau; de peuple émancipateur nous faire, sous la verge des tyrans, persécuteurs des autres peuples, ce serait tomlier devant l'histoire au dernier degré de l'avilissement et de l'opprobre; ce serait permettre de douter si les hommes ne sont pas encore plus servîtes que tes tyrans ne sont scélérats !

Repoussons de noire esprit cette funeste pensée, cet anath^e sacrilège contre l'humanité ; si le pays abusé sur les faits pouvait se laisser surprendre, te pays averti ne se laissera jamais dégrader.

Sauf un homme né de Félranger, nourri à l'étranger, espèce de monomane ayant sacrifié à l'idée fixe de se faire empereur tes nobles tendances, la Constitution jurée de sa

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— «8 — patrie, prêt à sacrifier demain l'untvers au plaisir frivole de se faire empereur héréditaire, qui doDC, en Fraace, penserait à restaurer ces traités de 1815 dont le juste ressentiment a servi de ferment, de levain à nos deux dernières révolutions?

Ce n'est pas l'armée assurément, dont on entend déjà les murmures. On a pu la lancer sur Rome républicaine en lui persuadant qu'elle allait combattre l'Autrichien; on a pu lui faire supporter avec héroïsme les terribles épreuves de la guerre de Crimée, au bout de laquelle on lui montrait la Russie frappée au cœur et la France vengée de 1815. Mais comment tromper plus longtemps des soldats qui emportaient Malakoff au chant de la Maneillam, quand ils verront cette Russie, demeurée intacte, devenir le Pontife ei le consécrateur du parvenu resté prudemment loin du danger? L'ombre elle-même qui repose sous les voûtes des Invalides, si elle pouvait se lever, leur dirait : « Soldats français, c'est aux cris mille fois répétés de: A bas les traités de 1815 ! que mes cendres ont été rapportées dans la patrie. Maudit soit celui qui, en entrant dans ces traités, vous fait soldats deTétrangcr, gendarmes de l'étranger! Rappelez-vous les dernières paroles que m'inspirèrent les revers et l'exil : « Il n'y a pour la France de gouveroemenl glorieux que celuiqui prendra son point d'appui, au dedans sur les masses, au dehors sur les peuples. >

Ce n'est apparemment pas la jeunesse ardente et libre de nos écoles, fille de la philosophie, qui s'associerait à ce pacte de ténèbres entre le glaive et l'encensoir. £tle n'a pas oublié que cette année 1822 qui vit éclore le congrès de Vérone, dont celui-ci va être le pendant, fut pleine d'émotions patriotiques et de conspirations redoutables ; que l'école de droit se fit dissoudre, que l'école de médecine se lit dissoudre, que l'école polytechnique fut, comme aujourd'hui, sur le point d'être licenciée. De récentes condamnations ne

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viennent-elles pas de prouver, d'ailleurs, que ces braves jeunes gens, sur lesquels a passé le souffle de la Réyotution, sauraient faire mieux et plus que leurs devanciers?

Quant au peuple, dont le bon sens pénètre au fond des choses, tout congrès, n'importe oit il se tienne, couve, à ses yeux, la trahison, et sent à l'étranger. Une assemblée de diplomates est pour lui, dans l'ordre de ses affaires politiques, ce qu'est une réunion d'hommes de loi dans ses affaires privées : quelque chose de malfaisant et de néfaste, une nuée de corbeaux tourbillonnant au-dessus de sa proie. L'oncle, dira le peuple, nous a répudiés trois fois pour aller aux rois, et se faire, i grand* peine, de leur famille. Qu'estil résulté de toutes ses habiletés ? Deux invasions 1 Nous pouvons, avec les finesses du neveu, nous préparer à une ti'oisîème.

Sans doute les grands intérêts du pays : la propriété fon- . uière, l'agriculture, le commerce, l'industrie, veulent la paix, mais quelles garanties peut leur offrir u^ paix qui, reconstituant les traités de 1815, laisse au cœur du pays la plaie qui y saigne depuis près d'un demi-siècle? Si, d'ailleurs, avec TËrapire viager, l'argent, leur grand levier, a fui loin d'eux, pour se précipiter, comme au temps ûévreux de Lavr,dans l'agiotage qui n'enrichit que quelques voleurs officiels, n'ont-ils pas tout à redouter des saturnales de l'Empire héréditaire, devenu fou d'orgueil? Ne va-t-il pas lui falloir bieolàt, pour obéir à la tradition, des possessions nouvelles? ba légende, qui a tout mené jusqu'ici, n'exige-t-elle pas plus d'un royaume? Donc, pas de paix durable, lorsqu'elle a été troublée, une première fois, pour les seules convoitises d'une ambition, dont le destin est de tout absorber ou de disparaître. L'histoire des empereurs, .écrite il y a 3 mille ans, seraëternellement vraie : Imperium cupientibm nihit médium inter tumma et prsecipitia.

uuhd-solun. — n SO

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Encore est-ce trop même de l'alternative laissée par Tacite entre le sommet et l'abîme ; il n'y a bien que Tabime, car voici le sort des neuf premiers tyrans de Rome : César poignardé, Auguste assassiné, au dire des uns, Tibère étouffé, Galigula percé de l'épée, Claude empoisonné, Néron réduit à s'éventrer. Galba massacre par les soldats, Olhon, Vitellius, mis en pièces. Cette trace de convulsions et de sang serait trop longue à suivre ; qu'il suffise pour compléter le tableau de rappeler la un tragique du premier Bonaparte. Ainsi, pas d'illusions de la part des intérêts sérieux ; avec l'Empire, par cela seul qu'il est l'empire, la paix n'est jamais qu'un accident, la sécurité qu'une halte entre deoi catastrophes.

Compterait-on enfin sur Paris pour consommer, au profit des despotes, cet holocauste des peuples? Ce serait !e mal connaître. Paris, dont les titres révolutionnaires datent de si loin, qui, dès 1356, proclamait parla bouche d'Étienoe Marcel régalité des droits politiques, la transformation des trois ordres en une convention unitaire, l'exercice du pouvoir démocratique an nom du bien commun ; ce Paris qui depuis 50U ans n'a cessé, par des révolutions de plus en plus rapprochées, de combattre pour le progrès, a bien pu, dans ses intermittences d'alanguissement, transiger sur la queslion de liberté, mais sur la question d'indépendance, jamais. La blessure faite à son orgueil national ne se referme plus, et qu'on cite, de toutes les dominations qu'il a subies, celle qu'il n'ait pas brisée, du moment qu'elle avait pactisé avec l'étranger I

Eh bien, avec tant d'éléments de résistance, de quoi s'agit-il pour empêcher le forfait de s'accomplir, pour empêcher la France, incarnation suprême de la pensée, de

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s'asseoir parmi les tourmenteurs de la pensée? Simplement de jeter entre ces éléments quelque suture et d'y établir un lien.

Bourgeois et peuple que des préjugés éloignent, que des colomnies habilement entretenues séparent, unissez-vous au nom sacré de la patrie, car le même danger plane sur tous et nous n'avons bien qu'un ennemi.

Pour vous diviser, cet ennemi, agitant aux yeux des uns le spectre rouge, s'est éciié : « Les sodalisles sont des pillards qui veulent vos biens, soumettez-vous à moi qui vous défendrai contre eux, en vous laissant les libertés de 89. »

Aux autres, il a dit : « Les bourgeois ne transigeront jamais sur les intérêts de la Révolution ; avec eux pas de réformes au profit du peuple. Ce qu'il faut, pour les introduire de force, c'est le pouvoir d'un seul, absolu, tout-puissant. Donnez-vous à moi, je serai l'Empereur du sodalisme. »

Maintenant que le voile est tombé, que la servitude est pour tous, l'infamie imminente pour tous, unissez-vous pour être libres. Si la liberté a ses agitations, elle a ses grandeurs incomparables et sa stabilité. Il n'y a d'instable que le despotisme qui, en tuant les âmes, amène, avec la démoralisation, la conquête tôt ou tard. Pas d'exemple d'une nation libre qui ait péri par une guerre entre les citoyens. Au contraire, un Etat, courbé sous ses propres orages, s'est toujours relevé plus florissant. Rome fut-elle jamais plus puissante et plus invincible que pendant ses 600 ans de République? et l'Amérique; oà tant de choses sont à changer, n'est-elle pas, cependant, la preuve vivante que la forme républicaine n'est pas incompatible avec l'ordre et la civilisatiou?

Grflce à Dieu I la bourgeoisie française est trop intelligente pour en être encore à apprendre que tout replâtrage du passé ne peut enfanter que luttes et révolutions, qu'avec

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le progrès des lumières et de l'égalité, il n'y a de conditions de repos que dans une démocratie organisée, qu'à des insUtutions nouvelles, enûn, il faut, pour racines, des ialérèls nouveaux ; et le peuple, de son oîté, a trop de sens pratique, de droite raison, pour ne pas savoir qu'il ne peut, dans sa souveraineté, assurer son bonheur que par des réformes qui concourront au Jbonheur universel et à la grandeur de la patrie.

Tel est le terrain de la conciliation sur lequel la voix de cette patrie aimée vous appelle.

Enlrez-y avec conûance ; si déjà, en moins d'un an, au mépris de la prison ou de l'exil, au mépris de Lambeœaet de Cayenne, une immense majorité du peuple est parvenue à s'associer en vue de la Révolution, croyez moi : votre union bien cimentée fera le reste. Point d'armée qui résiste à un pays oi^anisé.

Seulement, trêve de bons mots, d'épigrammes, de sentences inofTensives ; c Ce n'est pas par des paroles, disait le grand orateur d'Athènes à ses concitoyens trop frivoles, c'est par des actes qu'on abat 1^ tyrans. ■

Trop longtemps vous avez répété : Ça ne peut pat durer.

Ce qu'il faut, à peine de déshonneur, c'est que cela ne dure pas davairtage.

Vous le devez à votre histoire, vous le devez aux autres peuples dont vous avez été les précurseurs dans la carrière de la liberté, et qui attendent de vous leur indépendance. Faites qu'ils n'apprennent pas à vous mépriser.

Bourgeois et peuple, enfants d'une même patrie, que l'éducation, le progrès tendent de plus en plus i mêler, à confondre, comme deux rivières qui, en se faisant fleuve, perdent graduellement la couleur tranchée de leurs eaui, bourgeois et peuple, entendez ma voix : Il dépend de votre

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QDÎon que les dates inefTaffables de 89, de 92, de 1830, de 1848, ne restent pas contre la France d'aujourd'hui comme une accusation de déchéance.

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DlSCOmtS PRONONCÉ A LONDRES

DB TOOTU LH II4T10U tCtt LA KMUB

CiTOIENS,

Encore un des nôtres qni n'entendra plus le signal du réveil ni le cri de la victoire. Toujours de sombres spectacles, toujours des deuils, toujours des morts ; rien qui interrompe le silence de l'exil que des accents de douleur. Déjà nos cendres reposent aux quatre coins de la terre, et nous-mâmes, ici rassemblés, sans patrie, sans foyer; sans famille, avons-nous d'autres liens avec le sol où nous errons que celui des tombeaux?

Et, en regard de ce tableau lugubre, le crime triomphe, encensé, fou d'ivresse et d'oi^ueil, écrasant.

A voir dans sa persévérance ce monstrueux et inexplicable contraste, on se prendrait parfois â douter s'il existe une loi de progrès, un principe étemel de jusUce et de vérité, n'étaient nos morts qui, portant un sceau d'inaltérable sérénité, d'invincible espérance, deviennent autant de prophètes par qui nos âmes se fortifient et sont retrempées.

Au milieu de notre douleur, sachons donc tirer de la mort même une consolation, puisqu'elle se fait une de nos forces : ne nous irritons pas contre elle qui combat

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avec nous et nous multiplie sous chacun de ses coups. Comprenons bien que, si nos rangs s'éctaircissent ici, ils se grossissent là-bas par la vertu de l'enseignement et la grandeur féconde de l'exemple.

Qu'elle vienne, en efTet, cette mort, lente et goutte à goutte sur un grabat de misère, dans les cachots, sous les climats inhospitaliers de l'Afrique et de Gayenne, ou qu'elle viemie soudaine et violente par la main du bourreau, partout et quelle que soit sa forme, elle reçoit même accueil : fortitude et intrépidité. Pas .m murmure, pas un regret, si ce n'est celui de ne pouvoir plus combattre; el toujours le regard inspiré du soldat qui succombe, plongeant dans les profondeurs de l'avenir, en prédit, en proclame le triomphe prochain.

Abî sans doute, nos épreuves sont lentes et cruelles, mais c'est qu'aussi grande est notre tâcbe, et qu'il nous fallait, pour apprendre à les mieux cicatriser, à les mieux tarir, avoir d'abord porté dans notre cœur toutes les plaies et toutes les sources de douleur.

Car, aujourd'hui, il ne s'agit plus seulement d'une patrie à reconquérir et d'une forme de gouvernement à changer, mais bien d'une rénovation sociale tout entière. C'est le joug des siècles à briser, les préjugés et les ténèbres à inonder de science et de lumières. Plus d'esclavage sur la terre, patent ou déguisé, qu'il ait nom servitude ou prolétariat. Le travail libre, affranchi, associé, posé graduellement comme base des sociétés futures. Plus de nations tributaires ou dominées par l'étranger; égalité et solidarité entre les hommes, égalité et solidarité entre les peuples.

Solidarité entre les peuples 1 root qui réveille en mou âme un souvenir glorieux et profondémenl triste à la fois, car cette date du 9 février où nous portons aujourd'hui un deuil fut, il y a huit ans, pour l'Italie, un jour de joie et de résurrection. La Rome courbée des Papes se relevait

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Républicaine. 0 Italie ! mère de notre civilisation passée, grande éducatrice de l'Occident, toi que la France |ffélorienne a étoutîée, reçois par ma bouche, par la bouche d'un vaincu de ta cause, reçois au nom de la France républicaine tes paroles d'expiation. Le jour s'approche où sera relevé le drapeau qui portait pour devise : a Un pour tous, tous pour un; » bien que brisé au 15 juin, il n'en fera pas moins le tour du monde, et de la journée néfaste datera l'aurore de la République universelle.

Sœur aînée du Forum libre, patrie des Brutus et des Gracques, compte donc sur nous comme nous comptons sur toi. {Bravos prolongéi. Vive la Bépubtique univertelle f)

Oui, la République universelle, la solidarité bumaioe, Toilà bien, en effet, ce que nous ici, débris de tant de peuples, nous portons en nous.

Frères, c'est plus qu'une idée politique, c'est une croyance, un dogme, je pourrais dire une religion : or ia propagande des religions est sortie des tombeaux. Le prosélytisme de la force irrite et passe, tandis que celui des martyrs toucbe, persuade, pénètre et reste.

Aussi n'est-ce qu'après avoir vu tomber autour de soi tant de confesseurs de sa cause qu'on comprend la prolondeur de cette parole du Psalmisie : a Leurs os féconderont le champ de leur croyance, et leur mort servira encore plus que leur vie. u

Tel en sera-t-il de la mort du grand patriote dont nous déposons ici tes restes ; il nous fallait le perdre pour qu'il nous fût révélé tout entier.

La vie de Stanislas Worcell fut, en effet, si simple, si discrète, si modeste, si dégagée de toute ostentation, si vraiment républicaine enfin, que moi qui l'ai connu vingt ans je n'ai su que d'hier toute la mesure de sou dévouement, toute l'étendue de son sacrifice.

Quand tant d'autres, aujourd'hui, se déshonorent pour

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s'enrichir et pour s'élever, quand l'or est dieu el la cupidité -vertu, lorsque la Société, dans son vertige, fait penser à ce chapitre que Machiavel intitulait : De ceux qui te font Primes par leun tcélératetses, eh bien, il avait sufG à Worcell de naître pour être un des Grands de la terre.

De souche antique et patricienne, possesseur de biens immenses, plusieurs fois millionnaire, allié à des familles princières, honneurs, rang, fortune, il a tout précipité dans le gouffre où s'abtmait sa Pologne chérie. Puissance du vieux monde, il s'est fait sans effort, sans faste, simple citojen du monde nouveau.

Il y a plus : lui, si tendre, si bon, si aimant, il a rompu, dans l'intérél sacré de sa cause, avec les nœuds les plus doux. Compagne, enfants ayant éli, en raison de leur rang même, couverts de la protection du bourreau de sa Patrie et coipblés de ses faveurs, il les a répudiés comme pollutts par un contact impur, 11 a brisé jusqu'aux liens de ta famille pour mieux entrer sans réserve dans la grande famille de l'humanité.

Honneur à cette vertu antique I {Oui, oui, honneur à lui!)

Cette agonie de l'âme et du corps, il l'a soufferte vingtsept ans sans fléchir, sans se démentir jamais.

Un signe, un mot aurait su(B pour tout reconquérir, il a tout méprisé.

Vingt-sept ans, combat gloi-ieux I il s'est littéralement mesuré jour par jour, heure par heure, avec la misère, toujours calme, toujours serein, toujours lui-même, et n'a cessé de sourire à l'adversité comme d'autres sourient à la fortune.

Pologne, Humanité, vous avez perdu en Worcell un de vos plus nobles enfants; trois fois honneur à lui 1 (Oui, oui, brawt.)

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Et cette vio de martyr a été couronnée par une mort non moins simple, non moins grande.

Ne pouvant plus parler déjà, il demande une plume et trace ces mots : « Soldat fidèle, j'ai achevé ma faction icîa bas , qu'un autre me relève ; je vais la poursuivre « ailleurs. »

Frères, en présence d'une telle fin, avaisge raison de dire que la Mort elle-même, cette mystérieuse puissance qui rehausse et grandit, militait., combattait pour nous?

Ici, ce n'est pas la mort pompeuse et vaine du sloicien qui a traversé la foule humaine, en la méprisant, occupé seulement de discourir sur les qualités de son âme immortelle.

Ce n'est pas non plus la mort ^oïste du chrétien, faisant le bien sur la terre comme un placement, en vue de retrouver au Ciel une ineffable quiétude, et, malgré tout, troublé jusqu'en ses derniers moments par les terreurs d'un salut incertain.

Non ; mais c'est ainsi que meurt l'apôtre de l'Humanité, qui en échange des trésors qu'il a reçus d'elle, trésors amoncelés par les âges. Ta enrichie elle-même à son tour, bienfaiteur des générations futures, par son dévouement, sans bornes comme sans intérêt, dans le présent ; c'est ainsi que meurt le véritable révolutionnaire qui, croyant à un progrès indéfini, espère y coopérer sans cesse, et â'élever de sphère en sphère pour en contempler à toujours râernel développement.

Ah! combien je voudrais convier nos ennemis à ces solennités funèbres qui offrent de si salutaires spectacles!

Ils nous y verraient mêlés, confondus, émus des mêmes émotions, pensant de la même pensée.

C'est qu'ici, en effet, sous le niveau de la Mort, quand les passions se taisent et que l'âme s'épure en nous imptfsonnalisant, nous sommes véritablement nous-mêmes, c'esl-

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à-dire : ce qu'il y a de plus noble, de plus élevé, de plus idéal ea nous.

C'est qu'ici, au récit de telles vies, nous sentons bien que, si nous différons sur les moyens, nous n'avons au fond qu'un même but : le culte du grand, du beau, du vrai, le bonheur du genre humain.

Frères, que l'empire de la nécessité, que le besoin de la victoire, fassent donc ce que fait l'empire de la mort, qu'ils nous rallient, nous unissent pour la lutte, sur le champ de bataille, comme nous sommes ralliés et unis dans ce champ du repos; n'ayant qu'une émulation : celle du sacrifice et du dévouement; qu'un cœur : tout entier à la Patrie, à la République, à l'Humanité, {(hi, oui, bravo*, vive la Répv^ blique universelle!)

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LETTRE Sim L'AMNISTIE

(Londm, H uplembra 1859]

A la nouvelle de l'amnistie, ma pensée s'est reportée d'abord vers les climats meurlriers de la Guyane et de l'Afrique, qui ne garderont que trop de tombeaux, et je me suis écrié : Enfin I

Ensuite, je me suis dit qu'il y a, pour un grand parti, quelque chose de moins stérile que l'iadignàtion ou le dédain : c'est l'action.

Or, pourquoi nous interdire à nous-mêmes cette action où elle deviendrait possible ? Bannis sans droit, rappelés tan* droit, par le seul jeu de la force, chacun de nous avait, selon moi, à se poser cette question : Agirai-je plus utilement, servirai-je mieux la cause, si, au lieu de protester, je profite du fait, si je me réserve d'en user k mon jour, à mon heure, selon les nécessités de la fortune.

C'était, à nos yeux, la conduite la plus pratique, parlant, la plus politique ; voilà pourquoi je n'ai pas proleslé, pourquoi j'ai conseillé de ne le pas faire à ceux de mes amis qui, des difîërents centres de proscription, m'ont fait l'honneur de me consulter.

Aussi bien, en ce qui me concerne, ai-je été, parait-il, heureusement inspiré. Il se rencontre que toute protestation de ma part eût été non seulement inopporlune, mais ridicule, puisque les portes de la France, rouvertes pour

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lous, demeuraient fermées pour moi, ]e gouvernement déclarant que l'amnistie ne m'est pa$ appliceUite.

NoD que j'en sois excepté nommément; c'eût été provoquer la sjmpatliie. J'ensuis écarté sans bruit, jésuiliquement, par une de ces distinctions inattendues qu'eût enviée Tartuffe. On refuse simplement de me considérer comme condamné politique; je ne serais qu'un meurtrier vulgaire. 0 hypocrisie I

Si le suberfuge est trop grossier pour faire illusion, du moins il révèle encore une des faces odieuses de ce procès par contumace suivi contre moi il y a deux ans, et dont tant de gens n'avaient pas compris l'intérêt. Pourquoi, se disaiiroii, le condamner deux fois à la même peine? Ce que l'on voulait', ce n'était pas me condamner davantage, mais à UD autre titre, afin de m'arracher d'abord, et s'il était possible, le droit de refuge, afin de m'esclure, en tout cas, et sans me mentionner, de toute amnistie générale.

Je ne reviendrai pas sur cette énormité judiciaire, jugée elle-même par l'opinion. Que servirait de rappeler, à la honte de la magistrature française, qu'un homme que je n'ai jamais vu, dont j'ignorais le nom, qui, lui-même, n'a jamais pu nettement articuler le mien, ayant dit qu'il ' croyait m'avoir aperçu dans un certain lieu, d'où je serais sorti sans avoir proféré une parole, c'en fut assez cependant, pour qu'on me frappât comme son complice ? Il est vrai que, pour un tel service, bientôt après il fut gracié.

Je le répète : inutile d'insister sur celte grotesque et méprisable comédie à laquelle personne n'a jamais cru, pas même le cabinet anglais de l'époque, qui était, certes, disposé à me livrer. — ■ Nous étions encore au beau temps des concessions et de l'alliance — et pourtant il a, depuis, déclaré par la bouche de lord Clarendon : que l'allégation portée contre moi était si futile que l'extradition avait dû être refusée.

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Voilà le fond.

En la forme, j'ai été poursuivi pour complot ayant pour but UD attentat contre le chef de l'État.

Eh bien, en droit français, qui dit complot dit nécessiirement crime politique. Qui dit attentat, dit encore crime politique; deux mots spécialement créés dans le langage légal pour mieux exprimer un crime exceptionnel et d'ordre public.

Ce n'est même que par la plus forcée, la plus impudente, la plus éhontéc de toutes les fictions politiques qu'un tel attentat peut être élevé, dans l'échetle des peines, à la hauteur du parricide.

L'homme du 2 Décembre, le père de ses sujets. Ali! ce n'est pas la nature, mais la politique seule qui peut se prêter à de si monstrueuses assimilations. Ajoutez, enfin, que la déportation qiii m'a été appliquée, est une peine uniquement politique.

Donc, accusation et châtiment caractérisant le crime, ce crime, en supposant qu'il ait jamais existé, n'a été et n'a pu être qu'un crime politique.

Je défie tout juriste française de nier la rigueur de cette conclusion, fût-ce un de ceux qui, par leur bassesse, ont le plus déshonoré ce beau titre : les Dupin, les Barochc, les Troplong !

Maintenant que la fourberie est démasquée, en réalité, que reste-t-ill Deux ennemis politiques, dont Tun croit utile de frapper l'autre d'ostracisme.

C'est bien ; mais, cette haine qui s'acharne si visiblement à un homme n'est-elte pas quelque peu emportée et malhabile?

Quand on se dit inébranlablement affermi, quand on a l'audace de creuser dans le granit et le porphyre la longue file des mausolées de sa race, quand on prétend surtout à faire trembler l'Europe, est-il adroit de paraître trembler

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soi-même au bruit d'un nom? C'est ce que l'opinion décidera

Pour moi, sauf l'impuissance où il me place de servir plus activement la cause de la liberté, je n'ai pointa me plaindre de ce nouveau coup ; on m'applique la politique que j'avais appliquée, à cette difTérence près que je I ai fait ouvertement, franchement, sans oi^aniser le mensonge, sans recourir à la plus perfide des machinations.

Ministre de l'intérieur, j'ai ordonné qu'on se saisît de la personne de H. Bonaparte, encore placé hors la loi.

Membre du gouvernement provisoire, j'ai voté contre le rappel des lois de banissement de cette famille.

Membre de la commission executive, j'ai été chai^ de soutenir à la tribune le maintien de ces mêmes lois.

Et je l'ai fait avec ardeur, parce que je sentais qu'il fallait prémunir les masses contre leur propre entraînement ; parce que je prévoyais que le peuple à peine émancipé serait bientôt, sous le charme de la légende, replongé dans les servitudes du premier Emmure. L'histoire dira si je m'étais trompé.

Ce que je puis affirmer dès aujourd'hui, pour en avoir les preuves éclatantes, c'est que M. Bonaparte éloigné de la France, mort à l'espoir d'y rentrer jamais, n'eût eu ni la tentation ni te loisir de préparer, d'accord avec la réaction, ces sanglantes et funestes journées de juin 1848 où s'est engloutie la République.

Si pour le mal, si pour la tyrannie, sa force a été d'agir lentement, patiemment, mais d'agir sans cesse, pourquoi nous ravir à nous-mêmes les moyens d'agir, nous qui avons en vue le bien et le triomphe de la liberté ? N'oublions pas que chaque républicain qui rentre, sans s'être abaissé, est, en dépit de tout, un foyer qui rayonne,. un soldat prêt pour l'événementi

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LEmE AUX MEMBRES DU CONSEIL DE SURVEILLANCE

DE Ll BEVUE • L'itBOCIATION •

Permctlez-moi, Messieurs, de vous féliciter de la mesure que vous venez do prendre pour accélérer ce grand mou< vement coopératif qui, bien que parti de chez nous, s'y est moins rapidement propagé que chez quelques nations voisines.

Je m'empresse de souscrire pour dix actions, avec le regret sincère de ne pouvoir faire mieux, toujours enlace que je suis par des liens judiciaires.

Quant je dis mieux, ce mot même rond mal ma pensée. C'est tout qu'il faudrait que fit chacun de nous pour concourir dignement à une des transformations économiques les plus prodigieuses de l'histoire. Je ne vois rien, en effet, depuis l'émancipation des communes, dont l'origine a été bien humble aussi, de plus touchant et de plus imposant à la fois que cet effort surhumain du Prolétariat pour s'émanciper lui-môme.

Certes, la révolution économique opérée par nos pèresen 89 a été féconde et glorieuse. Cependant, que leur tâche était aisée en comparaison de celle entreprise aujourd'hui! Maîtres du pouvoir, réalisateurs d'idées mûres depuis longtemps, ils n'onteu qu'à décréter la liberté, pour que l'agri-

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— 4fl5 culture, le commerce, l'industrie, affranchis de leur vieilles servitudes, enfantassent des prodiges. Avec une population manufacturière moios nombreuse, la compétition étrangère nulle, le capital non encore associé, pas de crises commerciales ni de chômages, le patron, faisant de grands profits, pouvait donner de gros salaires, et la machine n'en était pas arrivée à dévorer la femme et l'enfant jusqu'à dégénérescence de la race. Ce fut l'i^e d'or du laissez faire et du laissez passer.

Depuis, les choses ont bien chaagél Le capital, qui se groupe plus facilement que le travail et multiplie plus vite, a fini par dominer celui-ci à tel point qu'il peut ledévelopper, le suspendre, le ranimer à son gré, selon ses vues et ses intérêts. Déjà même, après avoir envahi les grands travaux, la grande industrie, le haut commerce, il menace d'envahir la petite industrie, le petit commerce des villes et des campagnes, et jusqu'à l'industrie agricole, que le morcellement indéfini de la propriété lui livrerait un jour.

Vainement les chiflreurs — statisticiens et économistes purs — ceux qui, abstraction faite des êtres sensibles qui produisentetconsomment,n'erivisagenLqueramoncellement illimilé de la richesse, continuent-ils à admirer la grandeur farouche du laissez faire, et à le poser comme l'éternel idéal.

L'enfer de la réalité répond à leur paradis imaginaire.

Il n'est pas d'âme ouverte à l'idée de bonheur, de moralité, de liberté pour les classes laborieuses, qui ne se soulève contre les excès d'un système qui, s'il demeurait sans contrepoids, précipiterait fatalement les sociétés modernes dans ces deux extrêmes déjà si menaçants pour l'oligarchie anglaise : une richesse incomparable en regard d'une non moins incomparable misère.

Rappeler ce tableau, que j'ai tracé ailleurs, est-ce conclure contre le capital? Loin de là ; ainsi qu'en politique ' UDii^naïui). — Il (M)

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la propriété est, à mes yeux, une base fondamentale ; ainsi le capital, autrement dit travail accumulé, lui-même ooe des milles formes de la propriété, est une des bases non moins fondamentales de l'ordre économique. Ses abus seuls veulent être réformés, et, s'il était permis de comparer de telles choses, je dirais qu'il en est de sa loi conune de cette force centripète qui finirait par tout absoitier, tout confondre, par détruire jusqu'au mouvement initial, sans la force contraire, appelée à établir l'équilibre et à maintenir l'uniTa? dans sa majestueuse unité.

Trouver pour le capital cette loi de compensation, balancer ta liberté par la liberté seule, tel était le véritable problème, à la solution duquel se sontToués, depuis 50 ans, les natures les plus généreuses, lesplus infatigables esprits, tes uns restant en deçà du but, les autres le dépassant, faisant fausse route en demandant du coup, à la politique, ce qui est surtout du domaine de l'économie politique, qui vit bien plus de science que de décrets.

Cependant, aux contradictions violentes des écoles, à ce conflit tumultueux qui a soulevé tant d'orages et tant de frayeurs, un mot a survécu, tombé en commun de leurs livres : Aisociation,

C'est ce mot que le prolétariat a fini par faire sien, len* lement sans doute, car il est épars, isolé, sans lien, sans organe jusqu'à vous, placé dans des conditions biendifli^ rentes de celles où étaient nos pères, réduit à venir homme à homme apporter sa poignée de ferre à ta digue qui doit le sauver de la submersion. Spectacle non moins nouveau que grand.

Donc, comme contrepoids à l'association écrasante du capital, le peuple, lui aussi, a adopté le principe de Tas' sociation.

Il a fait plus : par une intuition supérieure aux combi' * naisonsqui avaient laissé jusqu'ici, à l'étal d'antagonisme, le

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capital et le travail, ou les avaient sacrifiés Tun à l'autre, il s'est résolu à jeter un pont sur les deux affluents, toujours divisés, de la richesse, et a complété ainsi la formule tant cherchée : ÀMociatùm du capital et du travail.

Ce sera te symbole économique de notre siècle.

Maintenant, nul doute que sa réalisation plus ou moins rapide ne dépende de plusieurs institutions d'un autre ordre, que je n'ai pas à énumérer ici, ne voulant pas sortir de la sphère économique.

Nul doute que, laissée uniquement k ses forces, pour s'élever de l'atelier à l'usine, de l'usine à la terre, à toutes les formes de l'industrie humaine, — ce qui est l'idéal et la pacification de l'avenir, — l'association n'ait à traverser de rudes et longues épreuves.

Nul doute encore que cette forme, la plus rationnelle aujourd'hui, ne soit elle-même qu'une étape dans la marche indéfiniment progressive des sociétés.

L'important, c'est que, sous ce ciel obscur où l'on naviguait au hasard, on ait retrouvé l'astre dirigeant, et que des yeux de l'esprit on entrevoie le port; c'est que la pensée publique, si violemment battue, si étourdie de tant de souffles contraires, qu'elle en était tombée dans une funeste léthargie, ait repris possession d'elle-même, et soit revenue delà terreur de la grande inconnue, sûre qu'elle est, désormais, de la solution économique de demain.

Voilà le bienfait immédiat que rien ne saurait plus nous ravir*

La lumière^ toutefois, a été si tardive à se faire, et la mêlée si confuse, qu'il n'est peut-être pas inutile, comme après un combat où l'on a été longtemps aveuglé par la fumée de la poudrci de procéder au dénombrement funèbre^ et de bien constater ce qui est mort, ce qui survit.

Franchement, sans prévention comme sans iai'blesse, ce t^ survitj sont=ce les formules transcendantes et l'attrac- '

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tioQ passionôelle de Foiirier, théories savaiiles qui o'oot pu résister à rexpérimentation même d'un terrain vierge? Sont-ce les castes, les hiérarcliies, le pontiGcat de SaiaL- Simon, couronnés du veau d'or dont ses disciples ont depuis si avidement pratiqué le culte? Est-ce te commu> nLsme, vanté, illustré de toute éternité par des plumes brillantes sans qu'il en soit moins resté, au fond, l'absorption du travailleur par l'État, érigé en producteur et en munitiounaire général ; ou bien rindividualisme avec son dernier mot économique — anarchie — c'est-à-dire loi sauvage du plus fort, et de toutes les concurrences la plus effrénée et la plus meurtrière?

Est-ce l'abolition de la propriété, dcG insensé que son auteur, dont les contradictions furent l'unique constance, a relire plus tard, trop tard pour n'avoir point aliéné à la révolution tout ce qui possède, ainsi que l'^alité des sa- ]aii>es lui avait aliéné, dans les masses, tout ce qui voulait posséder de par l'initiative, l'habileté, le travail ou plus alerte ou plus robuste ?

Tout cela est du passé, sans en excepter cette Banque d'Échmtge, produite emphatiquement sur les tréteaux comme la panacée universelle, tandis qu'elle ne touche qu'aux abus d'un des trois termes de la richesse : la circulation, qui en est le moyen, sans efQcurcr les deux plus importants : la production, sa source ; la consommation, sa fin.

Sans en excepter davantage, si jeune qu'il se prétende, ce pseudo-socialisme tapageur, vieux rajeuni, rêvant de traiter empiiiquement une société de 56 millions d'hommes à l'instar de la petite cité antique, de substituer violemment le pauvre au riche, ce qui serait déplacer la misère sans la guérir, et rouvrir, avec plus d'acharnement, aujourd'hui que la propriété est plus disséminée, ces guerres sociales dont la grande Rome était morte en rëa-

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lité, lorsqu'elle est devenue la proie des Césars, ses insatiables vampires.

Encore une fois, tout ceh est du passé, et ce sont bien ces pastiches extravagants de l'histoire, ou ces systèmes, droit alignés, qui ont disparu de la lutte, repoussés comme des générateurs trop étroits pour la spontanéité humaine, les vastes proportions et les rapports si compliqués des sociétés modernes. Ce sont, ieafîu, le bizarre, l'excentrique, l'école, la secte, qui sont entrés dans le royaume des ombres.

Salut aux morts, salut aui blessés, soit; salut et paix aux éclaireurs, aux téméraires, à tous ceux dont l'audace, même mal engagée, a voulu et cru servir la sainte cause du peuple.

Mais le devoir rempli, voyons ce qui reste, c'est le gros de l'armée, le peuple aux phalanges profondes, surmonlé de son drapeau : Libre association du capital et du travail.

Comme en toute science expérimentale, cette formule, étant la plus simple et la plus générale, devait arriver ta dernière.

L'avenir lui appartient. Pourquoi? Parce que ce socialisme, sorti moins du cerveau des penseurs que des entrailles de la faim, est essentiellement pratique. Il voit le monde tel qu'il est, avec son égoïsmc, ses résistances aveugles ; il unit fraternellement tes deux grands moteurs de la richesse, pour l'accroilrc sans cesse en la voulant mieux répartie ; il tend à égaliser le bien-être, à faire disparaître les classes, première condition de toute démocratie.

Oui, la vie est là : car je n'ai plus à la chercher, au milieu des ténèbres, h Télat d'entité, d'être de raison; je la sens organisée, agissante, grandissant à vue d'œil en Belgique, en Allemagne, en Angleterre, comptant déjà par millions le capital qu'elle a tiré de ses veines, de sa propre substance.

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Né d'hier, ce socialisme est, anjourd'hoi, puissance.

n ne s'agit plus que de raDiversaliser. Vous tous y consacrez avec une abnégation et une foi que j'admire. Je suis, d*âme, avec vous.

Si petite que soit l'action d'un homme dans im tel mouvement, je maudis mon immobilité forcée, le voudrais marcher avec vous dans ce grand chemin, si rare, du vrai, (lu juste, du bien. Je voudrais avoir mille voix. De ces voix émues, pleines des soutTrances du prolétariat, auxquelles une première condamnation m'a indissolublement associé il y a 25 ans, je ferais à mes amis un suprême appel. Ne cédez pas, leur dirais-je, aux appréheusions de quelques esprits sombres qui redoutent que le matérialisme de l'intérêt ne dessèche, chez le peuple, la source des nobles pensées et des mâles vertus. L'histoire, hélas ! nous a trop appris la valeur des droits abstraits sans les garanties de l'indépendance. La moralisation, l'épargne, le gouvernement de ses propres affaires, la liberté, ne peuvent engendrer que la liberté. Prêtez donc à cette œuvre gigantesque non point un concours fugitif et mesuré, mais ud concours persévérant, sans limites; vous aurez bien mérité de l'humanité et inscrit votre nom sur une page ineffaçable, celle d'où datera l'abolition du salariat , dernier vestige de la servitude économique.

LEUtU-RoUilT.

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LETTRE A UH AMI

imicunvE Di L'inum ht 1889 (Londrei, lepUiiilire ISaO)

Ho:t cber ami,

Vous avez si iaviaciblemeDt prouvé, avec toute la presse indépeadante, l'applicabilité de l'amnistie à mon prétendu forfait, qu'à force d'avoir raison vous me placeriez presque dans mou tort, si je tardais plus longtemps à m'expHqner.

Sous tant de plumes éloquentes, l'idée que j'ai le droit de rentrer s'estemparéedes esprits àce point qu'on m'écrit de toutes parts — c'est un vrai déluge de lettres : — Pourquoi, pouvant rentrer, ne le faites-vous pas?

Evidemment, on ne se rend pas compte de l'abîme cntr'ouvert entre le droit tbéorique et la violence brutale ; et on oublie aussi que, sous ce gouvernement tortueux, il sufBt justement que le droit existe pour que le fait y soit contraire.

Le fait, c'est que ma position de 1869 est la même que celle de 1859, sauf la mise en scène.

En 1859, on m'expédiait directement à Cayenne pour éviter le scandale tCunproch.

Ce procès en 1869, il faudrait bien qu'on se résignât à le (aire, mais avec l'intention arrêtée d'en éterniser, moi dé-

tenu, l'instruction, sous le prétexte de ramener de Gayenne, pour une confrontation, mes complices présumés.

Ce que je dis n*est pas de la fantaisie.

L'ordre de m'arréter a été expédié aux diflerents lieux de passage le soir même de la signature de l'amnistie.

Si, d'ailleurs, ce que je tiens de source certaine était erroné, que le gouvernement le démente et déclare en conséquence que je suis libre. Autrement ceux-là mêmes qui me conseillent de purger ma contumace, comme la chose la plus simple et la plus naturelle, y regarderaient sans doute à deux fois pour eux-mêmes, si la durée de leur caplivilé ne devait voir pour mesure que le bon vouloir du gouvernement peu pressé d'en finir.

Que mon triomphe devant une cour d'assises soil éclatant, pas de doute, il le serait même au delà de ce qu'on peut prévoir lorsque, d'accusé me faisant accusateur, je prouverais, pt^i enmains, et de manière à soulever d'indignation l'opinion publique, que pendant dix ans ce ramassis de conspirateurs, qui m'accuse de conspirations, n'a cessé de conspirer contre moi, et que par je ne sais quel instinct de haine particulière il a deux fois sollicité du gouvernement Anglais mon extradition, refusée la première fois à la simple majorité d'une voix, et la seconde fois repoussée avec dédain.

S'exagérant mon importance et mon action, ce qu'ils n^ont cessé de vouloir, c'est me tenir sous leurs verrous.

Oui, je sens que mon âme si longtemps indignée trouverait des accents vengeurs devant un jury, sous les yeux duquel je ferais défiler ces agents provocateurs de 1855 à 1855, ceux de 1856, ceux de 1857, tous ces misérables enfin chassés de chez moi, oii ils s'introduisaient avec les recommandations les plus dignes de foi, et dénoncés à la police anglaise, afin qu'elle me débarrassât de leurs obsessions et de leurs embûches.

Le spectacle de cette procession de coquins, à la réputation patriote, ne serait point le chapitre le moins dramatique ni lemoinsémouTant de cette époque sinistre qu'il nous a fallu traverser.

Et, par parenthèse, je pourrais porter à leur protecteur le dëfi de lever l'interdiction dont me frappe la loi de 1868 contre la presse, et de me laisser publier dans un journal la relation de cette lamentable histoire.

Je le répète. Le triomphe devant une cour d'assises m'a fortement tenté, mais ce triomphe, avec les lenteurs calculées de la confrontation, quand viendrail-il, s'il venait jamais? et qui peut me garantir, en présence de telle éventualité prochaine, qu'il y aurait intérêt pour moi à être entre les quatre murs et sous la griffe de pareils gens? Evidemment, partout ailleurs, je pourrais être plus utile.

Ce que je voudrais donc, étant condamné à ne pouvoir parler ni écrire publiquement, c'est que vous fissiez, de proche en proche, connaître âmes vieux compagnons, surtout à cette jeunesse ardentequi, dans ces derniers temps, m'a donné tant de témoignages de sympathie, quel est l'obstacle malériel qui s'oppose à mon retour. Ce que je voudrais, c'est que tous fussent bien convaincus que, si je puîsmouriren proscrit, je ne me résignerai jamais à mourir en exilé volontaire, autrement parlé, en émigré. Ceci dit sans la moindre idée de blesser les scrupules de conscience, ou de douter d'aucun courage. Seulement, aujourd'hui plus encore qu'en 1859 je persiste à penser que le devoir consiste h se trouver oiïest, avec le péril, la chance du succès; car, il ne faut pas s'y tromper, il n'y a de drapeau véritablement honoré que celui qui a supporté les efforts de la lutte. A vous fraternellement.

Ledru-Rollik.

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IXXXVIII

DISCOURS PRONONCÉ A L'ASSEMBLÉE NATIONALE

DAM u DiscutaioN d'un nom de loi £lectomli

(3 juin 1874]

Messieurs,

Je croîs que dans une question de cette importance, qui touche d'un cdté au grand dogme de la solidarité humaÎDe, de l'autre au salut même de la France, il faut se livrer à une discussion sérieuse.... {Légère* rvimeur* à droite), sobre, serrée et claire ; c'est ce que je vais tâcher de faire en très peu de mots.

Je ne discuterai pas tes détails de la' loi ; je la rejette en bloc, parce que, malgré la faculté constitutive que voas vous êtes donnée, et sur laquelle je ne veux pas m'expliquer, je crois à votre incompétence.

Vous pouvez être compétents pour tout, excepté pour la loi électorale sous laquelle vous avez été nommés. {Chuchotementt et rumeur» à droite.) Qu'êtes-vous, au fond, quel que soit votre titre ? vous êtes des mandataires. Or, le mandat a ses règles, ses limites, sa mesure. Ses règles ont été posées de temps immémorial ; elles ont passé par la sagesse du droit romain pour arriver à être inscrites dans nos codes.

Ou votre mandat est spécial, et vous n'avez pas mission pour faire une loi électorale nouvelle ; ou votre mandat est général, pris dans ce que vous appelez le saint public, et.

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si ce mandat est général, vous ne pouvez faire qu'une chose : administrer; vous ne pouvez pas aliéner. {Vives réclam&tiont à droite et au centre.)

Messieurs, vous pouvez vous récrier ; je parle ici un langage juridique ; et il n'y a pas un homme connaissant les lois, en ayant la moindre notion, qui puisse contester la vérité de mes assertions. {Très bien! très bien! à gauche. — Dénégation* à droite.)

Vous ne pouvez pas aliéner.... {Une wvc : aliéner quoi?)

Aliéner quoi ? nous allons le voir; c'est ce qui est en discussion. {Bruit.)

Je répète, puisque l'on parait ne pas bien comprendre... (5» / » / — Riret à droite.)

Si vous n'étfs pas des mandataires, qu'éles-vous donc? dites-le 1

Vous ne pouvez point aliéner le droit qui vous a été conféréj votre loi, si par malheur elle passait, est entachée à t'avance d'un vice originel. Vous avez beau le nier, je vous le répète, la raison est étemelle, la logique est éternelle, il y a des lois qui n'ont pas été faites au milieu des passions incandescentes de la politique, mais qui ont été faites par la raison des siècles.

Donc, vous ne pouvez pas changer cela, et, je le répète, il n'y a point un jurisconsulte ici, ayant une idée quelconque de la loi, pas un {Interruptions diverses à droite.)

Je le r^te, votre loi est entachée à Tavance d'un vice originel.

Qu'invoquez-vous ? vous invoquez le salut public, l'ordre social qu'il faut sauver à tout prix. Je ne me trompe pas, cW bien là la raison que vous donnez? eh bien, cet ordre, à rheure qu'il est, en quoi est-il troublé? ce suffrage universel, quels crimes lui reprochez-vous? que pouvez-vous dire qu'il ait fait? certainement, quand, sous forme de plé-

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biscite, il a élé consulté, à ce moment, oui, il est tombé

dans l'erreur {Rires et applaudmements ironiques à

droite et toi centre.)

Je prierai ceux qui rient de repondre à ceci :

Â.U dernier plébiscite, le peuple a-t-il voulu la guerre ? (Non!) Le peuple a-t-il cru qu'il volait la guerre î (Pion! non!)

Donc, j'ai raison de dire que, sous forme de plébisdle, c'est-à-dire de ce qui est la parodie du suffrage universel... {A gauche : Trèt bieni très bien I) Le peuple s'est trompé ; il a cru voter la paix, il voulait la paix, et il a eu la guerre la plus désastreuse que nous ayons jamais faite. Voilà la vérité.

Maintenant, en dehors de cela, qu'avez-vous à reprocher au suffrage universel ? on ne fait pas de loi sans raison. — Vous lui reprochez des élections républicaines, il faut le dire franchement, si le suffrage universel n'avait donné qu'une majorité royaliste, voudriez-vous aujourd'hui toucher au suffrage universel ? [Rires approbatift à gattehe.) Evidemment non.

Ah ! je sais la raison qu'on donne ; elle est vieille comme le monde. On appelle cela « épurer te suffrage universel • ; l'aristocratie romaine a dit la même chose pendant deux cents ans, et elle a si bien épuré le droit du suffrage parla translation de tribus, de centuries, de décuries, qu'il est arrivé un moment où le dictateur a été le peuple à lui tout seul ; mais alors a eu lieu l'invasion des barbares. {Bruit.)

Messieurs, ce que vous voulez faire est très grave. Eo 1848, nous avons, par le suffrage universel, essayé de faire disparaître les classes, les castes; nous avons essayé de rendre tous les citoyens égaux devant la loi politique, comme ils l'étaient déjà devant la loi civile. Et vous allez défaire tout cela ! et vous allez avoir des citoyens actifs et des citoyens passifs I et vous allez avoir, comme autrdbis dans

les républiques italiennes, les gras et les maigres l {Biret.)

Eh bien, ce sont des divisions que vous semez dans le pays, et là où nous voulions des frères (ce mot doit convenir à beaucoup d'entre vous qui appartiennent au dogme chrétien), là, dis-je, où nous voulions des frères, vous allez faire des ennemis, des gens qui, perpétuellement jaloux, seront à couteau tiré. Cela est immoral, mais cela surtout est dangereux.

Dans cette Rome qu'on citait hier, on a fait cela aussi : on a recréé des classes, on a enlevé au peuple souverain, au peuple-roi, tous ses droits; et puis, quand les barbares sont arrivés, qui a ouvert les portes de Rome? Ces hommes qu'on avait désintéressés de l'idée de patrie, qui n'étaient plus desciloyens romains; ces Italiens à qui on n'accordait plus le droit de cité; ces premiers chrétiens à qui l'on le déniait. Oui, le jour où s'est présenté l'étranger, les portes

inviolées de Rome ont été ouvertes par eux L'histoire

est là qui nous l'apprend. {Réclamations. — Mais non I mais non! c'at une erreur.)

Vous me dites : Mais non 1 vous n'avez donc jamais lu Gibbon el toutes les preuves irréfutables qu'il en donne ? {Nouvelles réclamations.) Les preuves sont irrécusables. Depuis Gibbon, les Allemands ont écrit sur cette question et ont démontré qu'il était parfaitement vrai que les hommes qui avaient été repoussés, avec les esclaves à qui l'on n'avait point accordé l'émancipation, que ces hommes qui n'étaient plus Romains, s'étiint désintéressés de la patrie, ont ouvert les portes de Rome aux barbares. Voilà la vérité.

Donc, vous rétablissez des rangs différents, vous rétablissez des situations différentes; dans cette France, dont la grandeur consistait surtout dans son unité, vous allez faire des hommes qui n'auront pas les mêmes droits ! je dis que c'est dangereux : pourquoi le voulez- vous?

Il faut aller au but, et le dire clairement. Vous le Toulei pour rétablir une des formes de gouvernement qui sont tombées : autrement , le suffrage universel concluant i autre chose qu'à la République, nommant antre cbose que des républicains, vous ne voudriez pas changer, modifier, épurer, comme vous le dites, le suffrage universel. Tous ne le faites donc, vous qui êtes unis par une coalition passagère, que pour rétablir une royauté, une monarchie : Laquelle?

Permettez-moi de dire un mot de chacune de celles qui ont gouverné la France :

Est-ce la monarchie de droitdivin que vous voulez ramener? Si c'est la monarchie de droit divin, vous ne l'aurei jamais en FVance. [Très bieni à gau(Jie. — Interruptiont (JitJersei.) Vous ne la reverrez jamais en France... les élections vous le prouvent. (Nouvelles iTUerruptions.)

Aime^vous mieux que nous parlions de la monarchie modérée? (Oui/ oml à droite). Eh bienl nous allons la traiter.

La monarchie modérée, il y a longtemps que son histoire est faite. Ahl oui, il y a longtemps!

Les hommes qui ont traité ces trois grandes questions: la tyrannie, la monarchie modérée, la démocratie dans l'histoire, ils sont trois. {Interruptions à drmte.)

Je ne vous citerai que Montesquieu ; Montesquieu rappe* lant ce qu'avait dit Âristote. (Rumeurs à droite.) Vousde' vriez bien lire ces trois chapitres d' Aristote sur ces trois formes de gouvernement; ils seraient parfaitement à l'ordre du jour.

Montesquieu, qui était pour les gouvernements tempérés^ — remarquez-le bien, ^ — n'en déclarait pas moins qup cette forme de gouvernement ne pouvait vivre que par la fraude et mourir par la corniption, Eh bien ! maisj nous l'avons Vu !

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Sous quels sentiments et dans quelles circoostances est tombé le gouvernement de Louis-Philippe ? {Un membre à droite : C'est vous qui l'avez fait tomber ! — L'orateur : Je m'en honore.)

Dans quelles circonstances, disais-je, est tombé le gouvernement de Louis-Philippe? vous vous le rappelez. La France tout entière a prétendu que c'était la révolution du mépris. C'est la France qui a dit cela. (Vives exclamatiom au centre droit.) Le gouvernement de liouis^hilippe est tombé, encore un coup, sous la révolution du mépris. {Nouvelles exclamatioru au centre. — Interruptions dir verses.)

Je vois avec peine. Messieurs, que dans les circonstances graves où nous sommes vous cherchiez les plaisanteries et les rires.

Parlerons-nous de l'Empire? l'Empire I son cycle se renferme entre deux dates : Waterloo et Sedan; trois invasions ; le démembrement de la France et son appauvrissement de toutes les richesses qu'elle a perdues. Voilà l'Empire I

Reste donc un autre gouvernement; cet autre gouvernement, c'est ta République. La République paraît vous effrayer beaucoup. {Une voix à droite : Oh I oui.)

Pourquoi ? la République n'a jamais existé comme gou' vemement en France. La première République, la Convention, qu'a-t-elle été ? un camp, ayant à se défendre à l'intérieur contre la guerre de la Vendée qui fut atroce... et, à l'extérieur, il lui fallut quatorze armées pour repousser l'ennemi.

La Convention n'a donc été qu'un camp« et pendant la veillée des armes, cette Convention n'en a pas moins créé les grandes institutions qui font encore la gloire de la France. {Plusieurs toix ; Et la guillotine I et la banque* route!)

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Vous me répondes : La guillotine ! la banqueroute ! je vous réponds : c'était une armée et un camp, ce n'était pas un gouvernement.

La seconde République, celle de 1848, elle n'a point élé un gouvernement, elle n'a jamais élé constituée. (À droUe : Elle a en une ConstitiUion f)

Je voudrais bien que vous n'allassiez pas au-devant de ma

Elle n'a jamais été constituée. Vous dites : Elle a eu une Constitution! et vous avez raison; j'en parlerai tout à l'heure. Mais dès le lendemain de cette République si clémente {Dénégcuioni à droite. — Marques d^astentùneni

à gauche.)

La République de 1848, qui a été si clémente, qui n'a pas fait arrêter un citoyen, qui n'a pas touché à une propriété, qui a rendu à la presse la liberté la plus complète, qui, dans les finances, a payé les dettes de la monarchie... [Interruptions à droite), la République qui, eniiin, n^a touché ni à une propriété, ni à un homme; qui a eu une Constitution, comme vous diies, mais une Constitution que vous avez attaquée dès le lendemain, vous monarchistes.... {IrUerrvptions dtv(T$esà droite.)

J'entends dire : El le 15 mai! j'entends rappeler les jouiiiées de- Juin! procédons par ordre de date, si vous voulez, je ne puis pas répondre à tout à la fois. Parlons du 15 mai d'abord. Qu'est-ce que c'est que le 15 mai f une conspiration bonapartiste contre la République. (Exclamationt à droite.)

Messieurs, vous avez oublié le procès du 15 mai; vos mémoires me paraissent bien infidèles. Qui a élé l'agent principal du 15 mai? Hubert.

Hubert a été condamné ; mais Hubert a ét^ gracié par l'empereur ; et ce cordonnier a obtenu non-seulement la concession d'un chemin de fer, mais a été nommé membre

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administrateur d'un autre chemin de fer. N'élait-ce donc pas un agent bonapartiste?...

Voulez-vous parler du iSjuin? Si vous le voulez, j'en parlerai.

Au 15 juin, sous l'impulsion du clergé, on fit la fameuse campagne de Rome. Nombi'e de députés, grand nombre de journalistes, se fondant sur l'article 5 de la Constitution portant que nous n'interviendrions de près ni de loin dans les affaires des puissances étrangères ou amies, beaucoup de personnes, dis-je, en présence des termes si nets de cet article, qui ne ponvait pas prêter matière à discussion, déclarèrent que la Constitution étant violée — et elle l'était — déclarèrent que cette guerre devant nous entraîner dans d'autres guerres, il fallait, à celle première violation de la Constitution, manifester pacifiquement. (Exclamationt. — Un membre : Pacifiquement par l'appel aux armes I)

Il n'y a pas eu d'appel aux armes ; il y a eu un appel à une manifestation pacifique- qui devait simplement se tra< duire par une déclaration devant l'Assemblée ; mais il n'y a pas eu appel aux armes, et, en effet, il n'y a pas eu un coup de fusil de tiré.

Donc, il n'y a pas à rougir du 13 juin.

Ce fut la première violation de la Constitution de la pari de Bonaparte, et ce ne fui pas Cavaignac qui l'a commise comme on le disait tout à l'heure. Or, si celle première violation eût été arrélée, vousn^auriezpascu1e2 décembre, et beaucoup d'entre vous n'auraient pas été jetés à Mazas. (Mouvement.) y oïlk ce qu'aété la journée du 15 juin.

Reste, maintenant, le grand reproche, le crime de la journée du 24 juin. [Une voix itUerrompant : Dites les journées de juin.)

Ces journées, qui les a amenées? les preuves sont là aujourd'hui, et ne peuvent être discutées; elles appartiennent à l'hisloirc.

LIDRU-HOLUN. — Il 51

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M. Rouher, la veille, demanda la dissolution immédiale desateliei's nationaux. M. deFalloui, le lendemain malin, api'ès s'être engagé, comme président de la commission, à ne pas dissoudre les ateliers nationaux, quand l'insurrection était commencée, monta à la tribune, et demanda que l'on renvoyât les ouvriers dans leurs provinces, sans leur donner une obole, bien que le contraire eût élé convenu la veille au soir avec la Commission executive. C'est alors que les ouvriers se virent jetés sans ressources dans la rue.

Par qui ces ouvriers étaient-ils entraînés 1 par un homme qu'on a fait disparaître, et qui promenait dans les rues trois cents individus avinés criant depuis le matin : c Poléon ! nous l'aurons ! » {Mouvements diven.)

Cet homme a été condamné ; puis il a été relâché et récompensé.

A cette époque, les bonapartistes futurs et les royalistes se donnaient la main. Les quinze premiers drapeaux qui m'ont été apportés, à moi, membre de la Commission exécu' tive, étaient quinze drapeaux blancs... (/?Uerru/)ltons), et les barricades qui s'étendaient dans le fauboui^ Saint-Germain étaient commandées par un ancien chouan de 1852. (Inierruptioni à droite. — Pïw voix : Nommez-le, ce chouan!)

Son nom était Charbonnier de la Guesnerie.

Pendant cette journée terrible, où le sang coulait à flots, je recevais d'un homme fort honorable et fort modéré, M. Dussart, préfet du département de la Seine-Inférieure, une lettre contenant deux traites considérables sur un banquier de Rouen, et faisant connaître que le comte de Chambord était à la frontière attendant le résultat de Tinsurrec tion, lettre dont M. Dussart, qui vit encore, a conservé la copie, ainsi que celles des traites tirées sur te banquier de Rouen . ( ï/m voix à droite : Qu'est-ce que cela proufJe ?)

Vous demandez ce que cela prouve? eh bien I franchement, c'est de la naïveté : cela prouvequc les monarchistes

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blancs et les bonapartistes n'ont pas laissé à cette malheureuse République de 1848 un instant de répit.

Ainsi , j'avais raison de dire : La République, soit en 1792, soit en 1848, n'a jamaisété essayée sérieusement, j'avais raison de dire que la République n'a jamais cessé d'être attaquée par les partis monarchiques.

Or, ceUe République, puisque vous voulez toucher au suffrage universel, pour chercher à la feire diparaître encore, celte République vous effraye donc bien ! je vous demanderai pourquoi elle vous effraye?

Comment l dans un pays qui a autant de parcelles foncières de terre qu'il y a d'électeurs, vous pouvez craindre que la République ne soit pas conservatrice! (Très bien! — Bravos à gaitche,)

Cette République qui, quoi que vous en disiez, a contribué par son nom, puisqu'il n'y a que le nom seul, à payer si rapidement les cinq milliards (Réclamations à droite. — Applaudissements à gauche!), cette République n'a donc aucune espèce de raison d'être repoussce par vous, si ce n'est, permettez-moi de le dire, les vieux préjugés, les vieilles passions dont vous ne voulez pas faire le sacrifice à la France. {Très bieni à gauche.)

Maintenant, votre loi électorale, qui ne sera pas votée, votre loi électorale étant repoussée , il vous faut choisir entre les gouvernements. Vous êtes constituants, vous l'avez voulu, et vous ne pouvez pas constituer! allez-vous laisser le pays suspendu dans cette terrible position ? il ne faut pas TOUS faire d'illusion. Je n'y apporte, quant à moi, aucune espèce de passion, je crois parler le langage de la vérité. A l'heure qu'il est, où en sont les affaires? Vos im{>dts rentrent-ils ? Vous les votez, vous les doublez ; s'ils ne rentrent pas, à quoi cela sërt-il7 (A droite: Ils rentrent.)

Je dis que le peuple surchargé, et qui voudrait les payer, les paye à peine, et je pourrais faire appel au ministre des

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finances pour lui demander où en est te rendement des douanes, où en est le rendement de l'impAi qui a été augmenté sur plusieurs objets; il me répondrait avec bonne foi que le déficit existe.

J'ajoute qu'en 1875 le déficit sera plus grand encore, car le malaise sans travait devient plus général. {Un membre : C'est une erreur I)

C'est une erreur? voulez-vous une preuve irrécusable de la rareté de l'argent ou de son placement à l'étranger? je vais vous la donner. II y a un corps très modéré, c'est le corps des notaires, qui est à peu près de l'opinion de tous les gouveruemeots. Demandez-leur où en sont les Uransaottons d'argent; demandez-leur s'il est possible de faire un placement hypothécaire; demandez-leur comment il est possible défaire un transport sur les propriétés les plus belles ; ilsvous répondrontqu'ilsneconnaissent plus cela ; pourquoi? parce que l'argent est rare, qu'il se retire et va autre part.

Je dis, sans passion politique, que la confiance ne peut revenir sans un gouvernement définitif ; je dis qu'entre les trois gouvernemeulsque vous voulez ramener vous ne pouvez rien faire ; je dis que vous ne pouvez pas laisser le pays avec une déperdition de forces aussi considérable.

Et, sans faii-e appel à aucune passion, n'en appelant qu'à votre cœur de Français, qu'à votre sentiment de la patrie, pour laquelle, qui que vous soyez, j'en suis convaincu, vous seriez tous prêts à mourir... {Interruption.)

Je dis que nous nVoDs qu'un moyen, et ce moyen, ce n'est certainement pas de refaire la loi électorale. En, quatre-vingts ans, nous avons eu seize lois électorales: qu'onl-elles sauvé? rien I nous avons eu dix Constitutions : qu'out-elles sauvé? rien 1 un seul gouvernement n'a point été appliqué : appliquonsyle sérieusement.

Je vous ai montré que les crimes que vous lui reprochez ne sont point son fait.

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Ed coDsëquence ayez conûance dans ce pays qui ne demanderait pas mieux que d'avoir confiance en vous.

Faites un grand acte de palriolisme, et au lieu de mutiler le suffrage universel, concluez à la dissolution, et vous verrez demain le pays tout entier se relever et reprendre confiance. [Exclamatiom à droite. — Applaudissem&Us à gauche.)

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