‹ Discours politiques et écrits divers (volume 2)Chapitre 8 sur 27 · INTERPELLATIONS FAITES AU MINISTRE · texte numérisé non relu

INTERPELLATIONS FAITES AU MINISTRE

DES AFFAinES ËTRANGÈhES

EDK il PflOJItT S IRTEBVBHU DAMS LES «FFIIBBS

u'iiALiE, D*iu L'uninËT na tA?t., contre li rëpobliqde bomjure,

ET niSCOm» M BÉIHIBaS AK PKOTESIATIOKS DC «I-IISIIIB.

ClTOTEKS,

H. le ministre des affaires étrangères, avec lequel j'ai eu l'honneur de ra'enlendre, accepte les interpellations pour aujourd'hui, et par conséquent, la question restée indécise hier est maintenant décidée. Si l'Assemhlée veut bien m'entendre de suite... (Ouil oui ! — Parlez! parlez!)

Citoyens, un fait capital, qui laissera une longue trace dans l'histoire, vient de s'accomplir en Italie. La République vient d'y être proclamée, le pouvoir temporel des papes y a été frappé de déchéance. C'est là, pour les amis de la liberté une bonne nouvelle.

{Marques d'adhésionà gauche — Béclamations à droite.)

Je dis que la proclamation de la République à Rome doit être pour les amis de la liberté une heureuse et granile nouvelle {Oui! oui! — Rumeurs à droite), et je m'étonne d'entendre des récbimalions .si nombreuses de ce coté de

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l'Assemblée {la droite), où, à taiil de reprises, on a crié : vive la République I

{Rires d'ironie et bruyante approbation à gauche.)

Si le gouvernement y avait vu, ainsi que nous, une nouvelle force pour nos principes et nos idées, nous aurions outcndu celte nouvelle, si heureuse et si inattendue il y a quelques mois encore, annoncée oriiciellement hier à cette tribune. C'est là un de ces événements qui pèsent tellement dans la politique européenne, que peut-être avions-nous le droil de ne pas l'apprendre par quelques articles de journaux.

Loin de là cependant, car il circule depuis hier des bruits sinistres qui émeuvent les républicains sincères {Bruit), et qui par là même faisaient hausser un instant la renie... {Rires à droite.)

Je veux parler d'un projet d'intervention. C'est là un objet assez grave pour que la Chambre veuille bien m'écouler avec quelque attention ; je serai trèi< bref dans la simple question que je veux adresser au ministère.

Cette intervention est présentée avec plusieurs versions; mais il en est une sur laquelle je crois être exactement informé.

On a pensé que, faire intervenir l'Autriche, ce serait, à l'inslant même, déchaîner un juste sentiment d'indignation en Italie; ce serait intéresser les nationnalités,et faire crier }iiis à rétranger. C'est alors qu'on a imaginé l'intervention indirecte dont je vais parler.

Le Piémont franchirait la Homagne, rétablirait le pape sur son trdne temporel ; les choses se passeraient entre Italiens, et pour ainsi dire en fami.lle; le prétexte serait la question Tcdérale des États Italiens contre la question unitaire; en d'autres termes, pour échapper à l'odieux d'une intervention et donner le change à ceux qui n'y regardent que de loin, on tournerait la di^iculté par une manœuvre

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machiavélique, au Hou de t'aboider de face. La Républîquu serait étouffée, seulement elle léserait par des çiains italiennes. (Mouœment.) Voilà ce que les habiles sont parvenus à trouver comme beau idéal delà grande politique. Et, pendant ce temps, que ferait la France? La France aurait une flotte combinée avec celle de l'Angleterre dans les eaux deCivita-Vecchia, pour appuyer, par sa prépondérance morale, les démonstrations du Piémont et l'anéantisseraent de la liberté en Italie. [Mouvement.) Elle aurait une autre escadre à Gènes, car on a bien pensé que, si le Piémont intervenait, les Génois courraient aux armes pour Goutenir la cause de l'indépendance romaine; c'était donc un foyerde révolution àobserver, pour concourir à l'éloufier au besoin.

Tous les peuples du littoral apprendraient ainsi que, si le Piémont agit tout seul, il agit au moins sons le patronagedes grandes puissances de la France et de l'Angleterre, et qu'il n'y a point à lui résister.

Voilà, je pense, des questions bien neltGs, bien précises. Quant à présent, je n'y ajouterai rien. Comme républicain, j'aimerais à croire que les bruits dont je viens d'entretenir l'Assemblée nesont point vrais, car s'ils étaient vrais, cette intervention détournée, jésuitique, qui n'aurait pas le courage de s'avouer elle-même, désbonorerait à mes yeux le gouvernement français. {Longue approbation à gauche.)

i RipLIQOE IT LES BtM.lClT10flS DU CITUÏKI DRUUn Dl L'BDTt, nniSKlB DIS IfFAlftE* iTfUNeËBIS.

CiTOTENS,

Monsieur le ministre des affaires étrangères, en ne répondant pas explicitement à mes questions, n'a mulheu-

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rcusementqtie trop répondu. Il a clierché à confondre ce que personne de nous ne confond : le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel. Il a essayé de taire comprendre que la prédominance du premier, le pouvoir spirituel, était ce qui préoccupait avant tout le gouvernement.

Je déclare que je m'en étonne au plus haut degré. Sommesnous dans un synode, dans un concile? n'y a-t-il pas dans ciïtte enceinte des hommes de plusieurs croyauoes et de plusieurs religions? {Interruption.)

Je disais qu'il y a dans cette enceinte des hommes de toutes croyances, «t que je ne comprenais pas que, sans manquer aux principes de liberté, on pût venir agiter ici une question purement religieuse. Gomment I Le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, jusqu'ici indivis sur une seule tête ne peuvent pas se diviser ! Vous n'avez donc pas voulo lire, ou vous avez donc oublié le décret rendu par la constituante romaine? (Interruption. — Rires à rextr^ne droite.)

J'entends un interrupteur qui rit. Peut-être a-tril quelque bonne raison à donner? S'il le veut, je vais lui céder un instant la place ; sinon, je le prie de se taire.

Citoyens, avant de reprendre le cours de ma discussion, permettez-moi de faire ici un appel à votre justice et k mon droit. Si jamais question grave a été agitée, incontestablement c'est celle-là; et je ne comprendrais pas, quand je resledansles limites de la parfaite convenance, qu'on pût interrompre le cours de mes idées.

Je disais donc qu'il y avait deux caractères dans le pape, le prince spirituel et le prince temporel. J'ajoute, pour ceux qui n'auraient pas voulu prendre la peine de lire le décret rendu par la constituante romaine, que, tout en déclarant déchu le prince temporel, on ne dépose pas le prince spirituel. Loin de là, on aasure la position du chef visible de l'Ëglise. (Exclamations^ rirei ironiques.)

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Si l'Assemblée ne veut pas m' écouter {Parle2, parlez!)

Alors, je demande qu'on m'écoule.

Je disais doDC que l'Assembce romaine, aussi respectable que la constituante devant laquelle j'ai Thonneur déparier

{Exclamation sur plusieurs bancs. A gauche : oui ! oui ! Lonifm interruption ! Le président réclame le silence.)

Je disais et je maintiens, que la consLituanle italimDe, aussi respectable qu'aucune assemblée, car elle est sortie du suffrage universel comme vous, car elle a été régulièrement nommée comme vous, a fait acte de souveraineté comme vous. {Nouvelle interruption.)

Messieurs, permettez, si c'est un système organisé, il faut le dire ; jo crois énoncer les vérités les plus élémentaires ; il paraît que je me trompe; je préfère renoncera la parole. {Non I Non I Parlez.)

Alors, qu'on m'écoute.

Je disais donc que la consiituanlc romaine, faisant acte desouverainetccomme vous, avaitdistingué le chef politique du cbefreligieux,et déclaré qu'il seraitpourvu non seulemenl àsa sécurité, à son indcpendance, mais à la splendeurqui devait environner le pontife souverain. Comme successeur de Pierre, comme évéque, il peut asseoir partout sa demeure, il n'en restera pas moins le représentant vivaotde la foi catholique. Comme prince, en quittant Rome, il a cessé, de régner sur l'Italie. Voilà tout. {Mouvement.)

Qu'il me soit permis, citoyens, de faire à cet égard une digression d'un mol.

Je ne comprends pas les susceptibilités de certaines consciences catholiques, car il a été si souvent soutenu que les papesauraient conservé bien autrement pure et entière la religion du Christ, s'ils n'avaient pas été princes temporels ; l'histoire constate d'une façon si irrésistible que souvent

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leur ambition a nui au dogme, que, loin de s'en alarmer, les véritables catholiques devraient se réjouir de cette séparation entre les intérêts du monde et les détachements mystiques de l'âme.

Pour preuve des dangci'S de ce cumul, je ne citerai qu'un témoignage assez récent :

Pie V!, après le traité de Tolentino, qui lui avait retiré tant (le territoires (les arcliivcs de la secrctairerie en font foi). Pie VI négocia longtemps avec Bonaparte pour récupérer les Légations, et le prix de ce grossier intérêt temporel aurait été la reconnaissance de cette constitution civile du clei^é, qu'il avait si longtemps combattue, et qui avait Tait verser tant de sang en France. [Senmlion.)

Et à combien de concessions Pie VU lui-même n'est-il pas descendu dans son intérêt de prince! Oui, ouï, l'ambition n'a que trop Fait ployer les règles prétendues inflexibles de la religion, et, je le répète, les consciences éclairées devraient se réjouir qu'il y soit mis un terme.

Je reviens à ma discussion. Maintenant qu'il n'est plus permis de confondre le prince déchu avec l'évêque conservé, quelle conduite tenir vis-à-vis de la république romaine?

Vous êtes embarrassés, dites-vous, et la question est d'une grande délicatesse. Erreur! votre ligne est invariablement tracée. La France est engagée. N'existe-t-il pas, en effet, des précédents dans les annales mêmes de cette Assemblée? Ne vous rappelez-vous pas que le Gouvernement provisoire, dans le manifeste qui a été publié au 5 mars, a déclaré nettement que si les États de l'Italie voulaient opérer leur transformation intérieure, non seulement ils devaient être libres dans cette évolution, mais que la France serait prête à prendre les armes pour les défendre contre toute intervention oppressive?

Je sais bien que depuis on a fait, en général, assez bon

LIDRO-RDUIN. — Il 13

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marché des actes du Gourerneinent provisoire. Mais celuici a été sanctionné par l'Assemblée elle-même.

Ne TOUS rappelez-Tous pas, au 24 mai, cette distMission solennelle à laquelle M. de Lamartine prit une si large part? On y demandait quelle devait être la politique de la commission executive vis-à-vis de l'étranger, et voici Tordre du jour motivé que je remets sous vos yeux:

« L'Assemblée nationale invite la commission executive à continuer de prendre pour règle le vœu de l'Assemblée, résumé dans ces mots : Pacte fraternel avec rAllemagne, reconstitution de la Pologne indépendante et libre, afFraochissement de l'Italie. »(jfou?;e?nent^o/on^^.) Nevousaoovient-il pas aussi des termes de l'art. 5 de votre propre constitution?

n Elle (la République) respecte les nationalités étrangères comme elle entend faire respecter la sienne, n'entreprend aucune guerre dans des vues de conquête, et n'emploie jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple. > (jtfoMuemenï d'approbation à gauche.)

Comment hésiter en présence d'une ligne de conduite aussi profondément tracée I Suivez l'enchaînement del'idée : République de Février, explosion instantanée du peuple, qui fait appel à tous les peuples ses frères ; manifeste du Gouvernement provisoire, qui déclare sur la question spéciale de l'Italie, que si elle veut changer sa forme de gouvernement, non seulement elle a le droit de repousser rintervention étrangère, mais que la France, dans ce cas, doit lui prêter l'appui de ses armes. Puis l'Assemblée nationale s'approprie les termes du manifeste ; elle décide que la commission executive persévérôra dans la conduite tracée dans le manifeste lui-même ; et elle ajoute, pour qu'il n'y ait pas de doute, que la pensée de l'Assemblée nationale est rendue par trois mots : affranchissement de la PolognCt

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indépendance de l'Italie, pacte fraternel avec l'Allemagne. (Marques d'approbation à gœiiche.)

Déclarations furent-elles jamais plus claires, plus réitérées, plus solennelles? Eh bien, vous ne pouvez pas y manquer sans répudier T héritage de la révolution de Février; vous ne pouvez pas y manquer, je le disais en commençant, sans déshonorer la révolution, dont vous seriez les indignes agents. (Bravos à gauche.)

Et c'est à de tfils actes de la souveraineté du peuple qu'on vient répondre par des moyens évasifs, par un langage double et ambigu, par je ne sais quelle logomachie entre le spirituel et le temporel! Encore un coup, qu'on respecte, au nom de la liberté de conscience, le chef de l'Église, comme tous les chefs de religion ; mais qu'on respecte aussi le jugement porté contre le prince temporel qui a démérité de son peuple. (Allons donc! Exclamatvms à droite. — À gauche : Oui I oui !)

Citoyens, c'est vainement que quelques voix réclament contre l'expression que j'ai employée. Permettez-moi de vous le dire, aujourd'hui la cause est jugée.

La première fois que j'adressai, il y a quelques semaines, mes interpellations, que me répondit-on? « C'est une insurrection sans racine dans le peuple, faite par quelques factieux; ce n'est pas une révolution, c'est une émeute dont on aura bientôt raison. » Et je répliquai, moi : « C'est une révolution aussi sainte que la révolution de Février. » L'avenir s'est chargé de justifier mes paroles, car l'avenir vous a appris, par l'organe d'une assemblée sortie du peuple tout entier, que la révolution était dans les vœux de la nation, el que la république était l'objet de ses vœux. Oui, malgré toutes les réclamations, la cause est souverainement jugée, et c'est aujourd'hui de l'histoire.

Ah! oui, je comprends l'embarras du ministère; il doit être grand, en eflet, puisqu'il semble résolu à faire lecon-

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traire de ce que veut la France. Ce qu'elle voulait, c'était qu'on portât au besoin la guerre au dehors, dans l'inlérèl de la liberté des peuples; et, chose inouïe, c'est contre la liberté des peuples qu'on va I» laisser faire: car il n'y a plus à s*y tromper, au travers des réticences du ministère, c'est la guerre qu'on va laisser entreprendre au profil du chef de la religion catholique. Ah ! je le déclare, une guerre de religion au dix-neuvième siècle, ce sera quelque chose de monstrueux, et que la postérité ne saurait trop flétrir. {Vive et longue approbation à gauche.)

Une guerre de religion t Hais j'aime à croire que, si ce pape que vous défendez si mal, avait au fond du cœur des sentiments vraiment chrétiens ( Vives exclamations à droUe), comme je le crois, il serait le premier à vous dire : pasde sang, pas de sang pour rétablir mon pouvoir temporel! (Mouvement prolongé.)

ie termine. L'Assemblée se souvient que le gouvernement n'a pas répondu sur la prétendue intervention dont 'ai parlé; il ne le peut pas, car je dois être parfaitement renseigné. On a cherché, par un jeu d'esprit, si l'on pent ainsi parler, àrépondre qu'il n'était pas possible que du Piémont on passât directement en Romague. Personne ne s'; est mépris; je parlais du but, et non des étapes intermédiaires.

Je maintiens que Charles-Albert interviendra, espérant ainsi assurer son trdne et se faire pardonner par l'Autriche et la Sainte-Alliance ses hypocrites démonstrations de libéralisme.

Je maintiensque le ministère, à l'heure qu'il est, a décidé qu'il entrerait dans cette intervention par un côté indirect, détourné, honteux, par une observation des ports du littoral italien.

Je répète ces choses pour qu'il soit bien constant qu'elles sont frappées à l'avance de protestation.

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Si nous sommes assez malheureux pour qu'elles se réalisent jamais, il faut dire que la France, je me trompe, que le Gouvernement français aura manque au plus saint des devoirs: oui, le gouvernement et non la France-, caria France a appris avec une profonde et universelle émotion que la vieille Rome avait secoué, en un jour, le joug de toutes ses tyrannies. {Murmures adroite. Bravos à gauche.)

Quelles que soient, grand Dieu ! les basses intrigues de la diplomatie, quelles que soient les armées qu'on amoncelle, j'en ai le sentiment, la république romaine triomphera. {Dénégations adroite.) La question n'est plus aujourd'hui, permettez-moi de le dire une fois pour toutes, la question n'est plus aujourd'hui une queslion matérielle, mais une question d'idée, et quand l'idée est parvenue o renverser la domination de onze siècles d'adoration presque fanatique, cette idée est plus puissanteque vos canons, que vos armées. {Longue approbation à yauche.) Non, non, je ne crains pas pour la république romaine. Il n'y a pour elle de l'edoutable que les hommes du lendemain, ceux qui, repoussant le peuple la veille, ont ensuite crié : Vive la Bépubliqu£l plus haut que tout le monde; les perfides, les peureux, en un mot {A gauche : Très bien! très bieni), ne se mettent tardivement dans le mouvement que pour le comprimer. Oui, puissent mes paroles être entendues sur tes bords du Tibre; puissent les vrais républicains, nos frères, n'avoir l>lu3 qu'une pensée : marcher sans cesse au delà des événements pour n'en être pas surpris, et être assez audacieux, assez téméraires pour faire rentrer dans le néant, par une inflexible volonté, ceux qui la veille étaient et sont encore au fond les ennemis irréconciliables de la démocialie ! {Bravos à gauche. — Agitation prolongée.)

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DISCODRS PRONONCÉ A L'ASSEÏBIÊE NATIONALE

CONTBE L* viounon Ftn u foijci, DD BiRoon DM icoiaa

qOI l'ilÀlT Biuni LE PKEHIEfl HIBB.

ClTOTEHS,

Mon intention n'était pas de prendre la parole dans cetle discussion. La qnesliou de droit, selon moi, était tellement évidente, qu'elle avait été établie, je vais le démontrer, le 22 février, à l'ancienne Chambre, par des membres même qui appartenaient à ce qu'on appelait l'opposition modérée.

Je n'ai élé appelé à celte tribune que par la citation qu'on a faite de quelques-unes de mes paroles prononcées dans une autre enceinte.

Ona cherché ainsi à passionner la discussion, à détourner le débat et à étoufTer, sous des récriminations de partis, les principes qui doivent condamner la conduite du ministère, ou qui doivent l'absoudre.

On vous a dit : «Les banquets, it ne faut pas les tolérer, car ils sont la cause de la misère publique, u On vous a dit : « Les clubs, il faut les fermer, car le droit d'association entretient la frayeur, et, par cela même, la détresse. »

On vous a dénoncé un article de journal, afin de vous faire comprendre apparemment que la prospérité ne renaî-

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irait que quand la censure, plus ou moins directe, serait rétablie.

Pitoyable faolasmagorie, vieux et misérables arguments employés par le gouvernement déchu contre M. Grandin lui-même lorsqu'il était dans l'opposition.

Quel était le langage de M. Guizot? Le même que celui que vous venez d'entendre dans la bouche du ministre qui descend de la tribune. £t le langage des chefs des banquets, de MH. Durergier de Hauranne, de MaleviUe et Odilon Barrai? absolument le même que celui que nous tenons aujour^ d'bui. (Mouvement.)

Le citoyen de Maleville : Noui n'avons jamais contesté le droit de présence ava banquets de l'autorité pvhlique; nous l'avons demandée au contraire. Nous avons réclamé nous-mêmes la prétence des commissaires de police.

Si M. de Maleville avait moins l'habitude d'interrompre (Nouvelle interruption) y M. de Maleville se serait évité cette interpellation.

J'ui dit qu'à l'époque où vous dirigiez l'agilalion des banquels, le gouvernement vous adressait, sur les tendances, selon lui, funestes de ces banquets, les mêmes reproches que nous fait le pouvoir d'aujourd'hui. Je n'ai pas dit un mot de plus, car je n'ai pas encore traité la question de droit ; lorsque j'y serai, je dirai exactement ce que vous avez voulu et ce que permettait la lot.

Récusez- vous, par hasard, vos paroles ? les voici ; un ami vient de me les remettre au moment où je montais à la tribune ; M. Duvcrgier de Hauranne disait :

0 Vous dites que ce sont nos banquets qui sont cause de tovt le mal, qu'un abîme se creuse, que sous nos pieds même des idées fvMstes, anardiiques, antisociales, font explosion »

Oui/ ouil répondait la majorité, comme aujourd'hui.... [Bires à gauche) ; ce qui n'empêchait pas, malgré cette

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majorité, la révolution de Février de se faire, deux jours aprùs. {Momemeid prolongé.)

« Nous disons, nous, ajoutait M. DuvergierdeHauranne, nous disons que ce sont les doctrines que vous professez, et surtout la détestable poHUgue que twiu prtUiquez. » {Sour rires.)

Voici maintenant ce qu'ajoutait M. de MalevilJe :

« Je disais au banquet du Château-Rouge : Nous seroas accusés d'être des fauteurs de désordre et d'anarchie : opposons d'avauce à ces déclamations un calme désespérant ; et si, comme on l'avait prédit, l'agitation des banquets avait été l'occasion de désordres dans la rue, je croîs qu'on leur pardonnerait en secret, tout en les condamnant tout haut. » {Hilarité à gtmdte.)

Je ne rappellerai pas, pour le moment, les paroles de M. Odilon Barrot, qui faisait éclater son indigiiation au nom de ta morale publique et du droit sacré de réuuioD.

Vous le voyez, c'est là l'histoire de tous les gouvernements :ils sont incorrigibles; quand un mal existe, profond, radical, résultat d'abus plus ou moins séculaires, au lieu d'y regarder de près et de chercher un remède, ils excitent les passions; les partis s'irritent, s'accusent les uns les autres, et, contre des principes, cherchent à faire prévaloir des passions. [Très bien! très bieni)

Que cela nous serve de leçon !

Vous dites que le peuple est malheureux. Ah ! vous avez bien raison! mais quelqu'un en eslril plus profondément touché que nous ?

Vous dites, oh 1 douleur I qu'il a été constaté que quelques-uns de nos semblables avaient été réduits à manger de l'herbe. Sans doute, c'est à fendre le cœur; mais si la république n'a point encoi'e cicatrisé cette plaie, au moins n'a-t-elle pas pour cause la République. {A gau<^ : Cett vrail c'est vrai!)

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Car, sous le gouveitiemcnt déchu, à la tribune, j'apportais les mêmes faits, j'en donnais les mêmes preoves, je citais comme tous ces lamentables tableaux.

Oui, sans doute, ce gouvernement avait contribué à ces désaslres des classes pauvres par ses prodigalités de corruption, par ses détestables lois économiques ; mais la société elle-même, par ses longs préjugés, y était bien pour quelque chose aussi ; ce sont là de dilTiciles et redoutables problèmes, et vous ne voudriez pas comprendre que nous nous en entretinssions dans nos banquets, quand nous le faisons, quoique vous en disiez, sans violence !

Âh ! vous ne m'avez pas embarrassé en cïlaot mon discours. Quel était mon toast? Le voici : « Plus de force brutale, plus de violence! A la puissance de l'idée qui seule désormais peut gouverner le monde ! » (^A gauche : Bravo I)

Voilà quel était le cadre de ma pensée.

Eh bien, si vous voulez sincèrement un remède aux angoisses poignantes, aux tortures cruelles de la faim, ne commencez pas par injurier, par calomnier ceux qui vous disent que le remède réside dans l'amélioration, dans la transformation de certaines institutions sociales.

Commencez par leur laisser la libre parole pour expliquer ce qu'ils veuleut, où ils s'arrêtent.

Quand le mal est constaté, quand sa profondeur est sondée, je le répète, ne flétrissez pas ceux qui, en s'intitulant socialistes, n'ont qu'une loi : Généraliser le bien-être, la fraternité, faire que des plaies que n'ont pu cicatriser les seules réformes politiques se ferment par des moyens économiques nouveaux.

Vous avez prononce le mot d'anéantissement 1 L'anéantissement n'est pas dans la loi morale, plus qu'il n'est dans la loi physique \ c'est la transformation successive qui est dans la loi du monde physique. EIi bien, c'est cette trans-

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formntion sociale que nous voulons aussi. (Bravot prolongé» à gauche.)

J'arrive maintenant en quelques mots à la quesUoD légale ; je supplie l'Assemblée de Touloir bien m'entendre ayec attention ; je serai eicessivement bref, et j'ose espérer que cette question, dont le débat a été écouté religieusement par l'ancienne Chambre, sera écoulé avec quelque intérêt par celle-ci.

On a dit : Le doate n'est pas possible.

La présence des commissaires de police peut être imposée dans un banquet.

Eh bien, je demande à mes contradicteurs de vouloir bien me produire un texte. {Mouvement.) Cette lutte n'est pas nouvelle, je l'ai soutenue autrefois en ayant pour auiîliaires des hommes qui aujourd'hui siègent dans le cabinet.

Vainement invoque-t-on la loi de 1 790, qui déclare qu'il sera pris par les administrations municipales, dans l'intérêt de la voie publique, toutes les mesui^s qui seront nécessaires pour la libre circulation. Cela a été constaté à l'encontredeM. Duchatel. Quel rapport donc entre celte disposition et la police intérieure des banquets?

Quelle est la véritable loi des débats?

Vous la connaissez, mais il faut la citer de nouveau : c'est la constitution de 1791 , laquelle recontuiît le- droit de réimon, pourvu qu'on y soit paitible et sant armes.

Voilà donc une constitution de 1 791 i-econnaissant, enregistrant le droit de réunion, encore un coup, pourvu qu'on y soit paisible et sans armes. Pas un mot de plus, pas un mot de moins; pas d'intervention de la police; car, avec l'intervention de la police, vous comprenez qu'il n'y a plus de droit de réunion. Pas d'équivoque à cet égard. Du moment où un commissaire de police peut à chaque instant, vous arrêter, épiloguer sur chaque mot, non, il n'y s plii!' de liberté de réunion, de liberté de tribune.

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Que répond-on 7 que sous le gouvernement déchu l'opposition n'a pas résisté à ce qu'on laissât intervenir un commissaire de police. Que me fait l'imprudente concession de ropp(»ition,si la loi ne l'exige pas? La question est cell&ci : Oii est le lextequi déclare que, dans un banquet, un offîcior de police pourra s'imposer? il n'y a pas de texte. (Réclamations au banc des ministres.)

Il n'y a pas de texte, je vais vous le prouver :

(M. OdiUm Barrot : Allons donc I c'estvulgtàre; personne n'a jamais conle$té cela.)

Mon Dieul je prierai M. le président du conseil de se calmer un peu. {On lit.) Tout à l'heure, je lui citerai ses propres paroles; pas celles de 1852 qu'il a oabliées; les autres sont beaucoup plus récentes : du 22 février 1848.

Je disais donc que je déâais qu'on citât un texte qui autorisât la police à s'introduire et à assister à un banquet.

Je comprends bien la confusion qu'on essayera de faire, mais je la démasque à l'avance pour ne point y laisser tomber l'Assemblée.

On vous parlera peut-être d'une loi qui autorise l'autorité à surveiller l'extérieur du local où se tient la réunion. Gela, je le comprends, j'y souscris ; il faut faire respecter la voie publique, et que si un délit se manifeste au dehors, il soit à l'instant même réprimé. {A gauche : C'est cela I c'est cela I)

Ce qui prouve, citoyens, qu'il en est ainsi, c'est le rapport même qui vient de vous être fait sur la loi des clubs.

Dans ce rapport on reconnaît si bien que la constitution de 1791 a jusqu'à présent maintenu le droit de réunion consacré de plus dans l'article 8 de ta constitution actuelle, qu'on y déclare que désormais les banquets ne pourront plus se tenir qu'en présence d'un commissaire de police. {Mouvement.) Eh bien, je demande à l'Assemblée, du moment que les jurisconsultes qui composaient sa commission ont pensé qu'il fallait une disposition d'avenir, s'ils pensaient.

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eux, que la question fui tranchée par la loi de 1790. (i gauche: Très-bien! très-bien!)

Il est donc impossible de répondre à cette déduction logique : La loi de 1790 pour la police de la voie publique; la coDstilulion de 1791 pour la consécration du droit de réunion sans l'intervention de la police, la constitution de 1848 acceptant ce droit sans limites, le rapport de votre commission sur les ciubs ne proposant la présence du commissaire que pour l'avenir ; et son projet est loin encore d'être volé.

Non, toutes les passions du monde ne peuvent rien changer à ces textes, ni en altérer le sens. La question est donc la même aujourd'hui qu'au 22 février, [Agitation.)

Sans doute, alors, on nous disait que nous ne ponvioDS nous réunir qu'avec une autorisation préalable, aux termes decetteméme loide 1790, notez ceci. Oui; mais que répondait l'opposition :

Elle répondit : la loi de 1790, qui exige l'autorisatioD, est abrogée.

Eh bien, si la loi de 1790 était abrc^ée lorsque le gouvernement en voulait faire sortir la nécessité d'intervention préalable, est-elle moins abrogée quand on en veut faire sortir l'intervention de la police? là est la question. Qu'on me réponde I

Ainsi, deux constitutions et un usage constant depuis février, voici nos autorités toutes puissantes. Oii sont les vôtres? [Vive approbation à gauche.)

Il n'y a pas de discours habiles, d'insinuations perfides, d'allusions provoquantes qui détruisent ces textes que je viens de lier, d'enchaîner devant vous.

Encore une parole, et c'est par là que je termine.

Lorsqu'on agitait cette question sous le gouvememenl déchu, quelle était la réponse de H. Odilon Barrot?

« Il est bien incroyable, disail-il, que dans ce pays, après

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cinquante ans de liberté, la main de la police doive se trouver partout! il est bien incroyable que, quand il s'agit de l'exercice d'un droit naturel, tous vouliez partout avoir pour ainsi dire une main mise sur la bouche de ceux qui veulent parler! »

A ces accusations, que répliquait à son tour M. Guizol? Ceci :

« Prenez bien garde que, si vous étiez assis sur les mêmes bancs que nous, poursuivis par les mêmes exigences, vous feriez comme nous. » (Rire$ prolongés.)

U. Barrol de s'écrier, alors :

« Je vous garantis te contraire. J'en prends l'engagement formel. »

A quoi M. Guizot répondait, avec ce ton dédaigneux que vous savez :

« Je n'accepte pas la garantie de la parole de H. iBarrol. »

Citoyens, je n'ajouterai plus un mot; car, pour le chef du pouvoir actuel, avoir vénûé ainsi à la lettre les soupçons de M. Guizol, c'est, à mes yeux, le plus cruel des châtiments. ( Vive approbation à gauche.)

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DISCOURS PRONONCÉ A L'ASSEMBLÉE NATIONALE

. GlTOTEHS,

M. le ministre des afTaires étrangères vient de vous dire qu'il était superflu de demander une consécration nouvelle de l'ordre du jour du 24 mai. La raison, c'est que la politique suivie aujourd'hui par le gouvernement serait la politique même que l'Assemblée aurait adoptée, proclamée le jour où elle vota la résolution du 24 mai.

J'entendais dire d'un cvrlain côté de l'Assemblée : Pour apprécier si celte politique est conforme ou non à cet ordre, il faudrait savoirquelleest la politique du gouvernement. C'est là la question. (Otà, oui!) Le gouvemement ne veut pas ledire; je vais essayerde répondre pour lui. {Rires.)

Oui, citoyens, je vais essayer de répondre pour lui, et ce mot n'aurait pas dû faire sourire une partie de l'Assemblée, car, malheureusement, la question est d'une brûlanle actualité; vous avez là (/'orateur désigne une tribune), frappante vos portes, les ambassadeurs officiels de la république romaine, venant vous demander voire, réponse. Vous avez reçu un manifeste adressé à l'Europe tout en*

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tière, où la constituante romaine, poussant à la fois un cri de délivraace et un cri de secours, vient dire : Vous êtes responsables en face de la postérité de la conduite que tous allez tenir vis-à-vis de ce peuple romain qui vient de déclarer son émancipation. {Mouvmient prolongé.)

Eh bien, que répond le gouvernement? La république romainel nous ne pouvons pas la reconnaître. (Sensation.) La république romaine ! elle est contraire au vœu de toutes les grandes puissances de l'Europe. La république romainel si elle est opprimée par une intervention, nous ne pouvons pas l'empêcher. Voilà ce qu'a dit le gouvernement. Il ne peut pas me démentir. D a ajouté même : Cette république, nous la reconnaissons si peu, que vous pouvez retourner, vous, ambassadeurs officiels, vers ceux qui vous envoient ; te représentant, l'unique représentant de l'Italie, c'est à nos yeux, le représentant du pape, le nonce du pape. Voilà, et je rougis à la répéter, voilà la réponse du gouvernement. (Sematûm prolongée.)

Ah ! cette réponse ne s'enveloppe pas dans les nuages ; elle n'est malheureusement que trop saisissable! Non seulement le gouvernement ne reconnaît pas la liberté, l'indépendance d'un peuple ami, mais il déclare qu'il laissera intervenir, s'il n'intervient pas directement.

Et c'est en présence d'une politique aussi libertjcide, aussi impie, que H. le ministre des affaires étrangères a le courage de vous dire : Celte politique est conséquente à l'ordre du jour du 24 mai; en ue reconnaissant pas l'indépendance de la république romaine, nous exécutons l'ordre du jour du 24 mai, qui déclare justement que cette indépendance doit être respectée.

Ài-je bien entendu, grand Dieu! et ce langage est-il sérieux? Oui, je le répète, est-ce sérieux? Si c'est sérieux, c'est honteux (A gauche : Oui/ oui t) et indigne du nom français. [Brmot à gauche.)

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Peu m'importe le minislère; mais vous tous qui m'écoutez éles-vous donc complètement libres? le peuple ilalien nVt-il pas pu compter sur ros engagements? C'est vainement qu'on voudrait aujourd'hui fouler aux pieds, jeter dans l'oubli le manifeste du Gouvernement provisoire; ce manifeste déclarait, que, pour le cas où l'Italie constituerait par une transformation intérieure un antre gouvernement, non seulement la France ne permettrait pas l'interrention, mais qu'elle porterait à l'Italie régénérée le secours de ses armes.

Permettez-moi de le dire en passant : je m'étonne, depuis bientôt six mois, de défendre, seul membre du Gouvernement provisoire, celte politique à la tribune. [Trè$ biml très bien! — AgitaXionl)

[M- de Lamartine : Je demande la parole.)

.\hl je suis heureux que ma parole, frappant au cœur de M. de Lamartine, en fasse jaillir enfin une réponse, une défense au profit de la politique qu'il a glorieusement intronisée avec nous.

Non, vous n'êtes plus libres, car ce manifeste du Gou- ' vernement provisoire, vous l'avez adopté, vous. Assemblée, le 24 mai. N'avez-vous point, en effet, encouragé la commission executive à persévérer dans la politique tracée par le Gouvernement provisoire, politique que vous avez résumée en trois mots : pacte fraternel avec l'Allemagne, reconstitution de la Pologne, indépendance de l'Italie. {Adhétion.)

N'est-ce pas là une foi jurée, un pacte sur lequel le peuple romain a pu et dû compter? Ëcoutez-moi donc avec attention, car votre parole, votre honneur sont engagés dans la question. (Nouvelle et vive approbation.)

Hais, citoyens, ce n'est pas par les actes seulement que le peuple romain avait le droit de compter sur vous ; je vais plus loin, c'est par la vie, par les précédents des

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hommes mêmes qui, aujourd'hui, tiennent le gouvernail des affaires. {Àtlention marquée.)

Qui donc avait à répondre aux ambassadeurs romains, qui? Le ministre des affaires étrangères, le président du conseil des ministres et le président de ta République. Eh bien, voyons ce qu'ils ont dit, voyons ce qu'ils ont pensé sur la question italienne et sur l'affranchissement de la Péninsule.

Le ministre des affaires étrangères ! Mais c'est lui, vous vous le rappelez, qui, comme président du comité, comme rapporteur, est venu vous proposer à celte tribune l'oi-dre du jour du 24 mai. (Mouvement.)

Déplorable coniradiction l C'est par sa bouche qu'avait passé l'espérance; les députés qui soat là, l'Italie tout entière, devaient le regarder comme un soutien, comme un lulélaire appui ; et c'est de cette même bouche qu'ils viennent d'entendre le désaveu de la république romaine ! (À gauche : Trè$ bien! trè$ bien !)

Quant au président du conseil, qu'il me permette de lui rappeler ses sentiments passés sur la question italienne elleslultesglorieuses'qu'it asoulenuesà une autre époque.

£t qu'on ne me dise pas que les circonstances sont dilTérenles, que la question n'est pas la même; on n'aurait raison qu'en un point : c'est que les circonstances aujourd'hui sont cent fois, mille fois plus favorables. {À gauche : Cest trai I c'est irai 1)

C'était, vous vous le rappelez, en 1851 ; une portion de la Romagne se soulevait contre le pouvoir temporel du pape et lui demandait des concessions. Même question donc. Séparation du temporel et du spirituel, unité des Etats italiens, affranchissement du joug de l'Autriche. {Oui! oui I)

K la nouvelle de cette commotion, que disait M. Odillon Barpot? Écoulei :

UDCt-ROLLIX. — Il 14

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« Est-il donc éUmnant qu'en présence d'un pareil ^h;- Lacle nous demandions ce que sont devenues ces négociations, s'il sera jamais permis au peuple italien de consencr (les institutions?

c Vous appelez cela de la propagande, vous, ministres. vous dites, que le sang français ne doit couler que pour la France, Sans doute, le sang français nu doit couler que pour la France; mais la France a d'autres intérêts que des intérêts matériels; elle est protégée par des principes, par des intérêts moraux, par des sympathies, par des alliance» que nous ne pouvons pas sacrifier sans nous exposer à sacrifier aussitôt nos intérêts matériels eux-mêmes.

K Ainsi, lorsque nous pressons le ministère de ne pas permettre que les baïonnettes autrichiennes vi«ineol étoufler en Italie la liberté, nous défendons dans Modôic, dans la Romagne les mêmes piincipes de liberté que ceoi qui ont triomphé dans notre révolution, et, en définitive, nous défendons nos intérêts matériels ; car, lorsque nous aurons laissé flétrir par la force les germes de la liberté autour de nous, qu'arrivera-t-il ? C'est que toutes nos alliances, toutes les sympatbies qui nous protégeaient ayant disparu, nous serons dégradés, en quelque sorte, à nos propres yeux, nous n'aurons plus de force morale pour soutenir ce que nous avons fait chez nous, et alors «a vain chercherons-nous à défendre nos intérêts malâ'iels : car c'est au nom des principes moraux, que vous appelez des abstractions, vous, ministres, qu'on excite l'entbousiasme-et qu'on fait le sacrifice de sa vie et de sa fortune. (Trèsbieti!)

K Je ne doute pas, continuait l'orateur, je ne doute pa: que le ministère ne soit conséquent avec le premier sysièmi politique que je viens proclamer à cette tribune, la nonintervention absolue; je ne puis croire qu'il l'abandonne, je suis convaincu qu'il repoussera le principe de l'intenen-

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— 2H — tîon étrangère partout oit il pourra le repousser. Le principe de notre politique ne peut pas changer avec les hommes, — vous entendez bien ceci — (Mouvement) ; le principe de notre politique oe peut pas changer avec les hommes qui se succèdent au pouvoir (On rit), car ce serait désavouer le piiocipe même en vertu duquel nous existons.

« Cependant je vois avec peine que, sans le désavouer d'une manière absolue, le ministère cherche des moyens INDIRECTS pour légitimer à ses propres yeux l'abandon de ce principe. » [Bires ironique$ à gauche.)

Citoyens, je ne vous demanderai pas pardon d'abuser de votre patience, puisque c'est H, Odilon Barrol qui vous entretient par mon organe. (Rire prolongé.)

Ce que vous avez entendu, et qui vous impressionne vivement, ce n'est rien encoi'c. Permettez-moi de citer un passage bien autrement décisir. (Parlez I Parles I)

« A l'intérieur — ceci se prononçait six mois après — à l'intérieur, quelle est notre doctrine 1 Nous n'écouterons pas l'Europe. Notre droit est de nous constituer, suivant le degré de civilisation où notre population est arrivée. Notre droit est de concilier nos mœurs avec notre liberté, sans aucune préoccupation de ce qui peut se passer au dehors.

« Quant à l'extérieur, notre doctrine aussi est simple et morale; elle se rattache à un principe du justice éventuelle, qui sera apprécié partout où il y a un homme qui sent qu'il a une indépendance et un droit à défendre. Notre doctrine est que, sans précipiter ni encourager les peuples à faire des révolutions prématurées, à cueillir, comme le disait M. Guizot, le fruit avant qu'il soit mûr, du moins lorsque le fruit est mâr, nous ne permettrons jamais qu'une puissance étrangère empêche ce peuple de le cueillir. »

Et à cette époque, la gauche tout entière, la gauche qui

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aujourd'hui fait une notable fraction de la druim, de crier: Bravo! {Rires.)

a Nous ne permettrons jamais, remarquez bien ceci ;

« Nous ne permettrons jamais qu'il t'interpose entre un gouvernement et la nation une puissance étrangère j«i MKTTE SON ÉPÉE DA^s LA BALANCE. » {Très bien! — Braco!)

« Le principe n'est pas seulementmoral, il est politique. Il est politique, car il nous donne pour alliés les sympathies des peuples européens, et il garantit à jamais que les peuples nous auront pour auxiliaires, pour appui, jamais pour ennemis, jamais pour conquérants.

« Voici Messieurs, quelle est noire doctrine ; qu'oD ne cherche point à l'affaiblir en la poussant à des conséquences extrêmes, déraisonnables.

« Sans doute, si hors de uolre influence naturelle, bors de la possibilité de notre influence, il s'élève une aitercalion entre une puissance et un peuple, qu'un puissant voisin ; prenne parti, nous pourrons faire des vceus pour ses efforts, nous plaçant dans l'hypothèse où était l'Amérique lors de notre révolution, nous pourrons nous borner a des vœux et nous refuser à toute espèce d'intervention.

« Mais que, dans notre voisinage, aux bords de nos froo- ]ières, dans la sphère de notre influence Intime et de nos intérêts réels, une puissance s'arroge le droit de défeiMire il toute population que peuvent atteindre ses armées, de songer à se créer un autre ordre social que celui sous lequel elle existe ; que cette puissance intervienne à l'instant même avec ses armées et mette le poids de cette interveiH lion, de cette force matérielle et brutale, pour arrêter les etforts d'une civilisation naissante, et qu'elle condamne Id Péninsuie, ce berceau de la civilisation, ce foyer de tous les Il rts, à rester sous le bon plaisir de quelques petit* potenUàf ou dans les liens de je ne sais quel gouvernement moiltr théocratiiiue, moitié despotique.., {Bravos proloagét à

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gauche. — Un colloque assez vif s'établit entre le citoyen Etienne Arago et le ministre président du comeil, Odilon Barrot.)

L'Assemblée, parsuile du mouvement de vive sympathie qu'elle a manifesté pour les principes de M. Odilon Barrot, m'a empêché de finir la phrase ; je la reprends :

«...La force à rester sous le bon plaisir de quelques petits potentats ou dans les liens de je ne sais quel gouvernement moitié théocratique, Tnoitié despotique, c'est ce que nous ne pouvons pas permettre, sous peine de nous déshonorer. » (Marques générales d'approbation. — .S'etfsation prolongée.)

[M. Odilon Barrot : Quel despote!)

Mrs ainsi face à face avec lui-même, je ne saurais vraiment quelle pourrait être la réponse de M. le président du conseil, si je ne la prévoyais à deux choses :

A un mol d'abord qu'il vient de prononcer : quel despote I en parlant du pape, sans doute ; et à un signe qu'il a fail au moment où je lisais le passage dans lequel il disait luimême, en réponse à M. Guizot, qu'il fallait cueillir le fruit quand il était mâr.

Oui, sa pensée par là s'est assez fail jour pour que j'entrevoie par quelles explications il s'efforcera de concilier aa conduite actuelle avec les principes d'autrefois qui en soni la plus cruelle condamnation.

Quand le fruit est mûr!

Selon vous, apparemment, il ne l'est pas. Eh bien, vous êtes un homme d'État si expérimenté... [Sourires à gauche.) Je parle sérieusement. {Mouvement A droite et nouveaux rires à gamhe.)

(Le minisire : Chacun a son expérience. Vous avez fait la r4tre, je fais la mienne.)

Je dis que je fais appel à vos souvenirs d'homme d'Etal Pïpérimenté. Sans doute, lors des événements de 187)1, on

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aurait pu comprendre, h la rigueur, que vous eussiez tenu le langage d'aujourd'hui; on aurait pu comprendre, c'esl une hypothèse, que vous eussiez dit : Mais les mauifesUlioDS nesontque locales, isolées. Peut-êtresont-ce desturbulents, des instigateurs de désordre, comme vous le disait Casimir Périer. Oui, on aurait été jusqu'à concevoir que l'arbre, passez-moi l'expression, ne fût qu'en boutons, que les fruils n'en fussent point encore mûrs. Cette indépendance de l'Italie tombait, en effet, comme un problème inattendu au milieu de la politique européenne, k. cette époque, le peuple tout entier ne s'était pas prononcé; ce n'était qu'une guerre de partisans , d'hommes généreux, mais en petit nombre, protégés par PApennin. Avec quelque apparence de raison, vous auriez donc pu répondre, comme U. Guizot: Le fruit n'est pas mûr ; il n'y aura pas d'intervention de la France.

Mais aujourd'hui, combien les choses ne sont-elles pas changées ! Sous la puissante fécondation de la France, que de progrés ne se sont point opérés en quelques mois! Quoi, la France, ce foyer immense, ce foyer ardent, la France proclame la république ; sa constitution est faite, elle a assis les fondements de son nouvel édiQce, el voilà que, par contrecoup, des nations que vous avez encouragées font elles-mêmes un appel à l'indépendance, à l'unité fraternelle; elli?!' ne procèdent pus par soubresaut ni surprise, mais prudemment, avec ordre ; elles vous copient presque servilement, si je puis ainsi parler ; elles organisent, elles consultent le suffrage universel; des entrailles mômes de la population tout entière sort une assemblée nationale unanimement acclamée; cette assemblée, à son début, montre autant de calme que de force, autant d'expérience que de magnanimité; pas un de ses actes que ne s'approprie le peuple et qui ne soît obéi d'enthousiasme, et vous osez balbutier que le fruit n'est pas mûr !

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