‹ Discours politiques et écrits divers (volume 2)Chapitre 9 sur 27 · SIC · texte numérisé non relu

SIC

Ah ! je ne vous suivrai pas dans ces indignes faux-fuyants ; non, je ne vous répondrai pas ; je ferai la conscience de l'Assemblée juge de la question, el je me contenterai d'en appeler à la pudeur publique. (Applaudmements prolongét à gauche.)

Le pape, quel despotelavez-Tous dit ironiquement, comme pour trouver dans ses premiers actes de libéralisme un prétexte à votre désertion! Vous me parlez pape, el je vous parle, moi, souveraineté du peuple. (A gaudie : Bravo!)

Comment I vous avez vu à Paris un peuple passant devant vous pour chasser an roi, et vous ne voulez pas que l'on fasse là-bas ce que nous avons fait ici I Vous méconnaissez le droit même de notre révolution ! Vous êtes lié par nos propres actes.

Nier àRomele droit de chasser sob prince temporel, c'est nier à la France le droit qu'elle a eu de chasser Louis-Philippe. M. Guizot ne dirait point autrement; faites place à H. Guizot. [Vive approbation à gaticke.)

Ce droit que vous contestez est la racine, le fondement et le principe de votre constitution, et on le comprend si bien en Italie, que je lisais hier dans une lettre d'un homme éminent dans le clei^é et dans la politique, qui a joué le rôle le plus important à Rome, après le pape, je lisais ceci : « Prenez-; bien garde, en laissant frapper la révolution romaine, c'est le foyer de la révolution française qu'on veut rétrécir h ce point qu'on puisse l'étouffer en posant le pied dessus. {Sentation.)

Ali 1 laissez intervenir, pour ne pas être infidèles seulement à la politique de la république, mais pour tomber au-dessous de la politique de la monarchie. Vous mentirez à trois siècles de combats soutenus par nos pères pour arracher i l'Autriche son influence sur l'Italie.

Vous ferez les alTaires de notre éternelle envieuse, TAnglelerre. Je vais vous le démontrer.

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Ainsi, celle même lettre, dont je vous entretcDais tout à l'heure, me disait : « Nous venons de déclarer les biens ecclésiastiques biens de la nation ■ nous ne pouvions pas faire autrement pour consacrer la rérolutiou.( C'est un prêtre qui parle !)

« Ëli bien, en le faisant, nous avons donné un pied chez nous à l'Angtelerre, car elle nous a proposé immédiatement de nous prêter 15 millions, en les hypothéquant sur les biens ecclésiastiques; elle s'y enracinera, comme elle l'a fait en implantant des Irlandais dans l'tnde et dans toutes les pnrlies du monde dont elle s'est rendue maîtresse. >• {A gauche : Très bien!)

Comprenez-vous, maintenant? {Mouvement prohngé.) ' Citoyens, je vous disais que le peuple romain avait pu lion seulement compter surun acte, mais sur les engagements antérieurs, sur la vie des hommes quisont au pouvoir.

J'en veux donner une dernière preuve.

En 1851, lorsqu'il s'agissait, je le répète esprès, de la même question, la séparation du spirituel et du temporel, l'unité (le l'Italie, l'affranchissement du joug autrichieii, qui donc combattait à Forli? qui donc avait un frère blessé près de lui, qui mourut plus tard, si ce n'est le présid«it même de la République? {Approbation à gauche.)

Que va donc penser l'armée, qui, dans le vote du 10 décembre, a voulu une chose, la lacération des traités de 1S1<>^ Que penseront ces paysans dont le sol a été foulé par l'odieuse invasion de 18 14 et de ISilJ'! {Nouvelle approb(tiion.] Que va penser'toul homme qui, en mettant un bulletin dam l'urne, croyait qu'il en sortirait gloire et honneur pour la- France? oui, que vont-ils penser? [Applaudissementt à gavehe.)

Quoi, ce nom choisi par tant d'entre eux, parcequ'il avait glorieusement frappé tous les échos de l'Italie, deviendrait l'oppresseur de l'Italie ! Ah ! pauvre France, elle se seraîi

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bien Irompéc. Chose inouïe! ce nom pourrait êlt-edéshonoré et flétri par l'histoirel {A gauche: Très bien! trèi bien!)

Oui, Rome a eu le droit de compter sur vous; sur vous, Gouvernement provisoire, sur vous, commission executive, sur vous. Assemblée, sur les précédents de vous autres, bommesd'£iat {f orateur désigne les ministres), sur les précédents de vous, monsieur le président de la République. Oui, Rome a eu le droit d'y compter. Ëb bien, qu'allez-vous faire? Intervenir? intervenir pour étouffer la liberté? Vous ne pouvez le faire sans violer la Constitution française (Exclamation) ; oui, sans violer la Constitution française ! Que dit-elle, dans son article 5? Ceci :

« LaFrance respecte les nationalités élrangères;jamais ses forces neieront employée* contre la liberté d'aucun peuple. »

Chercberez-vous un échappatoire pour vous tirer de ce pas périlleux, sous lequel se trouve l'accusation de trahison? Qu'allez-vous dire? Peut-être ceci : que vous laisserez intervenir les grandes puissances, el que, vous, vous conseillerez. Peut-être encore que vous voulez entrer ou négociations pour prévenir les actes sauvages qu'on tenterait sur l'Italie.

Pas d'ambiguïtés ! Je fais encore un appel à la conscience de tous les honnêtes gens. Intervenir directement par la force des baïonnettes, intervenir directement par des escadres qui longeront les plages de l'Italie ! ou intervenir, au contraire, en prêtant son ascendant moral, en conseillant, en entrant eu négociations ! 0 citoyens, ou les mots n'ont plus de signification, ou, quoi qu'on fasse, c'est toujours intervenir. [Bravos à gauche.) Oui, c'est intervenir, et la constitution est là avec son texte inflexible.

J'ai fini pour ce que j'avais à dire au point de vue politique. Si quelqu'un monte à ta tribune pour défendre l'indissolubilité du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel, je suisprAt à lui répondre. Mes raisons en vaudront bien d'autres, car elles ont été celles de Napoléon pendant qualoi-ze

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ans. Pendant quatorze ans, Napoléon a séparé le pouvoir spirituel du pouvoir temporel, et cependant il n'ëtail poiol irrégulieux, puisque c'est lui qui a rouvert les églises.

Je me contente de le dire en passant pour rassurer les consciences religieuses et leur faire bien comprendre que la question de souveraineté du peuple est indépendante dn dogme et de lafoi, qui n'en reçoivent point d'atteinte {Àpproèalion); }e le dis bien haut, pour que le pape médite profondément la solution qu*il va prendre. Qu'il n^branle pas la religion qu'il représente, pour reconquérir une souveraineté à laquelle ii n'a plus droit ; que, prêtre du Ghrisl, il ne provoque pas reffusion du sang pour des biens que condamnait le Christ. {Mouvements divers.)

Croyez-moi, citoyens, les considérations que j'ai développées devant vous ne sont pas des considérations de parti, ce sont des considérations d'honneur national. Dans les discussions intérieures, nous pouvons être opposés; mais quand il s'agit de l'étranger, quand il s'agit de l'histoire, ayons au moins ce sentiment unanime de légitime oi^ueil que sait trouver l'Angleterre pour se faire respecter vis-à-vis di monde. L'Angleterre ne défend que des principes matériels; vous, vous défendez des principes moraux gardiens de ta civilisation.

Aussi, pas de faiblesses, pas de divisions ; n'ayons qu'un sentiment, la gloire de la France. Notre parole est engagée ; toute boule qui pourrait amener l'intervention est une boule qui déshonorera celui qui la posera dans l'urne. {Applaudisiements à gauche. — Longue agitation.)

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DISCOURS PRONONCÉ K L'ASSEMBLÉE NATIONALE

Citoyens,

Pour les amis de la liberté, la défaite de l'armée piémontaise est sans doute un fait capital, je pourrais dire lamentable ; cependant ce n'est qu'un incident de la grande question italienne, et cet événement deviendrait à jamais déplorable si notre gouvernement pouvait s'en servir pour donner le change à l'opinion, s'il pouvait, sous prélexle de sauvegarder les droits non attaqués du Piémont, faire oublier à la France les intérêts d'honneur, les engagements qu'elle a pris pour l'alTraDchissement de l'Italie.

Oui, dans la question piémontaise, legouvernement tient UD langage qui, sous forme d'une protection à peu près stérile pour Turin, ne cache au fond, selon moi, qu'un abandon à peu près certain de la cause italienne.

11 se crée une difûculté chimérique pour en tirer avantage au préjudice de la dilïiculté vraie.

En effet, comment se faire un mérite de l'évacuation du Piémont? car l'Autriebien lui-même déclare que saprélcution n'est pas de le conquérir ; et nous, gouvernement de France, nous, gouvernement d'une grande nation, avons-

nous des eiïorls bien héroïques à tenter pour que la nationalité piémonlaisc soit respectée, pour que le pied de l'autrichien ne repose pas longtemps sur le sol piémontais?

Citoyens, comme moi, vous aurez été étonnés, je pourrais presque dire aflligés de rinaoité de cette déclaration, la gouTcrnement autrichien vous dit qu'il ne veut pas consecver, et vous déclareit, comme pour vous moritrer forts cl puissants, dans les conseils de l'Europe, que vous ne piTmellrez pas... quoi ? ce que le gouvernement autrichien ne veut pas faire. (Vive approbation à gauche.)

Je me demande si, dans une question de celte importance, c'est là un rôle sérieux et digne di; la France.

Pour le faire croire, il n'aurait pas fallu que vous nous lussiez les dépêches que vous avez apportées à cette tribune. Comment ! vous reconnaissez vous-mêmes qu'une fois le Iribut payé, les Autrichiens se retireront ! Toute la question est donc, de la part de la France, de contribuer à alléger ce tribut le plus possible. Mais, même à cet égard, il lui faudrait une armée sur les limites du Piémool, pour appuyer sa parole ; car elle sait ce qu'il y a d'amer dans la nécessité de payer tribut à l'étranger. Ce mol ranime dans le cœur de ses enfants de douloureux souvenirs.

Oh ! je le sais bien, le farouche vainqueur promet, dans une dépêche, d'être modéré: mais à la moindre pulsation d*une artère qui battra dans le pays, on profitera d'un frivole préteste pour l'écraser ; puis on lui demande au delà de ce qu*il peut donner, on lui demande, comme à la France, ses munitions, ses armes de guerre, et on s'éternisera dans quelques places fortes. Voilà ce qui attend le Piémont.

Oui, l'Autriche tiendra garnison sur quelques poinLs principaux, cardans la question piémontaise, il n'y a pas seulement pour elle la soumission de la Ijombardie, il y a la lutte acharnée de l'absolutisme contre la liberté, question

Itugrante à Kome el eu Toscane ; elle compread très-bitin qu'en conservant position dans le Piémont, elle domine mieux l'Italie tout entière. Voilà le vrai. (À gauche : Ou'il oui i)

Mais, croyez-moi, citoyens, la question du Piémont n'est |ilu3 snulement italienne, désormais elle est française. Savezvous pourquoi ? C'est que cette brusque invasion démontra à tous les hommes sensés qu'il n*y a qu'un bond à faire pour qu'en deux jours les Autrichiens soient sur vos frontières. {Mouvement.)

Nous vous disions, il y a quelques semaines : Une guerre à mort est encore engagée aujourd'hui entre la Révolution et les derniers vestiges du privilège et du despotisme. Nous vous montrions à cette tribune la Russie armant, s'emparant des provinces Moldo-Va laques, se massant dans la Transylvanie; nous vous disions : Elle se rapproche de i'.\utriche pour la dégager el la pousser plus compacte sur l'Italie. Eh bien, aujourd'hui, ces tristes prédictions, menaçantes pour la sécurité de notre pays, se sont-elles vérifiées?

Est-il certain que l'Autriche, en deux jours, peut se trouver sur la cime des Alpes, que la Russie, est à quelques marches de l'Italie centrale ? Si cela est certain, est-ce avec l'Autriche qu'il faut pactiser? Non ! c'est avec les républiques italiennes qui se forment et vous font avant-garde. {Rires à droite. — Vive approbation à gauche.)

Jecroisque les membres qui m'ont interrompu se seraient évité des dénégations, s'ils uvaient voulu, pour un instant, se représenter l'iiistoire des cinquante dernières années.

Est-Kie que vous croyez, par hasard, que quand vous aurez pactisé avec les puissances aristocratiques, tout sera lini ■? Est-ce que vous croyez que l'idée révolutionnaire sera élouffée jusqu'au germe? Non, mille fois non ! Est-ce que de 1792 à 1814, cela n'a pas été la pensée de tout le con-

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tinenl? El cependant, qu 'est-il arrivé? Après 1814, ils croynient, les insensés, que la France épuisée, abattue soos l'avalanche de tout un monde qui fondit sur elle, ne rCDaitrait plus à la liberté. Demandez à 1S30 ce que la Révolulion comprimée a fait d'explosion dans le reste de l'Europe. {Sensation.)

Oui, en-1850 comme aujourd'hui, tous les peuples sv sont éveillés à l'imitation de la France I A ce moment solennel Louis-Philippe avait deux politiques à suivre, l'alliance avec les peuples, l'alliance avec les monarchies : il a préféré, dans un intérêt dynastique, se faire admettre dans h politique des rois. Où cela l'a-t-il conduit? au 24 février 1848.

Ainsi, vous le voyez, parce que vous pactiseriez aujourd'hui avec l'oligarchie continentale, avec les rois absolus, il ne faudrait pas croire pour cela que l'idée révolution* naire, pût-elle être un instant comprimée, serait à jamais extirpée; non, cela n'est pas possible. L'ordre des temps, la destinée de l'humanité ne le permettraient pas. {Appro^ bationà gauche.)

Si cela n'est pas possible, j'avais donc raison devons dire : Voire force n'est pas avec les rois, elle n'est qu'avec les peuples; c'est dans l'iLalie, à Rome, h Florence, à Turin qu'il faut la puiser, par une union étroite et fraternelle. {Interruption à droite.)

Qui conteste l'histoire des cinquante dernières années quejeviensdeciter?... Avant d'être interrompu, je voudrais que quelqu'un se levât pour s'inscrire contre elle.

Si l'histoireesl vraie, si, malgrésix coalitions soudoyées par l'Angleterre, les idées de liberté eni792,enl$21, en 1850, en 1848, ont fait de nouveau explosion dans le monde, que cette marche ascendante vous serve de leçon; et que \os alliances, à' jieine de perdre, non pas la République, — elle est immortel le, — mais de précipiter toulcnscmble le gouver-

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iiement el le premier magistrat qui est à sa tête, oui, que vos alliances soient avec les démocraties ! Agir autrement, c'est démence, c'est éterniser la guerre, non pas la finir. {Trè$bienl)

Eh bien, sur cette question italienne ainsi agrandie, qu'est venu vous dire le gouvernement ?

J'ai vu recommencer ici la comédie qui, pendant dix-huit ans, s'est déroulée sous mes yeux.

Nous disons au ministère : Changez de politique, elle est mauvaise.

Que répond-il ?

« Elle n'est pas pire que celle de mes prédécesseurs. » Et là dedans il trouve une excuse t

Ce n'en est pas une. Si vos prédécesseurs s'étaient trompés, s'ils avaient méconnu, compromis les intérêts de la Fraace, vous ne pourriez pas vous retrancher derrière leurs fautes pour couvrir une conduite qui n'est ni nationale ni patriotique.

Après tout, l'assertion n'est pas vraie, je vais le prouver, rapidement.

On vous a dit : Le Gouvernement provisoire n'avait riea promis, d'une façon délinitive, à l'Italie ; il avait parlé un langage général, nuageux, sans dire quand el comment l'armée française devrait inten'enir.

He permettrez-vous de vous rappeler quelques paroles du manifeste lui-même 1 Le voici... {Interruption om fond de latalle.)

Je ne les répète que parce qu'on s'obstine à les contester; si je fatigue l'Assemblée... [Non! non I — Parlez! parlez !)

Voici les termes mêmes du manifeste : a Nous le disons hautement, si l'heure de la reconstruclioa de quelques nationalités opprimées en Europe ou ailleurs nous paraissait avoir sonné dans les décrets de la Fi'ovidence ; si la Suisse^

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Dolre fidèle alliée; si les Étals indépendants de l'iLalit: étaient envahis; si l'on imposait des limites ou des obstacles à leur transformation intérieure ; si on leur contestait à main armée le droit de s'allier entre eux pour consolider une patrie italienne, la République française se croirait en droit d'armer elle-mâme pour protéger ces mouvements légitimes de croissance et de nationalité des peuples. »

Voici maintenant quelque chose de bien plus formel. M. de [.amartine, répondant au nom du gouvernement, répondant à la députation italienne elle-même, -parlait en ces termes : « Eh hien, puisque la France cl l'Italie ne font qu'une seule nation, dans nos sentiments communs pour sa régénération libérale, allez dire — écoulez bien ceci. — allez dire à l'Italie qu'elle a des enfants aussi de ce côté des Alpes ; allez lui dire que si elle était attaquée dans son sol ou dans son honneur, dans ses limites ou dans ses liberlés, que si vos bras ne suffisaient pas à les défendre, ce ne sont plus des vœui seulement, c'est l'épce de la France que nous lui offririons pour la préserver de tout envahissement. ■

Le ministre de l'intérieur : Il fallait intervenir. Vota voulez <jue nous fassions ce que vous n'avez pas fait; vom avez tout souffert.)

J'entends dire à M. le ministre de l'intérieur : II fallait intervenir, ie répondrai tout à l'heure. Il dit encore : vous, Gouvernement provisoire, vous avez tout souffert. Je répondrai également; maïs, avant tout, je ne veux pas interrompre une troisième citation. Ceci est l'extrait d'un rapport fait ici, devant vous, et que vous avez couvert de vos applaudissements :

« La campagne de l'indépendance italique se poursuit lentement par l'Italie seule. Mais, devant la Suisse et devant la France armée, prête à agir, si l'intérêt de leurs principes, ou la sûreté de leurs frontières, leursemblaicnt compromis, dans leur vigilance sur l'Italie....

Voici donc, on oe peut plus le contester, des engagemeots formels.

On peut dire que le Gouvernement provisoire s'est trompé ; mais ce que je veux constater sans qu'on puisse le discuter, c'est que les engagements pria vis-à-vis de Tltalie par le Gouvernement provisoire étaient aussi formels, aussi sacrés qu'engagements puissent l'êLre.

{Une voix : Pour les ÉUUi indépendanti — Voix nombreute» à gaache : N'irUerrompez pas I)

Pour les Ëtats indépendants, dit-on ; mais c'est là une misérable équivoque; et si, au surplus, c'est H. Thiers qui m'interrompt, je lui répondrai tout à Theure en parlant de la question d'Âncône.

Quel est donc le grand argument du ministère ? « Vous, Gouvernement provisoire, pour dire les choses par leur nom, vous avez fait des phrases, et vous n'avez pas agi. > Voilà l'accusation ; j'y réponds.

On s'est adressé au roi Gliarles-ÂIbert pour lui demander si l'intervention des armées françaises lui était utile. Il a répondu qu'il n'en avait pas besoin pour défendre la cause lombarde.

Il faut le reconnaître maintenant, il voulait conquérir une partie de la Lombardie pour lui-même, et son intention était de faire la guerre seul pour se faire payer le prix de son concours; il craignait aussi que les soldats français n'allassent porter les sentiments et les principes républicains au delà des Alpes. Voilà ce qu'il redoutait paivdessus tout. [ApprobMi(m à gauche.)

Notez bien qu'il ne s'agissait pas alors du reste de l'Italie non encore affranchie, mais du Piémont seulement, et que le Gouvernement provisoire, en intervenant forcément, craignait de réveiller contre la France des reproches d'esprit de conquête : tel est le seul motif de son inaction * momentanée.

LEWE-ROUIN, — Il 15

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226 — Voulez-vous une preuve irrécusable? Je vais vous tire le passage d'un discours de M. de Lamartine prononcé à celtv tribune. Voici ce qu'il disait le 25 mai :

<t Dès les premiers jours, nous avons fait communiquer aux puissances italiennes la ferme volonté d'intervenir au premier appel qui nous serait fait, et, par un acte conforme à cette déclaration, nous avons réuni à l'instant au pied des Alpes, d'abord trente mille hommes, et puis soixante mille Nous avons attendu l'appel de l'Italie, nous l'avons attendu, et, tachez-le bien, malgré notre profond respect pour Tii- $emblée nationale, ii ce cri eût traserié les Alpes, noui w'eusnoïM peu attendu votre aveu, nous aurions cru accomplir d'avance votre volonté, vos prescriptions, en noiu portant au secours de la nationalité itcUienne. » (Vive approbation sur presque tous les bancs.)

Voilà la situation dans toute sa sincérité; elle ne peut plus être discutée. Le Gouvernement provisoire, conséquent aux principes de la révolution, n'avait point écrit une lettre morte quand it avait dit aux peuples : « Si vous êtes mars pour l'indépendance, et que vos forces ne vous sufQsent pas, faites appel à nous ! u Et il avait pris toutes les précautions pour que cet appel ne demeurât pas infructueux.

Que répond-on? Cependant le Gouvernement provisoire n'a point agi. Je vais vous démontrer qu'il était sur le point d'agir.malgréla résistance de Charles-Albert, et je ne crains pas d'être démenti.

II y a eu, peu de temps avant le 24 juin (mes souvenirs sont fidèles) , un conseil de la commission executive, dans lequel M. de Lamartine, voyant des mouvements de troupes s'opérer dans une partie de l'Europe, craignant pour les frontières de la France, avait demandé qu'on entrât fraternellement, i titre de séquestre, dans le comté de Nice et dans les États de Savoie. Qui a empêché de décider? Une seule chose, les terribles événements de juin qui ont dissous

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la commission executive; mais je déclare qu'en ce moment la commission executive, en majorité, peut^tre pourraîs-je dire entière, était d'avis que l'armée des Alpes devait recevoir la distination patriotique qui lui avait été donnée. Voilà le vrai. Que répondez-vous?

Le ministre ajoute immédiatemoit: La politiquea changé, et lorsque les peuples italiens ont fait appel au gouvernement qui a succédé à ta commission executive, au lieu de répondre par le concours armé, on a répondu par l'intervention diplomatique.

Quem*importe cequiaété fait après le Gouvernement provisoire ou la commission executive I Celui ou ceux qui ont tenu le pouvoir après ellesont responsables de leurs actes. Ce que je ne puis pas me permettre de dire, c'est qu'un appel a été fait par l'Italie au Gouvernement provisoire ou la commission qui l'a suivi, etquecetappelesl demeuré sanséchol Ce que j'écarte,c'estlapolitiquequi, à une demanded'intervenlion armée, a répondu par des diplomates. Celle politique n'est pas la nôtre! (Très itcn. — Vifassentiment à l'extrême gauche.)

Et cette politique, telle quelle, ne pouvait pas même vous servir d'égide. Est-ce que, en elTet, depuis ce temps, les choses ne se sont pas encore modiûées largement? Est-ce que nous en sommes encore aujourd'hui à des effervescences populaires qui auraient pu ne pas avoir de causes sérieuses, nationales? Est-ce qu'il n'y a pas, depuis lors, deux grands faits accomplis dans la péninsule italique, la déclaration légitime de ta république à Rome {Légère rumeur), la déclaration légitime de la république en Toscane? Et c'est en présence de ces deux faits que vous répondez : a Envoyés de la république romaine, envoyés de la république florentine, nous ne vous reconnaissons pas ; nous ne voulons pas vous recevoir. « Votre politique ressembler à la nôtre ! je dis qu'il y a un abîme entre vous et nous. (ApplattdisiemerUi à ^extrême gawhe.)

Est-('« que l'appel que nous avons vainement atteadu ne TOUS est point parveau, à vous? Est-ce que de Rome vous n'avez pas entendu des voix, des voix suppliantes vous crier: Si l'Autrichien avance, France, viens nous défendre, car Jadis nous avons combattu pour toi ! (Mouvement.) Cette ])atriotique cité de Florence ne tend-elle pas vers vous les mains?

Et ce ne sont pas des despotes qui vous appellent, ce sont de>j frères, ce sont de petites républiques, mais des républiques non moins grandes, non moins sacrées que la vôtre aux yeux du droit, qui viennent vous dire : Frères I à notre secours [ et vous n'y allez pas I Je dis que votre politique est anlifrançaise et antibumaine. {Bramt à gauche.)

Hélas I il me faudra donc toujours, sur ces questions, en être réduit à rappeler l'opinion passée de mes adversaires politiques d'aujourd'hui!

Voici comment, dans le banquet de Saint-Quentin, s'eiprimaitM.Udilonfiarrol: {Exclamaiùms et rires prolongés.)

«Cependant, disait-il, si poussée par un sentiment fatal de conservation, l'Autriche, se jetant de nouveau sur les états indépendants de l'Italie, si le conflit t'engageait entre le gouïiernemeni et les peuples de Cîtalie combattant pour les droits de leurs nationalités, et l'Autriche attaquant pour ce qu'elle appelle la sécurité de sa domination, la France, je vous le demande à tous, quelque amis de la paix que vous puissiez être, la France pourrait-elle rester indifférente en présence de celte lutte?» Non! non! s'écriaït-on de toutes paris.

« Vous avez répondu, ajoutait l'orateur, les canon$ commeon fadit, partiraient toutteult. (Salve ^appUmdUsements.) » (Mouïjemeni prolongé en sem divers.)

{Une voiz: Il n'était pas alors président du conseil!)

J'ai ditque j'en étais réduit à citer, depuis quelque temps, l'opiiiian de mes adversaires ; qu'on me permette en ce

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moment de ra'adresser à cette portion àe l'Assemblée, la droite. (On rit.)

En 1851, on se le rappelle, îlyaeu une question qui avec celle-ci présentait la plus grande analogie. Les Étals italiens s'étaient en partie soulevés, ils voulaient secouer le joug de la puissance temporelle du pape, obtenir l'indépendance et l'unité de l'Italie.

Un ministre bien hardi, sî on le compare au gouvernement d'aujourd'hui {Sourires aux extrémités) , voyant l'Autriche entrer dans les Marches et la RomagnË,jeia, vous le savez, quelques régiments à Ancdne.

Les conservateurs les plus absolus, les plus fervents soutiens de la paix à tout prix louèrent cette mesure comme utile à l'honneur et à l'intérêt de la France.

Sept ans plus tard, un minisire, tombant, je veux le croire, dans un piège, rappela les bataillons d'Ancône. (Tou^ tes regardsse portentmrM. Mole.) A ce moment, quels furent les intrépides jouteurs contre lui? L'honorable M. Odilon Barrot {Bires marqués à gauche), l'honorable M. DuvergicrdeHauranne (iVburentu; rïrcj), l'honorable M. Thiers qui sourit à l'avance. Pour que le concert soit complet, il n'y manque qu'un homme, M. Guizot!... {Longs bravos à gaudte. — Agitation.)

Eb bien, que disait cette phalange d'hommes illustres au ministre d'alors? Ou allait jusqu'à lui dire: Vous avez trahi les intérôlsdelaFrance! Si vous relisiez dans le^fonile^urles débats de ce moment, vous seriez étonnés des expressions passionnés, ardentes, presque injurieuses qu'on s'adressait. En retirant la garnison d'Ancônc, vous ù\xt. fait perdre à la France, lui répélait-on impiloyahleraenl, son influence sur l'Italie ; vous avez livré l'Italie à la poli tique de l'Autriche, contre laquellela France combat depuis deux cents ans.

Au souvenir de ce triste spectacle^ je n'ni qu'une chose à

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dire; Ou tout cela n'était qu'une misérableguerreJe portefeuille ; ou les hommes qui m'enlendeat doivent venir à cette tribune défendre la même cause que moi. (Longt bravot à gawke.)

Oui ! la situation est la même ; je vais plus loin, elle est cent fois plus favorable.

 celte époque, vous pouviez dire, en répétant un étemel argument : TjCS hommes qui combattent là-bas sont des factieux. Aujourd'hui , ce sont des droits consacrés par le suffrage universel . Vous pouviez dire alors : Rien n'est promis ; pourquoi voulez-vous que la France intervienne? Non ! la France n'avait rien promis, car Ijouis-Philippe déserlail déjà l'idée révolutionnaire; mais aujourd'hui la France a promis, elle a promis par la bouche du Gouvernement provisoire, elle a promis parla vôtre, el, à peine de manquer à son honneur, à peine de se flétrir, elle doit défendre l'Italie, car elle l'a promis! [Cett celai — Trh-bien! — Vive approbation àgauche.)

Oui ! la position est plus favorable, car Àncdne était loin encore de la frontière française ; mais Turin y touche ; mais le Tessin, on l'a franchi! et, si je ne me trompe, j'aj lu quelque part, dans une des histoires de M. Tbiers, que, quand le Tessin était franchi, la France, voyant ses limites à découvert, considérait presque ce fait comme un cas de guerre. {Mouvement.)

Citoyens, je neveux point abuser plus longtemps desmoments de l'Assemblée. Je me résume en deux mots : LeGouveroement provisoire a promis ; si l'on avait demandé, il aurait exécuté, car il avait à sa disposition tous les moyens défaire respecter sa parole. Le gouvernement qui l'a suivi a négocié, je ne sais point dans quels termes, ce n'est point à moi à le dire ni à le défendre. Quant au ministère actuel, non seulement il a négocié, mais, vous ne pouvez le nier, il a négocié dans de telles conditions que les puissances ont

osé lui dire qu'elles prendraient pour base les traités de 1815. Or, esl-ceque vous oe savez pas que la question des traités de 1815 n'est pas seulement une question de droit, mais une question qui se trouvejugéeauplus profond du cœur de chacun? Allez donc dans les ateliers, atlezdonc dans les champs, allez parmi nos braves soldais demander si les traités de 1815 n'ont pointélé lacérés deux fois, lacérés parla révolution de 1850 et par la révolution de 184SI et vous verez ce que répondront l'ouvrier, le paysan, le soldat ! (Oui t oui! — Applaudissements à gauche.)

Je le répète, ou vous êtes pour les traités de 1S15 avec l'étranger, ou vous n'êtes point avec l'étraDgercontre la république. Enfin, montez à cette tribune, venez défendre les principes que vous avez proclamés autrefois ; ou bien vous êtes jugés par l'histoire; la guerre que vous faisiez à H. Mole n'était qu'une guerre de misérable ambition, indigne et odieuse. (Vive approbation à gauche.)

Quant aux Italiens, qu'ils ne s'y trompent pas, la France est avec eux, non son gouvernement. Cen'est point une raison de désespérer, s'ils sont vraiment dignes de la liberté. Que tout chei eux soit soldat; leurs ancêtres n'ont jamais négocié que victorieux, et ils vendaient à l'encan les portions de terre sur lesquelles campaient leurs ennemis. {Longue agUation.)

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DISCOURS PRONONCE A L'mEïRlËE NATIONALE

CONTIBUATlim DR U DISCDSBION RUK LU uwutxt d'iulib (51 mai ISiD)

ClTOTENS,

Bien que j'aie l'iionneur de répondre à deux orateurs, je serai excessivement bref, car dans les longs développemeals que TOUS avez entendus, trois choses saillantes seulement m'ont frappé, et je ne répondrai qu'à ces (rois choses.

Ce n'est qu'en passant que je dirai quelques mots sur les explications qu'est venu vous apporter à la trihune H. le général Cavaignac. Je ne ferai que glisser, car, en présence de l'Intérêt si grave, ^ capital, si hrùlant de la ques^on qui s'agite, une revue rétrospective n'est guère de mon goût. Cependant, je dois à moi-même, je dois aux fondateurs de la république de replacer sous son vrai jour la politique du Gouvernement provisoire et de la commission executive.

M. le général prétend que c'est presque celte politique qu'il a suivie. Hier, jo crois avoir irrévocablement établi le contraire; je vous ai démontré, par cinq citations dilTcrentes, et entre autres par votre ordre du jour du 24 mai, que, pour le cas où un appel serait fait par les peuples d'Italie, la France avait déclaré qu'elle interviendrait. En prenant dans son ensemble le manifeste de M. de Lanut'

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iine, quoi qu'on fasse, il n'y a pas autre chose. Or, citoyens, sous le Gouveroement provisoire, l'appel n'a pas été fait par l'Italie, et, au contraire, il a été repoussé par Charles -Albert, ainsi que je l'ai déjà prouvé à votre dernière séance.

Sous le cabinet du général Cavaignac, en a-t-il été ainsi? Loin de là. J'ai là entre les mains une dépêche dans laquelle il est attesté non seulement que la Lombardie, mais que la Vénétie ont demandé à la France un concours armé. Qu'a-t-il été répondu par le général Cavaigniic dans un document que voici :

« Le concours armé, nous ne vous le donnerons pas. La seule chose que nous puissions faire, c'est de négocier. »

Et savez-vous comment on a négocié? Les documents olUciels cités hier par l'honorable M. Billaut et dont je tiens, dans un journal allemand, le texte authentique, établissent que TAutrîtihe n'acceptait la médiation que sur la base des traités de 1815, et que, surtout, elle ne voulait laisser engager, dans la négociation qui allait s'ouvrir, qu'une seule chose : la que$tion piémontaùe. Quant à la question de l'indépendance italienne, elle ne voulait même pas qu'il en fû; parlé.

Eh bien, si ces faits sont vrais, et je défie qu'on les conteste, il en résulte que, au lieu de prêter le concours del'intcrvenlion armée, ainsi que le voulait le Gouvernement provisoire, le général Cavaignac n'a, au contraire, consenti qu'une médiation reposant sur les traités antînationaui du

Oui, reconnaître ces traités néfastes et écarter de la négociation la question de l'indépendance italienne, c'était faire une chose antipathique au vœu du pays.

Ou les documents que je viens de relater ont menti, ou il faut conclure que la politique du cabinet du 24 juin est un démenti formel à I» politique du Gouvernement provisoire.

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Quelques paroles encore sur un autre point : le généra) Cavaignac vous a dit : < Ha responsabilité, après tout, n'esi pas autrement engagée, car je n*ai fait que suivre pas à pas le vœu de l'Assembiée ; l'Assemblée ordonnait, et moi, son bras droit, j'exécutais. »

Ob I je comprendrais ce langage, si nous avions oublié comment les choses se sont passées ici. Quand rAssemblée, pour prendre une résolution éclairée demandait des renseignements, des communications, qui donc lui répoodail uniformément à peine de compromettre le sort des négociations : Impossible d'en raconter les détails, d'en indiquer même la marche, les phases successives ; comptez sur moi, soyez persuadés que je sauvegarderai l'honneur et les intérêts de la France?

Et quand, après ces paroles, l'Assemblée entrevoyait que le chef du pouvoir résistait à la guerre, quand surtout ce chef était un soldat, que devait-elle faire? le croire mieux informé qu'elle de l'état de la France et de l'Europe, et se confier à sa parole ; mais ne venez pas nous dire aujourd'hui, pour décliner en quelque sorte la responsabilité, j'ai reçu une consigne et je l'ai exéculée. Four que cela fût vrai, il faudrait que te pouvoir, en France, n'eût pas d'inQuence, n'eût pas d'empire, que, même sorti d'une Assemblée, il ne conservât pas assez de prestige pour imposer à cette assemblée elle-même.

Au fond des choses la responsabilité est bien à vous, partagée, il est vrai, par l'Assemblée, mais par l'Assemblée devant laquelle vous vous êtes toujours tenu bouche close, je pourrais presque dire murée. Donc cette politique est bien au fond la vôtre. (Apprf^ation à gauche.)

Et si elle doit peser devant l'bisloire, vous aurez à supporter la plus lourde part du fardeau. [Approbation à

Citoyens, j'arrive maintenant à l'objet principal de la

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séance, au discours qui vient d'élre prononcé par M. Thiers. J'avouerai qu'en écoutant cette parole claire, couranle, affirmant si résolument les détails, les faits, je regrettais mon insuffisance, et je me sentais comme embarrassé de répondre à de si loags développements. Un souvenir me soutient, me fortifie, c'est que je l'ai entendu soutenir en 1840 la doctrine de la guerre avec la même assurance qu'il a soutenu aujourd'hui la doctrine de la pals.

{À gauche : Très bien I très bien !)

{M. Thiers :Fionl non!)

H. Thiers dit que non. Je veux croire, cependant, malgré sa dénégation, qu'il pensait que la guerre était bien imminente. Autrement, comment expliquer les SOO millions que sa politique de cette époque, et que les préparatifs de guerre ont coûtés à la France? {Bravos à gauche.)

{M. Thiers : Vous vous trompez!)

Je me trompe, dites-vous? Cela a été relevé par des hommes plus compétents que moi, & plusieurs reprises, par ceriainsmémede vos amis d'aujourd'hui, etqai étaient vos adversaires à celte époque. [Sensation.)

On vous a reproché souvent, h l'ancienne tribune, que, par vos dépenses d'armement, le trésor se trouvait, sinon épuisé, au moins fortement obéré.

{M. Thiers : On a répondu à totU cela.)

La question n'est pas de savoir si on a répondu, mais si on a convaincu le pays. [Vioe approbation à gauche.) Des phrases, il est toujours facile d'en faire... [Rires à droite); mais ce qui est moins facile, c'est de faire revenir la conscience du pays sur des faits avérés et contre lesquels la lutte doit être infructueuse. Vous avez beau dire, il est évident qu'en 1840 vous avez dû croire à la guerre; autrement pourquoi tant de sacrifices et toute cette longue comédie? Ne surexcitiez- vous pas les populations? ne faisiez-vous pas sonner par tous vos journaux d'héroïques fanfares? ne

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jetiez-vous pas dans l'air les motâ de gloire, d'honneur

Or, maintenant, voulez-vous me permettre de vous rapjn!- 1er pourquoi cette éventualité de guerre? Pourquoi? Pour un intérêt éloigne.

Il s'agissait simplement de ne pas laisser prendre sur l'Orient de prépondérance à une autre puissance. Maiscellu guerre se passait sur des plages lointaines au delà des mers, loin de nos frontières, non point à Turin, non point dans l'Italie, Doa pas aux portes de France. Et c'est vous, tout à l'heure, qui osiez nous dire d'un air dogmalique : On nesc bat pas pour une question d'inÛuence. (Rires approbitiift à gauche.)

Non, non, nous ne nous serions pas battus en Orient pour une question de conquête; c'était simplement pour renirer dans le concert européen. Et quand vous venez enseigner ici qu'on ne se bat pas pour une question d'influence, vou<i éles écrasé par votre passé. {Assentiment à gaitcbe.)

En Italie, au contraire, est-ce une simple question d'influence qui se débat? Oh! non, c'est bien plus que cela, c'est la question de la coalition des rois contre les républiques; en d'autres termes, c'est la question même de la démocratie qui a triomphé chez nous.

Dans la question italienne, avez-vous dit, il y avait trois politiques à suivre : la première, la politique de la guerre; la seconde, la politique des négociations; la troisième, qui consisterait à avoir l'air de faire pour ne pas faire. Je crois que c'est la politique du ministère que vous avez voulu caractériser; à lui le soin de vous répondre. (Riret à goitdie.)

Se ne m'occuperai, moi, que de ce que vous appelez la politique de la guerre.

Vous dites : ■ Si c'est la guerre que vous voulez, it faut avoir le courage de venir le déclarer à cette tribune. »

Moi, je vous répondrai : Si vous voulez le contraire, si

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c'est la paix à tout prix {Approbation à gaw^e), il faut avoir aussi le courage de le dire à cette tribune.

Vous dites encore : La guerre! mais y avez-TOus bien peoséîLa guerre avec l'Autriche I mais c'est une grosse alTaire pour la France elle-même; et à l'instant, sentant qu'on pouvait vous répondre, vous avez jeté en passant ce mot : « Vous auriez tort de compter sur la sympathie des peuples ; qu'est-ce que c'est, en effet, que cette sympathie? Un seul combat àTurin n'en a-t-il point donnéla mesure?»

D'abord, permellez-moi de vous le dire, parce que l'armée piémonlaise a été vaincue h Novare, la cause de Tltalien'est pas perdue. C'est vainement que vous avez jeté, en quelque sorte, UD de profundit sur elle. Je vais vous démontrer, moi, qu'elle vil plus que jamais. [Approbation à gmtt^e. — Longue agiiaXion.)

Oui, l'Italie est plus vivace que jamais ; je viens de recevoir à l'instant deux lettres, l'une de Milan, l'autre de Bologne, ^t rumi UmtenZ au cœur quelque espérance. Celle de Bologne m'apprend que le général Pépé a culbuté dans la Vénétie, sis mille Autrichieus; qu'il les a refoulés de l'autre cdté du Pô ; que les provinces de la Vénétie, jusque-là comprimées, sont en pleine insurrection.

I^ nouvelle ne doit pas être controuvée ; elle vient d'un banquier de Bologne (At/artté), qui s'adresse à une maison de Paris, et qui, en racontant le fait, le dfîplore. (Nouvelle hilarité à gauche.)

\ja dépêche de Milan vient d'un des personnages influents de la ville; elle annonce que Milan est en grande fermentalion et près de passer à l'insurrection {Mouoement) ] que Hadetzki a Tordre de faire bombarder la ville.

EtBergame,cettecité importante, subit le bombardement depuis trois jours, parce qu'en apprenant la nouvelle de Turin, elle est entrée en insurrection pour soutenir la cause italienne. {Setaation.)

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Ahl je sais heureux, je l'avouerai, de pouvoir répondre ainsi à une asserlion qui m'a profoudément aHligé. M. Thiers u'a pas craint de dire que la cause de Turin avait été désertée par les peuples de l'Italie. Ces paroles, qu'on me permette de le dire, sont bien légères; car, lorsque, vingt-quatre heures après l'armistice dénoncé, les hostilités ont commencé, je demande à M. Thiers lui-même si les peuples de la Toscane, si les peuples de la Romagne avaient eu le temps de se rendre sur le théâtre du combat.... (^M«ntimefU à gauche.)

Âh I c'est parce qu'ils n'ont pas eu le temps malériel de se rendre sur le champ de bataille,, que j'ai raison de dire que la cause italienne n'est pas morte ! Car, j'en suis coii' vaincu, pour la soutenir, chacun de ses enfants se fera soldat! {Trè$ bien! très bien!)

Vous avez ajouté que, protéger l'Italie de nos armes, c'était avoir la guerre avec l'Europe entière, une guerre indéBnie... Eh, mon Dieul H. Thiers aurait dû trouver dans ses propres souvenirs, dans ceux de ses amis d'aujourd'hui ou d'autrefois, une réponse à cette banale objection.

En 18<iO, quand on accusait votre politique de conduire à une lutte interminable, qu'écrivait un de vos amis, M. Duvergier de Hauranne? Ceci : Ou ne peut parler de l'honneur de la France, on ne peut se prononcer pour telle ou telle alliance sans qu'à l'instant on ne vous jette i h face : L'Europe entière va se soulever-, sans qu'on nedisc : C'est une conflagration générale! Tout cela, s'écriaii-il, n'e$t que de (a rhétorique. Et quand, plus tard, dans celle même question de 1840, H. Odilon Barrot, que je suis bien forcé de citer malgré moi . . . [Riret troniçues.) Messieurs, TOUS vous méprenez sur mes intentions ; en agissant ainsi, soyez bien convaincus que je ne fais pas une guerre puérile, cela n'est pas dans mes idées, et la plupart d'entre vws pourraient me connaître assez pour savoir que ce n'est pas

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ddiis mes habitudes. Je le fais, parce <(iie si je puis Iroaver pour appuyer les principes que je défends la pensée d'hommes en qui tous avez conBance, puisque vous leur donnez la majonté, croyez-vous que je n'aie pas le droit, gravement et sérieusement, de le faire ?{Très bien l trè$ iten /)

Je disais qu'en 1840, quand des amis de la paix à tout prix, c'est-à-dire de la honte, reprochaient à M. Odîlon Barrot d'appuyer les démonstrations de guerre, sous prélexte que c'était la perturbation de l'Europe, la ruine de la France, H. Odilon Barrot répondait : « Vous engagez mal la question ; elle n'est pas de savoir si c'est la ruine de la France, mais bien si c'est son déshonoeur. »

Il disait : « Vous parlez continuellement de guerre européenne. Est-ce qu'il y a eu la guerre quand à Ancdne la France a fait acte de vigueur? Est-ce qu'il y a eu la guerre européenne quand la France a fait bombarder AnversîNon, ajoutait-il, ce n'est pas le moyen de faire la guerre, c'est le moyen de l'éviter.

Citoyens, il faudrait en finir avec ces éternels arguments qui vont mal au tempérament et au cœur de la France. Quoil dans ce noble pays, quand it s'agira d'un question de dignité, c'est par le sentiment de la peur qu'on essayera d'agir sur noust (Bramt à gauche.)

Non, non, cela n'est pas français ! {Trèê bien! trèi bieiil) El soyez convaincus, si vous consultiez au dehors le sentiment général, qu'il vous dira que ce n'est pas par de tels arguments qu'on peut défendre même une bonne cause. [Approbation à gamhe.)

Ainsi, écartons cette vaine fantasmagorie. Voyons avec calme, avec fermeté, voyons si l'intérêt, si l'hooneurde la Fiance exigent son intervention daus^le Piémont. Quelques mots suffiront à traiter cette question.

Je dis que la France est intéressée par sa parole, et je le ' démontre. Quoi qu'on |fasse, on se débattra vainement

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voDlre les promesses qui ont été faites. Oui, on a dit —je ne veux pas retire le mnoireste, il est conçu dans les teniKs les plus explicites — on a dit : Italie, si tu veux te livrer i un remaniement intérieur, tu en as le droit, et si tu n'es pas assez forte, appelle les armes de ta France, elles viendront à ton secours. Voilà les termes du manifeste. El quand M. de Lamartine, pour ne cilerque ceci, s'exprimant au nom du Gouvernement provisoire, disait aux Italiens près de partir : a Allez dire, vous qui quittez la France, allez dire à vos frères d'Italie qu'ils ont des frères au delà des Alpes, et que, s'ils ne sont pas assez nombreux, sur un signei nous volerons à leur secotirs. » Est-ce précis, est-ce forioel?

Mais, plus encore, vous ne pouvez avoir perdu le souvenir de votre ordre du jour du 24 mai ! Vous ne pouvez pas, — permettez-moi de vous le dire, et ne vous récriez pas, je parle avec sincérité, — vous ne pouvez pas, sans vousdésho norer, démentir ce que vous avez proclamé : l'affranchiiêenma de rUaiie. {Approbation prolongée à gamhe.)

11 n'y a pas de parole, éloquente ou verbeuse, qui puisse lutter contre cette phrase si laconique, si sacramentelle, qui a été entendue de l'autre côté des Alpes : Affranààutment de Ntatie. Elle apparlient déjà à l'histoire, vous dc pouvez plus la rayer; en y manquant, vous ne pouvez faire qu'une chose : inscrire au-dessous d'elle votre déshonneur! (Nmivelle approbation à gatiche.)

La France est engagée, première question ; la France, ne fût-elle pas engagée, a-t-elle intérêt I voilà la deuxième question. Je dis que la France a intérêt, et Je vous prie de m'écouler sans préventions. Hier, je l'ai démontré; depuis cinquante ans, qu'avons-nous fait? Alliauce avec les rois. Les alliances nous ont-elles réussi ^ Nous avons été trahis par elles. U faut donc essayer d'une autre politique, il faut faire alliance avec les peuples. Vous souriez, vous dites :

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Mais l'Italie, qu'est-ce que cela pour nous (léfeodre? Ah ! permettez-moi de revenir justement par cette transition à la question posée par H. Thiers, qu'avec la sympathie des peuples on ne peut rien faire, et qu'ils seraient pour la France de misérables aaiiliaires.

Voyons, monsieur Thiers, je fais appel à vos souvenii's, à vos travaux; avez-vous vu jamais à aucune époque do l'histoire, vous qui l'avez écrite, avez-vous jamais vu In France dans une situation aussi favorable 7 La révolution du 24 février éclate : eh bien, l'Europe tout entière est ébranlée en huit jours.

Il n'y a pas un coin du continent qui, à l'instant mémo, ne ressente un contre-coup, une secousse. Voyez donc si c'est là quelque chose de superSciel et de factice : n'est l'Italie tout entière ; ses princes sont obligés de donner des constitutions ; c'est la vaste Allemagne, c'est la Moldo-Valacbie, c'est la Hongrie, c'est Vienne, c'est la Prusse; ce sont tous les petits Ëtats qui se rapprochent des bords du Bhin ; en un mot, il s'est fait souterrainement une espèce d'ébranlement électrique, et l'on entend retentir, pour ainsi parler, de toutes ces crevasses, de toutes ces fissures, des cris formidables d'indépendance, de liberté I

C'est dans une telle situation que vous avez dit : Les sympathies des peuples, leurs alliances ne sont rien. Vous blasphémez.... Complez'Ieur nombre inSni et comptez le nonàire des rois ! {ÀpplaudUsemerU$ à gmuàe.)

Vous rêvez de temps qui ne sont plus. Vous me dites : Dans la première révolution, les armées suivaient leurs rois. Oui, les monarques levaient l'épée et les peuples les suivaient pour combattre la France. Aujourd'hui, la situation esl-eltu la même ? aujourd'hui que les peuples chassent leurs rois pour imiter la France ! (Bravos à gauche-) Vous croyez que cette sympathie n'est rien I Ah 1 moniiieur Thiers, permettez-moi de vous le dire, vous avez compris le passé,

LEDBU-ROLLtM.

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vous avez une vive et grande intelligence ; mais -mas ne comprenez ni le présent, ni l'avenir, ils sont fermés pour vous.

Al) [non; vous n'avez pas visité ces peuples d^uîsquelqse temps ; vous les trouveriez transformés à l'air fortifiant iv la liberté.

Il n'est point un homme, comme me l'écrivait un prëlre deRome, point une femme, point un enfant dont le cœur ne batte pour la république et pour l'indépeDdance italienoe. Or quand, sous la main de Dieu, les choses se sont ainsi changées, dire : Les sympathies des peuples ne sont rieii,et raisonner comme en i 792, c'est être resté pétrifié à cinquante ans de dislance. (Très bien! très bien!)

El cependant, si vous pensez que la cause des peuples est morte, il faut le dire sincèrement ; n'est-ce pas par là que vous finissiez votre discours en parlant contre l'anarchie 1

Parlons sans ambages ; par anarchie, ne vouliez-voiis pas dire liberté ?

Eh ! oui, sans doute, c'est mon regret cuisant ; le Gouvernement provisoire, il faut le confesser, aurait dû à l'instant même déployer nos soldats sur les frontières voisines, non pas en conquérants, mais en frères. J'y ai poussé pour mon compte; il a, dans son honnêteté, craint d'anciens préjugés contre la France : s'il les eût surmontés, j'en suis convaincu à l'heure qu'il est, il n'yaurait plus un despote, il n'y aurait plus un roi. (Applaudissements à ganche.)

Non 1 non I la cause des peuples n'est pas perdue. De secrets desseins l'ont peut-être suspendue un instant; mais voyez donc ces Hongrois si braves qui luttent depuis biealdt dix mois.

Vous l'avez lu comme moi, et comme moi, sans doale, vous l'avez appris également par des documents particuliers ; aujourd'hui ils se trouvent sur le Danube à treolecinq lieues de Vienne seulement.

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Et en Prusse, dans ce pajs où tout se passait dans la sphère des idées, et où aujourd'hui l'idée devient actel Dans la Prusse, n'avez-Tous pas vu comme lesdoctrines radicales travaillaient même la capitale, Berlin ? Et quand ce sont les trônes qui craquent, vous dites : Faites alliance avec les trânes ! Je le répète, vous ne comprenez pas le présent; la force n'est que dans les peuples. [Approbation prolongée à gauche.)

J'ai bientôt fini. [Parlez I parlez !) Vous avez, en terminant, essayé de lancer quelques traits acérés contre le Gouvernement provisoire. Je le comprends; c'est une rancune mal déguisée, et, pour mon compte, je tous lapasse yolontiers.

Vous avez dit : Le Gouvernement provisoire voulait la guerre, et il ne prenait pas les moyens de la faire. Oh I si vous aviez dit vrai, il aurait trahi le pays.

Gomment 1 vous saviezla vérité et vous ne l'avez pas dite ! Avez-vous donc pensé que moi je pouvais l'oublier? Voici dessouveQirsprécis:au 24 février il y avait 16000 hommes en congé, ils furent rappelés pour le i" mars. A la Qn de mars, le Gouvememeait provisoire décrétait l'appel des contingents arriérés de i842, de 1843, de 1844. de 1845 et de 1846, et, en ce momoit, il rappelait 90 000 hommes sous les drapeaux, il ordonnait des mesures intermédiaires ponr devancer le temps de l'arrivée aux corps de la classe de 1847.

Il rap|>elait 20 000 hommes d'Afrique, il ordonnait l'achat de 50 000 chevaux, pour la cavalerie l'artillerie et le train; l'achat de 8000 selles, la construction deiSOO affûts à canons, de 200 caissons et d'équipages de guerre ; il faisait tripler ta fabrication des projectiles de guerre, la fabrication des armes à feu ; il faisait confectionner des millions de cartouches ; il est bien évident que pour tout cela il faut quelques semaines. Combien a-t-il veqn ?

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SaveE-vous que vous avez été bien imprudent en parlant ainsi

Vous m'avez appelé sur un terrain qui vous sera funeste. Savez-vous, quand le peuple nous a appelés, ce que votre monarchie nous avait failsfAvec 570000 hommes d'effectif, — je ne parle pas de l'armée d'Algérie, — 70 000 hommes, au plus, pouvaient entrer en campagne. Que de millions avaient dû être dilapidés !

Savez-vous ce que votre monarchie nous avait laissé ? Nous trouvions à Vincennes des fusils qui n'étaient pas de calibre, et qu'il a fallu forer, des cartouches de cendres et des cartouches sansball^. {Exclamatiûni,riret.)

Ce qui excite le rire de quelques membres a excité uolre indignation. Le fait que je raconte ne peut pas être contesté, mes anciens collègues sont là ; sans cela je ne l'aurais pas porté à cette tribune.

Sans doute vous avez été imprudent de nous appeler sur ce terrain ; car vous avez pendant si longtemps gouverné les afTaires du pays, au pouvoir, ou dans l'opposition, donnant des conseils ofGcieux, vous saviez mieux qu'un autre que ta France n'aurait pas été prête pour faire la guerre ; je vous l'ai entendu dire, et je vous répondais — c'était en particulier : — « Comment pouvez-vous gardw sur le cœur un secret qui me brûlerait, moi, si ma parole pouvait être accueillie, et faire autorité comme la vdlre ! »

Si le Gouvernement provisoire a quelque peu hésité, c'est à ta monarchie, c'est à vous que nous le devons, car elle avait en partie épuisé nos finances ; car pendant si longtemps, avec des sacrifices si considérables, elle n'avait pas su avoir un matériel de guerre. . .

Je le redis, vous avez été bien imprudent de rappeler des souvenirs qui retombent sur vous. (Vif asientimerU à gaw^e. Très bien! très bien!).

Vous avez Icnlé de nous accabler encore en disant : La

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difficnlté de ta situation, relativement à la question italienne, doit Tons être en grande partie imputée : car il y a eu un instant oi^ l'Autriche abattue proposait de donner des institutioDs à la Lombardie, k la Vénétie, et tous avez refusé ; vous n'avez pas su saisir la Tortune, c'eût été là une conclusion heureuse.

Je n'ai qu'une chose à vous répondre : Peut-être aurionsnous pu refuser par des considérations politiques ; mais jamais ni au Gouvernement provisoire, ni à la commission executive, j'en atteste les membres jamais cette proposition n'a été faite...

{MM. Pagnerre, Gamier-Pa^ès, Barlkelcjny Saint- Hilaire : Jamais I jamais I)

Oh I oui, certainement nous aurions pu craindre que ce fussent là des promesses de rois ; nous aurions pu craindre que, comme ces princes d'Italie ou d'Àllemagno qui avaient donné desconstitutions le tendemainde février, etqui, quand la politique de la France faiblissait, les retiraient à mesure, nousaurions pu craindre cela ; mais.je Icrépète, nous n'avons pas même eu à apprécier, à débattre ces conditions. Le reproche eût pu être pesant, mais les coups que vous nous destiniez portent ailleurs. [Très bien! très bien! à gauciie.) Non, jamais ni le gouvernement provisoire ni la commission executive n'ont élé saisis. Oh ! peu m'importent vos dates ; voici ce qui est vrai : il y aeu une proposition faite à H. Casati, à Mitan. M. Casati l'a répoussée. Avait-il consulté laFrance?Non. L'Angleterre avait-elle consulté la France? Non [ La France a-t-elle eu à délibérer? Non 1 non ! Voilà la vérité I

Que reste-t-il donc de ces accusations habilement tissées contre nous, et de ce discours qui avait des prétentions à l'habileté? Rien.

La seule chose qui soit sérieuse dans tout ceci pour les véritables patriotes, c'est l'indépendïince de l'Italie. Voilà ta

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question à laquelle il faut toujours reveDir : l'hoDneur et l'intérêt de la France nous y obligent.

Eh bien, qu'allons-nous faire ? Vous dites : Si c'est la guerre, il faut avoir le courage de le dire. Messieurs, noos ne voulons pas la guerre...

{Â droite : Ah! ah! rir^.)

Attendez ! Croyez-vous que ce soit bien digne à vous de TOUS récrier avant d'enlendrela fin d'une phrase? lecroyezvous?

Je vous dis : Nous ne voulons pas la guerre pour la guerre. Je vous le dis avec M. Odilon Barrot, avec M. Tbiers en 1840, avec M. Ilpvergier de Hauranue, avec tous les hommes qui ont eu la prétention de s'intér«3ser un instant à la dignité de la France. Non, nous ne voulons pas la guerre pour la guerre. Je n'accepte pas la question ainsi posée; ce que nous voulons, c'est l'honneur et l'inlérét de ta France. [Branot à gaiiche.) Et si, comme conséquence, la guerre doit éclater, eh bien, que la guerre éclate I Mieux vaut une nation qui se bat qu'une nation déshonorée. {Noth vemai applaudissements.)

Si l'honneur ne peut être conservé qu'à ce prii, le pays nous comprendra quand nous lui dirons : Nousavons voulu avec vous verser notre sang, parce que toute nation qui se parjure est une nation déchue. N'étes-vous plus les fils de la grande armée ? {A gauche : Très bien ! très bien l)

La guerre n'être pas possible pour la France IMais quelle est donc ta nation qui l'a jamais faite mieux qu'elle ? el si j'avais besoin d'une autorité, je vous la citerais telle quelle.

M. Louis Bonaparte, avant de devenir président de la République, ne disait-il pas :

« A ta Francecequ'il faut conserver, c'est son honneur, c'est ce qu'a défendu mon oncle, et pour le conserver, elle ferait au delà du possible. »

Ce que je demande, moi, ne s'étend pas au delà du pos-

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sible : c'est que la France, engagée par votre bouche, tienne sa parole.

Ce que je demande, encore un coup, c'est que la question soit ainsi posée : non pas la guerre pour la guerre, mais la guerre ou la honte {Bramt) ; et je me porte fort pour mon pays, car il me semble qu'en ce moment son âme tout entière passe dans mes paroles; oui, je me porte fort pour lui qu'il préfère la guerre à ta honte. {Longs applaudùsementê à gauche. — L'orateur reçoit à son banc de nombreuses félicitations.)

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INTERPELLATIONS AU GOCTEENEHENT

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