À LA DËHARGHE DES LÉGITIMISTES AUPRÈS DU DUC DE BORDEAUI
(27 juTier 1844)
Messieurs,
Je Tiens soutenir ramendement^ qui vous est présenté et combattre le projet de votre comroission ; je viens le faire, en me plaçant, pour un instant, au point de vue même du Gouvernement.
Je crois que si la mesure que vous proposez avait pu être un moment raisonnable, depuis les explications, depuis les atténuations (je dirai tout à Theure toute ma pensée) que vous avez entendues hier de la part des membres légitimistes, elle est désormais impolitique et nuisible à la cause même que vous voulez servir.
Je comprends parfaitement que, lorsque les nouvelles d'Angleterre vous sont arrivées, grossies au travers des journaux, vous vous soyez légitimement émus ; je comprends que votre prudence se soit justement éveillée aux craintes
L'amendement arait pour objet de suppHmcr, dans le dernier paragraphe ÔA l'adresse ,ccs expressions : c La conscience publique flétrit decoupables tnanœuTres;
d^un débarquement nouveau, aux appréhensions d'une nouvelle guerre civile et d'une autre Vendée.
En agissant ainsi, vous remplissiez un devoir impérieux do citoyens.
Mais depuis cette époque, que s'est-il passé ? Iles choses, vues de près, combien ne se sont-elles pas |.3|)etissées, je dirais même misérablement amoindries. En effet, que redouiiez-vous ?
Qu'on violât un serment, qu'on excitât à la guerre civile, ccue le prétendant revint accompagné des baïonnettes étrangères.
Ëh bien, quelles protestations énergiques n'avez-vous pas entendues hier à cette tribune ?
lies orateurs du parti légitimiste sont venus déclarer ' lie serment, nous le prêtons comme vous, nous sommes obligés par lui, comme vous l'êtes vous-mêmes, nous voulons le tenir comme vous, et nous ne Taisons qu'une réserve qui est faite par vous-mêmes, et dont M. le ministre de Tinlérieur a reconnu hier ici la constitutionnalité ; c'est que, si le contrat était violé par le chef de l'État, la nation recouvre à l'instant l'exercice de ses droits.
Les baïonnettes étrangères ! ont-ils ajouté : Périsse plutôt la cause de Henri Y que de triompher jamais par de si exécrables moyens; et ne vous rappelez-vous pas quel sentiment d'indignation s'est manifesté dans leurs rangs au seul mot de guerre civile. Â Dieu ne plaise! se sont écriés à la fois MM. Berryeret de la Rochejaquelein, qu'un pareil fléau fonde de nouveau sur la France.
Ce cri séditieux, ce cri anti-national de Vive le roi de
France I poussé sur la terre étrangère, on l'a réduit aux
proportions d'un jeu de mots de salon, d'une pure antithèse.
Après avoir salué le roi de France, on venait, dit-on, saluer,
en H. de Chateaubriand, le roi de Tintelligence !
Comment auriez-vous à redouter un prétendant^ il n'y a
même plus de duc de Bordeaux ; puisque M. de la Rochejaquelein vous a dit encore que, pour ne pas s'y tromper, il fallait simplement le désigner par le titre de comte de Ghambord. {On Ht.)
Voilà les faits, les voilà exactement tels qu'ils se soi roulés dans le débat solennel d'hier.
C'est alors que je me demande si, quand un parti enAt descendu à dire : Il n'y a plus de parti légitimiste, il n'y a que des députés ayant prête serment au Roi actuel des Français, voulant religieusement l'observer, libres seulement de conserver comme hommes des sentiments légitimistes, parce que le domaine de la conscience est impénétrable ; je me demande s'il est digne à vous, s'il vous est utile, s'il est enfin d'une bonne et sage politique, d'imposer une flétrissure à des faits qui n'existent plus, qui ont disparu par le commentaire, qui sont désavoués enfin. Auriez-vous peur d'une ombre? Que dira l'étranger?
Douleriez-vous de la sincérité de ces déclarations successives, réitérées, de la loyauté d'hommes qui vous ont ouvert leurs âmes, qui vous ont fait une sorte de confession publique, en prenant Dieu à témoin ?
S'il en est ainsi, messieurs, dans quelle compagnie, hélas! sommes-nous donc tombés? Ëh quoi ! la loyauté, la foi jurée, la mutuelle confiance, ces vieilles vertus de nos pères, qui sont la base et la condition de toute assemblée honnête, n'ont plus de valeur et plus de force; mais alors vous vous déconsidérez vous-mêmes, les sentiments de réticence et de mensonge que vous supposez chez les autres, on peut les supposer chez vous. Nous ne sommes plus les représentants d'un même peuple, les enfants d'une même pairie, divergents d'opinion, mais prêts à verser pour elle jusqu'à la dernière goutte de noire sang; nous ne sommes plus que d'implacables ennemis. La parole n'a plus rien à faire ici, il ne peut plus y avoir que la force brutale : nous reçu-
lon^ de plusieurs siècles de civilisation. (A gamhe : Très
Hl K d'ailleurs, messieurs, à quel parti la flétrissure poliliqui c a-t-elle jamais nui, si ce parti avait pour lui la force? Est— il un homme qui ait été plus outrageusement injurié, plfAS bassement flélri que ne Ta été Charles II par les écrii JËIiM gagés de Cromwell, et Charles II cependant, quand la fbnM s'est déclarée pour lui, en est-il moins rentré dans son royaume?
Ei Napoléon, messieurs, de quelles calomnies ne l'a-t-on point abreuvé, quelles ordures lui ont été épargnées ? Ne Tat-on pas solennellement déclaré déchu à jamais, et Taut-il rap|)eler que quand la force aussi est retournée de son coté, sa course du golfe Juan à Paris a été une marche triomphale?
Si donc le parti légitimiste avait la force, ce qu'à Dieu ne plaise! votre flétrissure serait impuissante, ridicule même; s'il ne l'a pas, prenez garde^ messieurs, en paraissant eifrayés de lui le lendemain du jour où il semble s'être annihilé, où il paraît avoir plus que jamais abdiqué, prenez garde, de lai donner, aux yeux de l'Europe absolutiste, une factice importance. C'est à ce point de vue de votre politique que je dis que vous commettez une faute, et cette faute, malheureusement, ce n'est pas d'aujourd'hui seulement que vous l'avez commise.
Eapprochons ici les paroles et les dates. M. le ministre
des affaires étrangères vous a dit au commencement de
cette discussion : ce C'est à compter de la mort de M. le duc
d* Orléans, de l'héritier présomptif de la couronne, que le
parti légitimiste a puisé de nouvelles espérances et relevé
la fête. »
Je dis moi, messieurs, que cet événement a été l'occasion,
mais qu'il n*a pas été la cause. Ëcoutons^en effet, M. Thiers.
Que disait-il, il y a onze ans, à cette tribune? il disait :
« Qui a ma un barliste? Qu'on me montre un carliste? Il n'y pas de carlistes ! x>
{Thiers: Je vous demande pardon, je n'ai pas dis cela.) [A gauche : SU sil — Vous l'avez diti)
D'où naît, messieurs, cette différence, et pourquoi ce parti qu'on disait ne point exister, il y a onze ans, préoccupe-t-il tout à coup si gravement le Gouvernement? eS|i|^ messieurs, que la politique suivie par la majorité dans eet intervalle a dû le favoriser et lui a presque facilité les voies. Quelle a été, en effet, cette politique? Restreindre une à une toutes les libertés, espérant ainsi fortifier le gouvernement naissant; la majorité entraînée par le courant des faits, par la nécessité de chaque circonstance^ n^a pas pris le temps d'embrasser dans l'avenir les conséquences d'un tel système, et ce sont ces conséquences que le parti légitimiste est venu récemment tirer devant nous, quand il a dit : a 1830 n'aurait-il changé que les personnes et non les principes? »
Est-ce justement, messieurs^ que le parti légitimiste a pu s'exprimer ainsi?
Comparons en quelques mots. Quels sont les derniers coups que s'est portés la restauration ? C'est, vous le savez, sa défiance de la garde nationale ; les élections qu'elle a voulu fausser ; le bâillon qu'elle a essayé de jeter à la presse.
Eh bien, vous Gouvernement de 1830, qu'en avez-vous fait de cette garde nationale? {Exclamations au centre.)
Les cris ne peuvent rien contre les faits, et je prends, pour répondre à ces cris, les propres paroles de M. le ministre de l'intérieur. Il disait l'an dernier, à cette tribune : a II est beaucoup de villes où les gardes nationales ont été dissoutes. »
{Le Ministre de l'intérieur : Je n'ai pas dit cela.)
Vous l'avez dit, vos paroles sont au Moniteur^ et vous avez même osé ajouter : a Elles sont dissoute, et bien que
la 1^^ impose Tobligation de les reconstituer dans Tannée, noti^ ne le ferons pas sous notre responsabilité person-
Voilà les paroles qu'a prononcées M. le ministre de Tin- ^- ^rî^^^î la Chambre tout entière s'en souvient. {Ouil ouil) £h l>îen, messieurs, c'est là violation la plus flagrante et \ii |Jus audacieuse de la charte.
\ja corruption électorale qui a contribué à la ruine de la testauration ! Mais, sous le Gouvernement de Juillet, elle a été constatée par une enquête éclatante. G& n'est pas tout, il s'est passé en matière électorale un fait plus grave encore, s*il est possible.
Le préfet de Toulouse a pris un arrêté qui interdit toute
réuoion préparatoire en matière d'élection, si ce n'est avec
k permission de l'autorité, tandis que la loi a fait justement
pour les élections une exception formelle. Et cet arrêté, qui
A>e( ainsi les élections dans la main même du pouvoir^ et
fui viole si outrageusement la charte, cet arrêté, dont on
^eut faire un précédent sans doute, n'a point encore été
réformé.
Dii*ai-je un mot de la presse? Âh, messieurs, je serai bien c^ourt. Vous l'avez jetée dans un filet, où elle se débat vainement entre les amendes et la prison, sans pouvoir rompre le fatal réseau. {Rire d'approbation au centre. — Un membre. Tant mieux I)
Vous l'avez jetée garrottée, vaincue, sous les coups des lois de septembre, lois passagères, disiez-vous, lois d'exception^ qu'on devait rapporter dans les temps calmes. Le temps est calme, et cependant vous ne voulez même pas les modifier.
Ne l'avez vous pas livrée encore à cette loi hypocrite sur les annonces judiciaires ; et, comme si ce n'était pas trop d^^ 9 n'avez-vous pas inventé la complicité indirecte et mo- ^d qu'a osé appliquer la chambre des pairs?
{Le mêni$tre Hébert : Je vous dirai un mot de cela. )
Quand vous voudrez, je serai toujours prêt à vous répandre.
^- La restauration avait attaché un écrivain politique au bras
d'un forçat ; et pour ne lui céder en rien, vous avez, ô infamie ! traîné deux journalistes, la chaîne au cou, au travers des provinces du midi.
D'un mot, j'achèverai ce parallèle : La Restauration avait eu ses prodigalités, et vous. Gouvernement à bon marché, vous avez doublé l'impôt! {Exclamations au centre.)
{Une voix : C'est une preuve de la prospérité croissante.)
Oui, Taccroissement de l'impôt est une preuve de la prospérité croissante, quand l'impôt n'est pas dilapidé et jeté en pâture par les chemins de fer à des traitants. La prospérité, vous ne la prenez pas au sérieux.
Il y a prospérité, comme il y a équilibre; il y a équilibre à l'aide d'emprunts nouveaux. Mais revenons au rapprochement.
La Restauration a eu ses rigueurs ; mais vous à qui le peuple des trois jours avait donné le magnifique exemple de la générosité et de la clémence, n'avez-vous pas aussi les vôtres ?
Je vais exciter vos clameurs ; mais la vérité m'oppresse ; sur trente jeunes gens jetés, il y a trois ans, dans les redoutables cachots d'une prison d'Étal, pleins d'ardeur et pleins de vie, vingt-deux sont, à l'heure qu'il est, morts ou agonisants.
{Le Ministre de l'intérieur : Le fait est faux.)
Le fait est faux ! ah! c'est toujours là votre étemelle réponse; le fait est faux! mais il est consigné dans un rapport que nous a fait distribuer un de vos amis, l'honorable M. d^ la Rochefoucauld-Liancourt. Âccusez-le donc de mensonga. il est ici présent, il siège sur vos bancs. Non, non, le fam^ n'est malheureusement que trop établi.
Le lableau est achevé, messieurs. Eh bien, répondez, c fojez-vous consciencieusement que les légitîinbU'S n'ont I>ns pu s'y mcprendie, qu'ils n'ont pas dû croire que, dans Ooile reconstiluliun du passû, ils manquaient véritabIcRifint à l'œuvre? Vous leur avez donné rendez-vous, ils y sont Venus! {A gauche : Trèt bien! très bim! — Bndl et exclamatûmx au centre.)
Vous vous récriez ! calmez-vous maintenant, je vais dire des choses qui sont d'ordinaire plus de votre goût, je vais çwrler des personnes.
I*i-esquti tous les hommes qui avaient servi la Restauration sont demeurés ou sont revenus au pouvoir.
Par qui avez-vous été représenlés à l'étranger, par exemf)le, immédiatement après les trois jours? l'ar un homme €}ui a porté malheur <^ tous les gouvernements, le modèle de ceux qui trahissent la veille de la défaite, et qui, à travers les catastrophes, restant toujours debout, M. de Talleyrand.
Dans l'armée, dans l'administration, dans la magistrature, le personnel est presque identiquement le même ; eeax qui n'avaient pas voulu prêter scrmenld'abord se sont ravisés, el pour la plupart vous leur avez donné de l'avancement .
Mais jusque dans le conseil même de la couronne, presque toujours la majoriié du cabinet est composée d'hommes qui ont servi le gouvernement de la restauration. A ne considérer que les personnes, les légitimistes peuvent donc encore s'y tromper.
Mais la forme, la forme même que vous cherchez à donner à la société actuelle, s'éloigne de plus en plus de la révolution de Juillet, et ceci s'adresse plus particulièrement à ces membres des centres, enfants de la révolution, el pur la plupart fils de leurs œuvres. :
En 1830, vous avez poussé à une révolution populaire
pour qu'elle restât au moins bourgeoise. {On rit.) Eh bien, sous vos yeux on refait une cour et une aristocratie.
A cette époque, nous avions une marine de TÉlat, une armée de l'Ëtat, aujourd'hui c'est la flotte et l'armée du Roi. {Agitation.)
Autrefois on disait : Le gouvernement, et par là on entendait les trois pouvoirs de l'État. Maintenant on ne nous parle plus que du Gouvernement du Roi, et on y mol une sorte d'affectation.
Quand on venait de refaire la charte, et qu'on avait tant d'intérêt à ne pas mécontenter encore ceux qui avaient remporté la victoire, on disait simplement le Gouvernement.
A l'étranger, on parlait au nom du Gouvernement français, et ce mot se comprenait; il y a quelques jours un ambassadeur parlait au nom de son auguste maître. A défaut du cœur, on cherche à porter haut la tête. {Vice interruption. — A gauche : Très bieni très bieni)]
Dans les actes de l'état civil, on exhume de vieilles et ridicules formules dont la bourgeoisie s'amuse.
On se donne gravement du très-haut, très-puissant et très-excellent prince, du très-haut et très-puissant seigneur, comme si la pompe des mots pouvait remplacer la valeur des personnes. {Exclamations prolongées. A tordrel à r ordre I)
{L orateur est rappelé à l'ordre.)
Vous vous courroucez pour bien peu. Disons, si vous voulez : Pouvait ajouter à la valeur des personnes. Etes-vous contents maintenant?
{Au centre : ISmi I non I — Le Président maintient le rappel à l'ordre.)
Et moi je maintiens ma phrase. La roture même, messieurs, la roture ne suffira plus bientôt pour nous représenter à l'étranger. M. Guizot nous parlait hier de sa renommée européenne : elle a pu apparemment se passer de titre;
mais les services, les succès de M. de Salvandy, n'ont pu le mettre à l'abri de la couronne de comte, ainsi que tant (/'autres, que je pourrais nommer.
Ainsi jusque dans ces formes même surannées, obségaleuses, courtisanesques, je suis encore autorisé à dire giie les légitimistes ont bien pu s'y tromper.
£t pour les punir d'une faute qui est plus la vôtre que la leur, que proposez-vous? Deux choses, la flétrissure et la sainteté du serment.
IjC serment ! de quelle efûcacité peut-il être contre des hommes dont vous voulez absolument suspecter la loyauté? lia flétrissure! j'y réponds d'un seul mot, il est de la cofivention....
On voulait noter d'infamie un des membres. Il en fut un qu.i se leva pour dire : « Entre collègues on se fait juger, coi3damner....
{Une voix : Exécuter I)
« On se tue même, mais on ne se déshonore jamais, car 1^ membre flétri, qui reste dans l'assemblée, flétrit l'asseinblée tout entière. » {Mouvements divers. — Â droite et à gauche : Très bien I)
Ah! croyez-moi, vos deux remèdes sont impuissants. Le
st3mal que vous pourriez employer, on vous l'indiquait hier,
c'^^îstde revenir au principe de la révolution de Juillet, à
soMi origine, de vous raviver à sa source, de développer, au
li^u de l'étreindre, le principe de la démocratie.
Quelle puissance n'a pas cet immortel principe !
Nous autres démocrates, nous sommes en petit nombre,
Tm** est-ce pas, sur ces bancs; eh bien, tous tant que vous êtes,
vous passez là successivement devant nous pour le saluer
ce principe et y rendre involontairement hommage. Les
légitimistes ont-ils à se défendre, c'est sur le terrain de la
démocratie; essayent-ils de se faire accepter par le pays,
ce n'est au nom ni de l'absolutisme ni du droit divin, c'est
en parlant le langage de la démocratie. {C'est vrail c'est vrail)
Et vous-même, monsieur le ministre des affaires étrangères, si dans la première phase de la discussion vous vous
êtes montré si puissant contre un orateur d'ordinaire si puissant lui-même, c'est que, pour lutter contre le droit divin, vous étiez passagèrement dans les principes de la révolution, et sur les fondements bien assurés de la démocratie. {Très bieni très bien!)
Revenez donc à elle, car son principe tout puissant est le le seul vrai. Non, non, il n'a pas brillé il y a cinquante ans sur le monde, il ne s'est pas promené à travers tant de champs de bataille, pour ne pas pousser jusqu'au bout les conséquences de son œuvre. Un gouvernement peut le comprimer, le méconnaître; mais soyez convaincus que le triomphe n'est que d'un jour. {A gauche : Très bienI très bienI — Mouvement prolongé.)
mSCODES PRONONCÉ k LA CH\MBRE DES DÉPDTÉS
Mp-SSIELltS,
Depuis 1850, bien des minislcres ont reçu, ont dévoré * Cîs fonds secrets, bien des ministères se sont succédé. Je **ie demande si, pour cela, leur politique en a été meilleure ^i t si, à part d'imperceptibles modifications, elle a été bien ^3isscmblable.
Mon lîspril est préoccupé de ce problème : Pourquoi quelques-uns des hommes qui sont arrivts au pouvoir, inimés de sentiments palriotiques, avec des intentions miroites et pures, n'ont-lls pas pu réaliser le bien qu'ils avaient médité, et n'ont-ils pas toujours empêché tout le mal qu'ils auraient pu prévenir?
|,a cause en est, selon moi, dans te défaut d'unité, d'homogénéité du pouvoir, dans ses tiraillements perpétuels, rfans la coexistence de deux pensées dirigeantes, l'une oflicielle, l'autre cachée : la coalition, disait-on , était une croisade conli-e cet abus; elle avait pour objet d'j apporter un remède énergique; mais le zèle des hommes qui combattaient à sa tête a été bientôt refroidi, le voile avait été soulevé par un intérêt passager : les ambitions satisfaites ou en expticlalive l'ont laissé retomber aussitôt. Je vais essnyer de le faire disparaître et montrer la vérité au pays en m'occu-
pant particulièrement de la politique extérieure; car c'est celle qui engage plus irrémissiblemént la grandeur de la France.
Al
Vous le savez, messieurs, quatre grandes m^^iapi ont agité et agitent encore l'Europe : le principe ae jBÎÈjliHntervention, nos alliances, la liberté des mers et la question d'Orient. Le principe de non-intervention était déjà une modification du principe constitutif et révolutionnaire de Juillet. Après avoir poussé les peuples à la liberté pour effrayer les vieilles monarchies et se faire reconnaître, le trône du 7 août, voulant entrer plus intimement dans la communion des rois, renonce au système de propagande et proclame le principe, moins redoutable pour l'Europe, de la non- intervention. Chaque peuple, mûr pour la liberté, pourra donc Tinaugurcr sur son territoire snns avoir à craindre l'intervention oppressive de la sainte alliance.
C'est le cœur encore palpitant qu'on se rappelle avec quel enthousiasme ce principe fut intronisé dans celte enceinte. De tous les côtés de la salle, lorsque l'honorable M. Laffilte monta à la tribune pour eu poser les bases, retentirent d'unanimes applaudissements. M. le maréchal Soult, au nom de l'armée, le salua de quelques nobles paroles, et il n'est pas jusqu'à M. Dupin lui-même qui ne se soit écrié : « Moi, France, dont la voix doit être entendue dans l'Europe et dans le monde entier, je ne permettrai pas que les autres puissances interviennent. C'est là le langage qu'a tenu le ministère, c'est celui qn'ont tenu les ambassa* deurs de Louis-Philippe, c'est celui que soutiendraient Tarmée, la gaf de nationale, la France entière. » [Bravol bravo I) Eh bien, après ces bravos retentissants, cette proclama-^ tion si solennelle, ces magnifiques paroles, où en sommes* nous tombés? L'Autriche veut entrer dans les légations d'Italie pour étouffer la liberté dans son germe à Modène à Parme, à Bologne^ à Âncônc;
L'honorable maréchal Maison, notre ambassadeur à
tienne, écrit en toute hàle qu'il faut prévenir ses ma-
aiœuvres et jelcr une armée française sur les Alpes; et la
<lé|>ècho, adressée au cabinet, est interceptée pendant plu-
' sieurs jours; le président du conseil n'en a connaissance
I que par hasard, et alore déjà nous n'avions plus qu'à rougir
en présence des faits accomplis. Tel fut, le pays ne le sait
ijue trop, le motif de la retraite de l'honorable M. Laffitte.
Nous avions sacrifié à l'Europe absolutiste le principe
^^ lulélairedela liberté des peuples; où vont être désormais
^WBos alliés? Dans les monarchies? Nullement; elles proGtent
^^Be nos concessions mais en nous repoussant.
^V II ne nous reste plus guère qu'une sympnthie précieuse,
^^Ka Suisse, notre plus ancienne alliée, notre boulevard à
^l^'est, ce sol ami qui nous permet de jeter un pont au travers
des montagnes, entre la France et l'Allemagne. On sait que
1*1 contre-coup du mouvement de Juillet avait appelé dans
^^ <:e pays le parti démoci'alique, le parti français, à la tète des
^HBfTaires. L'Autriche s'en imiuiète et s'en irrite; elle fomente
^^B^es discordes, elle essaye de ramener au pouvoir le parti
^^ TÛlrograde de l'aristocralie; pendant ce temps clic nous
montre l'espoir d'une alliance possible entre un piincc
français et une de ses arcliiducliBsses. La France va faiblir
^B encore : un Hgent provocateur intrigue en Suisse au profil
^^Ê du parti autrichien; le woorort le fait arrêter, et on trouve
^H sur lui un passeport délivré par la France, signé d'un haut
fonctionnaire français : le chef responsable du cabinet,
M. Thicrs, est interpellé à la tribune, et ici encore, comme
M. Laffittednns l'afTaire de la non-intervention, il est réduit
I à répondre : n Oui, comme pi-ésident, j'aurais dû tout
savoir, mais je n'ai pas tout su; j'aurais dû tout savoir, on
I aurait dû tout me dire, on ne m'a pas tout dit La respon-
I fiabilité m'aurait appartenu, si j'avais tout su; elle ne m'ap- IparlieDtpas, parce que je n'ai rien su; quelle excuse vouleï^
vous que ju lasse valoir ? » {Eichiniatioiix au ceiilre. • Mourement prolongé.)
Mais de semblables preuves de l'antagonisme d'une pensée !)[)[iiirenle et d'une pensée cachée se pressent et s'accumulent; voulez-vous voir ces deux («nsécs en opposition dans deux questions des plus palpitantes? elles ne sont qu'ajonrnfH's celles-là, et d'nn moment à l'autre elles peuvent jeter le monde dans une conflagration. C'est la question du droit do visite, i*l la question d'Orient.
Ia quf^tion du droit de visite (sojcz tranquilles, je n'en dirai qu'un mol), je ne reviendrai ni sur son importance pimr notre ]iavi)lou. ni sur son influence pour le commerce du monde; je ne veux parler que de la manière dont on l'a engagée, pourse donner l'appui de notre magnauime alliée, è l'insu du pajs, de la Chambre, du cabinet tui-mènie; tais!>ons parler les amis de M. Mole dans une brochure qu'il est loin d'avoir désavouée :
' Une ni^oi-ialion. y dit-on. était entamée entre les cinq puissances sur l'extension d<*s Initiés de 1851 el de 1855. L'Angleterre solliritait vivement le rabinel, dont M. Moté éuil vht^f, de )iartict[ier à celte négociation. M. Sëbastiani, noin* ambitssadtnir alors, l'en pressait do son cote. Le mînislrv lem|M)ri<ail, cl. ne mutant pas rvpimdre par un rufus ronu«'l. il n'cuTuiuit pas à l'ambassadeur les imlm-tions vtèertMtim: pmir tatitnnitr à n^K<r la ronrcN/ton provisoire qui A' discutait. C«'p«udant, cbiKc incroyable, chose nos «Mi'wpk'. |)(>ut-èlre. dans ks fsstK dipkNiubques, à ' bquolle ntHis »*aj<>ulerii«s fa$ foi, ^ M. Mole ne l'avait I «niriuèv sansen ^r« tlên»mti. M. SétasUau, sans inslrur- Iku», sans nnOonstOmm mittisterifila. st^ne le protocole, et I 9 ■■■yiff «MM h h'rmmtr mm Ir nxurMJmntf, i Finsu du mimtsirt lY^MMaUr, i^ sr$ dxft ttmstilmtiitiuteU. Ré|)éh4ts4o, M. ykM ue iv|K>«wlail [us aux instaocKs ■<" de- NUthlcs trîtistractiiM «le n«4iv aiuboïsailtfur; c'ètaîl assts
:ui indiquci' sa conduilL-, c'élail assez lui dire que, jusqu'à nouvel ordre, il dcvail suspendre ut s'abtileuir. h
Muintenanl, inessieuts, voulez-vous que je vous rappelle ;oe que disail M, Mol« lui-même?
Je reçus de notre ambassadeur de Londres, et c'est ce 'nt que je mettais le plus d'intérêt à constater, une pêche oit il m'annonçait qu'il avait signé h protocole. Il •Sac demandait de nouveau des inslruclioiis, et me disait (il n'y en a de ti'-moignage que sa lettre) qu'il avait fait, avec rd Piilnierston, les réserves les plus positives pour con- Tver la liberté de la France dans les négociations. » Puis, dans sa réplique à M. Guizot, M. Mole ajoute ces roiessigniriealives :
« Au mois de décembre 1858, je reçus, à ma grande rprise, l'adhésion de l'ambassadeur français au protocole, dhétion que je n'avais pas autorisée. »
El vous savi'Z, messieurs, si M. Sébastiaui a clé désavoué! Vous vnjez donc là encore qu'il y a en deliors du cabinet, de la volonté de la chambre, du pays, daus une de ces questions qui ont le plus agile la libre nationale, le plus ému sa noble fierté, qu'il y a eu un engagement funeste
pour le pays
[Une vaix an centre: Qui donc dit cela?) C'est M. Mole, et il n'a pns été démenti.
Et dans une circonstance non moins grave, dans l'alTaire d'Orienl, la France a-t-ellc été liée d'une manière plus constitutionnelle? et ici je ne crains pas de faire appel aux souvenirs de M. le ministre des affaires étrangères luimême. Voici ce qu'écrivait lord Palmcrston à son représenlautà Paris, M. Bulwer, le 2-2 juillet 1S40 :
" Le premier passage du mémorandum était celui où il «si dit que le pl:in soumis il y a quelque lem|is;i la France [Miur réconcilier Mehcmet-Ali et le sullan, avait été suggéré par les idées de l'ambassadeur français à Londres. M. Guizot
iTie fil observer que si ce passage avait pour but d'impliquer que le comte Sébastiani ayant proposé le plan auquel on faisait allusion, avec l'autorisation du Gouvernement français, ce même Gouvernement agissait d'une manière inconséquente en proposant un plan à une époque, puis en le rejetant un peu plus tard, il était de son devoir de contester l'exactitude de cetle imputation. Le comte Sébastiani avait^ disait-il, proposé ce plan de lui-même, sans y être autorité par le cabinet françaisy et la preuve, c'est qu'il n'en existait pas de trace dans les archives de l'ambassade française.
(c Je lui répondis que j'étais prêt à admettre que le comte Sébastiani eût fait cette proposition sans en avoir reçu l'instruction ; puis j'ajoutai que je vous avais fait part de ce plan, el que vous m'aviez informé qu'il ne cadrait pa$ du tout avec le langage et les opinions du maréchal SouUj dont le plan différait de celui du comte Sébastiani.
(c Je montrai alors à M. Guizot la dépêche que je vous avais envoyée en septembre dernier, pour lui prouver que ce plan avait été mis en avant d'une manière plus formelle que ne l'eût été un plan perdu proposé person^ nellement par le comte; d'autant plus que ce dernier m.' avait faitcomprendre que si le gouvernement britannique accédait à cet arrangement, la France concourrait aux mesures coercitives à employer pour en assurer l'exécution.
« J'ai ajouté à M. Guizol qu'il était impossible de séparer, ainsi qu'il le faisait dans son raisonnement, le caractère individuel du caractère public chez un ambassadeur, surtout lorsque cet ambassadeur conversait avec un secrétaire d'État, dans une entrevue oflicielle, sur des dépêches que cet ambassadeur venait de recevoir de sa cour. J'ajoutai qu/l était bien connu que le comte Sébastiani était en cornmunicalion « directe et confidentielle avec le roi des Frarir çais, » et que lors même qu'il n'y aurait aucune trace de ce plan dam les archives publiques de l' ambassade française
c^ ne serait pas une preuve concluante que le comte eût parlé ^ans autorisation. » {Vive réclamation au centte.)
(Une fxnx : Cest r Anglais qui dit cela), ^
« Oui y c'est l'Anglais, mais c'est ce même Anglais qui exalte chaque jour M. Guizot comme le plus grand homme d'Ëtat, et je porte à M. Guizot le défi de démentir lord Palmerston .
Vous le voyez donc, messieui^, dans les quatre plus
^ndes questions qui aient été î^oulevées sur la politique
ertérieure depuis 1830, vous trouvez, pour faire ressortir
cette pensée latente qui pèse et agit dans un sens opposé au
voeu du pays, vous trouvez le témoignage des hommes émi-
neots qui ont passé au pouvoir. C'est M. LadGtte, dans la
non-intervention ; c'est M. Thiers, qu'on ne peut pas soup-
ç3CiBer de manquer de dévouement à la dynastie de Juillet,
dans la question suisse; c'est M. Mole, dans la question du
droit de visite, qui se plaint amèrement d'avoir été lié par
un ambassadeur, sans que cet ambassadeur ait reçu une
sei:ile dépêche du ministère.
(Réclamations au centre. — A gauche : Cest vrail) Le maréchal Sébastiani réclame pour lui seul la responr scM^hUité de ses actes.
{Le ministre de la guerre déclare le fait faux.) Je répète que j'énonce le fait, emprunté textuellement aux paroles de M. Mole d'une part, de l'autre à un document diplomatique officiel de lord Palmerston. Le pays jugera.
Maintenant pour vous autres membres de la majorité qui, îl'eTi suis convaincu ....
(Pne voix au centre : Ah l voyons I) Tous verrez tout à l'heure; permettez, avec la meilleure întenlion, je ne puis dire qu'une parole à la fois.
Je dis aux membres de la majorité : vous qui sans doute voulez l'exécution de la constitution, trouvez-vous bon,
dans cerlaincs circonstances, qu'un pouvoir irresponsable. . . .
(Vives réclamations au centre. — iMerruptions prolongées.)
Messieurs, le langage que je viens de tenir.... (Bruit).
Le langage que je viensde tenir a été combattu par toutes les majorités qui ont abusé du pouvoir ; aussi je ne m'émeus pas de ce tumulte, je m'y attendais. Dès qu'on a essayé de soutenir le juste équilibre des pouvoirs, ce qui est un langage constitutionnel, elles se sont récriées, pour donner le change, contre les prétendues atteintes qu'on essayerait de porter à l'inviolabilité de la couronne ; et M. Guizot luimême, qui demandait tout à l'heure qu'on me rappelât à Tordre, doit le savoir mieux que personne ; je puis citer un passage d'un de ses discours qui le prouve d'une manière irréfragable. M. Guizot disait, lors de la coalition :
c< Sous la monarchie constitutionnelle, je ne connais rien de plus anti-monarchique et de plus inconstitutionnel à la fois que l'attitude. . .
M. Guizot n'écrit ces sortes de choses que quand il est, je vous l'ai dit, dans la coalition. « Rien donc, disait-il, n'est plus inconstitutionnel que l'altitude et le langage du cabinet dans ce débal. Non, ce n'est pas la royauté que nous y avons appelée; nous lui portons le plus profond respect; nous savons combien sa présence, sa force sont nécessaires à la France, quels services elle lui a rendus et doit lui rendre encore. »
(Une voix au centre: Mais, c'est très-bien l)
Attendez, vous allez voir; ne vous pressez pas; ceci n'est que pour faire passer le reste. (On rit.)
« Qu'elle déploie donc librement, pleinement ces prérogatives; que dans ses conseils elle éclaire, elle persuade ses conseillers et exerce sur eux toute son influence, c'est son droit; vous, c'est votre devoir de l'éclairer aussi, de la persuader, de faire pénétrer auprès d'elle l'influence du
— loi — pays. Et puis, vous viendrez riîpondre au pays de tout ce «ju'iOle aura fait par voire conseil ou de vothe aveu. > (.if. Guisot : Oui, de, mon aveu, il n'y a pas de doute. ) Par votre mmeil ou par voire aceu. » Nolez bien es deui expressions, messieurs, j'en accepte le principe, let je demande mainUinanl sincèremcnl, loyalement, au ■centre, en le priant de ne pas se passionner, s'il est poslîble; je le demande, à M. Guizot lui-même, si c'est agir diaprés le conseil d'un cabinet, avec l'aveu d'un cabinet, de l'engager, sans sa participation, à son insu, en "arrière de lui, rurtivement, et de lui soustraire une dépêche qui va décider de la résolution du pays? [Exclor Tnationau centre.)
t(M. Guizot : Cela n'a jamais été.) OueM. Larfite, qui est ici présent, prenne la parole pour me démenlir; que les amis de M. Mole se lèvent pour me tonfondre et rétracter ses paroles; que M. Thiers, de son ianc, désavoue ces expressions accusatrices: « Je n'ai pas tout vu, je n'ai pas tout su. »
(M. (luisot : C'était sous sa responsabilité.) Entendez-vous bien : « Je n'ai pas tout su et je ne ptitx tire respirnsabte, »
[Le ministre de l'intérieur : Il ij a toujours nn ministre retponsabk.) I.a question n'est pas de savoirs'il y a toujours un ministre pn>l à être responsable, mais s'il peut être légalement, iionorablemenl responsable quand il n'a pas vu ou n'a pas su, et je demande au pays si, dans les circonstances que je ïicns de signaler, c'est là agir de l'aveu de son ministère ou , sans son ministère?
{L'orateur se trouve interrompv par des rcclaviations \»ur le banc des ministres.)
On veut donc me forcer à relire le passage du discours de tu. Thiers :
Moniteur, chambre des députés ^ séance du 13 ^a/it?iarl837.
« Oui, comme président, j'aurais dû tout savoir, mais je n'ai pas tout su ; j'aurais dû tout savoir, on aurait dû tout me dire, on ne m'a pas tout dit. La responsabilité m'aurait appartenu si j'avais tout su; elle ne m'appartient pas, parce que je n*ai rien su.
A Quelles excuses voulez-vous que je fasse valoir auprès de vous? »
NouTelle interruption par Guizot, chef du cabinet.
Il demande à expliquer sa théorie de la responsabilité ministérielle, et dît que tout ce qui a été fait a toujours été pris par un ministre sous sa responsabilité ; qu*il est inconstitutionnel de retirer ses faits de la sphère de la responsabilité des ministres, qui ne les ont point désavoués, pour les porter ailleurs, sous le manteau d'un autre pouvoir, qui ne doit jamais apparaître dans le débat.
Pour que ce raisonnement soit bon et concluant^ il ne lui manque qu'une chose : d'être appuyé sur les principes des véritables gouvernements représentatifs, et notamment sur ceux de l'Angleterre, qu'on aime à nous citer sans cesse, et que M. Guizot se plaisait, sur la question même, à invoquer tout récemment à cette tribune.
À propos de la proposition sur les incompatibilités, la chambre se souvient qu'il s'est élevé un incident grave, qui a fait scandale dans le pays, que je ne veux pas réveiller; c'est alors que M. le ministre des affaires étrangères, pour parer à une position difficile, s'est écrié, touchant ces faits qu'on était loin de lui imputer, qu'il les prenait sous sa responsabilité personnelle. Je n'accuse pas, sans doute, son dévouement; je n'accuse pas sa générosité mémie, s'il le veut.
k ces mots, de violents murmures éclatent an centre de rassemblée et sur les bancs d^s ministres ; des cris : « à Tordre ! > se font entendre. Le président interpellant Torateur lui dit que ses paroles sont contraires aux
principes constitutionnels, et qu*il doit abandonner la voie dans laquelle il s*engage.
L'orateur avec force se tournant vers le président :
Je m'engagerai dans celle voie parce qu'elle esl la seule Fraie et la seule conslitutionnelle ; je le prouverai, pour peu qu'on veuille me laisser parler.
(^Les exclamations el les cris : à Vordrel recommenr terU.)
tes cris, pour être les moyens oppressifs des majorités, n'en sont pas pour cela de meilleures raisons.
Je disais donc que dernièrement M. Guizot, en prenant sotjs sa responsabilité un fait qu'on considérait comme lui ét3.iit étranger, manquait à la logique, qui veut que la responsabilité ne pèse qu'où est la liberté d'action, el aux véritables principes des gouvernements constitutionnels, et je le démontre.
En 1783, dans le parlement d'Angleterre, une question
identique à celle qui vous jette dans un tel tumulte était
soulevée. Il s'agissait du bill des Indes. Ce bill était sur le
point de passer; tout à coup circule dans le parlement le
bruit que le roi s'était plaint vivement à quelques membres
que le bill eût obtenu une première lecture, et qu'il agissait
sur eux, individuellement, pour le faire échouer. C'était
bien là comme ici, vous le voyez, la question de l'équilibre
du pouvoir.
Aussitôt la chambre des communes, se considérant comme gardienne de la constitution^ se saisit de l'affaire. On lui propose de déclarer que, invoquer l'opinion ou la prétendu! opinion de S. H. sur un bill présenté à la délibération des chambres, dans la vue d'influencer le vole de leurs membres, est une conduite criminelle, portant atteinte i rhooneur de la couronne, aux privilèges du parlement, et faite pour renverser la constitution.
Fox, encore ministre^ soutient la motion avec une grande
énergie. Il examine librement, hardiment, sans perdre le respect pour la couronne, toutes les questions de principes qui se rattachaient à cet incident. « Le momeni est venu, s'écria-t-il, de nous opposer à la destruction de notre constitution. Il nous faut prouver que nous pouvons encore avoir une volonté à nous, et que nous repoussons l'idée de n'être que l'écho d'une secrète influence. Est-il possible de supposer que tout homme raisonnable n'apercevra pas qu'en laissant dégrader le corps dont il fait partie, il se dégrade lui-même? »
« Si le parlement ne possède plus assez de force pour défendre ses droits, tout espoir s'évanouit bientôt, et Vinfluence secrète triomphe. Un parlement réduit à cet état méprisable, sans idée de liberté, sans volonté d'indépendance, loin de restreindre les prérogatives de la covronne^ contribue au contraire à les accroître et à les étendre au delà de toute mesure... De vrais Anglais ne peuvent pas plus se soumettre à une influence secrète qu'à la violence même, et je suis convaincu qu'ils ne sont pas plus décidés à résister à l'insulte et à l'invasion étrangère qu'à la conspiration qui éclate dans cette séance contre notre constitution. »
Fox ajoute que ce changement d'opinion qu'il caractérise ainsi, était le résultat d'une influence secrète qui se tient à l'écart de toute discmsion^ et qui entraine ceux qui l'écoutent à trahir l'honneur et le devoir, plutôt que d'oser déplaire en rien à leur souverain.
Les adversaires de Fox gardaient sur l'incident un silence systématique ; Fox les provoquait ainsi :
« Si le noble lord le veut, il peut détruire toute espèce de soupçon ; il peut désavouer ces bruits, il est de son devoir de le faire. »
Puis, ne reculant devant aucune des difficultés de la question, il disait:
c( On a parlé de la captivité du roi sur le trône, du mo-
ment qu'il n'agirait que par ses ministres, et il semblerait que la constitution anglaise fût encore inconnue. On allègue la maxime que jamais le roi ne peut avoir tort, et que, quelque faute dont le pouvoir executif puisse se rendre coupable, le roi seul en est innocent. Mais comment cela se jioil-il entendre? Ce n'est pas en souffrant que l'oppression et la tyrannie exercent leur pouvoir avec impunité; non, cerliiinement. Mais le ministre qui propose et conseille une mesure en doit répondre devant les Anglais jaloux de leurs rfmils. Telle est la différence entre la monarchie absolue et la monarchie limitée, que, dans Tune, le souverain est despote et peut faire ce qui lui plait ; tandis que, dans l'autre^ il redite soumis à la loij et n'est pas libre par conséquent de ^^ laisser guider par ceux qui ne sont pas responsables devont cette loi de l'avis qu'ils auraient donné. Aussi la constitution lui donne-t-elle le droit d'opposer son refus à ioiat acte qui ne comporterait pas cette responsabilité, jifaw ce Tè'est pas pour en abuser d'une manière arbitraire que la loi lui a conféré cette prérogative.
«c S'écarter de ce point est agir d'une manière inconHitulionnelle. »
« Si donc S. M. voulait arrêter la marche de la législature et faisait connaître sa disposition d'opposer son refus à tel ou tel a£te de ce corps par des moyens insidieux^ cachés et impossibles à combattre: si, loin de consulter ses fninisires^ elle les laissait exposés à défendre les conséçuejhces de sa détermination^ dès lors tout serait en péril, car la constitution n'a même pas prévu ce cas. Rendons gràœs à Dieu de ce que la constitution n'ait pas prévu une circonstance si dangereuse pour la chose publique! »
£t s'il vous fallait, messieurs, dans les enseignements de "'histoire une situation plus semblable encore, je l'emprunterais aux premiers temps du règne de Guillaume III. Lorsque ce prince, qui n'a pas attendu, lui, l'heureuse
issue d'une révolution, mais qui est venu la dénouer par l'épée, est monté sur le trône d'Angleterre, toutes ces questions qui vous irritrnt, il les a vu agiter, sans haine et sans colère. On comprend, en elfel, qu'une dynastie naissante puisse s'égarer dans une voie mauvaise; mais alors il est du devoir du parlement de la réduire à ses véritables limites et de faire respecter la constitution.
(M. Guizot : Mais vom la violez y vous.)
Ces interruptions sont-elles bien loyales? Eh quoi, en présence de ces précédents de l'Angleterre, devant lesquels vous vous inclinez toujours vous-môme, vous osez sérieusement soutenir que je viole la constitution! J'en appelle à l'impartialité du pays, et je le fais juge de la question de savoir si je ne suis pas si souvent interrompu que parce que je ne suis que trop bien dans la constitution.
Eh bien, je disque Guillaume III, qui était resté, lui, le représentant du parti révolutionnaire, le continuateur du parti national, qui avait à lutter au dehors contre les forces de l'Europe, contre cette monarchie universelle à laquelle aspirait Louis XIV ; qui avait à lutter au dedans contre les sourdes menées des jacobiles et de la légitimité déchue, demanda vainement une augmentation de subsides, Térection de quelques citadelles, l'augmentation de l'armée: les subsides furent refusés, les citadelles repoussées, l'armée, au milieu de tant de dangers, réduite, le croirait-on! à sept mille hommes. Une enquête fut ordonnée à deux reprises différentes par le parlement, relativement à des ordres donnés par le monarque. C'était un grand homme d'État, supérieur à presque tout ce qui l'environnait, et qui, à plusieurs reprises, s'était immiscé, avec succès du moins, dans les négociations extérieures. Le parlement le lui interdit cependant ; il fit plus: pensant qu'un fondateur de dynastie peut se laisser entraîner plus facilement vers les intérêts de race ou de famille que vers les intérêts sacrés du pays, il
limita les droits de la couronne dans un bill spécial. Voilà ce qu*a fait le parlement anglais. Oserez-vous dire maintenant que, pour avoir sauvegardé les franchises et les libertés du pays, il soit sorti de la conslitulion, et ait fait Guillaume moins glorieux et l'AngletiTre moins puissante?
Je me résume d'un mot : vous, vous avez livré notre indépendance et nos libertés, et sur la pente périlleuse et fatale où le pouvoir est placé, privé du concours et de la confiance du pays, il ne lui reste plus que deux moyens précaires de gouvernement : la corruption et la violence. {Murmures au centre. — Approbation à gauche.)
DISCOURS PRONONCÉ A LA CHAMBRE DES DËPUTÉS
DANS U DISCUSSION DU BUDGET CONCLUANT A DEGREVER DB L^IXPOT LES CLASSES PAUYRB8
(18 juillet 1844)
Messieurs,
Au point où en est arrivée la session, je n'ai point la prétention de me livrer à une discussion approfondie. Je veux simplement recommander une grave et redoutable question aux méditations de la chambre.
Toutes les fois que le parti démocratique a demandé la diminution d'un impôt onéreux, accablant, d'un impôt indirect enfin, celui qui pèse plus particulièrement sur les classes pauvres, on n'a jamais manqué de lui répondre que ses plaintes étaient légitimes, mais qu'il y avait impossibilité d'allégement, que les ressources du trésor étaient taries et les balances du budget équilibrées de telle façon qu'il serait impossible de retirer d'un côté sans à l'instant même creuser un déficit de Tautre. En aucun temps ces raisons ne nous ont paru concluantes; mais bien moins que jamais elles ne peuvent prévaloir aujourd'hui.
Que venons-nous de voir, en effet? On nous apprend qu'une loi récente, la loi des patentes, vient tout à coup, d'une façon inattendue, d'apporter un dégrèvement d'impôts de 7 millions. Ce dégrèvement, a-t-on ajouté, n'a
laissé aucun vide dans les coffres de l'État, d'autres resg^i^rces l'ont comblé et fait disparaître.
Je m'en félicite, messieurs, à un certain point de vue : çl^si que cet essai doit vous rassurer puisqu'il démontre * Qiiele désordre et le chaos ne sont point au bout des plus m^entes améliorations. L'impôt qui frappait sur certaines classes moyennes a pu être diminué impunément et sans danger pour lÉtat, tant mieux ; mais n'aurait-il pas pu, û'aurait-il pas dû l'être préférablement au profit des classes les plus pauvres, les plus réellement misérables? Telle est la question que je soumets à la sollicitude du pays et de la chambre. De l'aveu de tous, en effet, l'impôt indirect n'est-il point arrivé, pour les classes ouvrières, aux dernières limites du possible ? Ne pcut.-il plus être supporté davantage par Timmense majorité du pays sans danger, sans danger imminent pour le pays même?
Cet état alarmant, tout concourt à le constater: les coalitions d'ouvriers sans cesse renaissantes, et vos propres statistiques.
J'insiste sur ce point que ce n'est point ici une question politique, mais une question de justice et d'humanité ; je ne m'adresse pas aux passions de la chambre, mais à ses sentiments les plus élevés et les plus généreux.
Oui, messieui*s, croyez-moi, il est temps, il est grand temps de sonder ces difliciles problèmes : car les coalitions ne sont point, comme le Gouvernement parait le penser, un fait passager, qu'il faut oublier dès qu'il est réprimé ; c'est le symptôme incessant, continuellement renouvelé, la manifestation, diverse en apparence, d'un fait au fond toujours le même, d'un malaise profond au sein des classes pauvres. C'est la question du paupérisme, du prolétariat qui bouillonne et s'agite, non-seulement sur la surface de notre France, mais dans toute la civilisation de la vieille £urope.
— no —
Voyez donc : depuis 1842 seulement, vingt-deux coalitions, j'en ai là le relèveront éclate, ont été punies dans la plupart des professions et sur tous les points de notre territoire; vingt-deux coalitions dans un si court espace! On les a réprimées, c'était justice : il Faut sans doute que force reste à la loi * mais à quelles conditions? Que la loi sera possible et équitable, et que Forage passé on s'occupera sans relâche des moyens de le conjurer de nouveau, qu'on sondera d'une main persévérante et fraternelle la profondeur du mal, qu'on préparera un meilleur avenir.
Ces promesses, le Gouvernement a senti à plusieurs reprises la nécessité de les faire. Ainsi, en 1831, quand des événements, de lamentable mémoire, ont ensanglanté lesol de la deuxième ville du royaume, que répondit Casimir Porier à cette sombre et funèbre devise : « Vivre en travaillant, ou mourir en combattant? » Les conditions du travail sont changées, s'écria- t-il, et je n'aurai point de repos que le problème ne soit résolu , et que ses lois véritables ne soient reconnues et posées. Le cours impétueux des événements a emporté, au milieu du tumulte et du combat, les dernières années de sa vie. Le problème a été oublié; depuis 1 83 i , qu'avez-vous essayé, qu'avez-vousfait? rien ! et pourtant le peuple souffre sans qu'une lueur d'espérance brille à l'horizon.
En 1840, j'en conviens, le Gouvernement a été tellement effrayé des progrès du paupérisme qu'il a ordonné une enquête. Mais, il faut le dire aussi, les résultats de cette enquête l'ont alarmé à ce point qu'il n'a pas osé les faire connaître.
Si cependant les résultats de l'enquête n'ont pas été ofGciellemrnt connus, n'cst-il pas possible de les suppléer? Il est des statisticiens appartenant au parti conservateur qui se sont livrés aux travaux les plus sérieux à cet égard, et ils établissent que le chiffre de l'indigence pour les localités
iîHweTpôôrTës campagDfâ s lileve, i l'heare qu'il est, i 8 millions au mnins. {Dénégations au centre..)
Messieurs, cela est incoiiti'sUiblu 1
{Cne voix : Mai» les caisses d'épargne démmtenl cette as»ertion.)
Les caisses d'épargne ! elle sonL bonnes pour ceux qui ne meurent pas de Faim comme les 8 millions d'indiyenls dont je parle, el si vous niez l'exaclilude ducliil'fre, je vous rennoie à SI. de Morogues, dont vous ne suspecterez pas le lémoigna^e.
Le chiffre accepté, et je le répèle, il ne peut pas être rai- •onnablement contesié, voyez, messieurs, combien la progression du paupérisme a élé effrayante.
En 1790, l'Assemblée consiiluuntc avait ordonné un re-
'é des classes indigentes; le respectable M. de la Roche-
icauld-Liancourt fut nommé rapporteur; il arriva à ce
ultat qu'il y avait trois millions de pauvres en France. Eh bien, depuis celle époque, la population s'est accrue de neuf millions sur les(|u<.'ls il y a cinq millions de misérables. {Mouvement prolongé.)
{Une voir, a« centre. Cela n'est pas possible.)
Cela n'est pas possible ! hélas ! ji; le voudrais; mais je n'ai que reei à répondre : Vous aviz fait une enquête officielle, ]tuliliez-la, si vous l'osez, je vous en porte le défi I [Mouv-ement.)
Mais vous allez vous convaincre vous-mêmes qu'il ne peut ta âtre autrement. Des esprits graves, des cœurs géuéreux ont recherché quelle était en France la moyenne du salaire parjourdctrnvail. AvnnllTSy, ilerbin et les statisliciensdc l'époque l'ont unanimement évaluée à Ifr.; on s'est elTorcé
(lier la moycntic d'aujourd'hui ; M. de Moroguesa établi le, par suite des chômages continuels el applicables à lou-
les induslrie*', elle éLiil de 08 ceiiliines au plus. L Charles Dopin l'a jtorlée à 1 fr. 15 c. Or, les impâlsont
— dis —
augmenta, les objets de première nécessité ont augmenté dans la proportion du quart au tiers au moins, la main d'oeuvre n'a pas suivi celle prc^ression, d^où la conséquence tirée par plusieurs économisles que l'ouvrier gagne à peine aujourd'hui en sept jours ce que l'ouvrier d'avant 1789 gagnait en six.
Voilà pourtant les conséquences d'une révolution faite par les classes ouvrières, en leur nom, mais dont le profit a été jusqu'ici exploité conlre elles.
Ce résultat déplorable, je ne l'apporte pas à cette tribune pour rabaisser mon pays, à Dieu ne plaise; car ce mal ne lui est pas particulier, il est partout, partout à l'ordre du jour; il travaille, il ronge à la fois, comme une lèpre envahissante, l'Angleterre, l'Irlande, l'Espagne, rÂllemague, la Prusse, rilalie. Mais je dis aussi avec bonheur, avec fierté, plus que tout autre la France a dans ses mains le remède, dès qu'elle voudra sérieusement l'appliquer, parce que, plus que lout autre, elle a dans ses ressources lerritoriales d'inépuisables richesses. {Très bien! très bieni) Le mai n'est rien pour quiconque a le courage de le regarder en face; mais, messieurs, je vous en conjure, au lieu d'attendre l'impulsion, sachons la donner : que la France ne reste point inactive, quand le roi de Prusse vient résolument de poser devant un pays engourdi par les plaisirs et le despotisme, la grande, l'immense question du paupérisme.
Vous sembliez, il y un instant, trouver exagérées les statisliques que jecilais; mais considérez, je vous prie, qu'elles sont fortiûées par mille autres documents.
Ainsi, ne savez-vous pas aussi bien que moi d'où sortent la plupart des malheureux que la prison réclame? de quelques grands centres d'industrie. Les départements maiiuracturiers fournissent aux cours d'assises un nombre d'accusés double de celui que présentent les départements
âgricolis. Or, que penser de l'organisation actuelle du travail, si le bagne se reci'ule dans les ateliers ?
Tout mariage est uniiccroissement de charges. Voilà donc la famille faisant place au concubinage. Delà tant d'infortiinôs enfants trouvés morts au coin des bornes, et jusque sous le péristyle de ce palais. La stalistique vient encore ici naus apprendre que le cliiffre d'infanticides provenant de nos quatorze départements industriels est du tiers de celui fourni par le reste de la France.
Nous pourrions multiplier ces désolantes preuves : à Paris, I sur 12r»07 femmes inscrites au registre public de la pros- Jtitulion, les villes en fournissent 8641; et toutes apjiar- JCiennenlà la classe des artisans. Et combien d'autres encore resteraient honnêtes pour lesquelles la débauche n'est gu'un supplément au salaire insuflisanl.
Toujours, toujours les plus grands maux où Tindustrie •£« choisi son théâtre!
Il est un autre fait non moins signiQcatif et qui frappe
i.>ieQ péniblement nos administrateurs, je ne serai démenti
^ cet égard par aucun des militaires qui siègent dans cette
tjnceinle ; c'est la dégénérescence de nos classes, l'abàlardis-
:nt de nos milices.
M. Charles Dupin disait à la Chambre des pairs.... (In-
terruplion.)
Messieurs, vous avez tout intérêt à ra'eutendre; d'abord M sera beaucoup plus court. {On rit.)
M. Charles Dupin disait donc que, sur 10 000 jeunes gens appelés à sup|iorlcr les fatigues de ta guerre, les dix Jépartemcnis les plus manufacturiers de la France présentaient 91)80 infirmes ou difformes, tandis que les départeiiienls agricoles n'en présentent que 402îf. En 1857, pour avoir 100 hommes valides, il fallut en repousser 170 à Rouen, lî)7àNimes, 108 àElhouf, lOO à Muliiouse. Ajcz donc le courage de reconnaître que le paupérisme a LKUHu-Rui-u.i. — i s
fait des progi'ès effrayaiils, que son invasion vous menact;, qu'il n'y a plus un instant à perdre, et qu'il faut rariêter. J'ai proclamé en commençant que c'était une (Question de justice et d'humanité, et le temps seulement que j'ai parlé, j'ai presque io droit de dire que c'est devenu [jour vous une question de sécurité. {Mouvement.)
Mais ne l'oublions pas, je le répèle encore, le remt^de dans ce pays est à cdlé du mal !
Il est d'une application difficile sans doute, comme toute question sociale, mais impossilite, ne le croyez pas, car il n'est pas un obus déraciné, détruit, pas un seul auquel on n'ait appliqué ce mol, et cependant le temps a marché pour les améliorations môme qui ont éprouve le plus de résistance. A force d'ouvrir les yeux, on a fini par être frappé de la clarté du jour.
Aujourd'hui, je n'ai voulu que poser la question devant des hommes expérimentés, pour les mettre en demeure et appeler leur sérieux examen.
Ce n'est point à la course que s'iuiprovIsenL de Lelles solutions; si cependant il fallait, en quelques mots, indiquer que les obstacles ne sont pas insurmontables, et que te parti démocratique, loin de s'acharner à critiquer sans cesse, se préoccupe de ces graves problèmes de l'avenir, vous me permettriez bien de rappeler que, si en 1825, on avait suivi ta pensée de M. de Villèle qui était d'employer à l'amortissement la réduction de l pour 100 sur l'intérêt de la rente, vous auriez, en 1855, soldé 3 milliards de votre dette 5 pour 100.
Je dirais encore qu'en réduisant l'intérêt de la dette aujourd'liui, vous pourriez presque supprimer cet impôt si exorbitant du sel. {Une voix : Ce rCest pas possible.) Je dis presque. Comptez : L'impôt du sel est de 66 niillioDs, l'intérêt à réduire est de 4-i millions, j'ai donc raison de dire qiie vous pourrieit vn abolir la plus grande partie.
Ne serait-il pas possible, quelques hommes pratiques et sérieux le pensent, de proléger, momentanément au moins, le travail national, d'établir équitablement un enregistrement proportionnel et progressif sur les successions, de commanditer le travail avec les capitaux des caisses d'épargne, de rapprocher le travail de l'ouvrier à Taide des chemins de fer exploités par l'État, de supprimer autant que possible les intermédiaires en donnant une nouvelle constitution aux banques.
Il y a plus, un ministre, un homme expérimenté, a indiqué le moyen d'augmenter en vingt ans de 1 milliard par an le revenu agricole de la France, en livrant à la culture les communaux stériles ou presque improductifs.
Retenez bien que ce n'est là qu'une esquisse imparfaite et rapide où je pose aujourd'hui la question, je ne saurais trop le répéter, sans avoir la prétention de la traiter. [Emile de Girardin : Traitez4a.) Vous savez bien, monsieur, que dans l'état de fatigue et d'épuisement où se trouve la Chambre, je serais arrêté, et par vous-même, si j'y donhais le moindre développement. C'est donc lin inutile déû. Ce que j'ai voulu, je l'ai fait; car je ne voulais qu'attirer l'attention du pays sur d'intolérables douleurs, réveiller la sollicitude de la Chambre, faire comprendre que la répression n'était légitime qu'à la condition d'étudier les causes du mal. Ce que j'ai voulu encore, c'était de rétablir la question sur son propre terrain, pour qu'on ne reprochât plus stupidement au parti démocratique de demander la ruine du capital, la ruine du fabricant, la ruine du consommateur, la ruine du pays dans sa concurrence avec l'étranger, en demandant l'augmentation du salaire. Dans l'état actuel, augmenter le salaire, c'est, en effet, provoquer tous ces maux ; aussi le parti démocratique n'y a-i-il jamais songé. Non, non, n'augmentez pas le salaire, diminuez-le si vous pouvez, mais alors, et pour Dieu, dimi-
nuez l'impôt qui pèse si lourdement sur lui, l'impôt indirect qui frappe sur le travail, sur la faim, oui, sur la faim, au lieu de tomber sur le revenu net. Enrichissez le pays par d'autres voies, mais diminuez l'impôt indirect qui, au lieu d'affecter les citoyens en proportion de leurs fortunes les atteint en sens inverse, puisqu'il a été établi que Touvrier paye quatre fois l'impôt du vin, huit fois l'impôt du pain, quand le riche ne le paye que deux fois.
Dernièrement, messieurs, on nous parlait d'argent à donner encore, on nous entretenait de certains malaises, on cherchait à nous faire comprendre certaines doléances pour arriver enfin, disait-on, à éclairer le pays. Les misères dont je viens d'exposer ici le fidèle et sinistre tableau valent bien d'autres misères ; je les recommande, pendant Tinter- Talle de la session, à toute la sollicitude du pay^ et aux méditations du rédacteur extraordinaire du Moniteur. {EsÊdamalions et runuurs au ceuire. À gauche: Très InenI trèsUehl)
MANIFESTE AUX TRAÏAILLEnBS
TES DES rfiiTio^s !
Le jour où je me suis présenlé devant les électeurs de la Sarthe, j'ai dit :
Sans la réforme électorale, tout progrès pacifique est impossible; il faut que chaque citoyen soit électeur, il faut que le député soit l'homme de la nation, non de la fortune ; mais le pays exige davantage ; de grandes questions ont été posées et peuvent être résolues; de grandes soulîrances se sont révélées et demandent satisfaction. La n-forme politique ne peut être qu'un moyen pour réaliser de justes améliorations sociales. C'est par cette tendance fraternelle et sympathique, c'est à ce point de vue élevé de l'amour du peuple que le parti démocratique se distingue surtout, et profondément, des autres partis éclos de la révoluliou de Juillet; et c'est ainsi que je comprends ma mission. »
Cette grande question des travailleurs, dont les cœurs justes et les hons esprits sont préoccupés depuis si longtemps, cette question vitale que mon illustre ami, M. Arago, Sïait déjil fait apparaître à la tribune, le progrès incessant des idées m*a permis de la poser, à la fin de la session dernière, devant la Chambre des députés. Pour mes amis et pour moi, ce sera une des tâches de la session prochaine ;
aux discussions si importantes de la session actuelle, nous joindrons ainsi l'affaire essentielle de notre temps.
Si nous nous sommes réunis, de tous nos moyens et de loute notre sympathie, aux écrivains de la Réforme^ c'est que les questions politiques et sociales se confondent indissolublement dans leur esprit. La Ré former la Revue Independante seront, dans la presse périodique, Tappui des principes que nous défendrons à la tribune, et qui, nous osons Tespérer, obtiendront le concours nécessaire de tous les journaux démocratiques en France.
Mais, ce concours unanime serait insuffisant encore, si les droits et les intérêts exclus ne soutenaient, par des réclamations régulières, pacifiques, ceux qui plaideront leur cause à la tribune et dans la presse. Les exclus se sont plaints souvent, et avec amertume, que Tune et l'autre négligeaient de parler pour eux ; mais que font-ils eux-mêmes ?
L'association secrète ne servait qu^à cacher leurs besoins et leur nombre; elle les livrait, pour le moins, aux périls de la répression légale. Les coalitions d'ouvriers ne font aussi qu'appeler la rigueur du châtiment ; les coalitions, c'est un symptôme partiel du mal qui les engendre, comme des besoins que ce mal irrite. C'est trop longtemps se consumer en efforts impuissants ; il faut enfin un appel direct et universel à la législature, par l'usage de ce droit de pétition, le seul que la masse des exclus possède aujourd'hui. Qu'elle l'emploie donc avec ensemble, avec persévérance ; qu'elle se fasse un devoir de l'exercice réitéré de ce droit; que la masse appuie ceux qui soutiennent sa sainte cause, par l'expression imposante et calme de ses vœux, de ses sentiments, de ses cruelles souffrances; qu'elle se rappelle enfin cet axiome à la fois religieux et pratique : Aide-toi, le ciel t'aidera.
Car, lorsque nous nous adressons aux travailleurs, non ne voulons pas parler seulement de leurs besoins maté-
riels; nous en séparonti d'autant moins les choses de l'ordre moi'nl el de l'ordre politique, que la puissance de cellesci peut seule amener lu satisfaction des besoins. Quand nous nous adressons aux travailleurs, nous ne voulons pas parier exclusivement des classes ouvrières, mais de tous ceux qui, employant leurs moyens et leurs Tacultés au profit do la société, ne trouvent ni dans l'oixlre politique, ni dans l'oi'drc social actuel, les droits et la récompense qui appartiennent au travail.
Il ne s'agit pas d'ailleurs de faire amèrement le procès h ceux qui, exerçant le privilège, obéissent à des penchants que !e vice de l'organisation présente favorise ; a ceux qui sont poul-èlre plus élrangcrs qu'iiidifl'érents à la connaissance des maux terribles que le privilège enfante. Ces maux, menaçants pour ceux qu'ils n'atteignent pas, il s'agit de les constater, de les élaler sans cesse à la clarté du jour ; il s'iigit d'en demander la réparation par tous les organes de la réclamation populaire. Ouï, constatons les faits, donnons-leur cet empire qui naît de l'unanimité, de la persistance ; dans ce temps où, nous dit-on, les faits sont tout, armons-les de l'usage d'un droit légal et de cette consécration qui appartient à la conscience publique.
Prouvons que le capital privé est aujourd'hui le propriélaire universel. Il est le propriétaire du sol par l'hypothèque, le propriétaire de l'industrie par la commandite, le propriétaire delà circulation par le crédit. Il s'est constitué le propriétaire de la production, en substituant partout les grandes manufactures aux petites fabriques; il se fait aujourd'hui le propriétaire du négoce, en substituant les gigantesques magasins aux pelits débitants; il sera bientôt le propriétaire des grandes voies de communication par les fompagnies des chemins de fer. Enfin, si cela durait, à part tous les effets de la corruption, oui, par la seule omnipotence qui s'attache à la richesse, par l'accroisse-
ment et les coalisations du capital privé, celui-ci deviendrait tout à fait le maître des institutions politiques et du gouvernement du pays. Alors que resterait-il aux travailleurs et à rÉtat lui-même^ ce prolecteur naturel des travailleurs qui font sa force.
 quelque opinion qu'on appartienne, à quelque point de vue qu'on soit placé, politique ou économique, réformiste ou conservateur, n'est-ce pas là une situation aussi funeste qu'inique? Le capital privé fait son métier, c'est tout simple; mais comment les travailleurs et TÉtat ne feraient-ils pas leur devoir ? Quelle puissance usurpée résisterait à la légitime et souveraine volonté du pouvoir public et du peuple immense des travailleurs ? L'industrie surtout et les ouvriers de Tordre industriel ont besoin de combattre les vices de l'organisation présente, ou plutôt du défaut de toute organisation.
La Réforme a déjà signalé un contraste bien frappant. Grâce à l'immortelle Révolution française, les travailleurs agricoles sont dans une condition matérielle comparativement tolérable, quoique très imparfaite encore ; ils sont moins dépendants que les ouvriers proprement dits ; la division du sol et les règles de nos codes combattent sans cesse l'accumulation de la propriété territoriale. Dans l'industrie, encore une fois, tout s'agglomère, tout s'absorbe entre les mains de la richesse. L'exploitation est plus en vigueur qu'avant la Révolution. Or, le sort horrible des paysans irlandais nous montre ce que celle-ci a déjà fait de bon pour les nôtres ; considérez l'Angleterre, vous verrez, hélas ! ce que l'exploitation industrielle peut faire des ouvriers.
Malgré tout ce qu'en a dit la Réforme^ on feint de croire que l'hostilité du parti démocratique contre l'aristocratie anglaise découle d'un faux esprit de nationalité haineuse, ou du besoin de pousser deux peuples l'un contre l'autre, afin de profiler d'un grand tumulte.... Non! l'aristocratie
s^nglaise représente, à nos yeux, toutes les horreurs du pri-
>^ilège et de l'exploitation, toute cette barbarie féodale entée
sur rindustrialisme, contre laquelle la société française, la
civilisation démocratique, ont si vigoureusement lutté
après 1789. Voilà pourquoi nous avons déclaré la guerre à
Talliance anglaise, sans compter bien d'autres raisons. El
faut-il vous dire, travailleurs, quel est le sort de vos frères
dans les trois royaumes, et de quels remèdes il peut inspirer
/'idée? Faut-il vous citer ce livre deMalthuSy où, pour parer
à l'excès de la population, on a proposé à' étouffer sans don-
leur tous les enfants qui naîtraient dans chaque famille
après les deux premiers ; ce livre qui, par pure humanité,
a dressé la statistique de l'infanticide légal ? Remède indi-
que, dira-t-on, par un stupide monomane, soit; mais rap-
ez-vous cependant ce qu'est venu déclarer, à plusieurs
prises, le chef du ministère anglais. S'agissait-il, par'
mple, de cette terrible sédition de 184*2, où l'on a vu
bandes d'ouvriers, de femmes, d'enfants affamés, sans
vêlements, armés de bâtons, envahissant Manchester, Pres-
too, Stockport, arrêtant les travaux, menaçant de pillage
^es riches et les nobles, ayant inscrit sur leurs drapeaux:
IHspain ou du sang l à ces cris de désespoir, que répondait
le premier ministre? « L'on me sollicite d'énoncer quelque
« l'emède; comment pourrais-je entretenir un trompeur
« espoir dans l'esprit du peuple, quand je suis moirmème
%c&wu espérance? » Et dans la dernière session même, quand
le farlement, par trois votes successifs, avait adopté une
réduction sur les heures de travail des femmes et des enfants,
qtid aété, de nouveau, le langage du chef de l'aristocratie?
« <3u'avec une réduction de deux heures, c'en élait fait de
a -l'industrie britannique; que ce palliatif insufGsant n'en
« rendrait pas moins le gouvernement impossible, et que le
« ministère allait se dissoudre. » Ainsi, la pensée ofQcielle
proclamait en même temps que, sans le maximum du tra-
vail, TÂngleierre périrait, et qu'elle ne peut rien faire, cependant, pour le travail dont Teffort excessif est nécessaire à son existence 1
Voilà où en est arrivée la reine des mers, la dominatrice de l'Asie, la rivale momentanément heureuse de la France ! — Et voilà où la France marche à grands pas 1 Mais en Angleterre, au moins, les travailleurs assiègent le Parlement de leurs réclamations incessantes ; en France, laisseront-ils la tribune et la presse élever une digue contre le torrent, sans Télayer de toute la force de leurs épaules? Laisseront-ils dormir ce droit de pétition qui viendrait, sans violence, sans empêchement légal, protégé au contraire par la loi, provoquer la sollicitude de la Chambre? Éveillez dans son enceinte ces échos qui retentissent déjà sur tous les points de l'Europe, en Espagne, en Allemagne, comme en Angleterre et en France ; ces échos qui répètent le nom du peuple, en y joignant le nom également auguste qui consacre tous les droits, tous les vœux, celui du travail.
Ce n'est pas là l'esprit d'anarchie dont on nous accuse; et d'autant moins que, selon nous, il faudrait, pour émanciper le travail, donner à l'État le moyen d'intervenir dans l'ordre économique en faveur des intérêts exclus ; il faut qu'il puisse, non pas opprimer la liberté des individus, mais les soustraire tous à l'oppression du privilège. Le partf démocratique ne sépare pas cette nouvelle fonction de l'État des institutions politiques, dont la démocratie est la base; mais nous ne vous convions pas ici à un acte de parti. Il s'agit de mettre la Chambre en demeure, par l'usage d'un droit commun, au nom du plus grand des intérêts publics. A en juger par la manière dont elle a écouté mes paroles, à la fîn de la session dernière, le tableau de vos soufTrances la frapperait. Je ne dis nullement qu'elle les guérira ;mais, du moins, vous les aurez fait connaître ; votis mettrez en demeure avec elle tous les pouvoirs de l'État ; vousdresserez
sous leurs yeux Tinvenlaire de la situation actuelle, celui de
J'herilage de la Révolution de 89, de la Révolution de 1830 ;
vous raconterez quelle est votre part ; vous demanderez
celle qui vous revient. Et personne n'y perdrait, car, encore
une fois, la situation présente, ceux qu'elle n'accable point,
a/Je les menace, et chacun est contraint d'en convenir à sa
manière.
Il nous semble donc qu'il faut constater aux yeux de tous la condition générale des travailleurs, et pour cela demandei* une enquête ; car, chose singulière, dans ce temps de pimblicité, dans ce siècle positif, on semble ignorer les plus frsà{>pantes réalités, et le présent est, en quelque sorte, à d^^viner de même que l'avenir. Ce serait pour la prochaine session comme les cahiers de doléances de notre époque. Ceinte exhibition des vices de la société, ce serait en même IfeKXips le meilleur moyen de conclure à la réforme électorale ; c»r si la Chambre, telle qu'elle est constituée, ne fait rien povir réparer des maux dont l'immensité se déroulerait aux r&gards, comme celle de la mer, il faudra bien reconnaître la nécessité impérieuse d'une réforme du pouvoir législatif.
Pétitionnez donc, pétitionnez ; parlez vous-mêmes de vousmêmes. La pétition, c'est la presse des masses, c'est la brochure composée par tous et par chacun, c'est la voix de l'ensemble. Aujourd'hui que le droit d'association est détruit, que la presse est encore restreinte aux mains de ceux qui ont de l'argent, la pétition, c'est autre chose qu'un journal organe d'un parti seulement; la pétition, c'est bien mieux Çue l'expression individuelled'uneopinion, d'une prétention. La pétition, si vous le voulez, c'est tout le monde, l'œuvre <ïc>xnme le droit de tout le monde; c'est une édition des pense^^ publiques qui n'a besoin ni d'abonnés, ni d'action- '^^ i res, ni de preneurs, ni de beau style ; dont}réIoquence e^t dans l'énergique Vérité des faits, laj modération des
paroles, le nombre des signatures, et dont le public même est Tauteur.
Mes amis et moi, à la tribune, dans la Réforme, nous pourrons alors, en plaidant votre cause, faire vibrer Timposante voix des masses. Votre esprit se déployant dans sa puissance au sein même de Tordre légal, animera quiconque, dans la Chambre et dans la presse, comprend cette tâche de toute philosophie, de toute politique, de toute paix: Émancipation morale et matérielle des citoyens. Voilà ce que la Révolution a promis au monde sur la foi des idées religieuses comme des idées philanthropiques. Voilà cequi, après avoir complété la Révolution, tracera cette ligne infinie, le progrès pacifique pour tous les hommes et pour tous les peuples. Voilà ce que jedois vous dire, d'accord avec mes amis.
Ledru-Rollin,
Député de la Sarthe.