LETTRE A LAMARTINE
PUHUiE EN INU
SUR L'ÉTAT, LtGLlSE ET L'ENSEIGNEMENT Mo>SIEUR ET HONORÉ COLLÈGUE,
Lorsque d'illuslres écrivnins rcpandont lescharinesde leur style sur les graves questions qui agitent les esprits, il devient difficile pour tout autre de se mêler à une lutte qui s'agrandit par le talent des jouteurs, et il faut tout d'abord se défendre de l'accusation do témérité. Comme vous, je ne dispose pas des richesses de la poésie pour les verser à pleines mains sur les sujets les plus arides ; comme vous, je ne saurais dire:
.... Narratepuellse Piérides....
Mais mon insuffisance même me servira de sauvegarde : une plume novice exclut toute idée de comparaison et sert de garantie contre toute pensée présomptueuse.
D'ailleurs, ne rien dire parce qu'on dit les choses moins bien, serait accepter tout ce qui a été dit ; cl lorsqu'il s'agit de matières aussi gi-aves que la Heligion et l'Église, que l'enseignement et l'Ëlal, que la lihorlé et l'autorité, il peut être permis à tout homme politique d'apporter son mol
dans ia discussion, d'éclairer ce qui lui semble obscur, de compléter ce qui lui semble inachevé.
Commençons par résumer les points de la discussion où je suis heureux de me trouver d^accord avec vous, et ceux où je me crois obligé de combattre vos théories.
Le clergé, pendant quelque temps humble et modeste, s'est fait tout à coup audacieux et menaçant ; l'Église est en guerre avec l'État. — Vivement ému de ces dissensions, au lieu d'examiner de quel côté se trouvait la justice, vous n'avez songé qu'aux malheurs de la guerre ; et sans vouloir prononcer sur le bon droit de l'un ou de l'autre combattant, vous leur proposez à tous deux de signer une trêve, et à quelle condition ? Â condition que l'État soit indépendant de l'Église, l'Église indépendante de l'État; c^est-à-dire à condition qu'il y ait deux états dans uue société, deux têtes pour un corps, deux volontés dans une âme. Voilà ce que je ne saurais admettre.
Cependant, comme les bons esprits ne peuvent longtemps s'égarer, tout en partant d'une proposition erronée, vous arrivez à une conclusion juste : la liberté de l'enseignement. Je souscris de bon cœur à cette partie de votre programme ; mais, par une singularité frappante, au moment où je suis d'accord avec vous, je me trouve en opposition avec quelques-uns des organes de la presse démocratique, qui voudraient concentrer l'enseignement dans les mains de l'État, et contraindre les familles à livrer les enfants corps et âme au niveau tyranuique d'une éducation uniforme.
Ainsi, d'un côté j'ai à combattre l'autorité d'un nom illustre; de l'autre, j'ai à repousser des doctrines professées par des amis politiques. Je vais tâcher de me justifier des deux côtés, et avec eux contre vous, et avec vous contre eux.
Il serait à souhaiter que la question de la liberté de Pen'-^ seignement, question qui intéresse non pas une seuls
«=:royaiiCË, mais toutes les cmyLinces, lût dégagée de toutes Vcs cotnplicatioas qu'y sont venues apporter les passions '«:léricales, et je regrette qu'on ait consacré, par des discussions solennelles, une querelle de sacristie. Dès que l'Église su mi^lait à celte controvei'se, elle jetait le trouble dans les consciences. La liberté, invoquée par des ennemis de la liberté, rencontrait des advei'saires où elle ne dev^iit attendre que des amis, parce qu'elle trouvait des défenseurs dans tes lieux où elle n'avait jamais enlendu que des malédictions. Peut-ilrc eût-il élc sage de ne tenir iiucun compte de ces vaincs déclamations ; mais, comme c'était le clergé qui souievait une discussion sur la liberté, on a erudevoiréclaircir In matière par une discussion sur le clergé. Avec tous les publicisles, vous avez accepté cette complication. Je ne prétcncb pas m'y soustraire, bien qu'en bonne logique je puisse m'y croire autorisé ; mais le clergé lui-même m'accuserait Je reculer devant une dilBculté.
Revenons donc à voire première proposition. La guerre csl déclarée entre deux puîi-sances qui vous sont également chères: l'Eglise et l'Etat. Naguère unies pour mieux affermir l'autorité, elles se disputent aujourd'hui à qui en aura la plus grande part. Four les mettre d'accord, vous voulez les séparer, et alin de faire revivre cette union qui faisait leur force, vous leur proposez un divorce pour incompalibilitû d'humeur. Cette solution séduit, à première vue, par sa sioiplicilé. On divise la société en deux parties, l'âme et le corps. Vàmc est livrée à l'Kglîse, le corps est livré à l'Élat. On dit à l'Ëglise : « Faites ce que vous voulez de l'âme, mais ne touchez pas au corps, n On dit à l'Etat : a Traitez Comme vous l'entendez ie corps, mais ne vous mêlez pas de rdme. » En d'autres termes, ou dit ans deux adversaires : • N'ayez jamais de terrain commun, et vous serez toujours en paix. » Certes, c'est là le beau idéal de la séparation du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel, tant et si long-
temps réclami^e parles fils et pelil-fils de Voltaire. Cet anangeraenl ne présente qu'une seule difficulté, c'est qu'il existe pour l'âme elle corps un terrain commun, l'homme; c'est qu'il est [>our le spirituel et le temporel un terrain commun, la société. Or, l'âme et le corps se touchent par tous les points et à tous les instants, et l'on ne saurait agir sur l'uu sans agir sur l'autre, parce qu'ils ne Font, dans leur union, qn'une seule et même esisteuce. De même le spirituel et le temporel se confondent sur toute la surface de la société cwrame dans la profondeur de ses ontiailles, et les satisfactions ou les douleurs de l'un et de l'autre retentissent avec la môme force dans toutes les parties de l'être social. Sé|>arcz l'âme du corps, et vous causerez la mort de l'îudividu ; séparez le spirituel du temporel, et vous causerei la mort de la société.
De tout temps, il n'y s eu, il n'a pu y avoir qu'un seul pouvoir dirigeant, qu'une seule autorité souveraine. Ce pouvoir peut dire thêocralique et alors on l'appelle Église, ou être politique et alors on l'appelle Ëtal ; mais ce n'est qu'un Fail identique sous deux formes difTérentes. Car, soît que le pouvoir s'appelle £glise, soil qu'il s'appelle État, il ne peut exister comme pouvoir qu'autant qu'il est l'expresâîon de la pensée commune, lorsque l'Ë^lise attirail à elle tous les cœurs, gouvernail tous les esprits et comptait parmi ses docteurs toutes les îlluslrulions de Tépoque, elle pouvait, à bon droit, dire: l.'Mtal, c'est moi. Mais lorsque les consciences se sont afTranehies, lorsqu'il n'y a plus eu entre les cœurs d'autres tiens que les liens lê^us, d'autres êmodoos que leséiuolions politiques. l'Élata pu à son to'irdirv: L'Église, c'est moi. Lorsque l'Église rumaine était souveraine du spirituel, die commandait auïsi au temporel; dès qu'elle a perdu la souvenineU' temporelle, elle a vu lui échapper la puissance s^iirilueJle: car tfS mêmes causes lui 4»i[evaieiil les deuK dDiuiaatiivus, et la double tiareesl tombée le même jour.
Il n'y a pas de milieu : il faut que l'Égliiscsoit dans l'État,
■«=3U rfital dans l'Église. Le clergé caLliolique lo sait bien; et
Korsqu'il rûclami: ii: partage, il n'est pas sincère ; car it veut
la duminulion : s'il demande à être quelque chnsc dans
3'Élal, c'est qu'il veut j être tout ; et il ue peut y être quel-
H^ue chose qu'à la L-oudiiion d'y ètreiout.
D'où naissent cependant ces aspirations vers le divorce? D'oii naissent nos disputes sur l'État et l'Église? Pourquoi nous agiter quand on prononce ces paroles? C'est que nous sonimes les dupes de mensonges oniciels. Mensonges dans les mots, mensonges dans les choses.
Mensonges dans les mots. Etd'ahord, y a-t-il aujourd'hui Une Église? V a-t-il un ceiiire commun de toutes les croyait. ci>s, où chacun vienne résoudre ses doutes, dissiper ses iii- Cfrtituilesetretrempi'r sa foi? ¥ a-l-il un rayon commun de i »jmièr2 oii chacun vienne éclairer son ignorance et em- L j:krunter quelques ctincelles au llamhcau de la vi'rl^';? Y a-t- * il un foyer commun d'allractiou qui a|qiclle tous Icscœuis jpour les réchauffer aux chastes ardeurs de la charité, pour désenchaîner dans les liens d'une mutuelle fralernitéVJe «cherche en vain au milieu de nous les signes éclatants qui flTont reconnaître l'Église, et la foi qui la consacre, et la ^ience qui la fortifie, et l'amour qui unit à elle toutes les affections, tous les désirs, toutes les volontés. Je ne vois que les symboles elTacès d'un culte qui s'éteint, que la lettremorte d'une loi sans puissance, que les lambeaux d'une gloire èclipâée. Autrefois le sacerdoce catholique renfermait d-ms son sein tout ce qu'il y avait de sciences et de lumières; les mioisti'es de l'Évangile étaient les pnnct^s de l'inteiligi-nce; les docteurs chrétiens étaient les premiers philosophes, les premiers savants, les premiei's littérateurs. Il y avait une Église alors! et l'Église dominait, et nul ne lui contestait sa domination, parce que nul ne pouvait dire qu'il valait mieux qu'elle; et l'Église enseignait, et nul ne
lui disputuil ses chaires, parce que nul ne pouvail offrir un meilleur enseignement.
Aujourd'hui, le clergé calholique ne saurait présenter un seul homme qui puisse sérieusement compler parmi les savants. Dans cette nombreuse hiérarchie cléricale qui couvre toute la surface du pays, il n'y a pas un seul uom qui puisse être glorieusement revendiqué par les arts, par la littérature; et si, par hasard, une vocation erronée appelle parmi eux quelque hommes d'élite, les clercs, épouvantés d'une science qui n'est plus leur partage, éblouis par une lumière qui blesse leui-s yeux afiaiblis, prononcent l'anathème sur celui qui vient les arracher à leur torpeur, et se rL'plongent avec indolence dans la [irofondeur de leurs ténèbres. L'esprit saint s'est retiré du milieu d'euv, et ils ne peuvent rien soulTrirde ce qui le leur rappelle : conservateurs de vieilles formules, adorateurs de vieilles images, ils se plaisent à |isalmodier au milieu des ruines. Est-ce là, je vous le demande, une Égliseî Y a-l-il là celle vie, cet amour du beau cl du bien qui constitue rÉglise : autant vauilrail descendre aux Catacombes et dii'e qu'on se trouve au milieu de la société. Non ; ce que vous saluez encore du uom d'Église n'esL plus qu'un temple vermoulu desservi par les hommes du passé.
Or, il est tout naturel que lorsque le passé réclame pour lui le pouvoir, l'Ëlat, qui est la forme du présent, repousse de pareilles prétentions; mais il n'est pas naturel qu'un propose une transaction entre le passé et le présent, qu'on leur assigne des parlségalesqu'on divise enlre-eux la société. Sans doute le passé doit avoir sa place, mais sa place n'est pas au premier rang de la société, parce que celle place appartient à ceux qui font marcher la société en avant. Or, la mission des hommes du passées) d'agir en sens contraire, afin de ralentir par leur résistance les mouvements trop précipités et les impalieiices trop ardentes. La place du
clergé esl donc marquée par la nature des choses ; il a encore une utilité comme contre-poids dans le mouvement social; mais vouloir faire du contre-poids une force motrice, le considérer comme un rouage principal, placer le clergé à côté de TÉtat, le passé à côté du présent, donner autant à la décrépitude qu'à la virilité, c'est là ce que ne sauraient admettrejii la logique ni la justice. Lorsque la voix populaire demande la séparation de l'Église et de l'État, elle appelle Église une corporation de clercs, dont, à bon droit, elle repousse la domination. Mais vous, monsieur, qui connaissez la valeur des mots, vous savez qu'il n'y a plus d'Église, et que ce qui en reste n'est qu'une association religieuse autorisée par rÉtat,mais autorisée comme toutes les autres, et n'ayant pas plus que les autres le privilège du command^sment.
Autre erreur de mots. Vous demandez satisfaction pour Isk religion; vous nous représentez la religion humiliée par Isk suzeraineté de l'État, opprimée par les lois de FÉtat, et
martyrisée par les bienfaits mêmes qu'on lui accorde. ce mot religion, vous entendez sans doute la religion iholique. Mais, de bonne foi, l'Église n'existant plus, la igion catholique eïiste-t-elle encore? La Charte a naïproclan..: rjue cette religion était celle de la majorité Français. E!i bien ! qif on interroge cette majorité sur dogme fondamental de la religion, sur la transsubstant^iaiion. Qu'on lui demande si elle croit à l'incarnation, à 1.' immaculée conception, à la présence réelle, à peine saurai—elle ce qu'on lui veut, tant elle est indifférente sur des cliosesqui dans des époques de foi ont fait exterminer des nations. Non-seulement elle a oublié les mystères de la foi, xnaiselle a aussi perdu le sens des mots, et nesaitplus rien i du vocabulaire catholique. La majorité des Français fait
k \>aptiser ses enfants, se marie à l'église, et appelle à ses
m derniers moments un prêtre, avec qui, bien souvent, elle
faitconnaissancc pour la première fois. Ces faciles praliqi— mi:s peuvent sullirc pour Eanclionner les déclaralions de la Cliarte; mais elles ne supposent guère ces émotions r^^l'h gieuses dont vous nous tracez un si éloquenl lalilcau.Croy"^moi, la conscience publique ne se [rouble pas de la liortJination de l'Étal, la foi commune ne souffre pas des exigent-ts de rUniversilé, et si les esprits out été agités par les doléances du clergé, c'est qu'ils ont Irouvé le clergé bien dH" flcile de ne pas se contenter de tout ce qu'on lui donni;. Dieu n'est donc pas en question dans celle querelle d'anibilieux, et il y a imprudence, sinon sacrilège, à faire intervenir à tout propos ce nom sacré.
Non-seulement les ciloycns ont oublié les IradiLions de l'Église catholique, le clergé lui-même en méconnaît la loi el en viole ouverlemenl les principes.
Se n'en veux pour preuve que ses ardentes déclamalions en faveur de la Jiberlé. £n effet, pour qui connaît l'iiisloire du calliolicisme, il est évident que la liberté a toujours été traitée par lui en ennemie. Et vous lu reconnaissez vousmême : « La religion, tliles-vous, juslemenl jalouse et lyrannique, car sa lui lui ordonne la conquête el la ^arde des âmes, emploie la main du pouvoir poliliquc à estirper ou à étouffer tous les germes de nouceauléx qui peuvent éclure dans l'esprit bumain. Toute philosophie est une menace pour elle, tout eiamen est un attentat, toute leulalîve de culle libre est une f-édilion de la pensée, u — Oui, vous avez raison, monsieur, la liberté est incompatible avec l'Eglise catholique, et son développement est une longue lutte contre la liberté. Depuis Arius jusqu'à Pelage, depuis Abailard jusqu'à Jérôme de Prague, tout libre penseura été poursuivi sans relâche, persécuté sans pilié. Depuis les maximes de l'Evangile qui veut rendre à César ce qui appartient à César, jusqu'à la doctrine de la grâce formulée par les Pères, tout le dogme, loule l) ^ciencc, todie la
— loo —
^g^cpy^^^ d^ l'Église catholique, sont une manifestation cx- ^l^sive en faveur de Tautorité, une protestation permanente ,^^ulre la liberté. Et la consécration des souffrances en ce ^o^^6 1^6 s'oppose-t-elle pas à Témancipation des classes ^^t^ffrantes? Et la sainteté de la douleur, et la vertu des ^^rniliations ne justifient-elles pas les plus grands maux, y^^me l'esclavage? Qu'y a-t-il donc de commun entre celte jQolrine d'asservissement qui mutile l'œuvre de Dieu, saerîfi^ le corps aux jouissances futures de l'âme, et la nôtre c|i.ii 9 respectant dans son unité l'émanation divine, veut ac- ^^r^er dès ce monde satisfaction légitime et au corps et à X^xxAt On peut sans doute, à côte de cette doctrine absolue de Tautorité, rencontrer dans l'Évangile d'autres préceptes et mettre le législateur chrétien en contradiction avec luimême. Mais jamais l'Église ne s'est contredite dans ses couvres; jamais dans l'ensemble de ses actes, de ses doctrines, de sa politique, il n'y a eu autre chose que la condamnation de la liberté. Ainsi, qu'on ne s'y méprenne pas, loi*s même que l'Église a combattu contre les rois, elle n'a jamais songé à la libertédes peuples. C'était encore pourl'aulorilé qu'elle luttait, carc'étaitpour placer l'autorité de l'Église au-dessus de l'autorité des rois. Et qu'est-ce donc que la grande voix de la réforme, si ce n'est un appel à la liberté? Luther avait-il besoin deremuer le monde,si l'Église romaine professait la même doctrine que lui? Non, sans doute. Aussi, fat-il maudit par l'Église comme un esprit de désordre, et salué par la moitié du genre humain comme un émancipaleur. Quand donc aujourd'hui le clergé invoque la liberté, '•'il est sincère, il n'est plus catholique; s'il n'est pas si nère, qu'avons-nous besoin de nous préoccuper de ces déima lions hypocrites?
Je sais bien que l'ÉUït a provoqué lui-même ces folles '>u(es, et c'est ici qu'on peut signaler le mensonge dans choses. — Tristement préoccupé des oppositions qu'il
rencontrait, le gouvernement s'est mis en quête d^alliés, et il a cru faire une œuvre de haute politique en tendant les bras au clergé. Alors se sont faites de mutuelles concessions et se sont échangées de menteuses paroles. Le clergé a parlé de liberté, et les hommes d'État ont parlé de religion. Orthodoxes par calcul et catholiques de circonstancet ils n'ont tenu aucun compte de l'article de la Charte qui dé* crétait la liberté des cultes, et toutes leurs faveurs ont été réservées pour un seul clergé ; tous leurs sacrifices ont été faits dans un seul sanctuaire. Non contents de livrer à Tassocialion catholique les trésors des citoyens, ils ont humilié devant elle leur propre dignité; ils s'en sont faits les serviteurs afin qu^elle devint entre leurs mains un instrument d'oppression. Aujourd'hui l'État porte la peine de sa condescendance, et subit le châtiment de ses complaisances coupables. Les auxiliaires devant lesquels il s'était incliné, lui crient de se courber plus bas, le menaçant de lui retirer les mains s'il ne cède pas encore une partie de sa puissance. On ne peut, en vérité, s'intéresser à cette lutte où l'État fait pitié à force de faiblesse, >le clergé à force d'arrogance.
En résumé, écartons d'une discussion générale sur l'enseignement le clergé, qui veut être tout dans une question où il n'a évidemment qu'une part relative.
Et puisqu'il a fallu s'en occuper en passant, disons que le clergé ne peut pas être indépendant sans briser l'unité du pouvoir. Surtout ne le croyns pas destiné à régénérer l'avenir, n'ajoutons pas foi à ses théories de fraîche. date sur la liberté. Mais appelons-le avec tous les autres à jouii de cette liberté, non pas comme clergé, non pas comme corps indépendant, mais comme faisant partie d'une sociétc où tout individu doit être libre en vertu de principes que je vais développer.
J'arrive à la question de la liberté de l'enseignement.
Cette question, comme toules celles où i) s'agit de mellrc P^d'nccord le droit public avec le droit privé, présente des difCciiltés insurmontables, si l'on ne pose pas tout d'abord les principes qui régissent la matière; elle offre une solu- ^^ lion facile si ces principes sont bien déterniinés. ^K Ces principes reposent sur la nitture même de l'hitma- ^^Ê nilé. En effet, la sociélc se compose de tous les citoyens |jris en masse, et de chaque citoyen pris en particulier. Les citoyens pris en masse conslilnenl l'ËIat; le citoyen pilsen particulier constitue l'individu. Ue lîi. deux existences distinctes, deux êtres séparés, l'être social et l'être individuel. £l cette séparalion n'est pas seulement une abstraction de Te^iprit, elle c^t aussi une réalité. Car l'individu a sa vie
I propre, ses fonctions particulières, comme la société a sa vie propre et ses fonctions générales. L'individu, en tant que membre de la sociélé, n'est qu'une partie dans le tout; len tant qu'individu, il forme un tout lui-même. Il est «omme le nombre simple détaché du nombre composé; fraction par rapport au nombre composé, imité par rapyOTl à lui-même, .\insi, l'individu est un cire complet, comme la sociélc est un être complet, et cependant, ils sont
I tellement inhcronls l'un à l'autre, qu'on ne saurait nier l'individu sans nier la sociélé, nier la société sans nier l'individu; de même qu'on ne saurnil nier le nombre simple sans nier le nombre composé, etréciproqucraenl. Or, comme chaque être a sa loi, ses droits, son principe d'action, la société comme l'individu, l'individu comme la société a sa loi, ses droits, son principe d'action.
La loi de la société est d'agir pour tous et au moyen de , lûus; son principe d'action est l'autorité.
La loi de l'individu est d'agir par lui-même et pour luî- I même; son principe d'action est la liberté.
Le droit social repose donc sur l'autorité; le droit individuel sur la liberté.
L'autorité est la garantie de tous; la liberté est la ^raiitii; lie chacun.
Ces deux droits sont ('galenienl incontestables; rar nier l'un sérail nier la société; nier l'autre serait niiir l'individu.
Ce sont là des |irinciiies lellenient simples, qu'ils peuvout s'apjtliqucr à toutes ks ihôses sociales, il nous serviront h résoudre la question de renseignement.
Dans l'ordre moral, l'État représente la pensée de lous; ce qui n'empèdie pis chaque individu d'avoir sa pensée propre, et d'être un tout complet comme mtclligence, de même qu'il est uu tout complet comme corps. It n'est donc pas plus permiiî à l'État d'enchaîner l'intelligence de l'individu, qu'il ne lui est permis d'enchaîner son corps.
Cependant, la mission de l'Élat est de diriger les esprits comme les corps, et il doit vouloir accomplir sa misbion, il doit vouloir faire autorité.
De son côté, l'individu doit pouvoir accepter ou refuser celle dirceliou ; il doit conserver sa libcrlé.
Cette liberté n'offre aucun danger; car si l'État est dans le vrai, c'cst-à-dirc s'il représente la pensée commune, la majorité acceptera nécessairement cette direction; s'il est dans le faux, c'est-à-dire s'il a la majorité contre lut, de gré ou de force il devra suhir un changement.
L'État élant l'expression de la conscience pnhlique, con
stitue essentiellement le présent. Mais il y a aussi dans la^v
société les hommes du passé et les hommes de l'avenir, for "
mant des individualités qui veulent également avoir teuc^ liberlé; car elles ont leui-s besoins el leurs vœux à satis— -^ faire, leurs croyances el leurs affections à défendre. El i £ n'est pas plus permis h l'ÉUil d'empêcher la satisfaclion de^^^ besoins de l'âme que des besoins du corps. Ce n'est qu^su |)ar mesure d'ordre qu'on peut génor la liberté individuelle^^» or, bien loin que cette liberlé du passé et de l'avenir IroL^v ■■
bit?- Tordre^ elle est dans In loi sociale, qui doit toujours concilier les traditions du passé avec les connaissances du présent et les aspirations de l'avenir. Ces prémisses étant posées, il est facile d'en déduire les conséquences.
L'État, en vertu de son autorité, doit organiser Tenseimienient public.
L'individu, en vertu de sa liberté, peut organiser un enseignement privé.
Mais rien n'étant absolu dans les sociétés humaines, chaque principe a ses limites.
En effet, si l'autorité était absolue, elle dégénérerait en tyrannie, et contraindrait les consciences. Elle a donc pour limites le choix du père de famille qui accepte ou n'accepte pas son enseignement. Mais elle peut, elle doit provoquer ce choix en sa faveur, par les immenses ressources qui lui permettent de placer en tête de l'enseignement tous les homDQcs d'élite. Sans quoi elle aura aussi pour limites l'ignorance ou la médiocrité de ses fonctionnaires. Mais si son devoir ne l'y invitait, la concurrence l'obligerait à offrir aux citoyens toutes les garanties de capacité ou de moralité. Si la liberté était absolue, elle dégénérerait en désordre. Un ignorant pourrait se faire professeur, un homme immoral ouvrir une maison d'éducation. L'État doit, par conséquent, exiger des conditions de capacité et de moralité. La moralité s'établit parles antécédents; la capacité s'établit par des examens et prend pour signe un diplôme. La liberté a donc pour limites l'intervention de l'État qui exerce son droit d'examen et de surveillance.
Ainsi les droits de l'État sont limités par le choix du père de famille; les droits de l'individu sont limités par l'intervention de l'État. En d'autres termes, l'autorité a pour limite la liberté, la liberté a pour limite l'auloritéi c'est-àd/re qu*il y a conciliation parfaite des deux principes, ce fui constitue l'état normal de la société.
Ainsi se IrouveronI résolues ces dilïlcultés que vous signalez, ainsi disparaîtront ces troubles que vous déplorez lorsque vous montrez l'enfantjcté tour à tour dans t* esprit du siècle et dans l'esprit du sanctuaire. I.«s familles qui préfèrent l'esprit du siècle s'adresseront à l'Ëlat; celles qui prefèreiit l'esprit du sanctuaire s'adresseront au clergé. Mais il faudra que le clergé enseignant ait pris ses grades dans l'Étal, afin de consLiter sa capacité; et il faudra que rfital oITre un enseignemcni meilleur, afin de se garantir contre loutes les concurrences extérieures.
In mol sur le-s diplômes. Pour les délivrer aujourd'hui, l'Ëlat exige, comme règle générale, que le candidat ail passé un certain temps dans ses collèges ; mais si ces collèges sont, de bonne loi, considérés par certains hommes comme des icolmâe pettileiice,&\ les consciences de certaines familles s'épouvanI(>nt de livrer leurs enfants aux dangers de l'enseignement ofGciel, n'y a-t-il pas injustice, n'y a-l-il pas violation lie la libertèdans cette condition anléneurea l'examen? Que l'Etat augmente la sévérilé des épreuves, qu'il exige pour l'enseignenuTil tios grades plus élevés, une capadté plus grande : j'y applaudirai. Mais il n*a pas le droit de refuser un brevet de ca|tacité à celui qut prouve sa scieu(%, qnci que snit le lieu où il ail puisé celle science. Pour enseigner, il faut savoir, el l'Ëtat est en droit de dcmandef les preuves du savoir: il peut même exiger tfa'oa «it appris tout ce qu'il enseigne dans ses écoles, puisqu'il ]>ose les questions de l'examen; mais c'est aller au delà des limites de l'autonlé, qiie d'eiiger qu'on n'apprenne pas ailleurs que dans rs t'-cules.
Je ne me caclio pas que. sur ce point, je me troiiTe eo opposition anx; des publicist(>s qui marrlieot dans les môiaes rangs que moi. Mais s'vst-on bien demandé, jusqu'ici. . qih'lles étaient les limites précises de l'aiilorilé el de lam liberté? Taott^l. entninée par les cirvonstances, cumui^
sous la Convention^ la démoci*aiie a poussé l'autorité jusqu'à ia négation de l'individu; tantôt, luttant contre un gouvernement oppresseur, comme sous la Restauration^ elle a porté l'esprit de liberté jusqu'à l'avilissement de Tautorîté. Aujourd'hui qu'elle se développe par la paix et se développe par la discussion, elle se doit à elle-même, elle doit au pays de montrer qu'elle existe pour autre chose que pour la lutte, et qu'elle peut faire entendre un mot d'ordre qui n'est pas un cri de guerre. Or, la véritable base de la doctrine démocratique est la conciliation de la liberté et de Tautorité, l'une appuyée sur l'autre, l'une tempérant l'autre, l'une garantissant l'autre. Sans Tautorité, point de liberté durable ; sans la liberté, point d'autorité assurée. Quand l'État est gêné dans l'exercice de son autorité, il y a soufTrance générale et désordre de toutes parts; quand l'individu est gêné dans l'exercice de sa liberté, il y a souffrance particulière, mais cette souffrance est aussi un trouble dans la société.
Or, existe-t-il une souffrance plus grande pour l'individu que Toppression de sa conscience, que la déportation de ses fils dans des écoles qu'il regarde comme des lieux de per- Utian^ que .cette conscription de l'enfance traînée violemment dans un camp ennemi, et pour servir l'ennemi? L'État, dit-on, doit se croire dans le vrai : il doit, par conséquent, chercher à y maintenir les autres, fallût-il même employer la contrainte, car il ne saurait permettre que les individus abusent de leur liberté contre eux-mêmes. D'abord, le signe propre de la liberté, c'est la faculté d'en faire abus. Olez le droit d'abus, il n'y a plus de liberté. Enlevez à l'homme la possibilité de l'erreur, la liberté n'est qu'un vain mot. Si l'abus fait tort aux autres, l'État doit intervenir, parce qu'il est le gardien de l'ordre public. Mais fuand l'abus ne fait tort qu'a l'individu qui abuse, l'État n'a siiicune action, car l'abus est le critérium de la liberté.
Ensuite, TÉtat doit se croire dans le vrai, j'en conviens; j*ajoute même qu'il doit être dans le vrai, sans quoi il prépare sa propre décadence. Mais en raison de la marche de Tesprit humain, en vertu de la loi du progrès, il arrive un jour ou il n*est plus dans le vrai, précisément parce qu'il est semblable à lui-même et qu'il est aujourd'hui ce qu'il était hier. L'État, qui a grandi par le développement et l'application d'une idée féconde, ne renoncera pas à l'idée qui Ta fait grand, même lorsque cette idée sera épuisée. Qui l'avertira cependant qu'il est temps de changer? qui lui dira qu'il n'est plus dans le vrai, si lui seul enseigne, si lui seul peut faire entendre sa voix? Quand on a été fort dans le passé, on n'arrive pas h la conscience de son insuffisance dans le présent, qu'on soit l'État ou l'individu. Le vieillard conserve le culte de sa jeunesse el les admirations de son âge mûr ; et lorsque tout est changé autour de lui, il accuse les autres plutôt que de se condamner lui-même, et reproche au siècle d'avoir dégénéré plutôt que d'avouer qu'il est déplacé dans le siècle. L'État, sous ce rapport, n'est pas plus sage que l'individu. Il faut donc qu'il reçoive les avertissements du dehors; il faut que les voix extérieures puissent se faire entendre. Il faut, en d'autres termes, que la minorité ait toujours le droit de parler; car c'est de la minorité que doivent éclore les progrès de l'avenir et les futures transformations de l'État. Sans la minorité, point d'antagonisme, sans l'antagonisme, point de progrès. Il faut que la minorité du passé puisse enseigner, car elle conserve les traditions ; il faut que la minorité de l'avenir puisse enseigner, car elle prépare les innovations. De même que la liberté est la sauvegarde de l'individu, de même elle est la sauvegarde de la minorité ; comme aussi l'autorité est la sauvegarde de la majorité : car l'État et la majorité, l'individu et la minorité, sont des termes corrélatifs. Respect donc à la minorité, car elle est la voix véné-
rablo.(]'iiii passé qui fui grand, la voix sainte d'un avenir (]ut aspire à devenii'plus grand encore! Respect à la niino-
1 tombe
, si nous voulons res[)ccl berceau de nos enfanls!
Voyez cependant 'a quelles cuniradictions mène un faux s)sl(;nie. Les mêmes hommes qui veulent que l'État s'cmparo exclusivement de l'enseignement demandent en mâmc lenips la Iibeité de la presse. Il est manifcsie pourlant que si l'Élai a le droit de se réserver runseignemenl de la jeunesse, il a aussi le droit de confisquer renseignement de ï'àye mûr. A cela, on répond que l'État a sur les enfants des droits qu'il ne peut avoir sur les iiommes ; mais qu'est-ce donc que l'enfant dans l'État? Est-ce un individu social ? Non, sans doute ; car il n'est rien par lui-même. Il n'est quelque chose que par son père, il vit par lui, pense par lui. aime avec lui. En opprimant le fils, c'est doncle père que vous opprimez; en soumettant le fils à la dictature, vous tyrannise! le père; car c'est le père seul qui souffre, qui souffre dans ce qu'il a de plus intime, dans ses plus tendres affections, dans ses plus chères espérances. Quoi 1 vous reconnaissez que vous n'avez pas le droit de torturer le corps de l'individu, et vous invoquez le droit de torturer son âme! Vous n'osez enchaîner sa main, et vous enchaînez >>& volonté, ses sentiments, ses désirs les pins I 83101*!! Dérision! Quant à l'enfant, vous le réclamez comme Votre esclave jusqu'à vingt et un ans, er du jour au leudctn a in, vous le rendez à la liberté. Vous avez façonné son âme sous te niveau de l'Élat, cl vous lui dites de se développer selon sa vocation; vous l'avez éloulle dans l'atmosphère delà seniludc, et vous lui ditt'S de grandir à l'air libre, îrtais ne voyez-vous pas qu'il n'a plus une pensée à lui, qu'il faudra qu'il pense par vous, homme fait comme enTint, el que dès lors la liberté de la pivsse est une anonuilii' et uu mensonge. Il n'y a pas un argument en faveur du pre-
mier monopole qui ne puisse élre invoqué en faveur de l'autre ; et, par contre, il n'y a pas un témoignage en faveur de la liberté de la presse qui ne puisse être cité en faveur de la liberté de l'enseignement ; car toutes les libertés se servent de garantie Tune à l'autre, parce qu'elles reposent toutes sur les mêmes principes, les droits de l'individu, les droits de la minorité. Si vous respectez une des libertés, vous devez les respecter toutes, car elles ont toutes la même origine. Si vous en enlevez une, vous devez les enlever toutes, car Tune n'a pas plus de sanction que l'autre. Décrétez l'enseignement exclusif de l'État, il vous faudra décréter une presse exclusive de l'État, une religion exclusive de rÉtat; alors vous aurez décrété l'immobilité, la tyrannie, les persécutions, et comme il faudra bien, après tout, que la minorité se manifeste de quelque façon, ne pouvant plus écrire, elle conspirera, et le progrès ne pouvant plus s'accomplir par l'enseignement, s'accomplira par les révolutions.
On m'opposera peut-être le système de la Convention sur l'enseignement public. Parlons avec franchise à cet égard. La Convention fut l'enfantement douloureux de la démocratie, et il est dans la loi des choses que l'enfant, pour naître, déchire et ensanglante le sein de sa mère. Cette loi, ce ne sont pas les hommes qui l'ont faite, et comme la nécessité l'explique, elle peut se passer de justification. Héritiers des grands principes de la Convention, nous n'avons pas besoin d'être d'inintelligents plagiaires. Sans rien diminuer de son héroïsme, sans rien retrancher à sa gloire, sans lui rien enlever de l'admiration que lui a méritée son audacieux génie, nous pouvons dire simplement que la démocratie a cinquante ans de plus qu'alors, et que les mêmes moyens politiques ne sauraient être bons aujourd'hui, par cela même qu'ils étaient nécessaires il y a cinquante ans.
Je me hâle d'arriver aus conclusions de celle lellre.
L'Ét.11
1 proci
lumc la liberté des cultes; ildoil donc;i
"^ïT ta liberté de renseignement.
La démocratie demande la liberté de ia presse ; elle doit ^^^*^nc dem;mdcr la liberté de l'enseignement, ^^k l/i']tat, représentant de l'autorité, doit orgnniser l'ensei- ^^RS viemeiit.
^H L'individu, représentant de 'a liberté, peut demander ^H^u'il )' ail plusieurs enseignements, afin que sa liberté se ^F~Tnariîfe»lc par le cbois.
^ L'fitat, représentant de la majorité, doit donner un en-
seignement qui réponde à la pensée commune ; manifesta- Itiun du présent, il doit faire l'enseignement de l'époque, diriger la jeunesse dans l'esprit du siècle.
L'individu, représentant de la minorité, peut demander un enseignement qui l'éponde à ses anciennes aiTectioiis ou à ses espérances ; manifestation du passé ou de l'avenir, il peut demander qu'on lui enseigne les traditions ou qu'on l'initie aux pensées nouvelles.
L'État, gardien de l'ordre public et protecteur de la
I morale, doit exercer son droit de contrôle et de surveillance; il doit donc exiger de ceux qui enseignent des preuves de savoir et de moralité.
L'individu qui, dans tous ses actes publics, est soumis é la police de l'Ëlat, doit fournir ses preuves. Ainsi, l'autorité de l'Ëtal sera garantie par son droit de contrôle et de surveillance; la liberté de l'individu sera garantie par sa moralité et sa capacité.
Voilà les principes généraux, et je voudrais m'anéter ici. ^Hais puisque te clergé demande quelle part on veut lui I faire dans l'enseignement, la réponse est facile : sa part f sera celle de tout le monde. Qu'il se place dans la loi eotn- 1 mune; qu'il entre dans l'enseignement en vertu de la I liberté, niaisqu'il se soumette au contrôle de l'État en vertu
de rautorilé. Si l'État se méGe du clergé, qu'il augmente la sévérité des épreuves ; si le clergé se croit mieux fait pour enseigner que tout autre, qu'il se montre plus savant que tout autre. Yôilà à quelles conditions il peut invoquer la liberté; voilà à quelles conditions il sera digue d'en user. Au moment de terminer cette longue et aride discussion, je voudrais me flatter, monsieur, d'avoir porté la conviction dans votre esprit et d'avoir réussi à calmer quelquesunes des douloureuses inquiétudes que vous avez si éloquemment exprimées. J'ai l'espoir, du moins, que vous reconnaîtrez chez les hommes de la démocratie l'intention d'accorder aux autres la liberté qu'ils demandent pour euxmêmes, et la volonté de s'abstenir de toute passion injuste, même dans une controverse soulevée par leurs ennemis les plus acharnés.
Ledru-Rolun,
Député de la Sarthe.