ÂLLOGDTION PRONONCEE AU HANS
DBVANT LES éiECTEURS DE LA SARTHE COMIIE COMPTE REIKDD DE U SE88I05
LÉGISLATIVE QUI VIENT d'ÊTRE CLOSE
(2 septembre 1845)
Messieurs,
Pour nous autres démocrates, ces laborieuses et stériles sessions, où se mêlent à la fois tant de tristesse et de dégoût, peuvent se résumer en quelques mots :
A l'intérieur, compression de toute liberté, négation de tout progrès, oubli complet des grandes traditions révolutionnaires ;
A Texlérieur, prédominance des intérêts de famille et de dynastie sur les intérêts nationaux, abaissement systématique de notre grandeur et de notre influence.
Ah! c'est sans doute pour tout cœur véritablement patriote un drame bien désolant et bien long, que ce drame parlementaire dont pas un succès, même passager, ne vient interrompre la désespérante monotonie.
Aussi, Messieurs, pour ne pas y voir rapidement ses forces épuisées, faut-il être assuré de trouver au retour, parmi vous, de fraternels encouragements et l'aliment d'une énergie nouvelle. [Vive adhésion.)
En votant constamment et de toute l'ardeur de mes con-
"■'ctîons contre un si déplorable système, je crois avoir
'"***>^pli fidùlement mon mandat. cL répondu à vos vœux,
*-"5*r*^me je crois j répondre encore aujourd'hui en vous
®'S*^al.Tnl ce qui, à mes yeux, est le mal réel de la siLualion.
l^e pouvoir esercé par M. Guizot est sans doute un des
f*' •-»§ l'unt^stes qui se soit jamais appesanti sur les destinées
*^5* notre pays, et celte année, chose à peine croyable, fi pu
J^^uler encore à son impopularité.
^tui ne se rappelle les imprécations dont a été frappé
^*^*i dè'>uvcii de l'amiral Dupelit-Tliouars? Qui ne s'est senti,
**Vif les complices de sa politique d'avilissement, qui ne
^st senti la rougeur au Iront, à ta nouvelle du vote de
indemnité Prilchard, ce prix du sang de nos soldais?
Comment encore ne pas Être honteux du spectacle que
**ous donnons au inonde en ordonnant à nos bnves marins
'i^ suivre à travers d'inaccessibles montagnes, les traces de
'^^^tle malheureuse sauvage de Tiûti, aQn de solliciter de sa
ï'^jjale personne l'adhésion à notre protectorat?
^^ Comment ne pas être indigné» en présence des giganles-
^^H^ues armements de l'Angleterre, de voir les allocutions
^^votces pour l'augmentation de nos forces navales rester
^^^ nulilisées dans les coiTr&s de l'État. Et, comme si, sous le
gouvernement néfaste deM. Guizot, il devaltyavoirquelque
«zbose de falal qui conspirât contre la grandeur et l'indé-
f>endancc de la France, un formidable incendie, dont les
«:3uses demeurent mystérieuses, embrase, à quelques mois
^e distance, les réseries de notre port d'Alger, et consume,
i Toulon, toutes les richesses de nos vieilles forêts : étrange
I coïncidence vraiment, Alger et Toulon frappes presque
[ en même temps, Alger et Toulon qui s'étendent comme
deux grands bras de la France sur ce bassin de la Médiler-
1 ranéc, objet de la convoitise de l'Angleterre!
Un tel système, Messieurs, si profondément antipathique j aux instincts de gloire et au Der génie de la France ne
saurait se soutenir que par la violence ou par la fraude aussi en pleine paix, au moment où le pouvoir se fatigi en génuflexions vis-à-vis de l'Europe, M. Guizot vientdemander l'armement des fortifications.
Quant à la corruption, il serait difficile d'en faire ph cyniquement parade que ne Ta fait M. Guizot dans se dernier discours aux électeurs. Ne l'avez- vous pas entend demander à des hommes comblés de ses faveurs, repus ( places, les ppches pleines de brevets pour eux et pour 1 leurs, ne l'avez-vous pas entendu demander à ces homm si, pour avoir été récompensés pour prix de leurs voles, i s^en trouvaient plus corrompus ? Une telle apostrophe a c être évidemment, de la part de M. Guizot, un jeu d'esprit i l'immoral le dispute au bouffon, et dont il se sera amu le premier dans ses intimités aristocratiques.
Il faisait beau voir encore, pendant cette ovation to chante, l'homme de l'intimidation et des ordres im[ toyables chercher à se redresser un peu sous le faix de S( impopularité, adoucir sa voix, parler avec tendresse, dirais presque avec amour, de la liberté de la presse et ( noble mouvement de la pensée humaine.
La liberté de la presse entre les bastilles et les lois septembre, n'est-ce pas, Messieurs, par trop abuser c mots? Ah ! croyez-moi : c'est vainement que M. Guizot essi de se draper, comme pendant la coalition, dans un lil ralisme hypocrite; il a beau faire, il n'est ni de son tem] ni de son pays.
Non, il n'est pas de son temps, le sectaire qui, au li d'admettre le dogme de l'égalité et de la fraternité humaii parque impitoyablement, à la suite de Calvin, les homn en fatalement bons et en fatalement mauvais, en honné gens et en malhonnêtes gens, dont les premiers (ceux c pensent comme lui bien entendu) doivent gouverner ine: rablement les autres, punir les autres, intimider les autr
Il n'est pas de son pays le doctrinaire qui, sans consulter
/a génie éminemment unitaire de la France, s'en va ra-
ujasser en 1814, dans les caissons anglais, je ne sais quelle
eonstilulion d'antagonisme organisé et de bascule, et essaie
j^ l'implanter, de gré ou de force, dans le sol et dans les
moeurs de la patrie.
Il est vrai que quand la nation asservie élève la voix pour amer une plus grande somme de libertés, il lui répond : CI omment vous plaindre? ne jouissez-vous pas d'une conlution qui suffit à l'Angleterre, au plus grnnd peuple de 1^ mm JCiivers? »
Oui, nous avons la liberté individuelle comme les An-
g\sk\s^ mais avec la détention préventive et vingt accès-
«soi^6s qui rappellent énormément les lettres de cachet.
;Noxas possédons la liberté de la presse, mais avec les lois
di-siconniennes de 1835, sans la liberté de l'imprimerie et
s la garantie du jury. Nous avons aussi le jury, mais
,-ce le jury si indépendant de l'Angleterre? La souve-
neté nationale est inscrite au frontispice de nos lois,
msiis cette souveraineté est exercée par une oligarchie qui
reconnaît de droits à l'homme que ceux qui lui sont
ilroyés. Nous avons encore le gouvernement représentatif,
qui ne l'empêche pas de ressembler beaucoup à une
m^onarchie absolue. Messieurs, ce que les Anglais ont, ils
Font bien, nous ne l'avons, nous, que mélangé d'une dose
du despotisme monarchique ou impérial.
Et c'est le promoteur le plus fervent de ce constitutionnalisme bâtard que divinisent les feuilles à sa solde, et dont la presse anglaise fait le plus grand de nos grands hommes d'Etat !
A leurs yeux, il est le Napoléon de la paix, c'est le génie bienfaisant qui, par sa prudence et sa sagesse, a doté la France de ce régime de prospérité et d'abondance sous lequel elle étouffe de jouissance et de bien-être.
PeiiUfilre y a-t-il, par des causes que je développe»-^ bienlôl .-lulrc pari, plus d'or dans cerlaiiics bourses qu il n ^ eu eut jamais, mais il y a assurémenl moins de cuivre dai^ la main du prolélaire. LcssUitistlques à la main, il esl facî/^ de prouver que le paupérisme s'est démesurément accru.
La prospérité! demandez à des liommes qui ne sont* point suspects, aux conservateurs financiei's de la Chambre — des pairs, si, avec nos découverts et nos déQcits successifs, nous ne marchons pas à la baiiqueroule d'une manière presque rerlaine.
La pais! mais jamais elle n'a été plus précaire et assise sur des bases plus fragiles; elle ne dure qu'à l'aide dos concessions les plus consliintcs: t-iitrevoycE seulement le jour où, le caliee d'amertume plein jusqu'au bord, il sera impossible d'en consentir une de plus, et alors compti» vos ennemis.
Au Nord, vous n'avez plus l'inforlunée Pologne pour vous défendre, et tout ce vasie territoii-e est rempli de la haine de l'autocrate russe omtre notre gouvernement.
Après bientôt trente ans, l'Allemagne est encore eu proie à cette réaction contre la France qui la souleva tout entière ; trompée par le parti ultrù-teu tonique sur nos prétendues idées d'envahissement, elle est anti-française aujourd'hui comme en tSlâ.
A l'Est, M. Thiers n'avait-il pas commencé à nous brouiller avec nos vieux alliés de la Suisse, et la politique rétrograde suivie pr le gouvernement dans les derniers éTéiiemenls, ne nous a-t-elle point complètement aliéné les sympathies de cette brave nation?
Sommes- nous plus heui-eus au Midi ? L'Italie et l'Espagne réunies à la France, formaient rEuio|>e sud-occidentale de Louis XIV et de Napoléon. Aujourd'hui l'Iu^lie, sous le joug autrichien et l'empire des moines, vient de nous donner une preuve nouvelle de sa haine contre h liberté dans la
J --ns «le
«Cinglante hécatombe de ces nobles martyrs, les frères BaniJiera. {Applaudissements.)
Quant à l'Espagne, pour mieux cimenter nos liens avec
^i/e, nous avons continué de faire de la politique de fa-
jiiille, el elle ne pourra point oublier que c'est de nos
/jrontières et avec des instructions puisées en France, que
3/xii'ie-Chris(ine s'est élancée de nouveau pour l'asservir.
Ah! sans doute reste l'Angleterre, mais franchement poiavez-vous considérer l'Angleterre comme notre alliée, cita^^ind elle augmente incessamment ses forces et que, l'œil fi^c^ sur la France, elle lui défend insolemment d'armer?
De quelque coté que nous embrassions l'horizon, nous soi^K^nies donc seuls, bien seuls, comme après Waterloo. ;No^Js avons de moins, pour aiguiser notre haine, la fraîcheur dl€3 notre blessure, la vivacité de notre ressentiment, et la Sa.inte-Alliance a de plus les trente ans qu'elle a infatiga- 1>1 «ornent employés à se préparer aux éventualités de la gi E«rre.
testent, je le sais, les secrètes sympathies des peuples, l6i:irs instincts latents de fraternité; mais c'est un levier qui n'^st point à votre usage, et que la démocratie seule peut Dmanier. {Nmnbreux applaudissements.)
Ainsi, que les intérêts égoïstes ne s'y trompent point, ce i:i'est pas la paix, car la paix, c'est la conûance dans le londemain, c'est la sûreté pour l'avenir, et chaque jour de Isk paix de M. Guizot doit fatalement amener la guerre; atassi, suis-je fondé à vous répéter que l'influence de cet homme est une des plus grandes calamités qui aient pu Tondre sur notre pays.
Qu'on le renverse donc, soit; mais une fois qu'il sera
renversé, faudra-til crier victoire, comme se plaisent à le
dire tant d'ambitieux qui envient ses honneurs et sa place?
Après sa chute, toucherons-nous enfin à la terre promise?
Est-ce que par hasard. Messieurs, nous aurions oublié
déjà les actes des deux autres chefs d'emploi qui se partagent les rôles de la trilogie ministérielle?
Si M. Guizot est allé à Gand, M. Mole a écrit en faveur du despotisme sous TËmpire, et il a été obligé de se retirer devant les manifestations les moins équivoques de Topinion publique, après avoir abandonné Ancône et après avoir succombé dans la présentation des lois sinistres de disjono tion et de déportation.
M. Mole, au surplus, volontairement ou non, semble pourvu d'un assez long congé.
Reste M. Thiers! M. Thiers, ce nom réveille le souvenir des lois de septembre, des fortifications et de leur armement, du rappel de la flotte au moment le plus décisif des événements de 1840, et des mille autres tours de prestesse et d'habileté qui n'ont pas peu contribué à donner au pays ridée qu'il est le complaisant par excellence, et le compère le plus utile du système.
M. Guizot et M. Thiers! voilà bientôt quinze ans que nous assistons aux représentations qu'ils nous donnent; et, parce qu'ils montent, qu'ils descendent alternativement, vous vous figureriez que ce sont deux systèmes opposés que ces deux hommes ? Erreur, ce n'est que le même système en deux parties. Ils sont rivaux, sans doute, et se détestent ; ils s'attaquent amèrement et se nient l'un l'autre ; mais, sauf cette liberté, ils n'en sont pas moins enchaînés à une pensée commune. 11 y a cela de remarquable que, pendant que ces deux rudes jouteurs se livrent, sur le devant de la scène, à de formidables évolutions, et se portent de terribles coups avec des épées plus ou moins émoussées, on aperçoit dans le lointain, derrière je ne sais quel transparent, l'esprit personnel infatigable de la contre-révolution.
Tantôt, c'est à nos écus que s'attaque son insatiable avidité, et M. Thiers comme M. Guizot épient également le jour où ils pourront nous présenter la fameuse loi de dotation.
H Tanlôl, pour s'environner d'une vaine [lompe, cel esprit ^^^Liecont^6-^évolulion essaie dans un rêve impie de refaire le Classé, cl nous sommes inondés, — giolesquc pastiche, — de «lues, de comtes et de barons; pour grossir le cortège, il ftiil y mêler encore d'autres représentants d'une époque ijui ii'csl plus, et le clergé y relrouvi; une immense place; Messieurs, puisque ce mot do clergé vient sur mes lèvres, qu'il txnc soit permis de vous dire en passant ce que je pense l'une question qui agite si vivement les esprits. Oui, la France a des instincts sincèrement religieux, ^iuî, ce [îrand principe de liberté, de conscience pour lequel s», éié répandu tant de sang, n'est pas seulement dans ses luis, il est profondément gravé dans ses mœurs. Pour chacun l'indépendance absolue de son cullc, de sa foi, en un mot l'impénétrabilité du sanctuaire, mais en même temps, et au même niveau, la surveillance et la police de l'État dont ^b la première loi est de se consener et de se maintenir, ^Ê -yoUà le vœu hien formel de la Franco. Point d'invasion du ^B spirituel dans le temporel, entre eux un abîme infrancbis- ^K »:ildc, point de religion qui puisse se l'aire gouvernement, ^f Croyez-nioi, avec ces règles, Messieurs, la question du clergé dont ou fait tant de bruit n'est pas une question redoutable; on a beau faire, ce n'est qu'un antagonisme de jwuvoir à sacristie; le pouvoir a voulu se servir du prêtre comme instrument de réaction, comme moyen d'asservissement, et le prêtre, fidèle à son histoire, prétend, pour prix de ses services, mettre la raainsur le pouvoir. La nation est au fond désintéressée dans un pareil combat. Dites-vous bien qu'au jour où le peuple poussera te premier cri de liberté, toutes ces longues robes noires s'évanouiront et feutreront dans l'ombre, comme disparaissent les oiseaux ^^ funèbres aux premiers rayons du jour. {Vifs applaudû- ^L semants).
^^^^lUosiM. Mole, M. Tliiers, M. Guizot, tel est le cercle où
passent une à une et finissent par s'absorber toutes les libertés de la France : c'est un grand mal sans doute, mais ce n'est pas le seul mal, car on pouvait s'y attendre, qu'on ne permette de le dire : c'était écrit. 11 y a longtemps qu'un profond observateur de la Révolution s'était écrié : c< Lorsque le peuple s'éveille et déploie sa force et sa majesté, ce qui lui arrive une fois dans des siècles, tout plie devant lui ; le despotisme se prosterne contre terre et contrefait le mort. Mais bientôt il se relève, il se rapproche du peuple d'un air caressant; il substitue la ruse à la force: on le croit converti, on a entendu sortir de sa bouche le mot de liberté ; on s'abandonne à l'enthousiasme ; on verse dans ses mains des trésors immenses, on lui livre la fortune publique, on lui donne une puissance colossale; il peut offrir des appâts irrésistibles à l'ambition, à la cupidité de ses courtisans. Bientôt quiconque a des talent avec des vices lui appartient ; il suit constamment un plan d'intrigue et de corruption : on cherche à égarer, à séduire ou à maîtriser les délégués du peuple, on persécute, on calomnie ses plus zélés défenseurs, et le peuple ne reconnaît les traîtres que lorsqu'ils lui ont déjà fait assez de mal pour le braver impunément. »
Si ce n'est pas seulement dans le pouvoir, où est donc, Messieurs, le siège mystérieux et inconnu du mal qéi nous ronge? Est-il dans le pays légal, comme certains hommes découragés ou perfides ne cessent de le proclamer?
Je ne suis pas suspect de flatterie envers le pays l^al, moi, homme de suffrage universel. Je suis même loin de croire que le corps électoral soit à la hauteur de la mission que les événements lui ont départie; mais je ne puis m'empccher de reconnaître qu'il vaut mieux, beaucoup mieux, que les chefs qu'il se donne, et qu'il est calomnié, méconnu ou trahi par eux.
Que disent-ils, en effet, pour excuser leurs faiblesses ou leurs coupables complaisances?
A les entendre, s'ils n'atlaquetit point d'une façon désespérée les abus et les empiélemonls du ^louvoir, c'est qu'ils "Mie seraient point suivis sur ce terrain périlleux par le corps électoral abandonné à l'apathie, à l'indilTérence, aune bien regrettable léthargie.
t A première vue, Messieurs, cette espèce de désertion de ses droits, est-elle probable de la part de la nation officieile? Qu'a-l-elle voulu en 1 830? Saisir le pouvoiret l'exploiter à son profit. Dans l'enivremenl dcson égoïsme, elle a repoussé, tlcslvraî, le peuple qui s'était battu pour elle. Ne comprenant /loinl que le plus sûr desgoiivernoments est le gouvernement de tous, puisqu'il comporte la Fusion de tous les intérêts, ulle n'a pas vu non plus que le peuple pourrait au moins iui servir de contre-poids dans une lutte possible contre la fojauté. Lii rojaulé ne l'effrayait pas, ce n'était à ses yeux •:|u'un pouvuii' nominal. Elle venait de le créer, elle se «:i-oyait assurée d'en tenir toujours les Uls dans sa main. Elle xie voulaitpas plus se laisser absorber par la royauté qu'elle .aie \ouiaitse laisser déborder par le peuple; c'est en ce sens qu'elle pouvait véritablement se dire \e ju$te-milieu.
Comment donc comprendre alors qu'elle se soit imbéci-
lleraent suicidée, que de propos délibéré elle ail, à maintes
1 reprises, combiné ses élections de telle façon que ses délé-
1 gués aient pu lui laisser ravir ses franchises municipales,
l'indépendance de son jury, la presse, cette arme autrefois
si puissante dans sa main, jusqu'à ses gardes nationales, son
véritable palladium?
Je sais qu'on me répondra par ce gran(| mot : la coriupliou, la corru|)tion I je5aist|u'on me dira que la corruption atout faussé, tout oblitéré; mais. Messieurs, on ne se laisse corrompre que par iuLéiét, et la bourgeoisie a-t-elle un I intérêt plus grand que celui de gouverner? Four croire qu'elle n'a pas voulu opposer aux envahissements du pouvoir une résistance aussi énergique qu'opiniûtre, pour ad-
mctirc qu'elle n'a pas su donner à ses défenseiirsparlemcrï^' taires la puissance do la maintenir dans sa victoire, ' faudrail la supposer insensée, et si la Iiourgeorsie brille p ""^^ un côté,cV'st surtout par le calcul, la prudence et l'habiU'l -*
Aussi, Messieurs, a-t-elle agi très conséquemment à s^^"**^^ intérêts, et vais-je vous démontrrrquVUe a donne plusieii» *""^f'ois à ses chel's une majorité dont ils n'ont pas su se servi*ou qu'ils ont livrée aux mains du pouvoir.
Je ne remonlerai point plus loin que 1859 pour vous cr»^^ fournir la preuve, et c'est h dessein que je choisis celle dale ^?^' Tant que l'émeute a grondé dans les rues, les membres de^*^* Topposilion dynastique ont cru que ces dissensions civiles.^ ^^^' en effrayant la nation, étaient ie plus grand ou même le£» *^ seul obstacle à l'avéncment des idées de progrès plus ou*-* *" moins imperceptibles dont ils décorent leurs programmes»— *• Beaucoup d'entre eux ont répété ce thème de bonne ibi;^ pour être justes envers la démocratie, ils ne se sont point; demandé si ce recours à la force n'était point inspiré par"" l'abandon, dès lors évident, du principe de la Ilévolulion. Ils ont trouvé une explication à leur mollesse, et cela leur a J sufTi. Eh bien ! la démocratie réservant pour des jours plusJ opportuns son admirable dévoûment et son indomptable I courage, a laissé le champ libre à la discussion et aux idées. { Vous vouliez le calme, rien n'est plus venu le troubler; ïtl vous fallait une majorité dans la Chambre, le pays légatl vous l'a donnée; trois fois, dans un si court intei-vallc, vousj avez pu prendre le pouvoir, et trois l'ois vous n'avez pas! voulu ou vous n'avez pas su le faire.
Oui, le pays légal vous a donné la majorité lors de ces j élections de 1839, où vous combattiez au nom du principe | parlementaire conlre le principe du gouvernement person- j nel. Vous souvient-il de l'espèce de tempête qui renversa I M. iMolé? Dans l'embarras où était le pouvoir, il lui fallut J recourir à un ministère do commis, et au lieu de proliterl
B œ premier désordre, pour vous lortifier encore, en Tai» snnt iinnuter quinze ou viiigléleclions portant les traces tes plus évidcnles de la fralide, vous avez, comme toujours, îsilé, éludé, ajourné, el le pouvoir [personnel a repris des :es, el vous avez perdu cette majorité que, plus résolus et las atiilacieux, vous auriez nécessairement maintenue, iela est grave pour un parti. {Mouvement.) ^' Celle miijorité vous appartenait encore à l'avénemenl du ainîslère du 1"" mars; à son débul, il n'avait d'existence que par la gauche, et la confusion s'était leltement répandue dans les rangs du parti ministcriet, que leur jugement sVn éUiil presque obscurci. Pris de peur pour les places qtii font leur force, et craignant de vous les voir envahir, ils courent à leur propre perte en proposant l' incompatibilité des fonctions de députés et des fonctions publiques. Pour conserver leurs emplois, il vont vous livrer la Chambre; toutes les élections qui suivront vont vous appartenir. Ella commission qui décidera du sort de celte proposition appar- -tieul à l'opposition ; M, Garrot en fait partie avec plusieurs ^Bp ses amis. Mais M. Thiers se hâle d'intervenir; allié de ^K Barrot, c'est lui qui va sauver cependant le parti minis- ^■rîel; il prétend que la mesure bonne en elle-même csl ^^■opportune, ella commission, malheureusement trop do- ^■Be, enterre la proposition dans les bureaux. — Cet âvor> ^TEment est-il moins grave? (Nouvemi mouvement.)
Mais jamais l'opposition n'a eu une majorité moins incontestable qu'aux éleclions de 1812. Le mouvement est iBlIcment en haine de M. Guizot, que pour faire passer ses Xipres candidats. Il les autorise à le désavouer, j II n'y a plus, pour ainsi dire, qu'à pousser le ministère, l^qu'une catastrophe, bien inattendue, la mort de l'hé- Uer présomptif de la couronne, semble devoir aggraver rare sa situation. On va avoir besoin de la gauche; c'est itus que jamais le moment pour elle de faire payer son con-
cours. Elle comprendra, il faut l'espérer, qu*on doit ^ garder de mêler une question de cabinet à une question ^ j^ dynastie, le bon sens le commande. Que la justice du ps^^i»^ ait avant tout son cours, et qu'un ministère chargé d'crr^p. probre soit d'abord renversé, sauf à pourvoir ensuite au r-^rjé. cessaire. Lui accorder la loi de régence, c'est malgré tou (çg les réserves, lui transfuser une vie nouvelle. Aussi, soixa^^sife membres sur soixante-six de la gauche se prononcent-ils.^ si je ne me trompe, pour une atUique immédiate et à foHnd. M. Barrot réclame l'honneur de porter les premiers cou j)s. Et cependant, au milieu de Tattente générale, le terMnps passe, les interpellations ne viennent pas, la loi de régeance est votée, le ministère a six mois devant lui, c'est dî re, avec les moyens de persuasion que vous savez, qu'il est nnaitre de la Chambre, et, depuis ce moment, voilà trois ans de plus qu'il nous opprime à l'intérieur et nous avilit an dehoi*s.
Esl-ce être injuste que de rendre la gauche solidaire cl responsable de tous ces maux? {MmwemeïU.)
El comme si, à celle occasion et en quelques jours, la gauche avait dû fournir l'exemple des inconséquences les plus inexplicables et des plus subites volte-face, après avoir tenu pour la régence des femmes, aussitôt elle se décide pour la régence des hommes. Ceci est de l'histoire. Vo iis vous rappelez sans doute encore, Messieurs, les magninqi:i.es articles publiés dans les jouinaux de M. Barrot en faveur <le la duchesse d'Orléans ; on devait donc voler pour elle, msis voilà que tout à coup M. Thiers, arrivé d'une conféreriM-ce de Neuilly, déclare qu'il ne veul pas qu'on le brouille a^^/'ec M. le duc de Nemours. Oh ! alors, c'est bien différent, ce que dans la gauche on appuiera désormais, c'est la réger^ce des hommes.
Nous retrouvons donc ici comme en 1840, dans la fal ^e loi des forlifica lions, riniluence morlelledeM. Thiers.
— soti —
La gauche a cependant son programme ; ainsi, :t l'appro-
«s hiideséleclions, dnns les grandes s&Iieresses de popularilc,
^ille promène certains principes majeslueusemenl ut comme
»Jint: espèce de châsse. C'est, entre autres promesse?, la ré-
"^rfisîon des lois de septembre, la sincérité dans le choix d^
jury, le vole au chef-lien, i|uolqucfois même elle va jusqu'à
l'abolition du cens d'éligibilité.
Pour les lois de septembre, M. Darrot n'en a plus dit un Tuot depuis les élections de 1842.
L'honorable M. Joly avait présenté une proposition ten- (lanl à empêcher le triage du jury ; la gauche ne l'a même poiDl appujfée.
Un des membres de la gauche, M. Crémieux, formula Cette année un projet de loi sur le vote au chef-lieu, et après l'avoir longtemps découragé, ses amis l'ont arrêté au pied même delà tribune, en le suppliant d'ajourner.
Sur U proposition d'abolir le cens d'éligibilité faite par txio'i en cette session, quelques membi-es de la gauche ont A t>eine daigné voter pour elle.
Puis, quand, à la gauche, on a usé l'opinion par l'apa-
Hùc ou le mauvais vouloir, arrive alors, pour couvi'ir les
I 'Kiiéfails du pouvoir, la détestable doctrine des fait s accomplis.
D'où cette triste, mais iiiévitnblc conséquence, que
~5il. Thiers, l'homme appartenant plus ou moins à la cour.
3>èsc pour le mal sur M. Barrot, et que M. Barrot n'a pas,
pour le bien, la moindre influence sur M. Thiers.
C'est là. Messieurs, qu'est le danger le plus sérieux et le plus réel pour le pays; car, que no?. gouvernants, que des hommes de restauration et de quasi-restauration manquent à leurs promesses, comment nous en élonner?Nous n'avions rien à espérer d'eux, et du moment où ils sont connus, ils ne sont plus à craindre, Mais que le pays légal, que le corps électoral se croie énergiquement défendu quand il est presque constamment abandonné, qu'il conserve encore des
tt
illusions à cet égard, c'est là, je le répète, qu'est le véri table et le plus imminent danger. J'avais promis de vous ^ signaler en commençant, je l'ai fait avec tristesse, comicr^ ^ on accomplit un pénible et douloureux devoir. J'aun^^^s , voulu pouvoir parler des choses sans parler des personne:^^ . j ai dû faire violence à mon cœur, et y refouler bien p fondement les sentiments de haute estime, j'oserais que dire d'afTection que m'a inspirés l'illustre chef de gauche. Mais l'homme a dil disparaître devant le dépu ma raison m'a dit que ce ne sont point ceux qui ne se chent pas qu'il s'agit de démasquer, mais bien ceux qui ^ ^ leur insu même, auraient le temps de perdre la liberté» Nielle pouvait périr, ou nous forceraient à la payer au des plus horribles calamités et du plus pur sang françai {Applaudissements prolongés.)
Puisque nous ne voulons point nous occuper à hommes, dont beaucoup sont de nos amis, examinons — ^î les fluctuations, les incertitudes et l'impuissance de Mla gauche, ne tiennent point à son passé et à la marcb^^=^^ rapide du temps dont le cours entraine tant de choses.
La lutte de l'opposition des quinze ans a été des plu*^-^^ glorieuses, nul ne peut le contester, mais elle absorba tel 9^^' lement tous les esprits que rien ne fut préparé pour le cas ^^^ échéant d'une révolution qui emporterait, cx)mme un orage. ^=^'^^ celte Restauration contre laquelle on s'était fortiGé, c' contre laquelle on songeait à se fortifier de jour en joui davantage. La science politique s'était tellement habituée, pendant ce long intervalle, à regarder ce combat journalie comme éternel, qu'elle avait délaissé toute autre prévisior^ et abandonne, comme des rêves inutiles, les hardis travauïC-^-^ de la fin du dix-huitième siècle, les bases posées par Técol^^ de Turgol et de Condorcet et les traces politiques de tous grands et chaleureux esprits de la Constituante et de k ^^^à Convention qui, placés au point de la solution du
avaient bien mieux senli la nécessité d'un nouvel ordre social.
^ussi, qu'arriva-t-il après juillet? Ce que nous voyons : tovtl le prestige qui entourait l'opposition, toute la virtualité qu'ion supposait à ses idées et à ses principes, s'éclipsèrent en un clin d'œil, avec la Restauration elle-même.
Pour vivre, elle avait besoin d'entrer dans une voie nouvolle, d'élargir sa polémique, d'embrasser les questions sooiales, d'en présenter les solutions, autrement elle risquait de ne paraître qu'un sentiment aveugle et destructif, conduisant à l'impuissance et à la guerre civile.
Et, cx)mme sa main est sans remède dans ces grands problèmes, elle sent qu'en renversant l'ordre actuel, elle n'a rien à mettre à la place, et alors elle n'ose même plus basa rder un mouvement.
Toyez, en effet, si on ne la dirait pas sans entrailles dans ce formidable et gigantesque problème du travail et du salaire?
De toutes parts cette question paraît à l'horizon comme un redoutable incendie. C'est le long roulement d'un bruit souterrain qui émeut l'Allemagne, l'Italie, la Suisse, la Belgique, la France, l'Irlande, l'aristocratique Angleterre et jusqu'à l'inïmobile Turquie, et qui, un jour, peut les ébranler dans leurs fondements.
Eh bien ! la gauche reste froidement impassible en présence de ces plaies sociales, elle se borne à sa discussion creuse et vide. Elle n'a tenu compte ni des études récentes, n^î des solutions nouvelles proposées par la science; elle répète encore son catéchisme de la Restauration : « Liberté, concurrence, chacun pour soi, et en définitive tout pour les riches, rien pour les pauvres, si ce n'est par charité; politique libérale en apparence, meurtrière en réalité. »
Si nous lui rappelons, avec un éloquent écrivain, qu'il ^stdcs millions d^hommes, procession maudite, qui passent
continuellement à travers le monde, sans le ocmnaitre, sans avoir le loisir de regarder ni à droite, ni à gauche, tous se suivant à la file par un étroit sentier, mornes, silencieux, accablés, les |)as dans les pas de ceux qui marchent devant eux, sans conversation les uns avec les autres, comme sans joie dans leur intérieur, sans autre liaison avec leurs com- — ipagnons de détresse que l'habitude de faire route dans le ^^e même troupeau et de respirer dans la même poussière; si m^i nous leur disons que ces muets et infortunés parias marchent par la peine de la faim comme les esclaves vont par la peine du fouet ;
Si, les statistiques à la main, nous prouvons à la gauch que ce beau et fertile pays de France compte sur 34 mil lions et demi d'habitants près de 30 millions de proie taires;
Que 4 millions de mendiants déciment nos populations^ urbaines, que 4 autres millions se traînent et rampent dans^ nos campagnes, qu*enfln il y a un mendiant sur 9 hommes cl qu'il y a un indigent réel sur 4 ou 5 membres de la grande famille fi^ançaise;
Que sur 3 habitants de Paris, il y en a un destiné à mourir à l'hôpital, et que sur 9 membres de la population urbaine en général, il y en a un au moins réduit au même sort;
Si nous nous plaignons de rabâlardissement de Tespèce, et que nous montrions nos contingents militaires difficiles à former ;
Si notre cœur se gonfle à la pensée que, dans les cités manufacturières, la moyenne de Fàge des enfants des riches est de â9 ans, celle des pauvres de ^ ans;
Si, ouvrant enfln les annales de nos tribunaux criminels, nous nous effrayons de la progression croissante des délits, 370«0(H) individus étant soumis par an à la vindicte des lois, c'est4-dire plus de âO,000 accusés par chaque jour de
jastico. Que répond la gauclie?que nous Rgitfflis desth^ries
creuses et abslrailGs : des Ihéories abslraites, nui, pour
»vous peul-êli'e qui n'avez jamais sttnti les cruels aiguillons lie la faim ! Comme si les premiers principes de la morale H les plus chers inléréls des peuples n'élaient que des chimères absurdes et de frivoles sujets de disputes !
Mais, quoi ! transfoimer ces esclaves en hommes libres, ce n'est donc point une œuvre digne de nos victoires antérieures? La Uévolution n'avail-elle pas annoncé qu'elle ft-rail cette conquête, qu'elle donnerait à tous les Français une pairie, que tous seraient citoyens? N'avait-elle pas dé- ^knélé l'instruction pour tous? n'avait-elle pas promis du ^Blnivnil à tous? n'avait-elle pas dans la déclaration même ^nfes droits, décrété que la patrie devait à tous la subsis-
^p Ne seriez-vous donc pas les enfants de celte Révolution,
vous qui ne craignez point, quand nous ne faisons que con-
linuer la lâche si rude de nos pères, de recourir, pour nous
en détourner, à l'insulte et à la calomnie? Nous secondons,
diles-vous, le système, en cherchant à ruiner l'opposition,
avant que le pouvoir ail passé par ses mains. Nous sommes
H^es anarchistes, puisque nous voulons refondre d'un seul
^■Bel les institutions civiles et les institutions sociales; nous
^nrons un secret penchant pour le communisme; nous
sommes enQn des ultra-démocrates, secte imperceptible,
impuissante et sans écho.
Ah I en vous accusant, nous maintenons indirectement
Lie pouvoir! Mais où donc, s'il vous plaît, se joue ce pouvoir,
i ce n'est sur la tribune, dans l'urne parlementaire, aux
i de tous; et notre main s'est-elle jamais trompée en
l'Totanl contre M. Guizot; répondez! le pouvoir, mais je viens
Bvous montrer que trois fois vous l'avez laissé échapper
' Ou livré; puis, qu'en feriez-vous, grand Dieu! vous,
hommes de demi-nuances, qui, comme autrefois, vivez au
jour le jour, sus plan ni règle, vous, rejetons tardifs etJ dégc-iicrés d'un libéralisme qui valail mieux que vous, cari vous ne concluriez pas comme il a su conclure?
Des anarchistes, nous ! vous ne le croyez pas, j'en s sûr, car votre raison doit vous dire qu'ils ne peuvent polotn îlre anarchistes ceux qui donnent pour base à leur coiisti* J tution les droits de tous; les anarchistes, ce sont ceux qui^ comme vous, posent pour idéal un mécanisme où tout élanl antagonisme, rien ne peut marcher longtemps en éqnilîbn Mais nous voulons, dites-vous, refondre d'un jet les institirf tions civiles et poliliques, oui, sans doute, et c'est là nolrsi] gloire et notre force ; nous ne croyons pas que ce soit poirt changer de joug qu'un grand peuple s'agite et brave tous les périls attachés â ces violentes secousses qui remuent les empires. Peu nous importe si les noms disparaissent et noD les abus, si la forme du gouvernement est autre mais noi meilleure; si la scrviiudc et l'oppression doivent être s éternel apannge; encore une fois, peu nous importe dai ce cas : un dictateur, un roi, un parlement, un séQat, consuls. {Appiaudixscmetits.)
Nous sommes communistes! On voit bien que vous ignorez l'hisloire de notre parti. Apprenez donc que le communisme n'a jamais eu de plus réel adversaire que la Convention. Je ne sais ce que la Providence réserve à l'avenir des sociétés; notre foi, le progrès, a cela de meneillcux qu'elle n'enchaîne rien, n'immobilise rien, et embrasse, en germe, toutes les manifestations de l'esprit humain ; mais ce que je sais, c'est que le reproche ne saurait pas plus nou^ atteindre aujourd'hui qu'il y a un demi-siècle, et qu'il de — vrait commencer à s'user un peu. Un grand révohilionnain
y n'pondait déjà en ces termes : « Plus l'expérience '
démenti cotte extravagante imposture, plus ils se sont o h 4 sliués à la reproduire, comme si les défenseurs de la liber^ étaient, des insensés capables de concevoir un projet égaL
L non
irojet égaL^^^^m
lent dangereux, injuste et impraticable ; comme s'ils ignof raientque l'égalité «les biens est essentiellement impossible idans la société civile, qu'elle suppose nécessairement la Feommunauté qui est encore plus visiblement chimérique parmi nous; comme s'il était un seul homme doue de quelque industrie dont l'intérêt personnel ne fût pas contrarie par ce projet extravagant ! Nous voulons l'égalité des droits, parce que sans elle il n'est ni liberté, ni bonlieur social: quant à la fortune, la société n'a d'obligations à wmplii ^ qued'assurer h ses membres le nécessaire et la subsistance par le travail.
Vous feignez de croire que notre parti est sans puissance,
Lnolre voix sans écho. Eh bien! voulez-vous mesurer d'un
îoup (l'œil les soldats de nos idées? Dans l'ordre moral,
Bi(i*est l'âme de tout homme sympathique à la douleur; dans
Ile domaine physique, c'est tout estomac qui souffre; avez-
Fous jamais vu plus nombreuse et plus formidable armée I
"i le sais bien, le temps n'a pas pu vous corriger; vous
Jiiez le même langage h nos pères il y a plus de cinquante
ms, et le lendemain de ce jour où vous les disiez impuis-
nnts, ils se trouvaient âtre la Législative et la Convention.
fLApplavdissementx.)
Non, non, ne vous y trompez pas : nous ne sommes pas i ultrà-révolutionnaires.
Les ultra dans tous les partis sont ceux qui exagèrent un ' principe pour le perdre ; ce n'est pas nous qui préférerions Uo bonnet rouge à une bonne action; mais nous voulons croire qu'entre votre stérilité et l'exagération, il y a un vaste champ à parcourir. Non, encore une fois, nous ne sommes t\\ des socialistes ni des philosophes, nous sommes des liommcs pratiquement politiques : si nous savons que, dans ■ grande marche de l'humanité, Tai'bre de vie et de science ; produit qu'une certaine quantité de fruits pour chaque Snéralion, nous croyons en même temps que quelques-uns
de tes fruits tant aujourd'hui à maturité, et quUl faut les dMÏllir.
Si, comme j'en suis convaincu, messieurs, ces idées sont les vôtres, serrons plus que jamais nos rangs, car les temps jÊÊ/ deviendront de plus en plus difCciles; méprisons les calom* nies de quelque côté qu'elles viennent, et marchons d'un pas ferme et assuré vers ce noble but : faire entrer dans les faits les grands principes de notre immortelle Révolution : liberté, égalité, fraternité; en d'autres termes : soyon grands et respectés au dehors, et sachons pourvoir, à Tin térieur, \ïaT les institutions politiques, à ramélioralio morale, intellectuelle et physique de la classe la plus nom— breuse et la plus pauvre.
(Applaudisseme^Us prolongée.)