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DISCOURS PRONONCÉ k LA CHAMBRE DES DËPUTÉS
DASS LA DI8C0£SION DE L*ADRESSB AU ROI, E5 BLAXE DE l'aTTITDDE nm I^ CIUIIBRB, El! PRÉSENCE DE LA POLITIQUE SUIVIE PAR LE tiOUYERNEMENT
(10 janvier 184C)
Messieurs,
Il faut s'applaudir de la manière dont les partis se sont dessinés dès le premier vote de la session : cela rendra à chacun la liberté et l'indépendance de son allure.
Pour ne pas compromettre les destinées futures de tout ministère sur le point d'éclore au commencement de chaque session, on disait: Attendez, attendez, le pays vous saura gré de votre patience ; la vérité trop vive, trop éclatante sur le fond des choses, les partis et les hommes, pourrait tout compromettre.
La situation est aujourd'hui assez nette pour que nous puissions, sans crainte de faire échouer aucune combinaison, parler à cœur ouvert. Sur les choses, je serai bref. Le discours de la couronne et l'adresse se félicitent à Tenvi de la situation glorieuse et prospère de la France, du bien-être ilo toutes les classes de la société ; ils s'applaudissent surtoxjRt de l'exécution complète et impartiale des lois.
La situation glorieuse peut se caractériser d'un mot. Que eliacun, la main sur la conscience, consulte les diplomates
étrangers sur Viéée qu'on se fait, dans le monde, de la grandeur et de la prépondérance de la France, et je crains bien que la réponse ne permette point de nous enorgueillir. {Exctamatiom au -centre.)
La prospérité ! ce n'est plus neus qui sommes chargés de combattre ce mensonge. Les conservateurs eux-mêmes de la chambre des pairs démontrent, nonobstant les chiffres groupés habilement par le ministre, que nous marchons à un déficit ; et je ne sais plus quel membre de la cour des comptes, dont l'opinion est loin d'être suspecte, a écrit que Tabime est sous nos pas, que nous marchons — vers la banqueroute à pas précipités. [Ohl ohl) La brochure est publique, vous pouvez la lire.
Quant à la situation des classes laborieuses, il sufBt, pour la connaître dans sa hideuse nudité, de consulter la. plupart do nos villes manufacturières. Les établissements do bienfaisance ouverts à Paris constatent l'inscriptioa de 158,000 pauvres ; et la plupart de vos conseils municipaux do province en sont réduits, pour obvier à Tinaction du gouvernement, à se transformer eux-mêmes en bureaux de charité.
L'oxi'cution des lois, je crois qu'on ne la prendra guère au sérieux, api^ l'incident qui vient de se passer dans ecHc enceinte, ot ma tache, sous ce rapport, est singolièit>ment abivjrtv. Los échappatoires ministériels, les fauxfupnts n'ont donné Itf change à personne. Je ne crains pas de dire que lo discours de l'honorable M.Leyfaud restera comme témoignage de fraudes scandaleuses et d^énormités électoralos. Si jo |H>uvais entrer dans le domaine des conscionces les centres oux-mémes, jVn suis sûr, consenrent, cette impression «qu*il n*y a pas été répondu. {RéthÊmations
Kt b violation des lois sur la garde nationale? C*est nne des questions les plus capilaks, que malheiireiismeni
laeun juge un peu au point de vue âeûflt égoïsme ; on y [Toit le plaisir de ne pas faire son service quand on devrait iVtSlever h la hauteur d'un principe. Ce n'est plus un minisllre, cette fois, ce sont tous les ministres qui ont osé déclarer f Ans vos bureaux qu'ils violaient sciemment la loi, bien ■ entendu sous leur responsabilité. Les imprudents, qui ne comprennent pas les prémisses qu'ils posent, comme s'il y avait rien en dehors du droit que la force brutale et l'insurrection! (Réclamations an centre. — A (jauche: C'est vrai!) Laissons donc dire volontiers au discours de la couronne cl à l'adresse que la Krance est glorieuse, qu'elle est prospère, que les loJs sont religieusement appliquées. Qu'est-ce cjue cela prouve? Ne tenait-on pas le même langage dans le nonde ofQciel la veille de la révolution de Juillet, et la évolution s'en est-elle moins faite le lendemain? Ce que ^la prouve, c'est qu'il y a des aveuglements héréditaires et " s destinées fatales. [Murmurcxet exclamations au centre. - A l'extrême yaiiche : Ont, Gui f) Je quitte ce terrain oii mon cœur est plein d'amertume; j'arrive à des questions qui passionnent plus vivement la j Chambre, aux questions de partis. Un fait grave vient ùaM
fcomplir : c'est l'alliance avouée, selon les uns, la on, selon les autres, de la gauche et du centre gauche. L quelles conditions s'est faite cette fusion? quels en sont fruits pour le pays? ,es conditions, il n'est pas très-facile de les savoir, on tient encore mystérieuses; cependant, il est possible ^'en deviner quelque chose et d'en apprécier la mesure par Xin fait dont le pays s'est récemment préoccupé. Un cri de "■•éforme avait été poussé par la presse dynastique opposante ^e Paris. Ce cri de réforme fut répété par loulc la presse <téprtemenlale. Dans une conrérencc tenue à Paris, les opmitions de:^ diverses nuances, tout en faisant réserve de JHFS principes, s'entendirent sur un programme commun.
Ce manifeste était, à très peu de chose près, le programme inauguré par la gauche^ en 1837.
On appela donc Torgane de la gauche à faire partie de cetle réunion. Son rédacteur s'y refusa. On lui demanda plus lard de soutenir son propre programme : il garda le silence. (On rit.)
Maintenant, vous le comprenez, Messieurs; la gauche venait de s'allier avec le centre gauche. Le centre gauche n'a jamais voulu de réforme sérieuse : donc la gauche était enchaînée.
Au surplus, celte question a assez d'importance aux yeux du pays pour que je vous demande la permission de mettre sous vos yeux les termes mêmes dans lesquels l'organe officiel de la gauche annonçait la fusion.
[Uiie v(m : Un' y a pas (T organe officiel de la gauche.)
Permettez-moi de dire comment le journal qui passe pour l'organe officiel de la gauche, le Siècle enfin, s'exprime à cet égard :
« Nous prendrons la liberté de rappeler qu'il ne suffit pas de faire accepter un projet de réforme par une réunion de journalistes, qu'il ne suffit pas de le faire agréer par toute la gauche, qu'il faut lui concilier les suffrages du centre gauche, et même ceux d'un certain nombre d'hommes modérés des centres dont les votes déplaceront la majorité. » [On rit au centre.)
Voici maintenant le complément :
c< Notre appui ne manquera pas au succès des propositions calmes, sensées, modérées, qui auront obtenu l'assen- • liment universel. »
Eh quoi ! vous vous dites hommes de progrès, et vous -i attendez, pour provoquer une réforme, qu'elle ait réuni - Tassenliment universel !
Je crois que c'est une condition que le Cabinet lui — même pourrait accepter ; je ne le pense pas assez exclusiS
dans ses principes pour que, si l'universalité du pays demandait une réforme, il ne se soumit pas, si surtout cette réforme ne pouvait pas le renverser des affaires. (On rit.)
C'est sur l'étendue et la portée des réformes concertées dans cette alliance, dans celte fusion, que mon discours a pour objet de provoquer des explications à cette tribune .. (Une voix à gauche: On ne vous en donnera pas I) Je n'en aurai pas ; tant pis pour la gauche ! Je puis donc tenir pour certain que les seules réformes gu*on proposera seront celles qui seront acceptccS à la fois par le centre gauche et par une portion même de la majorité de cette assemblée.
Nous voilà donc, de chute en chute, (ombés dans le monde des infiniment petits, et la gauche n'a plus de couleurs qui lui soient propres*
G 'est avec douleur que je signale la distance qui la sépare désormais de ces manifestes de 1832 et de 1837.
Que demandait-on dans ce fameux compte rendu de 1 832? Que la pairie fût élective. On sait aujourd'hui quel usage les ministres font de leur prérogative, et l'on se tait.
On ne voulait pas que la liberté pût être menacée par i*£innée, et on a mis aux mains du gouvernement le plus rorxnidable instrument de despotisme militaire qui fut jsinaais.
On demandait l'incorporation de la garde nationale mobile dans la réserve, et on a permis à une insolence inouïe de supprimer les gardes nationales sédentaires.
On s'élevait contre l'assiette de l'impôt au nom de l'in-
léM*«t des classes laborieuses : on a laissé le budget s^ac-
oroitre de moitié en présence d'un énorme déficit, et on ne
t.i*ouve point un mot sur les misères de ces classes exclues.
On demandait la responsabilité des ministres et des
sigents du pouvoir : on n'en parle plus.
On voulait étendre au plus grand nombre possible de
citoyens l'usage des droits poliliques : on en parle à peine.
On réclamait l'indépendance absolue de toute influence étrangère : on déclare aujourd'hui que la première base de toute politique en France, c'est l'alliance anglaise.
Enfin, qu'est donc devenue celte fierté nationale avec laquelle la gauche intimait au gouvernement de surveiller les monarques étrangers ?
liC manifeste de 1837 était moins énergique, sans doute, mais il contenait des vues utiles, des réformes heureuses, qu'il n*est pas sans intérêt non plus de rappeler.
Ainsi, c'est le principe de l'élection directe, le vote au chef- lieu.
L'adjonction de la seconde liste du jury, des officiers de la garde nationale, des membres des conseils municipaux des chefs-lieux de canton, c'est le minimum de chaque collège porté à six cents électeurs; c'est une espèce d'assise spéciale qui jugerait tous les cas électoraux, sans écriture ni frais, et séance tenante ; c'est l'abolition du cens d'éligibilité, la diminution du cens électoral, l'extension des incompatibilités, l'inadmission dans la Chambre des agents de la liste civile ; c'est l'indemnité aux députés ; c'est enfin le droit de traduire tout fonctionnaire prévaricateur directement devant les tribunaux, sans l'autorisation du gouvernement.
Eh bien! de ces programmes, je viens savoir de la gauche ce qu'elle a conservé, ce qu'elle a mis en commun avec le centre gauche, ce qu'elle veut réaliser. Je la mets en présence de son passé pour qu'elle choisisse. Quelle marque véritablement un pas dans la voie du progrès, la démocratie est prête à la seconder, à lui prêter son concours, pour sortir de l'avilissement et de la corruption dans laquelle la France est tombée. Mais si la gauche est bien décidée à ne hasarder que des semblants de réformes tellement indifférentes, tellement innocentes, tellement inco«
lo^cs, qu'elles doivent se concilier la faveur d'une partie des centres eux-mêmes, oh ! alors, je demande au pays si le i^le qu'elle joue est bien un rôle sérieux, digne d'un grand parti et d'une grande nation ; je demande si, malgré sari patriotisme, elle ne se trompe point sur sa ligne de conduite; si le pays, confondant les hommes et les principes, ne va pas, en la voyant ainsi s'allier sans condition, sans contrat, sans plan concerté, désespérer des hommes et des principes, tomber dans le doute, dans l'indifTérence, puis dans le dégoût.
Ah ! je sais que la gauche répondra que les événements et les majorités ont été plus forts qu'elle ; que le mal qui s'est opéré, et qui pèse sur le pays, s'est produit malgré elle, et qu'il a bien fallu accepter les faits accomplis. Honteuse excuse, Messieurs, excuse de toutes les fautes et de toutes les perfidies ! Il est des concessions qu'un parti ne saurait jamais faire sans s'amoindrir, sans mettre en péril l'honneur même de ses principes. Témoin ces paroles récentes de lord Russell :
« L'abolition fut obtenue ^ obtenue avec une légère modification qui se jugeait alors innocente, inoffensive, et que j'eus tort d'accepter, » et ce souvenir m'a démontré que, dans des questions de plein droit et de justice rigoureme^ ce n*est pas seulement une imprudence, c'est une faute^ c'est un péril de consentir à la moindre concession.
C'est qu'en effet. Messieurs, l'homme de valeur politique n'abandonne, ni dans le succès, ni dans le réveil, le principe avec lequel il a fait alliance; il ne le rejette pas comme un bagage trop lourd pour s'élancer aux affaires, il ne découronne pas son front des idées qui l'avaient grandi , parce qu'elles l'arrêteraient un moment aux avenues trop étroites du pouvoir.
Voilà donc la gauche et le centre gauche alliés sans contrat, sans programme ; alors. Messieurs, puisque la gauche
ne veut point répondre, lâchons de deviner l'avenir dans k passé, demandons ce qu'elle a pu gagner dans son unioi avec le centre gauche. En d'autres termes, examinons rapidement quelle a été la politique du centre gauche ; voyons ei quoi elle se sépare et se distingue de celle du cabine! actuel.
Cette dénomination du centre gauche généralise (ro{ ma pensée pour la rendre exactement ; il me faut bien dé terminer ce que j'entends aujourd'hui par centre gauche J'en excepte deux hommes qui, pour appartenir àcetle frac tion de la Chambre, n'en conservent pas moins vis-à vis du chef suprême du centre gauche, toute leur indépendance ei leur personnalité. Le premier, orateur à la dialectique fn cisive, acérée, inexorable, a défendu courageusement ladi gnité de la France et l'honneur de son pavillon dans la ques tion du droit de visite. Vous connaissez la parole sobre, dis crête, réservée du second, dont l'autorité dans cette chanoi breest d'autant plus incontestable qu'elle ne se manifesl que dans les occasions décisives. C'est donc exclusivemèn la politique de M. Thiers et du petit nombre d'élus, qui s groupent autour de lui, que je vais analyser.
A l'intérieur, la politique de M. Thiers ne diffère guèr de celle de M. Guizot. En effet, M. Thiers ne prenait^i point soin dedéclarer, en 1840, à la gauche elle-même, que sur la politique intérieure, il était en communication par faite d'idées avec les centres et le parti conservateur ; il ajou tait que les lois de septembre lui paraissaient parfaites dan leur intégralité ; que, quant à lui, soit par opinion, soit pa goût, il n'y changerait rien ; que cependant, pour satisfair à des scrupules exagérés, il consentirait peut-être à for muler une nouvelle déûnition de l'attentat.
La gauche reconnaît le principe de la souverainel nationale, je crois ; comment donc va-t-ellele concilier ave celte doctrine préconisée par M. Thiers, qu'il n'y a de droit
'iaris cejiajs que ceux qui soiil reconnus uL proclamés |iar les Chambres.
Wesl-cc pas, si j'ai bon souvenir, sous le minisière de «fl - Thiei'S que certains écrivains |)[us ou moins embarrassa»»ts onl élé écartes, adoucis? N'est-ce pas à cette époque, pa r esempli!, que se rapporte certaine anecdote du Mes- »'*^w, certaine délivrance de passe-porLs pour éloigner des jot^rnalislestrop ardents, trop li'acassiers ?
îi'esl-ce pas encore sous le ministère de M. Thiei's que,
sa «38 urjjence, — je le démontrerai tout à l'heure, — à
^î* veille même de la convocation des Chambres, au mépris
'^* plus formel des lois, on a décrété les fortilica lions par
'**^«lonnance, pour les faire accepter plus lard par les ado-
*"** fcurs des faits accomplis? {31ouvement.)
Voilà la politique de M. Thiers à l'intérieur, comme mi- ™ *- sire; elle est peu suswplible, je crois, d'inspirer une S" *-^ndeconflance à la gauche ; mais peut-être s'cst-îl modifié ~ïpuis qu'il est dans l'opposition, cela s'est ya quelquefois -inril.) Examinons. Trois lois principales ont marqué le 3 du cabinet actuel : la loi de fortification, la loi de •égence, la loi de l'armement, bans la question des fortilications, qu'a fait M. Thiers? - ^a, vous le savez, entraîné, pour former la majorité, une :x?Sartie de la gaucho ?
Dans la question de régence, quel a été son rôle? [1 a ^*- iltéralement sauvé le cabinet actuel ; il a empêché contre ^Vui une lutte décisive et mortelle ; il a demandé à la gauche ■^^e suspendre la justice du pays, d'aniîter les hostilités, de micr avanl tout la loi de dvnaslie; puis, sur le fond du [iiincipe lui-même, quand la gauche avait adopté le principe de la régence des femmes, il lui a fait faire volte-face ; et la gauche a soutenu alors le principe de la régence des hommes. Ce n'est pas tout : se crojaut à la veille de saisir le pouvoir, le mesurant de l'ceil, prêt à y porter la muUf ,
M. Thiers est venu, du haut de cette tribune, insulter à gauche, lui dire qu'elle était tracassière et incapable d^ pratique des affaires et du gouvernement.
{Rires au centre. Une voix: Le ministère est enchcmte
Que me fait, à moi, le ministère? Je parle pour le pay Que me fait la joie du ministère, si je suis dans le vrai?
Dans la question de l'armement, quelle conduite a tenu M. Thiers? La gauche, se repentant du vote des fortifica tiens....
[Réclamations — voix diverses : Non I non ! ^wvs m nm en repentons pas du tout I)
Eh bien, tant pis pour vous [on rit)^ et un jour viendi certainement où vous vous en repentirez !
Je disais donc que, dans la question de l'armement, ui partie de la gauche se repentant du vote des fortification et que toute la gauche à peu près voulant protester cent Tarmement, la gauche demanda à M. Thiers, alors si allié secret, quelle politique il adopterait. Des réunie: eurent lieu, et M. Thiers répondit qu'on pouvait suiv l'une et Tautre opinion ; que le centre gauche voterait poi l'armement; que la gauche voterait comme bon lui sec blerait. Cette ombre de liberté laissée à la gauche tin peu à conséquence : il suffisait, pour former une major au ministère, que le centre gauche votât avec lui.
Ainsi, pas une question importante où M. Thiei*s n* pris à la gauche sans rien lui donner, pas un sacrifice i par la gauche qui ait été payé par lui de retour. Et c'esl ce qu'on appelle pompeusement une alliance ! depersonn peut-être, mais assurément pas de principes.
Il est vrai qu'il faut reconnaître, pour être juste, c jusqu'ici j'ai apprécié M. Thiers par son plus mauvais ce sa politique intérieure. Son grand côté à lui, en effet, c^ sa politique extérieure. Demandez-lui s'il n'est point, av tout, l'homme nationaL La grandeur de la France! c
vers ce noble but que se dirigent tous ses rêves; c'est par ce sentiment qu'il correspond à la fibre du pays. Il est toutefois constant que, pour être de son avis à ce sujet, il ne faudra pas non plus se souvenir du droit de visite accepté en 1833; il faudra oublier celte défense si vigoureuse du traité des 25 millions, et jusqu'àce blocus hermétique à l'occasion duquel les hommes compétents en diplomatie se plaisent à raconter qu'il a été cruellement mystifié par l'Autriche. Et d'abord, comment prépare-t-il sa rentrée au ministère? Par un discoui*s que je ne pourrais relire sans sentir la rougeur me monter au front. {Réclamatiom.) Oui, Messieurs, c'est le discours le plus anti-français qui ait été prononcé ici. {Nauvelles réclamations.)
Vous me forcez alors à rappeler le sens des paroles de M. Thiers; il a dit, pour flatter les passions et les intérêts de l'Angleterre, que la France devait renoncer à la pensée d'être à jamais une puissance maritime, et à l'espoir de conserver des possessions coloniales lointaines.' {Quelques voix à gauche : Cest vrai I) Ce discours avait été un habile calcul ; il porte M. Thiers aux affaires. Quel est un de ses premiers actes ? Un différend .existait entre l'Angleterre et les Deux-Siciles : il fait accepter sa médiation. Le différend est terminé au profit de l'Angleterre contre notre commerce. Il est vrai que cela avait sa compensation ; car la flotte anglaise, devenue ainsi libre, pouvait, deux mois plus tard, bombarder Beyrouth. (Mouvement.)
C'est au commencement de son administration qu'un grand coup est porté sur l'opinion publique par le traité du 15 juillet. Aussitôt M» Thiers de s'agiter, d'écrire, de parler. il dépense, il arme, il se fortifie il déclare surtout qu'il va Eaiire tenir à la France une attitude digne d'elle.
ËcartoDS toutes ces hyperboles, allons au fond des choses et voyons immédiatement les résultats*
D'abord, c'est le rappel de Tamiral Lalande, le confiai ment de la flotte dans la baie de Navarin, sa mise en sui veillance à Malte, sous le canon anglais : c'est enfin so rappel à Toulon, au bout da télégraphe, qui, on le sait s'est bien gardé de parler.
Pourquoi tant de bruit? Est-ce que M. Thiers a jamai eu la pensée qu'il pourrait y avoir la guerre entre la FranŒs^s:^ et l'Angleterre? Jamais.
Je pourrais vous en rapporter pour preuve les nombreux ^ documents officiels publiés par les différentes puissances à cette occasion ; non jamais, avant, pendant et après le traité du 15 juillet 1840, M. Thiers n'a eu un instant la pensée de faire la guerre !
Avant, il disait à l'Angleterre : « Quelle que soit la tournure que prendront les affaires dans le Levant, il n'y aura jamais un coup de canon tiré par la France en faveur de Méhémet-Ali. »
Le 17 juillet, il fallait rassurer l'Angleterre par son ambassadeur.
« Que TAngleterre ne s'inquiète pas, la flotte française sera éloignée du théâtre des évânanafits. » El vous savei s'il a tenu parole.
Aprt's le traité du 15 juillet, on trouve dans la oonrespoodance officielle qu'il se rendait ehei Tambassadeur anglais pour lui donner la preuve qu'il écrivait aux (rffiders français afin dVmpéeher qu^uiie collision n'édalâl entre les luanus français et anglais^ et qu^il d^oaaDdail que des dépièches analogues fussent adressées a Tescadre anglaise.
Pais> pour couronner rœavre^ vint la odeda 8 octobre, dont M. Guiiot ne fait qu'appliquer la politique.
rai doiK^ raison de ré|)êter qu^avanl. pendant et après le traitée M. Thiers n^a pas cm à la guerre. Tout est éclairti maintenant : la guerre était k prétexte^ les fortifications le bat. ^JtfoMnmMtJ
S'il revenait au pouvoir, la politique extérieure deM. Thiers cbangerait-elle, par hasard? Et, messieurs, ne vous rappelez-vous plus avec quel enthousiasme, il y a quelques jours à peine, les journaux de M. Thiers accueillaient la pensée Je voir revenir aux affaires ces mêmes wighsde 1840, qui s'étaient joué» de la crédulité de la France. Non, non, l'aliiance étroite avec TAngleterre est bien encore le pivot de In politique de M. Thiers!
Est-il permis de se demander maintenant, Messieurs, en quoi la politique de M. Thiers diffère essentiellement de celle du cabinet actuel?
Il est vrai que M. Guizot a désavoué Tamiral Dupetitrhouars, et nous a fait payer l'indemnité sanglante de Priichard. M. Thiers nous disait l'année dernière, à cette fribune, que quand il croirait de l'intérêt de la France d'abandonner Taîti, il aurait le courage de le lui dire.
Mais M. Thiers a même, dans certains cas, dépassé M. Guizot, lorsqu'il lui reprochait, par exemple, de n'avoir fait avec l'Angleterre qu'une alliance platonique, une alliance qui n'agit pas; il eût voulu, lui, que les deux flottes fussent combinées pour un grand objet commun, comme s**!! pouvait y avoir quelque chose de commun entre les deux nations qui nç tournât au proOt de l'Angleterre contre la France. (Mou/oement.)
Que la gauche, qui déclare ne pas vouloir répondre, me permette cependant encore une question. Croit-elle qu'elle 3 intérêt à laisser peser sur elle la lourde responsabilité de semblables précédents, et peut-elle penser, quand je lui en signale les dangers, que je me montre pour elle sans sympa^lhie et sans reconnaissance pour ses services passés?
Hésumons-nous. Oui, le ministère actuel a corrompu la Prince 1 Oui, il l'a fait déchoir, au dehors, de sa grandeur ^t de son importance.
Mais le remède à tant de maux, est-ce une alliance com-
promettaole, ('quivoque? Sonl-ce de petites proposilior"^cJis imin'rceplillisB, qui peuvent convenir même à une portio^CDii (ie la inajoiiltî? l'ermetleï-moi de vous le dire : vous cor i- Tondcz deux choses, la chambre et ie pays.
La chambre, par laquelle vous voulez vous rendre po^s — sibles eu vous amoindrissant ; le pavs à la hauteur duqu«:- U vous ne pourrez atteindre qu'en vous grandissant au eon — — ' traire.
Vous craignez que, dans sa torpeur, il ne puisse poiij( -* vous suivre sur le terrain de vos vérilahles principes, cl n'pendaiit il vous a déjà suivis.
il vous a suivis deux fois. En iSÔ9, lorsque vous invoquiez le principe parlementaire contre le gouvernement personnel ; eu 1 S 12, on haine des sacrifices faits h l'Anglft- ^ Icrre, lorsqu'il vous donnait une majorité que vous î déposée au\ pieds du pouvoir.
.\h! croyez-moi, pour arracher l'opinion publique à son | sommeil, pour la ramener â la vie politique, il faut pr)^«J senior h la société une noble el grande idée qui la pas*J sianne; aux classes qui soiilTrent une idée d'émancipalioaB et de bien-t^tre.
C'est ainsi qu'en agissent les sérieuses et populaires op* positions. A ces conditions, le pays vous suivra; car dtl nations moins chaleureuses et moins électriques en ont suif| d'atttres avant vous.
Otiand Wilberroi-ce. par exemple, a voulu réaliser cetld ipuvrc admirable de l'émancipation des esclaves, a-t-il fait * au |MrIement de mesquines et insignillantes propositions? A-t-il cherché à contracter de compromettantes alliances? Non, il a fait im appel aux sentiments les plus élevés i' ca>ur humain ; il a agi sur l'Angleterre entière, el bien qiM les intérêts de quelques niareh.-md5 les rendissent sourdsa la sainte voix de l'humanité, l'Angleterre s'est levée rûnlreJ le parlement, el le parlentenl a cédé.
Quand lord Orey, \oulatil effacm- de ivvollanles mégalil a proclamé In nécessité du réform-bill, s'esl-il rapetissé pour passer sous les fourches caudines d'une majorité parlementaire? Encore non : il a été conslantdans son principe, il l'a préservé de (ont contact impur, il en a l'ait une Fssion pour l'Angleterre, ri li; pouvoir royal et la chambre s lords ont été vaincus.
Esl-il onQn une mesure i|ui ait rencontré plus d'insurmontables obstacles que la lui des céix-alcs? Eh bien, estce par le parlement que Cobden a cherché à l'introduire? Non, non : Cobden s'est adressé au nobles cœurs et ans eslomacs affamés de son pajs.et, sans s'effrayer de l'imperceptible minorité qui s'était jointe à lui, il a perlé son principe si haut et si ferme, qu'il esl devenu un drapeau formidable. Ou la fortune suivra cet étendard, ou ce n'est rien J moins qu'une révolution pour rAngleterre.
■ Voilà, messieurs, comment je comprendrais, en ce papi 3 ^■IB rôle de la gauche.
^P Jen'ai point la prétention de dirisicr sa vieille expérience; que sa fierté ne se révolte point à mes conseils. Je ne consulte ici que les sympaliiiesde mon cœur. Oui, oui, croyez-
^jnoi ; iiiusi agem
louillés et amoindris, le
pays ne saurait
nus reconnaître, lui qui ne voit qu'à dislance. ReleveziHs, et il sera derrièn* vous. {AyUalmi.)
DISCOURS PRONONCE À LÀ CHAMBRE DES DËPUTÉ
DANS LA DISCCSSIOa DE L ADRESSE » SUR UN AMERDIMEIIT PROPOSÉ, TISART LA CORRUPTION ET L*IN0B8ERTATI0N DU LOIS
( 22 janyier 1846 )
Messieurs,
Je n'abuserai pas de la patience de la chambre, mais il est cependant deux expressions, prononcées hier et aujourd'hui, que je ne saurais laisser passer sans réponse. Le sentiment de ma dignité m'en fuit un devoir.
M. Thiers, en parlant de mon discours, l'a appelé une diatribe. Je fais appel aux souvenirs de tous les membres de l'assemblée, sur quelques bancs qu'ils siègent, et je leur demande si ce discours a été autre chose qu'une citation d'actes, de faits, de documents, de dates, de passages même du Moniteur, C'était de l'histoire sans interprétation, sans commentaires même.
Or, si l'histoire de M. Thiers ressemble à une diatribe, à lui la faute et non pas à moi. (Mouvement.)
L'honorable M. Odilon Barrot vient de dire tout à rheuresc que, dans la ligne qu'il s'était tracée, entre ce qu'il appell le parti des immobiles et celui des intraitables, des cla meurs ne sauraient l'ébranler.
Je dois repousser cette expression....
[Odillon Barrot : Ce n'est pan à votre personne que cek s'adresse.)
.le dois la repousser, car c'est là le langage violenl rfps ■iiajorités contre les minorités; on cherche à flétrir ainsi I l'expression de tonte opinion indépendante. Non, non, ce Ttc sont point des elaineurs isolées.
Pour moi, je fais bon marché de ma personne; etjecomprendsquedes hauteurs oit vous vous iTOjez placé, vous permettez à peine à mes pnroles d'arriver jusqu'à vous ; mais l'an dernier, lorsqu'un homme consjdérahie, dont le langage éclatant a autant d'autorité dans cette enceinte qu'il a de retentissement dans le pays, vous adressait les mêmes reproches, vous montrait l'opinion publique se retirant de vous à cause de vos faiblesses et de vos douteuses et compromettantes alliances, vous luî disiez aussi qu'il était isolé. Hier, vous le disiez à M. Lheihette, quand il s'est levé pour [irolesler contre votre fusion imprudente; eh bien, je vais lous prouver que nous sommes si peu isolés, (jiie nous sommes appuyés dans celle accusation même par des hommes et des journaux de votre |)ropre parti. {Exciamaliam bruyante» à gauche.) Messieurs de la gaiicite, je croyais que vous vouliez de toutes les libertés, y compris celle de la tri- Lune'.' Me serais-je trompé? et ne pcrraeltrez-vous pas à un bomme dont hier vous avez travesti les idées cl les paroles de vous répondre? [Parles! Variez!)
.le vous disais que dans cette appréciation de votre ligne politique nous étions si peu isoles, qu'elle est réprouvée par les hommes mûmes de votre parti ; que celle alliance sans programme, sans plan déterminé, avait jeté la division au milieu de votre presse et de votre propre opinion. Vous me répondez qu'il ne faut pas tenir compte des précédents quand il s'agit, par une union, de former un grand parti national.
Un grand parti national ! .\h ! nous ne pouvons reconnaître pour tel qu'un parli où il y a des principes et non des nmbilions seulement.
Ces prinripcs, dites-nous quels ils sont, el pour peu qu'ils indiquent un mouvcniont, qu'ils diVèlent un progrès, nous autres, que vous appelez le parti des intraitables, nous sommes prêts à vous seconder.
Mais, encore un coup, irt've de phrases et de grands mots,— votre ré.rorinc, où est-ello ? «■
(Une voix: Dans le .)f(i)iin^tr.) ^H
Dans le Momtettr, ditcs-voHS?Ah ! cV-tail liier égaicmer» la réponse de M. Tliiers.
Dans le Sfoniteftr ! Mais à quelle année? à quelle date? auriiis-je le droit de vous demander ; carvou<i savez que, dans \i' Mottittitr mi'me, vous ave? eu trois progi-ammes diflëronts ; puis parlez-vous des vôtres ou de eeus de M. Thiei^s",' Il faudrait commencer pr vous entendre, car les vdlrcs sont exclusifs des siens ; et si, par cette n'[>onse rague, t'\asive, vous croyez, comme M. Thiers, donner le change an pays, reculer devant toul en^gement, oh! non, ne cioyez pa* que le pays vous suive sur ce terrain. Il se rappelle encore tSûO : à celle époque aussi on refusait de s'evpliquer; on s'enveloppait de nuages ; ou cliei\-hail à caresser l'esprit de nalionalilé, saus rien forniulcr, sans rien dêltnir. La nation a cru à des principes, quand il n'y avait que des ambitions, et, une fois prise au pi^. elle a vu peser sur elle le ministère qui a préparé celui-ci, c'est-à-dire que, depuis six ans, le pays s'est vu corrompu et humilié.
Quoi que vous fassiei. sans îdée^ arrêtées, sans pi-ogrammc, sans réformes à réaliser, arrivassiez-vous vousmêmes aux affaires, que vous vous y élèveriez sans force, sans puissance, doniim^ par une volonté supérieure, aussi i-jiurbés que le ministère actuel.
Puisque que vous parliez tout à l'heun^ de complicité el d'iunoc(*nfe, crovez-moï, vous joueriez encore one fois te rùle de dujies ou de complices.
(hii. tout au moins le rùle de dupes, comme vous l'avei
|«uc(>n votant les fonds st'crels, en votant les fortificalions contre vos principes, en volant pour la régencedes hommes contre vos principes, et sans qu'aucun de vos principes ou de vos prétendues réformes y aient rien gagné; car, soit au rminislère, soit dans l'opposilion, M. Thiers ne vous a rien 1 concédé. El j'ajouterai (\\\'i\ ne peut rien vous concéder, car il est accablé sous le poids de vos précédenis. J'en avais donné vingt preuves il y a deux jours, et aujourd'hui, comme pour vérifier mes pnroles, une nouvelle preuve plus décisive, plus irrésistible, a surgi au milieu de ce débat.
IOue viennent de faire M. lîarrot el ses amis dans celle séance'.' Ils ont montré la corruplion électorale adminislralive, judiciaire, s'infillrant, se répandant partout. Qu'a répondu à CCS accusations M. le ininislre de l'inlérieur? Ne regardait-il pas M. Thiers quand il s'est écrié : Celle faute, si c'en esl une, est celle de toutes les adminîstralions qui nous ont précédés, el j'ai là dans mon portefeuille des documents qu'on m'évitera, j'espère, la peine de dérouler sous sous les yeux de la chambre. Qu'a repondu votre allié, M. Thiers? Il a courbé la liHe.
Comme hier, au milieu de ses magniliques attaques con- I Ire M. Guizot, il abaissait encore la France, il froissait ses I justes instincts d'orgueil et de nationalité, quand il disait ï qu'il voulait pour elle une politique modeste, avec des cir- I constances non seulement paisibles, mais encore médiocres! 1 Ce qu'il souhaitait à l'Amérique, c'était la grandeur; co qu'il se plaisait à constater pour l'Angleterre, c'élait de la j grandeur; el le rôle qu'il laissait à la France, c'était la f médiocrité. En quoi se dislingue-l-il donc de M. Guiiot. j M. Thiers votre allié? El quelle confiance voulez-vous que I les patriotes aient en lui?
{Plmieurs: voix : Et l'ameiiilemenll) J'y renlre, L'amendement, je le voterai, parce qu'il s'ét lèt'c contre la corruption et l'inoLservalioD des lois; mais.
tout en le votant, je déclare qu'il faut demander le remè à d'autres moyens plus énergiques et plus efficaces.
Si vous voulez sauver les principes, commencez par inscrire hardiment sur votre drapeau ; conGez-en exclus! ment la défense à des mains qui ne soient pas suspectes^ ^| qui ne se dérobent point après la lutte ; en un mot, ^c^^^^ trez au pays ce que vous voulez et ce que vous valez; qu^^ |^ réforme, une réforme large et féconde, soit votre cri decr^^i^ liement : autrement votre fusion inexpliquée ne reste p^ 1 ^^ à ses yeux que comme une désertion, et vous jetez p^:>up longtemps dans son sein l'hésitation, le doute et le dé(^o^. ragement.