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CONSEILS AUX TRAVAILLEURS

A PROPOS DBS ÉLICTiOllS PROCOAIRES

(Écrit publié par le journal la Bé forme j le 1*' mars 1816)

Les élections s'approchent ; car du iiaut de la tribune le pouvoir vient de notiûer à la chambre son arrêt suprême. Chez un grand peuple ce devrait être une solennité politique, agi tant à la fois tous les intérêts, dans une activité commune, et faisant pénétrer la vie dans tous le corps social, depuis sa surface jusqu'à ses plus mystérieuses profondeurs.

Et cependant que va-t-il arriver? Vous allez voir se dérouler devant vous de nombreux programmes, où des questions d'hommes et de pouvoir seront seules engagées ; mais de vos droits, de ces droits sacrés que vous avez conquis en 89, en 92 et 95, mais de vos intérêts, mais de vos misères, de votre longue et cruelle agonie, pas un mot.

Et pourquoi? Osons le dire: parce que cette solennité politique, cette agitation qui devrait êlre universelle et féconde, est renfermée dans les limites étroites du privilège; elle se borne aux rapports officiels de l'électeur à l'élu; sa plus vaste portée, sa pensée la plus intime, c'est l'intérêt du monopole cherchant d'une part à se fortifier contre la royauté, de l'autre à s'associer à sa fortune; d'un côté, l'égoisme intelligent et jaloux ; de l'autre, l'égoîsme servile

oLjiressi: de jouir; mais surtout el avaul loul, l'cï|iloil:-l tiun (les classes exclues, dout chaque jour — Inloi des livrc^^ est là pour rutlesler — rive de plus en plus la chaîne. Voi f uialheurt'usâmciit ù quoi se réduit, pour la France de 1 S5 ^ la grande fête électorale !

Vous tous qui, en dehors des deu\ cent trente raille pE vilégiés, alleï lire ces programmes elTacés ou vides, vou^ chercherez une fois encore quelque satisfaction ù *os drui c: méconnus, quelque consolation à vos souffrances, et yaiir^ u'y trouverez rien, ahsolumenl rien. Devez-vous désespérer?''*' Non, non, croyen-lu bien, vos droits sont imprescriptible-, el ils portent en eux-mêmes la destinée de vos intérêts. Non! riiouinie n'est pas venu en ce monde pour y èlre oppriini' san^ cesse! Non! sa vie ne jieut pas cHre seulement lissuc lie souffrances ut de sacrilices ! L'hominu apporte ses droits iivec lui. La Révolution l'a écriten caractères ioefTacables. Croyons-cn cette grande prophétie du siècle dernier. Et \u% 1 iiileréts, [)euvent-ils être à jamais sacrifiés? Resterex-vous ' constamment privés de toute parlicipalion à l'héritage commun? Ltes-vous condamnés à vivre et à mourir courbés sous le joug, sans ne pouvoir jamais jeter vers le ciel qu'au regard do reproche? Non, cela n'est pas {lossible, l'homme n'u point été organisé pour le rôle de la brute; il ne portemil point en lui le sentiment de la dignité el de la justice, s'il ne devait y trouver qu'un supplice plus cruel encore que toutes les douleurs matérielles.

Etioyei! Cvlle enquête que vous atvi réclamée avec nou^ l'an dtirnier, rvtic etiquèledonl nous n'avions assnmoeot ]«> besoin pour nous éclairvr, n'est-elle pds devenue superflue pour ttnis aujourd'hui? Aui yeux de l'cgatsiDe le plus ubstiuémont aveugle, n'esl-il pas démontre par des statistiques nicvulc< que, même en ne vivant que de paÏD ci d'eau, en ll*MCOni>ot pas aux besoins les plus impérieux te nécessaire, pour U masse des travailleur^ chaque année se solde

Hnu" un dèricit, obstacle éternel à ht conquête de sa liberté

^fa à l'exercice si tégilime des droits de l'homme et du ci-

B Mais voyez encore! N'esl-ii pasêvidenl que la loide l'iiu- ^manilê supérieure à l'imprévoyance des gouvernants, se ^■har^e ellu-mème de mettre à l'ordre du jour les vastes pru- ^plèiuesqui vous intéressent? Voilît que tout à coup le gou- ■\ernement le plus monopoleur de l'univers est nmené à procliimer la liberté des échanges. Oh! peul-éirc y a-l-il

t dans cette nouvelle politique de l'Angleterre, que l'avenir pR chargera de nous expliquer, un intérêt toutspéclal ; peut- •tre l'aristocratie britannique espiie-t-elle encore nourrir le peuple anglais aux dépens des autres nations. Mais il n'en est pas moins vrai qu'elle avoue la nécessité de s'occuper des besoins et des souffrances du peuple, et qu'elle est ibligée de reconnaître à la face du monde celte loi si sim- P\e et si grande à la fois, que les objets nécessaires à tous e doivent pas être réglementés uniquement en vue du fisc l de la fortune de quelques privilégiés.

Voilà certainement les immenses questions que vous vou:^ tendez à voir surgir dans les programmes qui vont four- ■Ùr le premier texte du dialogue officiel entre les électeurs t ceux qui brigueront leurs sutTragcs. Si vous les y trout en elTct, tant mieux; si notre persistance à les rappeler rpcut contribuera les y introduire, tant mieux encore. Mais i vous ne les trouvez pas plus celle fois que vous ne les ^vez rencontrées jusqu'ici, oh! non, ne désespérez pas! Four vous expliquer cet incroyable silence, songez qu'en e moment vous avez les yeu\ fixés sur une sphère où le lonopoleseul se débat. N'est-ce point étrangement abuser s mots que d'appeler représentation nationale la repré- Icntation de deux cent trente mille individus, lorsque la lalion compte Irenle-cinq millions d'hommes I Vous tous JDuc qui êtes en dehors du privilège, ne cherchez pas votre

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représentation dans le parlement. Ce serait une erreur. Erreur excusable sans doute, et que nous comprenons sans peine. Vos pères ne vous ont-ils pas dit que nos grandes assemblées révolutionnaires avaient appris aux gouvernants qu'il y a un Peuple et que tout est à faire pour lui? Yous-mémes, n'avez-vous pas vu sous la Restauration une opposition qui, elle aussi, n'avait la parole qu'en vertu du privilège, représenter cependant et défendre avec autant de chaleur que d'éloquence les droits de tous. C'est qu'en effet, alors, le privilège bourgeois luttait contre les anciens privilèges de la royauté et de la noblesse, et qu'impuissant sans vous, il avait besoin de confondre sa cause dans la vôtre. Il parlait pour vous, vous avez combattu et triomphé pour lui.

Mais aujourd'hui, espérez-vous retrouver vos véritables représentants au travers de ce réseau de monopoles qu'à tressé la loi de 1831, au profit de quelques privilégiés, dans le sein de ces chambres qui ont abaissé devant le pouvoir toutes les barrières, qui ont sacrifié le droit d'association et toutes les garanties populaires, qui ont relevé autour du foyer révolutionnaire Tédifice féodal de l'embastillement, qui ont accepté pour programme financier cette inhumaine et sauvage devise : faire rendre à l'impôt tout ce qu'il peut rendre, et qui en sont arrivés à grever le travail national d'un millard et demi, une moitié en sus du budget de la Restauration, le double du budget de l'Empire, le triple du budget de la République !

Non 1 votre avenir n'est pas là. Sans doute, vous avez en*^ core à la chambre des hommes qui vous sont dévoués, et, pour ne pas les nommer tous, je ne citerai que deux de nos amis : Joly, qui paie son tribut à la sainte cause de la liberté par un de ces dévoûments qui ne se fatiguent jamais v Arago, ce chef de la science, qui n'en sonde les secrets qu& pour les vulgariser et y découvrir chaque jour des sources

fécondes et utiles à tous ; quelques autres encore; mais tous tant que nous sommes, nous-mêmes, pouvons-nous avoir la prétention de vous représenter ? Souffrons-nous comme vous de cette inique inégalité qui froisse ce qu'il y a de plus ia time et de plus sacré dans le cœur de Thomme ? Souffronsno us comme vous, à tous les instants, de ces misères que nous De pouvons comprendre que par la sympathie d'un cœur gé* n&MreuXf et sommes-nous bien sûrs que, dans le milieu corroKnpu où nous vivons, même en y restant purs, nous n'y laissons pas quelque chose de notre ardeur première? car l&^ volontés les plus résolues et les plus énergiques se la^ seKit et s'engourdissent à se replier sans cesse sur ellesiTBâmes.

Encore une fois, ce n'est pas dans cette représentation du icm43Dopole que vous devez chercher votre représentation ; cbcrcbez-la en vous-mêmes. Vous la trouverez dans ces ç^-ands ^ centres industriels où l'ouvrier laborieusement courbé sur son métier, place à côté de lui le livre qui Tin* struit et Téclaire, et le console en offrant à sa pensée un avenir meilleur ; vous la trouverez au foyer de l'agriculteur, OUI la vieille tradition révolutionnaire raconte l'histoire de la France libre et forte, et crée dos âmes vigoureuses dans des corps robustes ; vous la trouverez partout où le sentiment d'une souffrance fait naître le sentiment d'un droit ; FOUS la trouverez au sein des masses, où la conscience des droits de tous s'éveille de plus en plus, où des intelligences d'élite, vivement émues au spectacle de cette agonie prématurée de l'enfance, de ces angoisses quotidiennes de Tâge mur, de l'horrible faim qui attend la vieillesse, puisent dans CCS leçons vivantes des forces inconnues, et transforment à chaque instant des martyrs en révélateurs : c'est là que le bon sens remplace l'éducation, que la sainte loi du dévoù'^ ment se substitue aux calculs de l'égoisme, et que la lutte contre une réalité terrible fait jaillir des idée^

LEOBU-ROLUN. — 1 16

doat la puissance et la justesse déconcertent l'orgueil de !^~ la science et de l'étude. Là est votre avenir.

Lorsque, pour maintenir le peuple dans cet état de se^^r. vage et d'ilotisme qui lui refuse tous les droits politiques, ^mtm dit qu'il ne s*éclaire pas, on vous calomnie ou l'on s'abu^se. La maix:he de Tesprit humain ne se plie point au caprK ^ des statistiques. S'il n'y a pas en France, chaque année, be^ {/. coup plus d'hommes qui aient appris à lire, il y en a be^tr* coup plus qui ont appris à penser. Lorsque quelques-uns dt ces hommes qui ont souflert par eux-mêmes, dans leur dignité morale et dans leur corps, de cet état d'oppression et d*eipkiitation, seront entrés dans l'assemblée représenta tive, alors la vérité éclatera aux yeux de tous, car elle aura pour interprètes ceux-là dont on n'oserait contesler le témoignage.

Nous TOUS disons : ne désespérex pas, et n'attendez rien de la représentation actuelle. Mais faut-il omclore de nos paroles que vous devez rester indifiërents i h latte qui va «'engager?

Non sans doute. c;ir le privilèfe le plus obstiné se saurait rési:4er toi^ouns i «vite |ine!ssi<m morak qa*exeroe sor lui r^i^inion publique : il v cède« ou il est brbé. Koos ne Toie ruppellenms |^5 en ce ittomenl comlMea de fois tous Taxez nedttit |vir la ftCMtte ; niais je vous rappellerai que drax fois ^ il a cédé de luiHnème : |HMir éviter une Ivtle désaTanla«* geiK^« piMir e$^9ver de ssiu\^Mr quelques débris de sa iMliiiic,^^ «""est |w%$$ihle : mais enfin il a cede« U a crde dans celle nuir ^ /// MMMrable où la xieille artst^cralie fil le sncriOce de si tilnts swr Taulel de la R«^\^Juti<Mi. Il ciède atqonrd^hai M An^lelenr^^ el e^e>i du ^a dn parti ceBserralear quV ^miie une {>«vfKt$iu%Mi de ndfimae dMl 1»

$Mit c«Kwe i^mileulUkles ea jfiMr eHeHBène et pour le MMide e:::^r. Mats nous xims dira&s que fNHur râloiie le fr%\iî)<^ ji H\s;:.'^ exirami^. U ^Mit qw r^nîon élève ia

voix de manière à se l'aire enlendre des oreilles les plus rebelles.

£h bien ! dans la lutte prochaine^ vous reconnaîtrez les drapeaux qui ne représentent que des intérêts personnels, et ceux qui représentent des principes. Sur les premiers, vous verrez inscrits des noms d'hommes, des noms de candidats au pouvoir : détournez les yeux et passez. Sur les seconds, vous lirez quelques promesses de réforme, quelques professions de principes ; arrêtez-vous et appuyez. Si les principes ne sont pas entiers, si les réformes ne sont pas complètes, ne les croyez pas cependant indignes de votre attention. Ne demandez à chacun que ce qu*il peut porter, mais demandez-le, et ne laissez pas à des bonnes volontés douteuses ou chancelantes le soin de régler la part du fardeau. Ne croyez pas non plus que la vie politique de ce noble pays soit tout entière enfermée dans l'urne électorale ; Grâces à Dieu! nous ne sommes point encore tombés si kis. Quel est l'homme qui p'a pas une action sur son voisin , ce voisin eût-il la prétention de s'appeler son maître, /ùt-il son propriétaire ou son banquier? Suppléez donc, par votre dévoAment et votre zèle, à ce que l'institution actuelle «^'imparfait. Songez que si, dans leurs luttes antérieures contre le pouvoir, les privilégiés ont eu besoin de vos bras, ils< savent, et le pouvoir sait comme eux, que quand Tidée 6»t mûre chez vous, pour la faire entrer dans le domaine des faits, vous n'avez pas besoin d'auxiliaires.

DISCOURS PRONONCÉ A hk CHAMBRE DES DÉPUTÉS

DAH8 LA DISCOSSION D*UNE PROPOSITION TEUDANT A APPOBTER DES MODIFICATIO:

DAKS LA LÉGISLATION RELAnvi

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