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ET LA MAGISTRATURE JUDICIAIRE

(1- juin 1846)

Toici deux séances où qous assistons à de tristes débals. L'opposition articule des faits graves; le ministre ne les nie guère; seulement il prétend, le plus souvent, qu'il y t, étranger, et que les fonclionnaires inculpés n'ont point ^i ici en conformité d'ordres qui leur auraient été donnes

T Fadminislration. La corruption, l'intimidation, sont donc avouées. Quel déplorable speclacle, el quelle idée don*

rions-nous de nous dans le monde, si la moralité de la

iion résidait dans le pays légal et dans Tadministration seulement !

Je le répète, c'est une situation grave, pénible, qui, à q^aelque point de vue qu'on se place dans cette chambre,

lur peu qu'on soit moral el honnête, affecte profondément.

Imieurs diverses.)

J'espérais donc, dans les nombreux discours que nous ^ons entendus il y a peu de jours, qu'on nous indiquerait

LBOnO-ROLLIN. — I 17

comment nous poumons sortir de cette situation d'impi sance et de regrets dans laquelle nous nous agitons.

Des orateurs (iminents se sont fortement attaqués ai* cabini-t ; ils n'ont, héhs ! que trop prouvé le degré d'aba;!^^ sèment oii nous étions tombés, la conOscation de ia plupar ^ de nos libertés, la défaillance de la fortune publique.

Mais celle longue suite de griefs date-t-elle d'aujourd'hui seulement? Esl-elle uniquement une question d'hominiis, ou bien plutôt une question de système? No t'aul-ii point, en incriminant le cabinet actuel, embrasser d'un coup d'oeil ces ministères successifs animés d'un esprit permanent d'audacieuse réaction ?

Dès 1830, n'avons-nous pas eu la curée des places? En 1851, n'avez-vous pas vu appendue aux colonnes mêmes de ce palais la cote de la Bourse, qui donnait d'heure en heure aux députés les fluctuations de l'agiotage ? Le fameux comple rendu de 185'2 ne signalait-il pas, comme une plaie déjà profonde, l'intimidation des fonctionnaires publics?

Le mal avait empire à ce point, en 1856, que tous les partis éprouvaient la nécessité de formuler un projet de réforme : les uns, se basant sur les droits imprescriptibles de l'homme et les précédents de nos plus glorieuses assemblées, demandaient le suffrage universel direct; d'autres le demandaient aussi, mais à deux degrés; d'autre» voulaient que tous les gardes nationaux pussent voler

Entraînée parce grand courant d'opinion, la gauche a rédigé son programme de 1857 centre la corruption on venait d'épiouver dans des élections récentes tout ceque peut l'habileté de main d'un ministre.

La corruption électorale a été un des principaux grief» sous lesquels a succombé le cabinet Mol

Le cabinet du 1'' mars a eu ses passe-porls cl ses mission: distribués aux écrivains tracassiers.

En 1842, les scandales sonl arrivés à un tel dcgru que la sollicitude de la chambre s'est émue, cl que sa justice a consacré les fiiils de corruption que vous connaissez, et depuis cette ôpo<[iie, le ministère, rappelé à la lojaulé et à l'honneur, n'en a pas moins continué ses détestables manœuvres. Ce triste tableau vous le prouve : ce n'est donc point le iait isolé de quelques dévouements aveugles, ou de quelques imbltions sans mesure : c'est une théorie, un complot nlre les ïnslilutions ; une alfaire, non de personnes, ais de système, de ce système que M. de Lamartine caracéi'îsait d'une Façon si significative et si juste : La pensée u règne!

Si c'est un plan de contre-révohilion suivi successivement r tous les ministères, aloi*», cliangcr le ministère ne Tfil plus; ce qu'il faut, c'est en renveisant les hommes. Tendre encore le retour de ces scnndules impossible.

Ce n'est qu'à cette condition que vous atteindrez la racine même du mal.

£t, cependant, comme remède, le chel'du centre gauche

s'est contenté d'opposer la politique qu'il avait soutenue

ie 1830 à I85li à celle du ministère assis aujourd'hui sur

s bancs. La politique de 1830 !i 1850 ! c'est donc là, si

ms avions le bonheur d'y revenir, que nous trouverions

remède auK maux qui nous dévorent! avec la politique

I 1830 à 183G nous serions glorieux au dehoi's, n'est-ct;

is? libres au dedans; et nous aurions une administration

ileinede droiture et de moralité!

Messieurs, que M. Tliicrs, embarrassé de la lourde res-

nsabilité de ses précédents, ait iuténJl à nous donner le

JiQge, je le conçois; mais cet expédient habile ne saurait

>us tromper, non, non, pas de séparation, pas de distinc-

m possible; de IS50 ù 1840, c'est bien une même pen-

B, uue môme conduite, une altération tour' à tourdétuur-

CHi violente de la révolution ilc Juillet.

Voyons plutôt :

Que reprocbe-l-on aujourd'hui au gouvernemenl? la corruplion des dépuUÎs et des électeurs, l'inlimidiition des fonc- \ i

tionnaires; mais, en 1854, M. Thiers n'était-il (las le %

collègue de M. Guizot, quand ce dernier frappa de destitu- 1

lion deux membres de celte chambre pour leurs voles parlementaires? {Mouvement.)

Il y a quelques jours, M. Thiers relevait avec aigreur à cette tribune les odieuses imputations par lesquelles le £

cabinet avail cherché à établir une espèce de solidarité èÉ

entre son opposition et un assassinat, abominable ma- —

iiœuvre, indigne de noire pays el de notre temps, mais qui ij\

a dû rappeler à M. Thiers un douloureux souvenir. 11 était j i[ bien minisire de l'inlcneur quand Carrel, ce noble cœur, ^ — ^ cette grande intelligence, Carrel que, mieux que iMii-sonnc, ^ -i il devait connaître, a été enveloppé dans l'atlentat Fieschi. . ii. Carrel complice de Fieschi 1 (Sensation!)

Oh I sans doute, il a donné un bien aussi attligcaiit ^ «- j,t spectacle ce vote, à jamais inexplicable, de i'inderanilc£» j lê Pritchard; il pèsera éternellement sur le ministère commet» «-aie sur la carrière parlementaire de ceux qui ont eu la raiblc^Si»^^su de le donner. (fi^c/aJHoi/o/ts au centre.) Vos cris n'y peuven •'-«œnl rien; cela est vrai, et si vrai, que, ce mot fatal à pein» rw i«e prononcé, votre consciencese soulève. (A fjauchc: Trèsbien *-«-^ai! — Dénégaliom au centre.)

Mais, dans le système politique des seize ans, ce vole fj».Jlea lui-même sa fîtialion et sa raison d'èlre. Qui vous a fa a^t Jùit jeter ce tribut Prilcbard dans une main encore rougie dt» - du sang de nos soldats? la jieur ! oui, la peurl car on vous^.«,»i/.« montré comme menaçante la guerre avec l'Angleterre. V ^ Eh bien, onze ans auparavant c'était encore la politique de j^*. y,. /j peur qui vous faisait verser celte fois à l'Amérique, m- non 25,000 francs, mais 25 millions. On a été jusqu'à >i^^votfs dire : Ces 25 millions ne fussenl-ils pas dus, il y iis:i__irait

encore bénéfice, la guerre vous coûterait plus cher; votez donc! El la couardise affiiLvoler.

L'honneur de notre pavillon était sans doute ù jamais compromis par M. Guizol, dans ce traité du droit de visite de 1841 ; la vigilance de cette chambre l'a gardé intact. Mais ce fait lui-même avait sa source dans cette politique de 1830 à 1856, tant vantée par M. Thiers. Ils datent, en effet, de ISôI et de 1833, ces traités préliminaires, dont lUM. de Bro{;lie et Sébastian! disaient : « Il a fallu les signer, l'Anglelerre a fait de la concession du droit de visite une question de rupture et de guerre. » Vous le voyez, encore la peur !

Et, sur la question de prérogative royale, M. Thiers étaitil un ministre bien ferme, bien constilutionnej, bien indépendant, lorsqu'il faisait remonter jusqu'à la couronne l'honneur de l'expédition d'Anvers?

J'abuserais, messieurs, des moments de la chambre, si je voulais vous montrer partout l'identité absolue de ces deux époques qu'on a vainement cherché à distinguer. Non, non, elles ne sont pas diverses, elles s'enchaînent, se complètent et ne sont que les anneaux successifs d'une seule et même idée.

Si donc, dans la grande lutte électorale qui va s'engager, c'est à t'aide d'une distinction chimérique et dérisoire qu'on espère recommander au pays le drapeau de l'opposition, je dis que les limites qui sépareraient le ministère de l'opposition sont si mal définies que nous avons le droit de demander qu'on les trace plus nettement et qu'on nous donne d'autres garanties. Je sais bien qu'on répond : Des garanties! mais peut-il en être de plus assurées que les derniers discours de M. Thiers? N'est-il pas venu poser récemment à la tribune de redoutables questions sur la préri^live royale? Après cela comment douter encore de oatriotismc?

Permettez-moi de dii'e, messieurs, que nous avons T<? droit de douter des discours, et. je le prouve.

En 1859, M. Guizot aussi s'était engage contre la pré-^^ rogative rojale, par des discours ; il y a plus, par des actes; car c'est lui, si je ne me trompe, qui avait i-édigé le paragraphe relatif aus empiélemenls de la couronne, el celle phnise étftit tiliemcnt prrt-ise, tellement nette, qu'un des. membres de celte cliambre s'écria, en s'adrcssant à M. Guizol : ■ Votre politique respectueusement violente, el académiquement révolutionnaire. » Et ce membre^avait quelque droit de se connaître en opinions révolutionnaires, puisque pendant un certain temps elles avaient été les siennes

Ce membre, donc, disait à M. Guizot : n Votre attaque ne s'adresse pas auK ministres, elle frappe et plus Ioîd ei plus haut. » C'était bien là un acte, n'est-ce pas, et M. Gui- ^^ zol y tenait beaucoup, car l'adresse avait passé en parlie;^^^| un seul paragraphe resUiil à voter, celui contre les excès de^^J la prérogative; on se croyait près du pouvoir. M. Thiers, pour ne pas risquer ses chances, désirait qu'on adoucît l'amertume de ce para^Tfipbe; M. Barrot opinait en ce sens; M. Guizot resta seul inflexible. C'était donc ptusi. qu'un discours, mais un acte, s'il en fui jamais.

Eb bien, mainlenanl, messieurs, que pensez-vous de Im valeur de certains discours, et même de certains actcsq quand vous voyez M. Guizot, à celle place même de H. Mole, porter presque jusqu'à l'artoration les doctrines de M. HoVÎ que lui. M. Guizot, combattait en 1859 avec tant d'achaw nemenl. Il paraîl que pour certains esprits le pouvoir a à séductions telles qu'elles ilonnenl la vertu d'oublier; c'est contre ces séductions qu'il faul des engagements formels.

Mais M. Thiers a cédé autant que tout autre à leur entraînement. Ne s'était-il pas ligué contre la luute-puissanoi de la couronne en 18."0? Il arrive aux affaires en '

race arec la coumniie; lulle-uil avee cette vigueur,

; celle énergie qu'il avait mises de loin à l'attaquer?

1 est reste au ministère trop peu de mois, disent ses

nis, pour faire prévaloir ses principes. Je ne croyais pas,

, qu'il fallùl plus de lemps pour l'aire le bien

l'îl n'en faut pour faire le mal. Or M. Tliiers a eu le

emps de sacrifier l'Egypte à l'Angleterre, d'humilier la

Krance en rappelant la flolle, de signer la noie dn 8 octo-

bro, et de décréler, en courant, les fortifications.

Je suis donc obligé de répéter que les discours ne sont rioii pour des hommes sérieux : c'est avec des discoui's «|u'on a trop souvent trompé, endormi les minorités qui attendent et qui espèrent au nom du pays.

11 faut autre chose, il faut des garanties, un programme.

I El commentM.Thiers, lui-même, ne le comprend-il pas? lui

I qui nous parlait dernièrement du contrat intervenu en 1830

J entre le chef de l'Ëlat et ceux qui lui ont donné la couronne.

I les candidats au ministère seraient-ils plus iicrs que les can-

Ididals à la royauté? M. Thiers nous disait, il y a peu, qu'il ne

I rentrerait au pouvoir que pour y gouverner au profit de ses

idées et par ses idées. Ses idées, il les exposeraitdoncpréli-

dinairement à la couronne, qui dispose des porlefcuilles.

Pourquoi ne les exposei'ail-ll pas au piiys, qui donne les

najorilés. Doulerait-il de rinlclligence du pays, s'il avait

cjuelque réforme sérieuse à lui soumettre. Ah! qu'il se

tranquillise, le pays aeceplerait de grand cœur tout ce qui

pourrait le faire sortir de la halle fangeuse où il est depuis

up longtemps arrêté.

Si ce n'esl pas le pays qui peut arrêter M. Thiers, serait-

r hasard, plus relcnu qu'il ne le dit par la crainte de

! impossible autre part? Voudrait-il, dans celle

ition inexplitluéo et nuageuse;, voudrait-il refaire celte

SÎtîon de 1812 où il a pu impunément tendre la main au

'■ l'oppositimi'.'

Ile e^H

■ u'rt faut

L'opposition sait bien, entre elle et le système, pourav qui les convenances personiielles de M. Thicrs l'ont fuil^ j pencher.

Que la gauclie qui s'allie 5 lui y prenne donc garde- , ' pour elle, en présence des élections, la question a bien s^e5 gravité. Tant que nous sommes dans cetto enceinte, occn pant un petit nombre de bancs, elle peut compter sur nous, eans compter avec nous, et il faut reconnaître qu'elle e use largement; mais dans l'arène électorale la scène [ s'agrandir et changer de face.

Dans beaucoup de collèges l'opposition et le ministi'n: balancent presque leurs forces ; notre opinion formn, comme appoint, un grand nombre de majorités; or il nous faul des garanties et des principes, enlcndez-vous bien.

A Dieu ne plaise, que ceci ressemble à une menace; serait, de ma part, témérité et folie. Mais je sais que t pays est humilié, qu'il souffre, qu'il se démoralise, et il me semble qu'il ne saurait jouer plus longtemps le rôle de mystifié et de dupe. Autant que qui que ce soil, l'unM^H est dans mou cœur; mois ma consciences ses devoirs, 4^H dùL-il m'en coftler, je veux les remplir. "TJ

Que la gauche et le ct;ntre gauche ne se récrient point : ce que je leur demande en mon nom et au nom des électeurs démocrates, ce n'est point la réalisation do notre programme; lui seul, j'en suis convaincu cependant, en donnant de l'unité aux droits et aux autorités du pays, pourra le sauver; mais on ne peut demander à un parti que ce qu'il a accepté conimo symbole, et c'est ce symbole et ce drapeau que je demande à l'opposition de faire connaître au pays.

Ainsi ont fait, messieurs, les grands partis qui, en Angleterre, ont eu d'insurmontables obstacles à franchir. Quand les Communes, menacées de corruption par les favoris de Guillaume qui, au début d'un règne, voulait essayer de l'ar-

bilraire et faire rétrograder la révolution, ont voulu rendre au Parlement la liberté de ses votes et la plénitude de son indépendance, elles ont fait au pays un énergique appel.

Guillaume a résisté jusqu'au moment où la lutte, encouragée par Topposition, est devenue si formidable qu'il a dà céder devant un mouvement unanime de Topinion, à peine de perdre son trône.

Il lui a fallu sanctionner le bill qui excluait de la chambre tous les fonctionnaires du gouvernement, tous les officiers attachés à sa personne.

Et, pour obtenir cette réforme qui était en Angleterre plus qu'une amélioration politique, mais qui louchait aux fondements mêmes de la société, lord Grey n*a-t-il point adopté un principe avec lequel il a surexcité les sentimenL'^ de la nation et puisé dans les forces qu'elle lui a comrn miquées la puissance de briser les résistances les plus aveugles.

Essayez donc de ces larges moyens, et le pays, comme en 1859, comme en 1842, nous donnera tout ce qu'il a de patriotisme et d'énergie.

Mais, si vous vous présentez sans principes, sans idées, sans remèdes, sans programme enfin, croyez-bien qu'il est disposé à ne plus se laisser tromper et à ne rien donner pour rien.

DISCOURS PRONONCÉ A U CHAMBRE DES DËPUTÉS

DANS LA Discussion DU BDDCBT

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