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L'ABOLITION DE L'ESCLAVAGE DANS LES COLONIES

(26 avril 1847)

Messieurs ,

Quel a été l'esprit des deux lois de juillet 1845? Adouir immédiatement la condition intolérable des pauvres esclaves; arriver le plus promptement possible, par des nti^yens transitoires, par des mesures prudentes et ménagées, à une émancipation complète. Voilà bien, n'est-ce pas, Messieurs, le sens incontestable de ces lois pour tous €^eux qui les ont volées?

Un fait vient de se produire. Une pétition nous est aujourd'hui présentée, revêtue d'un grand nombre de signatures recueillies dans tous les rangs de la société.

Qu'articule-l-elle? Que les lois de 1845 n'ont pas été exécutées; que le fussent-elles, elles seraient impuissantes à £^ mener Tabolition de l'esclavage. Elle conclut, en conséquence, à l'émancipation immédiate. En quels termes? « Elu prenant ce dernier mot dans un sens raisonnable. S'il fa Vi ^ un certain intervalle pour les mesures préparatoires, il inr» porte aux intérêts bien entendus de tous que cet intervalle soit le plus court possible. »

Vuilù dune une pélilion (jui demandt: eu que les lois de 1845 avaient elles-mêmes pour but d'obtenir: l'aboUtiuii de l'esclavage le plus loi possible.

Qu'a décidé votre Commission? 1-^ Commission, daiia son rapport, a leconnu, aiilani qu'en langage ollîciel on peu le diie, ta vérité de tous les fails qtiî sont exposés, et elll a conclu au renvoi à M. le Ministre de la marine ainsi :

R La transition doit avoir un terme; un des devoirs lil] plus essenliels du (iouveriiement est de prévoir ce lerm prochtiin, et de venir nous apporter, en temps utile, la loM qui doit le fixer; de ré{îler les conditions de l'émancûf palion. »

Ainsi, la pensée qui domine votre Commission et I

décide à ce renvoi, c'est que les luis de 1845 étaient dd

lois préparatoires, des lois, de transition, et que le gouvt

neineiit est obligé de présenter dans un terme très bref «

I le plus rapproelié possible une lui sur rémancipatio

' absolue des esclaves.

A cela, que répond M. le Ministre de la marine? Deu choses : a Je m'oppose, dit-il, au renvoi ; d'une part, part que les lois de \iiili ont été exécutées loyalement, sincèra ment ; de l'nutre, parce que l'cxéculion de ces lois pea| suffire, longtemps encore, aux besoins île la situation enfin, parce que le renvoi de la {«Lilion au ministère jelMJ rait de la perlurbiilion aux colonies, et pourrait empêchai peut-être, la libre exécution des lois de 1845. »

Je vais examiner très rapidement les objections faites par M. le Ministre; j'essajcrai de démontrer qu'elles ne sont pas fondées, et que la Chambre, par esprit de justice et d'humanité, doit adopter les conclusions de sa Comraïa^ sion.

M. le Ministre pi'étenJ que toutes les dispositions * lois de 1845 ont été exécutées avec franchise et loyauH Pour apprécier celte assertion, demandons-r

de suitt^, Messieurs, quels étaient les iiioyeus d'action ijiu- M. le Ministre avait puur faire entrer dans les mœurs les lois de 1845, pour combattre l'aveuglement des préjugés coloniaux, tes inQuences du gouvernement mélropolilain, les voici: d'abord, les adminislratetii's, les conseils coloniaux, puis Icuiergé, l'inslruelioii civile et religieuse, enQn la magistrature.

Quant aux ndminisirateurs, ]i: n'en dirai qu'un mot : les membres île la Commission, d'après les laits constatés, ont pu reconnaître t|ue la plupart d'entre eux, bien loin J'agir énergiquemcnl dans le sens des lois de 1845, Ibrlement imbus des préjugés un milieu desquels ils vivaient, ont presque toujours contribué ù en combattre les améliorations, à en neutraliser les lutélaires elTels.

Ainsi vous voyez, par exemple, un gouverneur de la (îaadeloupe se montrer peu favorable au rachat forcé, et ftiro pressentir aux mallieuruux esclaves que celte loi, sous 'aquclle ils souffrent tant encore, loin d'être un acheminetïicnt à la liberté, est un état à peu prèsdélinitif.

Kt le gouverneur de la Martinique, M. Mathieu, que iîiit-il? Il arrête les discours prononcés. Où cela? Dans la Clbainbi-edespairs. Sur quoi '.'Sur la lui même qu'il a mission de faire respecter.

Il s'est tellement identifié avec les inléri>ts coloniaux ^u'en piirlaut des colons il dit : « Nous », et il assiste en grand costume, lui, gouverneur, à un repas qui se donne à l'occasion de racquitteraeiit d'un créole traduit devant la justice pour des faits les plus graves et les plus rcprébensibles.

Dans une autre colonie, un direcleui' de l'intérieur fait

vendre une femme libre ; puis, dans une autre encore, c'est

un foncliunnaire qui achète un jeune nègre du Sénégal,

Mclianl .qu'il est libre, el le revend ensuite, pour ne ps

'nrgenl qu'il lui a coûté. C'est un commissaire de

police, empoi'[(' par la colèiii, qui rrap[>e de ses propres mains une fcmme enceinte, et cela, dit l'arri;! de renvoi, avec une telle vidlenoe, que l'énioliiin éprouvée pnr cellet femme jeLa dans son économie une perturbation dont les effets furent immédiats. ^

Voilà comment vos af^ents comprennent el exécutent V|fl lois de 1845. ^1

Parlerai-je des conseils coloniaux? L'Iionorable M. de' Lastayrie vous a dit comment les conseils coloniaux avaient combattu cette législation quelque peu bienfiiisante; il vous a rapporté les paroles amères avec lesquelles ils lu quali- Haient; et la Commission elle-même a été obligée de constater que le concours que les conseils coloniaux avaient prêté à ces lors était, a» moins, un concours fort équivoque.

Ëvidemment, c'est là une expression parlementaire, et si, sous cette forme adoucie, on voulait trouver la vérité vraie, la vérité nue, on verrait que les conseils coloniaux se sont montrés aussi rebelles que possible à la réalisation pratique des vœux que vous aviez décrétés.

En passani, loucherai-je un mot, Messieurs, de l'instruction civile'^ C'est ici que nous tournons véritablement dans un cercle vicieux ! On nous dit ; « Pas d'alTranchisscmeiit [Hiur les esclaves tant que l'éducation ne les aura pas élevés à la dignité d'hommes. » Et l'on vous a prouvé, à la dernière séance, que la France avait dépensé, non pas Tj 900000 francs, mais bien avec le vote de celle année, ■4 500 000 francs; Pourquoi faire? Pour apprendre à lire à douze enfants noirs. {Mouieinenl.) QacWc dilapidation! Quel gaspillage! I, 'argent esl volé, dévoré, je ne sais comment, mais la tyrannie des maîtres s'op|inse à ce que ces |)auvres petits enfants noirs profitent, pour la ciiltuff leur intelligence, des sacrifices de la mère-patrie. L'instruction religieuse vous vieDl^lle mieux

iminons coramcnl le clergt! des culoni&s ré|njntl ;'i l'aile du gouvcrneincnl !

I,à. vous n'avez jiits d'uvéques inamovibles, mais dt^s \» njfels a[H)s[oliiîues, messagers nomades, livres à l'influence «Jes créoles, à l'arbitraire du gouverucur ; et ce clcrjté, où scî recrule-t-ilV Ordiuairuumnt au séminaire du Siiinl- Elsprii.

Qu*enseiguc-t-ou à ce séminaire? Oue la servitude T-i'offense ni la loi divine, ni la loi naturelle, ni la loi reliî^ieuse; ijue le commerce des nègres est licite; qu'im esclave ■10 jieul .s'enfuir sans injustice.

Et pour être coiiséquenls à ces principes, vos prèlres des colonies piissèdcnl des esclaves, les font battre, chîUiet" pul)liquemenl ; vous les voyc^, eux. les prétendus ministres de l'égaliié el de la fraternité, faire trois catégories dans leurs temples, elles séparer les unes des autres: les blancs, les mulâtres et les noirs. Ils publient des broebures contre l'émancipation, et si, d'aventure, il se rencontre parmi eux quelque ecclésiastique ami des pauvres noirs, il lui faut cuiller la colonie. Ce n'est donc pas le elci-gé des colonies qui peut vous servir d'auxiliaire pour la moralisalion des ftMïlaves et l'exécution des lois de 1845.

Cette sévère, mais juste appréciation de la conduite du clergé des colonies m'amène, pur un contraste tout naturel, ù l'eudrc bommage aux membres du clergé de France qui ont signé la pétition qui vous est aujourd'bui soumise, ("est bien, sans doute; mais ce n'est pas assez quand on (H'flse au bien que pourraient faire à la canse de l'émancipatioD immédiale un tronc placé dans ehaque église, une bourse ouverle pour recevoir la moindre obole. Ij'appui que le gouvernement n'a su trouver ni dans ses L agenls ni dans les conseils coloniaux, ni dans le clergé, \ Ta-l-il trii:né dans sa magislrulnrp?

sieurs, j'aborde im onire de faits cl d'accusa-

lions lellement graves que je ne hasarderai rien que miim des pracédopis, des procès-verbaux ou des arrêts.

Vous vous rappelez, sans doule, que quand vous avecr volé 400 000 francs par an pour fonds de rachat, le minis — . tèrua déclare, sur les inlerpellallons de MM. Otlilon Harrov^ Pascalls et Dupin — écoulez bien ceci, c'esl important — qu'aucun denier de culle somme de 400 ÛOO francs n*' pourrait être empluvé à racheter des personnes libérées, émancipées par l'art. -47 de l'édit de 168;i, article qui constitue ce qu'où appelle rindivisibililéde la famille noire, cl empùclie qu'un mari el une femme cl des enfants impubères appartenant an môme mnîlrc puissent être vetidui sépai-ément.

On comprend hi lui d'Iitimanilé qui a dicté celle disposition : c'est la sainteté di- la famille jusque dans l'esclavage. Mais ce que la loi a prévu pour le cas de vente s'appliqne*l-il au ras d*afTra)iciiissi>ment? le mari ou la femme affranchi allire-l-il son conjoint, encore exclu, dans la liberté? La mère libre pii^era-t-elle de ses soinsprécieux son enfant impubère resté dans les liens de l'esclavage? Quelques instants, sons l'ahominablc empire des préjugés créoles, celle question a fait doule. mais la Cour de cassation l'a tranchée au proûl de hi liberté dans plusieui's de ses arrêts, et notamment dans nn arrêt des chambres réu- I nies, monument dui'able du haute raison et de touchante philanthi'opie. ,Ie le répète, pour aucun jurisconsulte, pour aucune cour, celte thèse de droit n'est aujourd'hui inccr- Uiinc. Ëh bicD, Messieurs, comme un grand nombre d'e claves des deux sexes seraient affrancliis gratuitement el I par la force seule du droit, les colons résistent, et vos agents 1 les encouragent dans celle barbare rébellion.

Pour ne pas fairt! [Hîrdre au maître le prix d'un esclave 1 qu'il devrait libérer pour rien, l'administration, la magistrature coloniales ont employé un misératilo subterfuge.

Us appellent litigieux ce qu'il y a de moins litigieux au »D(le; et pour racheter cette liberté censée douteuse, a recoui*s au fond de rachat de 400 000 francs que mis avez déclaré cependant ne pouvoir s'appliquer à cas.

Voulez-vous que je vous dise jusqu'où est allée cette audac i^use forfaiture ; vous allez en juger :

744 individus ont été rachetés à la Guadeloupe et à la

^f artinique sur les 400 000 francs par vous votés ; et sur

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