affranchis, 168 ont été payés à leurs maîtres, bien
ij^u'ils fussent libres de par la loi, de par l'article 47 de
l*cdil de 1685. {Mouvement prolongé.)
Messieurs, croyez-moi, j'exciterais votre pitié si je vous « A îsais par combien d'amertumes doivent passer ces pauvres IV^mmes qui veulent être réunies à leurs enfants.
La réclamation ne peut être faite que par le ministère d'un avocat, et comme, ordinairement, l'avocat est créole, i 1 refuse son ministère.
Alors, il faut un certificat d'indigence; mais le maire
c]ui le délivre est créole, et il ne veut pas le délivrer. Quel-
«juefois, et nous en avons de tristes exemples, le magistrat,
€]ui n'aurait qu'à faire appliquer la loi, intervient au profit
du colon que léserait un affranchissement légal, ne dédaigne
pas de descendre jusqu'à négocier qu'une portion de pécule
sera payée au maître ; et la pauvre femme, usée par les
formalités, épuisée par les fins de non-recevoir, meurt à la
peine, loin de ses enfants. 11 n'est pas rare de voir des
aiTrancliissements, qu'en vertu de l'article 47 on pourrait
décider en un instant, ne se proclamer qu'après dix ans
d'anxiétés et de chicanes interminables. (Mouvement.)
Oui, c'est là une abominable forfaiture que de forcer cent soixante-huit individus à demeurer esclaves, en employant les sommes qui auraient servi à les libérer à racheter des hommes déjà libres de par la loi.
s connaisse/ les m;tgisli-ats qui s'en ;-oiit i-etidui^ 'ni.^^ pnblcs, monsieur le Miuisli-c, et vous ne los avez pas fi^^^ descendre de leucs sièges ! (Aijitation.)
C'est grave. Messieurs. Eli bien, j'arrive â des fiiits pi -^n odieux ; et ce ne sont pas des assertions, eomme k dis^^^ ,* tout à l'heure l'Iioiiorable M. I*vasscur. qui. sous prétc3»KL i<; de défendre la liberté, m'a paru, contre son itilention sgk ^ns doute, soutenir singulièrement l'esclavage.
( n Votii TOHi méprenez sur mes iiUentinmi. » )
Je ne me méprends pas sur vos intentions : je ne pa ■ — le que des faits; vous prétendiez que les détails qui out «^ té doimos n'étiiienl pas exacts, qu'ils ivsiiltaient de je ne «; ^is quelles informations judiciaires plus ou moins dignes ^^c loi : c'est quelque chose de plus signiQcatif. ce sont des Ta^^ts puisés dans des procès- ver loux non contestés et dans IJ^f^ arrêts eux-mêmes, dont M. de Lasteyric vous a garar"^:^'' i'aiitîienticilé, et que je coniirme à mon tour, car j'ai I ^li« sous la main, extrait de ces procès-verbaui uu de instructions judiciaires. Je- ne vous parlerai pas, M< sieurs, de ce qui arrive tous les jours ans colonies; d'i fait, par exemple, comme celui-ci: l'ne vieille mère ^ •=*'^ attachée par les quatre membres, nue; elle reçoit dix-n^^ -•*^"' coups de fouet; son snng rt-jaillit, sur qui : sur son 1l«~H''*' sur son propre fils, qu'on a contraint à tenir les mat *sauis de sa mère pendant ce supplice. {MoHremetU yén^t ï^rfl' d'indignation.)
Cela n'estricn encoi-ejMessicurSjje nem'arrèlcrai pas >■' -non plus au spectacle de cette nourrice frappée à coupsbâtons et blessée gravement, de cette autre fcmuie ch£3M de 29 coups de fouet, sei/ejours après ses couches, et trant mourante à l'iiabilatron. (Nouveau înouiement.)
Qu'est-ce encore qu'un géreur qui tue un esclave ~? jeux de tous, presque rien. Lemyilreàqui l'esclave in:». -^^tï)//,* peu, prinrvu qu'il en ail l'ai'.'eiil. i-elient le prix de \ta rif
ûine sur les gages du géreur, et tout esldit. Legércur, il esl \raî 9 6St traduit en cour d'assises ; mais il est acquitté ! [Sensation.)
Ce sont là des faits qui vous émeuvent, Messieurs ; je le comprends, moi qui souffre à vous les raconter ; et cependant tous les jours, aux colonies, ils passent inaperçus. Hélas ! nous sommes loin de tout savoir ; et que de martyrs inconnus recouverts par le sable brûlant de la grève !
Mais, écoutez-moi, qu'une fois enfin la voix de Thumaiiiié venge tant de victimes, car voici des crimes d'une bien autre nature.
Vingt-neuf coups de fouet sont appliqués à une femme
enceinte de cinq mois. Dans quelle position ? On la place
en croix sur une échelle, on lui pose un billot de bois gros
et court sous le ventre, pour que son corps ainsi repousse
en arrière et rendu saillant reçoive plus sûrement les coups
terribles qui lui sont assénés. L'avorlement s'ensuit et cette
malheureuse est retirée presque mourante.
Ce n'est pas tout; les meurtrissures qui lui sont faites à
l<i tête lui cassent trois dénis, son œil droit est perdu, son
ojreille n'entend plus, et l'homme qui s'est montré envers
ello plus cruel que le bourreau, plus inexorable que la
g^^jLillotine(car, sur le continent du moins, le bourreau et la
^tiillotine s'arrêtent devnnt l'innocente créature que la
me condamnée porte dans son sein), eh bien, aux colo-
îos, cet homme est traduit en police correctionnelle et
condamnée à quinze jours de prison. {Vive sematioti.)
Quinze jours de prison, aux colonies, mais c'est, pour un
jCKieurtre commis par un blanc, presque le maximum de la
peine; heureux encore pour la morale quand il n'est pas
complètement acquitté!
Quelques-uns d'entre vous ont entendu parler du trop scandaleux arrêt rendu en faveur des frères Jaham.
Pour un motif léger^ un d'eux fait appliquer vingt-neuf
coaps de fouel à une femme grosse, et dans ses blessui profondes el saignantes il verse une composilion de pimc et de jus de citron. (Plutieun toix : Ceti abominable l) même homme tue un jeune n^^.
Remarquez, Messieurs, que tout ce que je vous di& ^^y est oHistaté dans une procédure et établi par des dépositic^^^,^ de blancs, même d'amis, de voisins, qui interpellés sun Ja foi du serment, parlent presque malgré eux et sont obli^< de venir dérouler ce hideux tableau à la justice.
Donc, Tun de ces frères Jaham fait manger à deux pai vres enfants des excréments d'hommes et d'animaux méié^ ^ (Exdamaliom dkerset.)
(Une toix : cest comialé judiciairemerU.)
Il y a plus : un jeune nègre, appelé Jean-Baptiste, \^^^ prendre dans un verger voisin quelques fruits. Le propriétaire le saisit et l'amène chez le sieur Jaham qui, à 1 instant tire son canif de sa poche, lui coupe le bout de l'oreille,^- ^^ qu'il le force à avaler avec un morceau d'igname imbibct^^^^^ du sang qui coulait de l'oreille mutilée. (MoutemetU gêné- — ^ rai d! indignation.)
Je ne crains pas de dire que ces faits ne seront récusé^^ ^ par personne. L'an dernier, les débats de cet horribh procès devaient être déroulés à cette tribune ; l'un de nos honorables collègues a i*eculé devant l'odieux qu'ils lui \m piraient et, en menaçant le ministère de la publicité, ^ essayé d'obtenir une réparation qui lui a été vainement promise. Moi aussi j'ai hésité, pour l'honneur du noi français ; mais eniin, toutes ces douleurs sont veuues frai [>er si fortement à mon cœur, que j'ai regardé mes scn puies comme de lâches scrupules. Je me suis dit que actes de barbarie devaient servir la sainte cause de la liberté* et que notre renom d'humanité et de philanthropie él trop bien assuré pour qu'il pût être terni par quelqi abominables exceptions. (Sur tom len bancs : Très
tvès bi^en!) M. le jMinîslre de la marine aviiil pi'uinïs au :ïoins, (^oiumu compcnsalîon à ce moiislrueux ucquittc- ■zticnl, Texpulsion des Frères Jaham de l'île nù ces l'orrails K'Ndienl été commis; eli bien ! je suis autorisé à dire, par L mi n lie nos honorables collègues, M. Ternaux Compans, que I l'auteur de ces atrocités y habite encore !
M. le Ministre avait encore promis que ce qui resterait
«Jcs malbeureux esclaves de cette meurtrière habitation
serait racheté cl afTrancbî. Malgré cette parole solennelle,
«leux de ces esclaves seulement oui été rachetés par le gou-
Tcrnement, lesautresontétévendusà l'encan. (Mnuveineni.)
Après de telles tortures, il semble cependant que c'est là
que voire fonds de 400 000 Irancsaurail pu ôtre utilement
employé.
Je TOUS demande pardon, Messieurs, de prolonger encore
les douloureuses émotions, sous l'empire desquelles j'a: été
obligé de vous placer, mais l'intérèl de la grande cause
âe rémancipation exige de vos âtnes ce nouveau sacriQc^.
i\ est un dernier fait que vous devez connaître.
Sur le soupçon qu'un bœuf a clé empoisonné par un [ icune esclave, M. Humbeit Iluprc fait couper la têle de l^animal, la fait altaclier au cou du jeune nègre, en déclarant qu'elle y restera jusqu'à ce que la putréfaction l'en «lit fiiit tomber. {Sensatiou .)
Horrible supplice, Messieurs, que ces miasmes de la mort s'inliltrauL lentement dans l'organisme de la vie. Quelques joui-s s'étaient à peine écoulés, que l'odeur fétide avait tué le pauvre esclave. [MoiuemeiU d'iitilitf nation aur tous le» Itancx de la Chambre.)
Dircz-vous que ce fait est inexact ? il a été constaté par
un commandant de gendarmerie, M. France; c'éljiit un
brave militaire qui avait pris au sérieux la responsabilité
' la position; et quand des actes comme ceux-là lui
'■aoncés. il faisait son devoir.
a fa it
Is out :ï!rons
Il gênait aux colonies : aussi lui a-t-on tlonné un congû maigre lui, et Jonl il ne voulait pas [irofiler; on l'a fait embarqu(!r de force puis, une fois en France, on Ta f gué, on lui a ofierl des compensations dont il n'a pas v et on 3 fini par le meltm îi la retraite.
J'ai dit que cet horrible drame avait été constate ] jirocès-verbal ; mais comment la justice a-t-clle sui\i ?
M, te juge d'instruction et M. le procureur du Rui se s rendus sur les lieux accompagnés de gendarmes; ils ont dit aux gendarmes : « Attendez à ta porte, nous entrerons seuls. » Puis, eu sortant : « C'est une affaire de rien, s'arrangera. »
Ou a, il est vrai, traduit l'auteur de ce raffini de barbarie devant la chambre des mises en accusation; mais celte chambre, composée de magistrats tous créoles et d'un magistral marié à une créole, a déclaré que ce n'était rien, en effet, qu'il n'y avait pas lieuàsuivre. (jtfouoewitfn/.) Adelrès rarescxceptions près, voilà la justice descolonies! Comment donc vous, gouvernement, pouvez-vous prétendre que les lois de 1845 ont été exécutées? fonctionnaires ! conlraires à la loi ; conseils coloniaux t contraires à la loi ; éducation civile! nulle, paralysée par les maîtres ; éducation religieuse ! dirigée par un clergé qui croit à l'esclavage et qui le défend; magistrature! se faisant complice solidaire de faits tellement odieux qu'ils ont soulevé votre indignation.
Et, il y a deux jours, je ne sais qui est venu dins ici : personne dans celte enceinte n'oserait s'élever pout" demander l'abolition immédiale de l'esclavage! J'ai ré-*pondu : Moi! oui, raui; et aujourd'hui je pourrais dire ^ nous tous ! Car, à part la question d'argent que nous examinerons tout à l'heure, il n'y a pas un devons, Messieui qui, sous l'empire des senlïmenls d'indignation qui agitent encoic, ne voulût à l'instanl déposer son y
If'
- -Jtll -
l'urne eii laveur de l'abolition de l'esclavnge. (Très bicnl très bien l)
Qu'opposent donc les colons à l'abolUioQ immédiate? lieux choses :
On vous dit : « Les esclaves ne sonl pas mi\rs pour la liberté; ils ne sauraient se suffire à eux-mêmes. » Pilié que ce raisonnement. Messieurs. Quoi ! quand il s'agit de leur conférer l'éducalion, vous vous y refusez; quand i) vagit d'organiser le travail libre, vous vous y refusez et wus dites qu'il ne faut les affranchir que quand ils seron instruits et dignes d'être travailleurs libres ; c'est-à-dire qu'il ne faut les affranchir jamais.
On reprochait, à cette tribune, à un de mes amis, M. Schœlcher, d'avoir écrit, il y a quinze ans, que les cs-4 claves n'étaient pas en état d'être libérés immédiatement; 'abord, il y a dix-sept ans de cela, Messieurs ; et puis, 'est-ce que cela prouve? Que ce n'est pas un homme i J léories anguleuses et déraisonnables, ou à principes abîmai us ; que. comme tant d'autres, il n'est arrivé au radicalisme, en fait d'abolition, qu'après avoir reconnu l'impuissance des transitions et des demi-mesures.
Au surplus, vous avez tronqué sa citation. Il ajoutait | qu'il fallait que les enfants fussent tous émancipés. Il disait ■ qu'à l'âge de quinze ou vingt ans, il fallait que l'esclave devint libre. Vous avez beau faire, vous ne pourrez jamais transformer en ennemi de l'abolition immédiate, l'homme qui y a consacré ses forces et ses veilles, et qui en est un des apôtres les plus fenents.
Étaient-ils plus mArs que les nôtres les quatre-vingt mille ;laves qu'a affranchis l'Angleterre? Comme nous, elle lil entrée dans la voie des li'ansitions, et au bout de itre ans elle a été obligée d'y renoncer; elle a reconnu •naltres et esclaves y perdaient : les uns devenaient s les HUtres plus malheureux. Sont-ils plus
instruits, plus ûclairés, ces esclaves que le Danemark va élever à la dign'iLé de cilojens? Le Danemark renonce enfin, pour l'abolition complète, à ces mesures provisoires tant vantées. Et, sont-ils plus formés pour la civilisation, les esclaves que la Suède a libérés, ceux que viennent de libérer Tunis et l'Egypte?
Ces esclaves ne sauront se suffire ! Soyez convaincus qu'ils vivront mieux que mainleDant ; et, si vous en doute/, visitez la Jamaïque, la Barbade, la Trinité, Antigue, Démérary; vous y trouverez partout l'activilé, l'ordre, la moralité. Vos colonies des Antilles n'ont point un chemin de fer; des chemins de fer laerveilleusement établis sillonnent tous les pays habité.s par les hommes libres d'hier.
Encore quelques mots. Messieurs, et j'ai fini : je ne veu\ cependant pas descendre de la tribune sans m'expHquer sur les incroyables prétentions que j'ai entendu l'autre jour afficher à cette tribune, et cela avec une assurance telle que j'en suis resté étonné.
On a dit : « Vous, métropole, vous ne pouvez alïranchir sans payer; nous venons vous faire nos conditions, vous les recevrez ou vous n'affranchirez pas. » Langaffe superbe i-l prcsomplitcux! Mais, pour le tenir, est-on bien sûr Je son droit? Nous ne parlons pas du droit naturel, nous sonimi^ tous d'accord sur ce point; en droit naturel, il n'y a rien à payer; un crime ne petit enfanter un droit.
Voyons le droit éerit : Avez-vous des textes? Vous invoquez, je le sais, les vieux édils, l'échange de services qui a eu lieu entre vous et la métropole dont vous avez défriché, premiers planteurs, les possessions lointaines. Hais une révolution a passé sur tout cela et brisé voire féodalité et vos privilèges, comme tous les privilèges el toutes les féodalitt^. Ce droit écrit a élé biffé. Un décret de la convention, i immortelle assemblée, qui défendait d'une main toirc, et de l'autre reconquérait les titres duge
•in décret de l'an 11 a déclari! libres lous les esclaves, les *« faits citoyens, et les a placés sous l'égiJu même de la «^«nslîtulion.
Haintenant, je sais bien qu'en i802, Bonaparte.,. {Une voix : Napoléon!)
II s'appelait alors Bonaparte, c'est un anachronisme do la part de mon iiilerru|ileur.
Itonaparto, voulant se faire premier consul et aspirant déjà au pouvoir absolu, cherche à rallier Iouh les intérêts autour de lui ; c'étaient les émigrés, d'une part, les colons ruinés de l'autre; ceuï-ci le touchaient de près par des affinités de famille.
Une influence surtout pesait sur lui; celle d*unc femme ciccllente, mais qui, élevée aux colonies, ne considérait pas l'esclavage comme une calamité. lant cette horrible instilution corrompt les meilleures natures. Bonaparte, par une loi de l'an X, après avoir promis aux Antilles de leur eonstirvcr la lilK>rlé et leurs droits, cédant à l'obsession de M>n onlourage, rétablit iW-lavage et la traite.
C'était au moment où lant de résistances fatiguées, tant d'ambitions pressées portaient au nouveau César leurs liooinaages et leurs adulations; et pas une vois ne s'éleva, pas une seule \tonr réclamer au nom de l'humanité méconnue. C'est là une loi passée sans diftcussion, qui ne se trouve même pas. je croîs, dans lus colonnisedu moniteur: c'est un droit honteux et clanduslin.
I^ droit de la cnnvenliuQ pj-oclanianl k<fl litres imprescriptibles Je riiouitiM;. et le» élevant à la iiauleur de la conslilulion même, a-l-îl pu recevoir une atteinte néneuim d'uoe loi ^«coadaire ainsi faite! C'est, au moîni, l'objet de grands doutes, susoeptiblei toulefui-H de rendre les eobitt OODciiiuib tlmoiesUs.
Vai-t-B i dire que nous ne voulons pas qu'on lecorde dt; »? iv n'ai p3« dit ccl->. la France est uocf^nd
nalioD : comme toutes les nations, elle a son inté
politique, elle s'est toujours montrée équitable envers ses enfants, beaucoup trop même pour ceux qui ont vécu d'immunités et de privilèges. La France, sans s'engager quant à présent, examinera donc dans quelle mesure elle doit aider ses colonies, en quoi elles scrvrnt son commerce et sa m.irine, et alors on peut compter sur sa munificence, sur sps largesses; mais, pour un droit absolu, arrogant, intraitable, n'en parlez pas.
Non, non, l'esclavage n'a pas pu enfanter de droit; et, si ce droit avait jamais existé, le décret de la convenlioa l'aurait brisé, et le traité de paix de 1814 qui a aboli la traite aurait surabondamment prévenu l&s colonies. (TVès bien, très bien.)
Cette digression rapide. Messieurs, m'a éloigné de mon but ; j'ai promis i!l M. le ministre de la marine de lui prouver que les lois de 1845 n'avaient point été exécutées; mais j'.ii à lui démontrer, maintenant, que ces lois ne peuvent suffire pour longtemps encore, comme il le prétend, aux besoins de la situation.
Quoi ! selon nous, cette loi, que vous nous aviez présentée comme transitoire, pourrait durer longtemps encore !
Mais ces tableaux déchirants que j'ai retracés à vos yeux, mais ces tortures inouïes dont nous avons compte les stigmates, mais ces cris que j'ai fait retentir jusqu'ici, comment! tout cela peut se reproduire, peut durer! Non, vou=ne pouvez pas le vouloir. Comment, ce fouet qui décbire Is. chair des enfants, des femmes enceintes, ce fouet vous l^s^ laisseriez à l'orgueil insensé des créoles! Non. vous ne \e^ pouvez pas, si vous avez du cœur, et vous ne pouvez pas n^oi pas en avoir; et nous tous, qui avons entendu ces chos^::^^ avec émotion, nous ne pouvons pas ne pas avoir de cosur la loi sera donc modifiée.
^^ La loi durera lelle, qu'elle est faile? Comment cela se
^^[>ourrait-il en présence îles faits sauvages dont nous étions
épouvantes tout à l'heure I Vous voudriez donc vous rendre,
-^"ous gouvernement du roi, solidaire de ces faits, puisque
I"^ous venez d'avouer que vos cours sont composées de telle «orte que vous n'avez que quatre majiislnils, et qu'il vous faut trouver dans un assesseur colonial une cinquième voix pour condamner? Mais cette voix vous ne la trouverez pas, vous n'aurez pas de condamnation. Et vous soutenez qu'une pareille loi peut subsister? Ah! permeltez-moî de vous le dire, vous n'y avez pas sunisammcnt réfléchi; vous êtes meilleur que vuus ne voulez le paraître, et quand vous y aurez reHéchi, vous direz comme moi que, pour l'honneur I du nom français, cela ne peut durer. {Très bien t très bien !) Je me résume. Les pétitionnaires ont demandé l'abolition immédiate, dans le sens raisonnable dil,mot, en vous permet tjint do prendre les mesures préparatoires : c'est ce qu'a voulu la Chambre en 1845, c'est ce que la commission xous demande ; que répondez-vous? « J'ai peur pour les co!omies, j'ai peur que c^la ne jette le désordre; » détrompez-
•'vous : si vous entrez sincèrement dans rcxéculion de la loi, vous n'avez pas à appréhender les noirs, ils espère* ront; mais vous avez tout à redouter de l'aveuglement opiniâtre des blancs. L'institution de l'esclavage les a dénatarcs; il faut leur faire bien comprendre qu'il n'y a pas A marchander, que la métropole veut en finir avec l'esclavage. Ce qu'il faut montrer à nos compatriotes des colonies, ce n'est ni de la mollesse ni de l'hésitation, mais
»ane volonté ferme et résolue. Nous les connaissons presque tous, nous avons été leurs condisciples ou leurs amis; nous savons leur générosité, leur courage, leur intelligence, |)Our la plupart ce sont de nobles natures que la vue de l'esclavage pervertit. Périsse donc l'infâme institution qui les change ainsi ! {Trè» bien.)
M. le MiiiisLre, ne résisle/ pas plus lon;ileraps aus vœux de la commission et aux nôtres ; c'est de la force que nous voulons vous donner pour que vous puissiez dire au\ colons rebelles ; « L'opinion publique me presse, elle m'assiège, elle s'irritu, elle s'indigne; exécutez la loi, il n'y a plus à reculer, ou l'aliolilion immédiate est au bout. » {Trè» bien! Irèx bien!)
Ce h'l'sL pjis par opposilion que j'appuie les i>élitionnaires, c'est dans l'intérèl de l'Iiunianile que je recherche, par mes faibles efibris, à vous communiquer une énergie qui vous est' nécessaire.
Pour Dieu! ne dites plus surtout, je vous en conjure, que la loi, telle qu'elle est, |wut encore durer longtemps. Pensez à ceux qui souffrent, Lu's plaintes qui ne nous niTivenl qu'au travers des mers viennent à nous effacées, affaiblies, et je le regrette. I«<pcnsce se représente bien incomplètement des douleurs qu'on ne ressent pas.
Ail ! pourquoi ne peut-il |ïiis nous être donné de %'oir là, dans celte enceinte, fin pied de celle tribune, un de ces afl'reux spectacles ! ^t alors, de tous les partis confondus, il ne s'élèverait qu'une voix pour la liberté. Messieurs les Ministres, croyez-moi, hâtez-vous d'apporter un reraèile à cet état contre nature. Je ne veux point me livrer à de sinistres pressentiments, prévoir de lamentables collisions, mais ma mémoire me rappelle malgré moi celte sentence d'un vieux poêle ; « N'opprimez pas le faible, car les ^apeurs d'où sort la foudre sont formées des larmes de nocence. » (Trè$ bieni Très bieni)
D'SGOURS PRONONCÉ A LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS