MESSIEURS
Ce n'esl point un discours que je viens faire, c'est m simple protestation, mais énergique, profondément sentii pour <}ue la Suisse, notre antique et fidèle alliée, sach< bien que la déilaialion qui lui a été adressée par un di agents de la France u'esl que l'œuvre d'un ministère isolé, solitaire au milieu de la nation. Oui, Messieurs, cette déclaration perfide, cauteleuse, violatrice des droits les plus sacrés, n'esl que te fait du cabinet seul, et je crois être l'orgam du pays en disant qu'il la repousse avec indignation.
Quoi ! après les paroles formelles de son agent, M. le ministre allèche la prétention de ne s'être point engagé sur les questions qui s'agitent en ce moment en Suisse, d'être resté neutre et impartial au milieu du débat solennel doD| elle est le théâtre.
{Le ministre: Je n'ai pas dit celai]
Vous l'avez dit; j'en apjielle à tous les souvenirs, M. Odilon Ourrot vous a répondu qu'en eiïct telle aurai)
'Iil (-(rc la coiidiiiLu du gouvcriiciiieiil. Celle couduile, 3fessieurs. a-l-elle élc véritablement la sienne?
Cour vous raellre à même de juger la siiiœrilé de celte assertion, permet tez-moî de placer de nouveau sous vos ■yeux le passage même de la note de M. Bois-le-Comlc. Que rfit-ilî
Si un ou plusieurs des cantons viennent un jour nous difc rjue l'on menace leur existence indépendante, qu'on la ■*cut contraindre ou détruire, qu'on marche h substituer une Suisse unitaire à une Suisse cantonale que ccconnaisscnl lus traités, que par là nos traités sont atteints, nous examinerons si, en elTet, nos traités sont atteints. •>
Et franchement, en parlant ainsi, vous croiriez avoir réserve la question. La queslion réservée I quand vous admettez la possibilité que la substitution, par la diète, du gourernement unitaire au gouvernement cantonal constitue la violation des traités! Mais non! non, ce n'est point là One question réservée! Ou la logique n'a plus de valeur, et les mots ont perdu leur sens, ou c'est bien là, au contraire, 'One question clairement tranchée. (Mouremeui.) Kt si ce Sens que j'attache à vos paroles pouvait faire l'ombre d'un doute dans l'esprit des hommes de bonne foi, il suffirait, |«>ur avoir la juste mesure de vos intentions, de voir conimcnl le président du directoire a compris votre note et y a répondu.
« Celle note, a-t-il dil, rappelle des faits qui me sont particuliers et dont je n'ai à rendre compte qu'aux autorités et à l'opinion politique de mon pays, cl elle prévoit des éventualités sur lesquelles je a'n'i à rn'expliqiier ni personnellement, n'étant pas d'accord sur les conséquences qui eu sont déduites, ni au nom du directoire ou de la confédération, n'ayant pas qualité pour répondre ofticicllemenl i de pareilles communications sans y être autorisé. Je me fais cependant un devoir d'assurer Voire Escellunce que les
autorités fédérales ne porteront aucune atteinte aux traités existants, et qu'elles auront, dans tous les cas, la Tolonté ferme et le pouvoir de faire respecter Tordre public et les droits des citoyens établis sur le territoire suisse, mais qu'en même temps elles s^opposeront avec non moins de force à toute tentative d'intervention étrangère dam leurs affaires intérieures^ et qu'elles ne reconnaîtront à aucune puissance ni à aucune minorité des cantons le droit d'interpréter le pacte fédéral, droit qui n'appartient qu'à la fédération elle-même. »
En présence de cette réponse, si ferme et si digne, du courageux président de la diète, oserez- vous encore, en déguisant votre véritable pensée sous le vague des réticences oratoires, oserez-vous soutenir que vous êtes resté neutre et que vous n'avez pas décidé la question? Non, vous ne ferez croire à personne qu'un magistrat aussi grave que M. Ocbsenbein soit allé au-devant d'une menace. Quand il vous répondait : Nous ne reconnaîtrons à aucune puissance le droit d'interpréter le pacte fédéral, c'est que vous lui aviez dit que vous aviez le droit de l'interpréter; quand il vous répondait encore que la Suisse s'opposerait à toute intervention étrangère dans ses affaires intérieures^ c'est que vous lui aviez dit que, d'accord avec l'Autriche, vous interviendriez par la force des armes. (Sensation.) Je le répète, ou les lois de la logique sont changées, ou c'est là la vérité. Douloureuse vérité, Messieurs, puisqu'elle nous démontre que ce gouvernement, qui est resté sourd aux cris d^agonio ^ de la Pologne, à l'appel de Cracovie mutilée, se fait l'exécuteur de cette Sainte-Alliance qui triompha contre ic^ ^ France épuisée, dans les plaines funèbres de Waterloo.
Et quelle cause. Messieurs, le ministère donne-t-il cette inqualifiable déclaration? La crainte de l'anarchic^^ Oui I tel est le banal prétexte ; mais la cause, oh ! tout ^ j monde la publie, c'est le désir de gagner les bonnes grâc^^-^^
des cours du Nord et de faire ainsi pardonner à rétablissement de Juillet sa fortune d'hier et son origine de parvenu. Le choix du moment! il a été fait dans Tespoir d'effrayer le peuple suisse, en train de nommer ses représentants à la diète générale. Quant à la crainte d'anarchie, je suis étonné d'entendre prononcer ce mot lorsque tout dans la Suisse, à Theure qu'il est, s'accomplit d'une façon calme et pacifique.
L'anarchie 1 qu'entendez-vous par cette expression? Ne serait-ce point la lutte qu'engagerait la Suisse tout entière en faveur de sa constitution méconnue, outragée par les cantons séparatistes soumis à l'influence funeste des jésuites et des étrangers? N'est-ce donc point d'une semblable anarchie qu'est sorti l'établissement du 7 août? Oh t je l'avouerai, je ne comprends pas la conduite du gouvernement de Juillet dans une pareille circonstance. (Très bienl trè$ bien.)
J'en demeure stupéfait.
Gomment, c'est vous, ministre du gouvernement de Juillet, qui avez la prétention, — bien à tort, selon moi. — (^Interruption.)
{Une voix : Ce serait une politique de renégats. A gauche : Oui I très bien I Au centre : A l'ordre I à l'ordre I Des interpellcUions sont échangées entre divers membres ^e la chambre.)
Gomment ! c'est vous, ministre du gouvernement de Juillet, qui avez la prétention, à tort, je le répète, de confls- €]uer les principes de cette grande et immortelle révolution, c'est vous qui venez proclamer que les puissances absolutistes ont le droit d'intervenir dans les affaires intérieures des peuples! Mais qu'est-ce donc que le fait de 1830, si ce n*est rhéroique explosion d'un peuple insurgé qui ressaisit ses droits et chasse une dynastie parjure? Qu'est-ce donc
s l'ospl'lt dt; cuus qui coinballaiei)!, sî ce li'( la siibïtiLulioii d'une conslitutîoo à une iiulrc, d'iustilulioM'' libérales h des instiUilinns anslocra tiques et cléncaltis? Quel sentiment avait armé tout homme de cœur à qui jicsail le joug odieux de rétraiiger, si ce n'était la pensée de briser ces traités ignominieux que nous avaient imposés le nombre et la Iraliison? Et c'est au nom de ces mémos tniitûs que vous, minisire de la révolution de Juillet, vous n'avez pas honte de dire à la Suisse : Vous n'avez pas le droit de motlifiûr, d'améliorer, de changer de constitution. Non, non, je tie vous comprends pas; rar, si vous reniez le principe même d'où vous êtes issus, sur lequel vous vous (Mes élevés, eh bien, alors, ôe quel droit siégez-vous sur ces lianes? de quel droit M. le duc d'Orléans est-il assis aujourd'hui sur le trône de France? {Vire approtiatton à ijauche.) Car, uii vertu des principes que vous soutenez, les cours absolutistes signataires des traités de la Sainte-Alliance ont le droit de vous dire : La branche aînée était complice de ces traités de 18 lî», et vous n'avez pas eu le droit de la eiiasser sans que nous, ses complires, nous y consentions; usurpateurs, cédet la place. Oui. elles peuvent vous c« langagv aujourd'hui, ileDiain, toujours, car on ne rril pas contre les aristocrates et la Laine des rois. 1.4 gauche : Cal rela ! — Trèt bien! très bien !) Vous le savfl, je suis bien indifTérait aux destinées de votre (louvememt'iit : cb bien, sî je me place (mar un în- $laul à votre |Kiint de me, je ne comprends pas. je le répèle, que iiitus ayvx U fidie de soutenir la doctrine de l'inlerveotion clningi're dans les affaires iulérieures des peuples. En faisant aiiuù, ums me [Mtraissez non ^intleiuenl imprudi-nts. imp(>Uti«|ucs, je dirai plus, vimis oh* semblei frappés de v^ertip.'! i iftMiTf aimCit, ) Saîtei donc toIic fortone.
Mais au moins que si U Suîsv a été ooatristée de Taudadew4< dix-taralion une \imis lui »\ra faite, «B*dle *4^ t'cx-
plique par la conduite humble et pusillanime d'un ministère aux abois ; qu'elle n'en sépare pas la protestation qu'au nom du pays j'apporte ici; qu'elle se dise bien que ce qu'elle va faire la France Ta fait, et demain pourrait le refaire encore; qu'elle soit surtout convaincue que si jamais son sol était souillé par l'étranger, nous serions tous debout à son premier appel ; car sa cause est celle de Tindépendance de tous les peuples, et la Pologne seule aura pu dire : Dieu est trop haut, et la France est trop loin ! {À gauche : Très bieni très bien!)
xxxrv