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DISCOURS PRONONCÉ AU BANQUET DÉMOCRATIQUE

DE LILLK

RÉUNI POUR LA POURSUITE liE U REFORME ÉLECTORAU

( 7 fiovembro 1847 )

Le toast à porter par Ledru-Rollin était :

A LAMÉLlORATtON DES CLASSES LABORIEUSES! AUX TRAVAILLEURS!

Citoyens,

Oui, aux travailleurs ! A leurs droits imprescriptibles, n leurs intérêts sacrés jusqu'ici méconnus I

Aux droits inaliénables de l'homme, proclamés en principe par deux glorieuses révolutions, mais artificieusement éludés dans l'application, successivement reconquis sur le peuple, et qui ne sont plus aujourd'hui qu'un glorieux et amer souvenir.

Des droits politiques au peuple, dit-on, c'est folie ! Comment les lui confier dans son état d'incapacité, d'ignorance, de grossièreté morale? Introduire le peuple dans la yie |>olitique, mais c'est une puissance aveugle, explosible; c'est la révolution, le sang, l'anarchie, le chaos !

Messieurs, vous le connaissez, le peuple, vous, daas cette

ustneile à la lois si opûlénle et si pauvre; croyet-

roiis que eo tablfiau soil vrai ? (ISon I iton t)

Oh ! sans doute, si nous jetons les yiîux sur les œuvres df quelques romancière, à qui le grand côlc des choses a paru ti-ivial, vulgaire, qui ont cherclié des clfels d'art dans le hiauirre, le fantasque, l'exceplioiinel, le peuple, c'est ada ! ^Bravos.) Prenant pour la vie normale de nos villes celli? d'un point oii se réfugient les repris de justice, la lie, iV-cume des sociétés, ils nous ont dit : Voilà le peuple ! (Cesi vrailc'eit vrai!)

Sans doute encore tel serait le peuple, si nous en croyions CCS écrivains mercenaires qui, pour effrayer ceux qui pos- S'''dent, crient à l'invasion des barbares !

Barbares ! Ils ont jeté ce mot au peuple comme la plus Outrageante des injures. Ali ! si barbares signifie toujours iiommes pleins de naïveté, de sève, d'énergie coramuniciilïve et rajeunissante, ces barbares seuls peuvent sauver Votre vieux monde officiel qui se dissout dans Timpuissance et la corruption! (Applandissements prolongéi.)

Non, mille fois non, ce n'est pas là le peuple ! {Bravo ! éraw l) Ce n'est pas sur le Lbédlre du crime et de la di'bauche qu'il faut le cliercher. Pour le connaître, il faut se transporter dansées villes manufacturières, où lu fabricant, luttant contre une concurrence sans frein qui l'écrase, entre la pression tyrannique du capitnl et la résistance du salaire qui le ronge, est obligé de réduire ce salaire, à peine lie faillir et de se désbonorer! Ah l ne croyez pas que le peuple accuse toujours les maîtres de cette dure nécessité. Ne sait-il pas que notre industrie manque de débouchés, que nous nous sommes vu fermer la plupart des marclus iju monde, et que nolit; commerce a péri, là où notre drapeau a été foulé aux pieds? [Vifs at éwrfiitfites afàiilandi*scments.)

Eh bien ! iiii milieu de ces incertitudes, de ces fluctuii-

— ssn —

lions, de ces crises de salaires, que devîenl l'ouviierfliB liav^ii du pèi'c ne suftisant plus au piiin de la famille, la fille se prostiluera pour manger (Cest vrai', c'est trax!) l'enl'anL ira, avant l'àgc, servir la fiirmidable niacliine, y épuiser ses l'orces non encore développées, el à côté de cos admirables tissus, merveilles de noire industrie, vos yeus se porteront tristement sur dus enfauLs racliî tiques, des jeunes ûlles fanées, des hommes affaiblis, brisés sous fardeau de leurs travaux prémaLurés !

El cepcnflant, de ces populations physiquement déchues, ce qui aura pu échapper à l'énet-vation, à ta maladie, ce qui aura pu pousser jusqu'à la laillc légale, ira bravement, pour défendre le pays, se laii-e tuer sous les drapeauil {Àcclamatiom prolongées.)

Voilà le peuple des villes (Oui / oui .'), soi^iable, boa* patient au milieu de ces tortures quotidiennes, faisant plus, prenant de lui-même l'essor vei-sla lumit'^redel'inlelligenw qui lui est si parcimonieusement mesurée, lisant sur le métier, composant quelquefois des vers sur ses douleurs ou sur ses espéra&ces, se cotisant pour publier des journaux qui l'éxilairent el préparent les l'edoulables problèmes de l'avenir des sociétés! C'est ce peuple des villes que des écrivains, qui ne l'ont jugé que par ses lambeaux, appellent des barbares!

Et le peuple des campagnes, ost-il moins moins calomnié? 11 est, dit-on, égoïste, intéressé, avide? ah ! sans doute il est avide, comme la terre qui boit sueurs, et ne dit jamais assez! {Tonnerre d'appiaudissements.)

Oui, le paysan, dans un légitime amour de la liberté, dort pas qu'il n'ait acquis une parcelle de terre. Selon 11 et à raison, la propriété est un premier élément d'indépendance. Il sera donc propriétaire; mais, avec les charges qi pèsent sur la propriété, celle posiliou nouvelle ne sera pour

les

lui qu'un éternel eoinbal. Usure du capilal empiunlé, hypothèques, frais, impôts, façons; tout cela cumulé, il devra plus chaque .innée i|ij'il n'aura lécolté, malgré sa parcimonie et son avidité ! {C'est cela I c'est cela l)

El l'on reproche au paysan d'être inlcressè, cupide ! Que l'on protège l'agrieullure au lieu de tolérer les joueurs, les dilapideurs, k's concussionnaires, les voleurs ! [Longue approbation.) Oui, qite l'on protège l'agriculture, que celle mère féoondf obtienne plus d'un cent-huitième dans nos dépenses, elle qui compte pour plus de moitié dans nos recettes, et le paysan ne sera plus égoïste, il ne sera plus avide. Aujourd'hui, ce n'est pas vice chez lui, c'est nécessité, je dirai presque que, pour faire honneur à ses enga- ^'emenls, c'est vertu. {Très bien! très bien!) J'ai entendu dire bien souvent ; pas d'institutions politiques sans les mœurs; et ceux qui parlent ainsi, corrompent toujours les mœurs, pour ne pas améliorer les institutions. Je réponds îi mon tour, que ce sonl les institutions qui font, dans une grande proportion, les vertus ou les vices d'un pays. Kméliorer, compléter l'œuvre ébauchée de la Providence, a dû âtre, dans de secrets desseins, la misaon de l'homme sur celle terre, le grand problème proposé à l'activité du génie humain. Non, non, la perpétuité du mal ne peut pas être une nécessité, comme certains fatalistes se plaisent à le proclamer; l'ardente, l'universelle protestation qui s'élève des profondeurs de la conscience humaine; la succession, lente d'abord, et si rapide aujourd'hui, la succession non interrompue du progrès depuis les rudiments de i'hisloiie, voilà ce qui monliv que la doctrine de la perpétuité du mal est un mensonge à l'usage des impuissants et des aristocrates. Telle est ma foi. [Tuniierre d'applaudissements.)

Dans cette esquisse rapide, incomplète, nous n'avons vu du peuple que sa vie habituelle, que sa lutte quotidienne ; mais qu'il se prc.scnle tout à coup de ces fléaux imprévus et

dévastateurs; qu'une iiiondatioa fougueuse entraine tout dans l'immensilé de ses flots; qu'un incendie, que le choliîiM sévisse, qui courra dos iireraicrs, qui oubliera la fiiiiiille pour l'imnianilé, sa femme sur sou grabat, ses enliiiits qui pourrouL mourir demaiu, qui prodiguera sa \ie sans compkT, el fuira, le service rendu, sans laisser son nom ? Le iwuple ! (Bravo ! bravo !)

Intelligence ou dévoùment, tète ou coeur, le peuple est donc digne d'cxen-er les droits qu'il réclame. (Oui, oui.)

El qui le sait mieux que la bourgeoisie, qui a vaincu, [>ar les tiftorts sublimes du peuple, la double tyrannie de la noblesse et du clergé?

C'est à ce clergé, c'est à cette noblesse qu'aux états de !(Ml,je erwis, un membre de la boup^jeoisie disait: «Vous nus fi't'ivs aines, vous nos frères puînés, car nous sommes tous frères, ne formant qu'une seule et même nation. »

Et le clergé et la noblesse voulurent faire rétracter, el Fnsliger [tar leurs valets, le courageux membre du tiers, tenant pareil roturier pour race inférieure et conquise.

L'iniquité qui a fait souffrir la bourgeoisie si longtemps, voudrait-elK* h son tour II faire endurer au peuple, <|ai fut si»u rompagnon it- délivrance ?(Br(iroj réitérn.)

Kou seulement, iitessieurs. le peuple est digne de se repivsfttler lui-même Oui, oui), mais c'est que, si l'on veut Htv juste, lui seul )>eut utilentent se repiésentrr. Qui donC; en effet, dans une chambre législative, cannait Afisa aujourd'hui sets ioléréls, ses besoins, pour oser les défendre?

{Voù HomkmÊtrt : Vom' l'inu/)

ie mus renwirrie de cet honneur et de ce sonveiiir. {Âctx émotiom) Saus doute, j ai Jéfeodu le peuple, sans doute je l'ai fait, te cmir sai^oani de toutes ses nûsèKS. ies larmes MU j«ttx; Mais si mm emr Me rappfatfae 4t l«i, plusieor» ----- ^leshahiUidcs,

ooo

4\ue jamais j'ai éprouvé, moi, les quarante-huit heures de la faim ? Est-ce que j'ai jamais vu autour de moi, Thiver, entre quatre murs humides, les miens sans pain, sans espoir d'en avoir, sans feu, sans argent pour payer le loyer, prêts à être jetés à la porte pour de là tomber dans la prison ? Est-cequej'ai jamais été placé dans cette terrible alternative, ou de mourir mille fois par Tagonie des miens, ou de me faire voleur ? [Applaudissements.)

Ah ! que ceux qui ont passé par tous ces vertiges en parieraientautrementquemoi! {Bravos prolongés^ triple salve '(T applaudissements.) *

Croyez-moi, Messieurs, à décrire les tortures des autres, J'âme la plus sensible est insufûsante. Le poète Ta dit : €« On ne peint bien que ce qu'on a souffert. »

Vous vous rappelez tous cette nuit immortelle du 4 août 1789, dans laquelle la noblesse vint, sur l'autel de la patrie, offrir en holocauste les débris de la féodalité, dertes, il y avait dans l'assemblée des bouches éloquentes, des hommes animés de généreux sentiments; mais entre ^ous, ce fut le plus simple, il en était un qui produisit un indescriptible effet. C'était un paysan breton, au visage rude, au costume grossier : « Qu'on nous apporte, dit-il, ces litres qui outragent la pudeur, qui insultent à l'humanité, qui forcent des hommes à s'atteler à une charrette comme les animaux du labourage. Qu'on nous apporte ces titres en vertu desquels des hommes passent les nuits à battre les étangs pour empêcher les grenouilles de troubler le sommeil d'un voluptueux seigneur! »

Et l'Assemblée frémissante fut entraînée par un mouvement unanime! (Applaudissements).

Si donc le peuple est assez intelligent, assez éclairé, assez calme pour se représenter; si lui seul, en outre, peut rai* sonnablement le faire, dans quelle mesure, dans quelle proportion doit s'effectuer la réforme?

Pour tiiui, mon opiriiuii l-sI connue; i-liaque citoyuii a le 1 ilroil (le choisir librement et directement ses représentants, | iil en dehors de cetle formule, il n'y a que transaction cl j nbàtardissemenl. Que celui-là qui paie de son travail, de 1 son arycnl, de son sang, prenne part au gouvernement qui ' dispose pur Timpôl de toutes ces riehe^sses.

Voilà mon principe; je le crois le seul bon, parce qu'il , s'appuie sur la liase solide et large du droit; je l'estime Iftj seul habile, parce que, comprenant tous les întëi'èls, il n'ei laisse aucun en dehors, à rét:it d'exclusion, et que le gon-ifl vernement n'est plus environné d'une espèce d'Océan qotj vient incessamnient le ballriî et le miner de ses flots. {Trit bien ! très bien !)

Je le répète, c'est mon système; mais je comprends par- I laitement que d'autres plus timorés, ou se croyant plus] prudents, n'aillent vers ce but qu'à leur pas, par des essaîïi et des transitions. Je croîs qu'ils onl tort et qu'ils laissenk'l jrrossir tes orages eu pensant les conjurer; mais enGn lll lilwrté pour moi n'est pas un masque, et dans la discussioi comme uilleurs, je la veux pour tout le monde. {Bravo^ prolon'jèi.) Aussi rcgrelté-je que d'autres que moi — paî^ suite de prétentions que vous avez jugées et qu'il me sien mal d'apprécier — que d'autres que moi, dis-je, ne se soicn) [MIS fait entendre. (Son ! non I ce «'«ri pat la peint'.) Je n'ii voque pour mon opinion que la force de la propagaDde^] ils numient pu en faire autant. Il faut resjHM'Ier les convioi lions d'aulrui, et ne pas se croire assez le maître pour tetlj fermer ta |>orle ; aujourd'Imi comme autrefois, brûler n'es pas répondre. (Braros de toutes parts.) On vous aurait sotb tenu que l'élcctorat n'ef<l ]K)s un droit absolu, miis un fonction. C«tleconviclion n'est pas la mienne. ' .\i laHÔtreti J'aurais essayé de la comlwltrc, car j"ai compris ces ba» quels comme une «xx-asiou de lulle dans le cercle de I Icgalilc, et lion comme une pun? occasion de dilbji

>SK»

C^Trh bienl 1res hieul) Taiinib looiiê de pit^uxer ^muuiioiiU ^u nom de la justice el de la prudence^ il fiilbiL im) ^vUo ^natière, aller jusqo^à la racine mèiiie du drtni. [Om! om! — Apprabûtian prohngée.)

Si, dans la réforme, perdant do vue la s;Uisraolioti duo nu droit, on ne se propose pour objet qu*un rtMUtVIo transitoire contre une corruption devenue trop ilangeivust\ jo tuo serais efforcé de prouver que, dans ev cas iMiroiv, la nM*onuo doit être complète, radicale. [Attention cramante.)

On nous dit avec raison que ia corruplion s^inliltri^ piii^ tout, qu'elle déborde : trop de scandales s(^ rovMenl olinqiin y^ur pour que je vous en fasse le hideux tableau ; de la cinii^ à la base, tout est contagion.

A un si grand mal qui a empoisonné pour lonf^lenipH h* p^m. ^s légal, quel antidote propose-t-on ? Des denii-inesiiroM, d^^ petits moyens, des étais vermoulus déjà et (|iii ne peuvci^sit faire digue. On me découvre avec indignation tïvn pi -aies honteuses ; où est le feu puissant qui v» les (tifuilriner? irfois aussi les flaques d'eau du Nil desséché, le» délrilUM dissolution sur ses rives, apportent la corruption (;l Tépi* Imie; mais que l'inondation arrive; le fleuve, dann mm lurs impétueux, balaiera puissamment iouUis tutn impunies, et sur ses lx)rds resteront déiHmm des ^fien i les d<f fétU9ii' ité et de vie nouvelle. ^Vire$ acclamatiotm.) Tel serait le suffrage universf.d !

On corrompt une agglomération d'homm^f^, Atvs ttaUttioies; mais une nation ne s'achète fKiint elle-mAme, {Hrmol 'ato !)

En dehors de ce principe, la réforme iw, U'nt q^e n^JiUtr

La difficailé sans b trancfjer: on a^rrandir^ le mr^-Uu '^^^ ^^*

le brisen pas: on meiucf^ra 1^ A^fftym. U forU^r*-*^t tStÈfMSi'^

^n conservera le fief. 'Brar^A. OptalMirH u tstihU-jné^it U',

mal, c^est, à aoo iaM« Ven faiir^ ï'^tiitUsniK*

Mais je ne t«i\ pa*. aM^^^^jf^. *b»i'ivf i^ '^^Ajik Î/Marif^l'

lance fralerudto. {lit tMes parts : .S'i, «', parlez, fiark: toujourx !)

Eli bii'ti, Mcssioui'>. il osl beaucoup d'hommes qui iraienttlroil à notn- principe, car il est l'évidence même; mais ils doulenl encore des destinées prochaines de la déiiioeralie» Qt jamais cependant mouvement solennel et décisif dans la marche de l'Imninnité n'a été précédé par déplus signifi — 'V catifs augurer.

Passons rapidement en revue les hommes transcendant-v de noire époque, pour lesquels la *))Ostérité a déjà cornnu'UCL', ou qui ; auront certainement une place.

l*ar dessus tous, il en esl un dont la parole prophétique i-esle gravée dans tous les uspiib^ : « Avant 50 ans, a dit Napoléon, l'Europe sera cosaque ou ii3publicaiue. » [Bravos.) Sera-t-elle cosaque? Non ! non! jamais!)

Elle ne st^^ra pas cosaque lA'ort/ non!), e( vous avez le droit de le dire dans celte patriotique cité. (Braw! vivent 1rs lÀlhis!) Si le duule pouvait jamais être permis quelque |iart, ce ne serait aTtes |>as au milieu de vous, où l'amour de l'indépendance nationale et de la révolution a fait, en 1792, de chaque citoyen un héros! Lojigve acdamatioit.)

Républicaine?... (Peut-é-lrel — Sigttfs approbatifi.)

Républicaine?... ie m'arrête. (Aon, non! parlez!)

Messieurs, les lois de septembre soûl là, et pour être fort, quand on est armé du bon droit, il faut savoir rester dans la loi. (Applaudissemenls énergi^net.)

Je ine penneltrai seulement de choisir pour inlerpr^lcs de ma ]>ens«'e quelques hommes dont les ni'Uis sont uni- Ltloirc pour le pays, (ielui. par exemple, qui a chanté l'hymne suprême «le la l«^limitè, el qui a rcncuoiré la •iloirv- en cssavanl de rajeunir toutes les ricill^ raines da pa-ssêt Cbâtcaiiliriand o'a pu s'emp^er. dans sa sinoérité. do n*gardcr l'avenir proch.iin du momii' iumme devant être à la démocratie.

Laraennaîs {Bravo! bravot), Lamenoaiii qui, clicrchant d'abord l'unilé du pouvoir tl;ns l'unité papale, est arrivé par les puissantes lois de la lciyi(]ue et l'ascendant de st)H génie à l'unili; du peuple souverain, chaque jour, dans ses admirables écrits, ne salue-t-il point le gouvernement du peuple? (Br.ir-o! bravai) ' ^

Béran^er (ÂpplaudisxemenU unanimes; rwe Bérantjcr t), Beranger, dont le monde redira éterncllemenl les hymnes patriotiques, hymnes que nous, ses contemporains, nous devrons apprendre à nos enfants comme une prière, tant [u'il nous restera un Waterloo à venger! (Tmuu'rre d'applaudissements.) Béringer croit à l'avenir prochain du îpeuple.

El Lamartine, étincelant de poésie, d'éloquence, de style, il a passé par la légitimité, il a traversé les marais de la "plaine, (Bravo!) pour s'approcher chaque jour de nous. Admirateur passionné des Girondins, le noble désintéressement de son esprit t'a fait conclure en faveur des Montagnards. {Àpplaudûsenients.) Il en est qui ne cherchent en lui que ce qui le sépare encore de la démocratie pure ; jwur moi, je ne vois que les pas de géant qu'il Tait chaque jour pour venir à elle. [Bravos prolongés.)

Voilà pour les lettres. Messieurs, et cet unanime témoignage, rendu par de telles illustrations en faveur de notre parti, pourrait suffire à ses espérances.

Mais jetez les yeux dans le domaine des sciences. Il est un homme qui les représente toutes, qui est à la hauteur de toutes, que les deux mondes nous envient; vous l'avez «ommé : Arago. Sans un impérieux devoir, il serait ici au "'i!u de vous. [Bravos prolongés.) II vous aurait mieux e moi parlé des droits du peuple, lui qui les a défendus premier, dans une autre enceinte, où, pour le faire, il lut quelque courage. (Bravo!) Est-ce qu'.\rago n'est pas entier à la démocratie ! (fhit I oui I Vive Arago I)

.^ or>8 -

Et dans les arts, qui fait sortir du marbre, sous sou puissant ciseau,les hommes qui ont le plus servi le peuple? qui conGc à réternité du bronze les grandes figures révolu

tionnaires pour les léguer à l'admiration de l'avenir? Da ^-

vid d'Angers I {Bravos réitérés.) N'est-il point aussi à 1 ^^a ''cause du peuple, celui-là?

Eh bien ! quand tant d'hommes illustres déposent c- n

faveur de la démocratie ou luttent pour elle, comment ir le

y^s conclure que le droit et la Providence combattent avi

nous et pour nous? {Bruyantes acclamations.)

Ce sont les enseignements qui se révèlent par les honim< mais l'enseignement par les peuples n'a-t-il pas aussi manifestations?

Voyez la Pologne, l'héroïque Pologne, les dernières pw. B^ — sations de son artère battent encore pour la liberté; pouvant plus avoir d'armée qui soit debout pour ell chaque jour elle consacre quelque martyr. {Bravo 1)

L'Italie, elle aspire à son unité. Elle sort de ses niiii< qui faisaient sa gloire, pour acquérir une gloire nouvelL — - Qu'elle soit en éveil, qu'elle se défie, qu'elle se rappel I Masaniello. {Braùos.)

La Suisse. [Ecoutez ! écoutez I Profond silence.) Je sens que mes paroles peuvent avoir de grave, et ce qu'elles doi vent conserver de mesure en ce moment solennel. Nous u^Ene pouvons faire qu'une chose. Messieurs, c*est de nous un^ ir un instant, par le recueillement, par la pensée, aux que nous y comptons, pour demander que la victoire avec eux comme y ont été jusqu'ici le droit et la niso.^ ^^n. {Bruifantes acclamations.) La cautse de la Suisse est bien la nôtre, Messieurs; les radicaux y combattit deux cho-s — ses qui sont le fléau de notre époque : les aristocrates et les

mauvais prêtres. Respect aux croyances, mais guerre à c mm ^ ux qui, s^ms le masque de la religion* sont des fauteurs de despotisme et de tyrannie. {ÂppInHdissew^ents.)

Insensé, qui ne voudrait pas voir, dans celte double annoncialion du génie et des peuples, Tavénement prochain du messie de l'égalité. {Oui I oui I bravo I)

Ainsi donc, ô peuple, à qui je voudrais sacrifier tout ce que j'ai de dévoûment et de force, espère et crois. Entre cette époque où ta foi antique s'e^t éteinte et où la lumière nouvelle ne t'est point encore donnée, chaque soir, dans ta demeure désolée, répète religieusement l'immortel symbole : LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ! {Explosion de bravos.)

Oui, liberté pour tous, liberté de conscience, liberté de Tassociation {Bravo I bravo I) ; car Thomme ne peut se moraliser s'il ne voit l'homme, et c'est pour le mieux asservir que l'isole un système corrupteur. Ils savent qu'on ne brise pas un faisceau. {Vifs applaudissements.)

Égalité pour tous aussi, égalité dans la loi civile, égalité dans la loi politique, égalité dans l'éducation, pour que l'homme n'ait de supérieurs que par la moralité et la vertu. {Bravos universels.)

Fraternité enfin, source inépuisable d'où découleront de grandes institutions de crédit, d'association, de solidarité. Alors le travail ne sera plus seulement un droit, il sera un devoir. Qu'il n'y ait plus de revenus que par le travail et pour le travail. {Bravo I bravo I)

Oui, salut, ô grand et imihortel symbole! Salut! ton avènement est proche ! {Explosion d^ applaudissements.)

Peuple, puissent ces applaudissements adressés à ton indigne interprète, arriver jusqu'à toi, et être à la fois une consolation et une espérance.

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