POUR LA RÉFORME ÉLECTORALE
(21 novembre 1847)
TOAST FAOfosÉ : A LA SODVEaAI^£TÉ DU PEUPLE
Citoyens,
A la souveraineté du peuple !
A ce principe saint à la fois et fécond pour les sociétés ! A ce principe saint, car il veut que tout membre delà grande famille humaine compte dans la société comme il compte dans la nature ; à ca principe fécond, car il ne peut y avoir d'ordre, de sécurité complète dans les États qu'autant que tous les intérêts y sont représentés également. (Ouil bravo ! )
Ouvrez en effet Thistoire. Quelle est la lutte qui, sous mille formes, en remplit éternellement les annales? Les drames en sont en apparence variés ; au fond, la lutte est toujours la même. Guerre entre la liberté et la tyrannie, guerre à mort entre l'oppresseur et l'opprimé.
Où donc peut se trouver le remède? quel princÎDfi oourra
mettre un terme à ces alternatives sanglantes, cruelles, si :5€ n'est le principe qui admettra pacifiquement, univei'sellement, tous les intérêts à se représenter, à s'éclairer, à se résoudre par la majorité de la nation. {Otii I oui I jrès bien! très bien I)
Eh bien! si cette idée est tellementjuste qu'elle saisit tous les esprits en principe, quels obstacles apporte-t-on à son application? — Le suffrage universel est une utopie,'ré- -pond-on : c'est un rêve irréalisable qui 'ne peut être mis en action sans enfanter le désordre, sans provoquer les révolutions.
Comment, le suffrage universel est impraticable I Et c'est en France, où on l'a appliqué trois fois« c'est à la face de l'histoire que l'on vient ainsi mentir à la vérité ! Qui donc a nommé l'Assemblée nationale? qui donc a donné six millions de voix à cette représentation dont le souvenir vivra dans les fastes de l'humanité, parce qu'elle a brisé deux castes oppressives du peuple : la noblesse et le clergé? (Bravo ! bravo I) Et jamais élection fut-elle, plus que celle-ci, enthousiaste et pure de toute violence?
Qui donc a nommé TAssemblée législative, dont le souvenir aussi restera parmi les hommes, parce qu'elle a su faire respecter l'inviolabilité du serment et précipité du trône un roi parjure? {Applaudissements.)
Qui donc l'a nommée, si ce n'est un suffrage des plus étendus, quoique trop restreint déjà?
Qui donc enfin a élu la Convention? Un suffrage de plusieurs millions d'hommes. Elle fut nommée, il est vrai, elle aussi, par le vote à deux degrés. Ce fut son vice, son germe <le discorde, je le démontrerai tout à rheure;3mais cette assemblée-là sans doute en valait bien une autre, elle qui, d'une main, défendait le territoire, de rautre,{écrasait les conspiralions sans cesse renaissantes de la contre-Révolution, et décrétait, dans l'intervalle, des principes, des in-
stîtulions hi défrayer Diumaailé tout enliôre. {Applaiidiu
• menti). Elle n'a pas seulement supprimé lamonsrcliic peut dire, en présence de ses gigantesques travaux accoi plis en si peu de mois, iju*elle a supprimé le temps {ApplaudmemenU prolongés)
Si donc l'objection contre le suffrage universel n'esl qu'une difficullé pratique, si elle n'est que la crainlc de voir l'ordre troublé par l'agitation à un jour donné, par le remuement de toute une grande nation, l'histoire répond que l'urne du scrutin fut respectée, environnée de garanties au milieu des passions les plus incandescentes el les plus opposées de la Révolution, — Comment alors un principe saint en lui-même, éminemment paciOcateur, pratiquement appliquable, ne serait-il pas, parla vuloulédu peuple, procliainement reconquis? (Trè$ bieni très bien I owf ovit)
Oui. prochainement reconquis! La raison, comme les loù de la nature en rendent témoignage.
Vouloir balayer la corruption sans le suffrage universel, c'est tenter un effort inutile: on cantonnera le mal, mais on ne l'extirpera pas. Voyez le corps humain : que le sang s'arrêle, qu'il se coagule à une place, c'est la décomposition, Tulc^re; que soudain, au contraire, obéissant h sa loi il 1*6prconeparlûulégalcmentsa circulation, son libre cours, alors il n'ja plus dans loul l'organisme qu'équilibre el bien-être. Et la foudre, quand éclate-t-ellc terrible, dévastalrice? Quand les éléments se combinent sous la pression de deux nuages, dans nn coin resserré de l'espace. Mais que ces éléments se répandent dans l'immensité de l'atmosphère, ils y porteront la purification, l'ordre, la vie. (Âpplfindisiements p. lonijés.)
Ainsi en sera-l-il du suffrage universel. {De toutes parW (hiil ouilouil)
Et cepcndani, n'cnlendeï-voiis pas répeter sans cc^se
tour de vous, par les ignorants ou les peureux que les excès, que les violences de la Révolution ne sont dus qu'à Tex- -t^ension illimitée, qu'à la liberté indéfinie du suffrage?
Eh bien ! Messieurs, pour être d'accord avec la raison, c^i'est le contraire qu'il faut dire. {Marqvss croissantes d'att enlion.)
En fait d'excès et de violences, je ne parlerai point de ^:eux de la rue. Grâces à Dieu, pour notre pays, jamais ils ji'ont été un système, mais l'explosion subite, terrible, saunage, de repi'ésailles, de misères, d'outrages dévorés pendant bien des siècles. C'était une génération qui se faisait a justicière de mille autres, et aucun homme n'a le droit de la juger sans mettre en regard la sombre, réterncUe histoire des persécutions raffinées ou monstrueuses exercées par la noblesse et le clergé. {Bravo I bravo I)
Mais ce qui doit surtout préoccuper l'historien, l'homme d'Ëtat, c'est la cause des dissensions intestines, des luttes formidables engagées au sein même de l'assemblée. La cause ! c'est que la Convention n'étant que le produit du suffrage à deux degrés, du vote indirect, éloigné, n'a jamais été l'expression vraie, fidèle, complète, absolue, des droits, des vœux, des intérêts de la société d'alors. C'était une représentation de bourgeois, dotée de quelques apôtres généreux du peuple qui, à cause de leur petit nombre même, sont devenus des martyrs. {Applaudissements prolongés.) Lors donc que l'idée avancée, audacieuse peut-être, mais vraie, avait à s'y faire jour, elle ne le pouvait que par la violence, parla pression habilement préparée de l'opinion, par la mise en mouvement des sociétés populaires. Toutes les fois, en un mot, que les droits du peuple ont été sérieusement, radicalement enjeu, c'était, non une délibération, mais une bataille, où les défenseurs du peuple n'avaientqu'une armée extérieure. {Bravo I bravo I c'estvrail) Supposez, au contraire, au lieu de tout ce chaos, de
tout «■ tlésonlre de la rue, de ces scènos h jamais regi blés d'invasion armée dans le temple des lois; supposez' rcprésentalion la plus absolue, la plus universelle des des inslincls du moment. Ob I alors, vous n'aurezplus dci armées, une d'assiégcanis, une d'assiégés ; vous ne mai cberex plus à la coni^uèlc du princijw comme on monte l'escalade au Iravei-s du sang. {Brapo» prolongés). Vous.' n'aurez plus à cootempler qu'un eénacle de citoyens délibérant parifiquemenl sur les intérêts communs de tons. {Bi'avo ! hravv !) .Vu lieu de la violence et du désordre, vousi'iurei l'ordre et la sêcuritt-. {Vifs applaudissements). Et p rivalités d'bommes \ dim-l-on? les rivalités d'honimi Messieurs, n'existent que dans les assemblées où il y a valité de castes, de classes, parce que chacune d'cl cherche des interprêles pour se faire conlre-poids. Dan: emblée qui, par le sufTrage universel et souvent renoii- I velée, sera toujours l'expression la plusbaulc, l'expression suprême de l'idée dominante, une telle rivalité n'est [las redoutable : l'homme le plus émïneot ne prévaut pasoootre une nation unie. {Erplosivn tTapplauilisteMrHU.)
J'avais doue raisun de vous dire, Bfessieurs, que te saffrage universel est un principe à la fois saint et paciOcateur pour la socîclé.
Eh bien! c'est à ce grand principe, c'est aux hommes qui le défendent que les [wtils rt'formistcs {on rit), les sept cantoos, (rire gcHéraD, te centre gaucbe et ta gauche enfin jettent chaque jour l'outrage et la calomnie.
Nous sommes en dehors de la constitution ; bous des séditieux altérés de sang, des voltigeurs de 93, des tra-radicaux, des insensés ; que sai^e encore I
0» voit, à l'amêtûté des formes, que. si ds ont n*niè les inrand» Inditioos de 93, Us n'ont l>liê le tan»a§e de ceux qui vouUieot exagénr h Réroliltion dans le bat de la pervirc. N^ius t J c h cron a .
ons.
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^ire l'opposé, de réaliser les principes snns imiler lo lutil»ge. (Bravo ! bravo !)
i Nous, en dehors du la constitution! dans la question de B réforme; r'csl ce que vous proclamiez avant même de lous avoir entendus, de connaître le développement de nos
î Jr£j&, (,t il faut convenir qu'en cela vous faisiez un singulier
xni'Aiii: Nous, en delioi-s fie l;i constitution ! Pounjuoî? Dnns discussion de la loi électorale, que la charte même a
déclarée modiliable, depuis vos modifications imperceptibles jusqu'au suffrage universel, ÎI y a place pour toutes les opinions, pour tous les systèmes. A nos yeux, c'était un terrain neutre, où, sans Ibrfaire, on pouvait se rencontrer. Vous en avez jugé autrement, et vous avez dû vous retirer devant une manifuslation imposante. Demandez à la ville de Lille ce qu'elle eu pense {on rit) ; demandez au pays ce qu'il augure de votre fermeté dans cette question, où vous tenez, à l'occasion et suivant la maxime de M. Guizol, l'uncou l'autre conduite. (Ti'ès tien! très bien!)
Nous sommes des ultra-radicaux! Qu'est-ce donc qu'un radical? un homme du droit. Oi*, le droit n'a pas doux noms, il est ou il n'est pas ; on est radical, ou, comme beaucoup de gens, on peut l'avoir été et avoir la fatuité de se croire loujoursjeime (rire yiin^ra/}, mais on n'est pas ultra-radical. Que si maintenant vous entendez par ce mot le parti qui veut faire entrer des abstractions philosophiques dans la réalité de la vie, le grand symbole de la liberté, de l'égalité et de la fraternité, sans se laisser annuler par les vieillis ou les corrompus, oh ! oui, nous lous qui sommes ici, sommes des ultra-radicaux. {Tonnerred'applaudissements.)yiilùïs bien sur, Messieurs, quevoussauriez honorer l'injure. {Ouil oui! nous l'acceittoiis.) Vous avez raison, les mots n'effraient que les enfants; d'autres ont glorilîé le nom do BCEOS en le conduisant à la victoire, peu nous importe ceit ({ui nous y c^ndnira. VA, comme les vengeurs de la li-
bertc batave, d'un outrage faisons un drapeau. {Bravos prolongés.)
Enfin il Faut nous repousser, dites-vous, comme des imprudents, des insensés !
Peut-être moins imprudents, Messieurs, qu^on ne le croit et qu'on n'a intérêt à le croire.
Que se passe-t-il en effet ? Un grand mouvement s'opère dans le pays, on ne saurait le nier. Vous, réformistes de la gauche, qui vous prétendez un parti puissant, irez-vous peser dans la balance de tout le poids d'un principe? Non, vous déclamez contre la corruption, vous accusez avec énergie, avec violence, mais de principe, point. Il y a plus. Pour réaliser votre réforme si minime qu'elle soit, il faut des hommes prêts à entrer au pouvoir ; et de ceux qui en semblent le plus rapprochés, dont vous vous êtes faits les auxiliaires, MM. Thiers, Dufaure, aucun ne veut la présenter. Savez-vous donc ce que nous redoutons, nous autres si imprudents? Que le pays, comme en 1839, ne vous donne la majorité, et que vous ne la déposiez, comme en 1839, aux pieds du pouvoir qui, plus fort que jamais, s'est alors passé la fanlaisie des fortifications. {C est vrai I c'est vrail) Voilà pourquoi, nous autres insensés, nous voudrions quelques principes. {Applaudissements.)
Mais cette majorité que vous avez perdue en 1839, le^ pays vous Ta confiée une seconde fois par les élections de 1842. Le ministère était à terre. Le duc d'Orléans meurt^ et, préférant l'intérêt dynastique à la volonté du pays, vous avez voté la loi de régence, et l'homme de Gand pèse depuis* sept ans sur nos destinées. {Vive adhésion.)
Oui, nous le devons dire hautement, avec vos concessionsperpétuelles, vos tergiversations et vos faiblesses, ce que nous craignons, c'est une agitation vaine ; c'est plus que le stationnement, c'est le retour en arrière.
Ce pays de France, si ardent, si passionné, est ainsi fait
— S47 — qu'il lomhe sans transition, de l'espérance au dôcoiiragemenl. Ce n'est poinl un de ces fleuves dont le cours pacifique est toujours au même niveau. Non, c'est une voile trop puissamment gonflée qui rulomlte faliguée tout à coup; c'est au souffle de la parole, au vent de l'enthousiasme, un torrent impétueux qui se soulève, cl que. demain, simple filot d'eau, le pouvoir peut enjamber d'un pas. {Bravo! bravo I) Eh bien! c'est contre ces brusques changements, ces revirements inattendus de la fièvre à l'atonie, que nous 'vuudrions tenir le pays en garde, nous autres les imprudents, en vous demandant quelques principes. {Longs ap- ^laudiisemenls.)
El c'esl parce que nous stipulons ainsi, que nous voulons donner notre concours et non le livrer, que vous nous appelez insensés! Avant de vous porter aecnsateurs, jetez donc les jeux sur vos fautes, et sojez plus modestes. (BrO" rot prolomjés.)
Vous venez, par une indigne et lâche manœuvre de parti, nous accuser d'appuyer, d'aider le ministère I (Pluneur» voix : c'est infâme I) quand c'esl vous qui, par votre coupable faiblesse de 1842, l'avez maintenu aux affaires. .\h ! si vous étiez plus redoutables, je vous appellerais des calomniateurs, (lires acclamations.)
Sans doute. Messieurs, la tSche qui nous est imposée en cû moment est grave ; car le mouvement auquel nous prenons part est un mouvement qu'à aucun prix, il ne faut compromettre; et, nous autres démocrates, nous en sui- • vons le coursenirc deux écueils, {Ecoutez I l'coutc: I) D'un côté, ce sont les petits réformistes, qui voudraient réduire cette question à leur propre mesure, à celle d'un portefeuille, et qui trouvent que, pour les oreilles dressées en certain lieu, nous parlons trop fort. Ceux-ci exigeraient le ■acrifice de nos principes à leur fortune. Pour la presse miiiisléi'ielle au contraire, nous ne crions pas assez fort; elle
essaie, par ses avances indirectes, de nous pousser à Texagéralion, de façon à se débarrasser, par un coup d'Ëlat, du mouvement réformiste qui l'effraie au fond.
Le parti démocratique ne se laissera pas prendre à ce double piège ; entre ces deux écueils opposés, il saura tenir fermement son drapeau. L'histoire témoigne assez de son bouillant courage. Il lui plaît aujourd'hui de donner la mesure de sa discipline et de son habileté. {Bravai bravo I)
Ce langage peut paraître présomptueux à quiconque ne connaît pas ses forces ; il est même de petits réformistes qui vont jusqu'à appeler la démocratie une imperceptible fraction du pays.
Il faut, Messieurs, que ces hommes ne jugent, ni par le cœur, ni par les yeux. Une imperceptible fraction, le parti qui compte plusieurs soldats dans chaque famille, un appui dans le journalier sans ouvrage, dans le paysan accablé sous Timpôl, dans la femme qui se prostitue pour vivre, dans l'enfant qui crie la faim ! Une imperceptible fraction que celle qui compte paimi ses défenseurs et ses appuis toutes les misères humaines ! [Vifs et bruyants applaudisse^ ments.)
Je ne vous ai encore parlé que des pauvres et des exclus; mais voyez comme le progrès de l'opinion vous enveloppe» comme il vous élreint ! Dans ce que vous appelez le pays légal, le mouvement n'est plus à vous. Vous en avez eu récemment les preuves dans une puissante cité industrielle. (Bravo I)
Et ici, dans ce département éminemment agricole, dans cette ville renommée par son culte pour les lettres et les arts, nous sommes encore en pleine démocratie. Je voudrais que de cette tribune vous pussiez contempler ces tables serrées et profondes qui se déroulent à perte de vue devant moi; vous y verriez à côté de l'ouvrier l'homme du
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œns, le propriétaire, représenté par des magistrats de tous les ordres. Plus nombreux que votre plus nombreuse réusiion, ce banquet n'est point Taggloméralion de nuances variées à Pinfini; il s'est formé sous une seule pensée, dans une même communion; les cœurs y battent au même degré, un seul sentiment nous inspire: la souveraineté du peuple, résumée dans ces trois mois qui Feront le tour du monde : Liberté, Égalité, Fraternité! {Explosion de bravos.)
Messieurs, pour leur rendre cette puissance d'électricité que leur ont donnée nos pères, il faut se voir, se connaître, s'aimer. {Bravo I bravo I)
Ce mot doit se comprendre dans un pays qui, en 1790, l'avait pris pour devise. {Écoutez l Écoutez l)
Car, chez vous, on ne peut remuer le sol sans remuer l'histoire. {Applaudissements.)
Entre tous, vous avez brillé par votre courage. Qui ne sait qu'une chétive bourgade, que l'on peut voir d'ici, s'est immortalisée en arrêtant avec cinquante soldats et quatre cents habitants, une armée de cinquante mille hommes? Honneur à toi, Saint-Jean-de-Losne, pour ton courage héroïque ! {Applaudissements.) Mais honneur à toi surtout pour avoir de bonne heure compris les principes d'égalité. Un roi crut te récompenser en faisant nobles tous tes habitants. Tu refusas des titres de noblesse, et la patrie, plus intelligente que les rois, a voulu t'en dédommager en changeant ton nom en celui de la Belle-Défense. {C'est vrail Vive et bruyante acclamation.) La bravoure est vieille et commune en France {Bravo 1)^ et peut-être n'as-tu été visitée que par la fortune et la bonne occasion; mais sous Louis XIII, l'égalité était bien loin encore. Honneur à toi pour l'avoir devancée par ton sublime instinct! {Salve d'applaudissements.)
C'est ce même sentiment de l'égalité qui, aux approches
de. la Révolution I fonda, à Dijon, cette grande fédération de la Bourgogne, de la Franche-Comté et du Lyonnais. {Vif mouvement de curmité.) Il n*est pas jusqu'à ce temps de frimas qui sévissait ce matin, et qui contristait les amis de cette fêle, qui n'ait été pour moi un souvenir et une espérance. En voyant ces chemins semés de neige, les cimes de vos montagnes blanchies, je me rappelais involontairement qu'à la même époque de Tannée, malgré Tinclémence du climat, cinquante mille hommes, s'assemblèrent dans cette cité pour secourir Lyon affamé. Je vous le disais, ils prirent cette touchante devise : a Unissons-nous pour mieux nous aimer les uns les autres. » {Explosion d' applaudissements.)
Il faut que cette fédération fondée ici recommence: qu'elle ait pour moyen la propagande des idées, que chacun de vous se fasse centre, qu'il se multiplie, et bientôt le cri de réforme sera poussé des Vosges aux Cévennes, des Alpes aux Pyrénées. {Bravos I)
Ils ont, je le sais, des fortifications redoutables qu'ils vont augmenter encore (ilA/ ah I) ; mais le canon ne prévaut pas contre l'idée. Faites que l'idée mûrisse* qu'elle s'étende, qu'elle les enveloppe, et bientôt le peuple lui-même pourra saluer sa propre souveraineté. {Acclam^itions unanimes.)