DE CHALON-SUR-SAONE
RéURI, COMME LES PR^CÉDERTS, EN YUE DE U RÉFORME éLECTOEiLE
(19 décembre 1847)
roAST : k L'UNION DE TOUTES LES DÉMOCRATIES
Citoyens,
C'est un rôle difficile que de recevoir, pendant une brûlante séance, les plus patriotiques inspirations, d'éprouver les plus nobles é(ans, et d'être oblige cependant de parler à son tour, de parler encore quand on n'a plus qu'un sentiment : se dévouer et agir. (Applaudissements.)
Oui, agir! {Bravo I bravo I) Mais cette action même ne peut être féconde dans ses résultats, pacifique dans ses moyens, généreuse et magnanime dans son triomphe, qu'autant qu'elle se généralisera chaque jour et deviendra presque unanime.
Préparons-la donc par la propagande incessante de la pensée; et comme chacun de vous, en sortant d'ici, va se faire le missionnaire de cette foi de nos pères, permettez-* moi, pour la mieux incarner dans vos cœurs, de caractériser
en quelques mois l'esprit de celle œuvre immortelle dont les principes nous onl été légués, et dont nous voulons conquérir enfin les réalités bienfaisantes. (ApplaudmemenU.)
Tel est donc le toast que je vous propose : A l'unité de la Révolution française! {Applaudissements) à Tindivisibilité des trois grandes époques qui la caractérisent, des trois grandes assemblées qui la pei^onnifient ! à la Constituante ! à la Législative ! à la Gonvenlion ! {Bravos unanimes.)
Ce toast m'est inspiré, moins à l'occasion des obscurantistes, ennemis patents, avoués de notre Révolulion, qu'à rencontre des faux amis de la Révolution, qu'un vernis de libéralisme recouvre encore.
Assistez, en effet, à un de ces banquets mixtes : un trait, mieux que tous les raisonnements, vous en fera saisir la poitée.
Quels anniversaires figurent sur les devises qui ornent CCS fêles?
Pourquoi ces deux dates et pas une autre? Pourquoi la Constituante et pas la Convention ? Est-ce un cercle que vous voulez tracer, où doivent s'éterniser les deslinées du monde, 1789 qui ouvrit la carrière à la bourgeoisie, 1830 qui, à vos yeux, la referme sans doute? 1789-1830, des ébauches à compléter. Et le peuple donc !... {Tonnerre d" applaudissements.) Le peuple effraie, la Convention fait peur, voilà pourquoi 1792-1793 sont restés au bout du pinceau. {Bravo I bravo I)
Et ici alors, l'élernel refrain, oui, refrain chevrotant et hébété de la peur : 1793, la Convention, c'est le génie du mal, le chaos, la Terreur!
La Terreur! Ah ! citoyens, nous pouvons en parler librement, nous à qui elle a légué une patrie et qui n^aurons point à la recommencer. {Bravo I bravo I) Laissons-la donc
dormir au plus profond du l'hlsloire; innis répondons éter- Dellement à ceux <]\ù en font titcrnelloment un épouvantnil, [ûe les écrivains mrmc (]H'elle coninsic le plus sont obliges le reconnaître ijue sans elle il n'y aurait plus de France. •lus de France! entendez-vous? Ali ! je l'avouerai : à cette [dée ma li'le se trouble. {Tonnerre tl'applaitdissemenU.) Oui, Jus de France, les rois le disaient déj.'t; ses frontières laient envahies, Toulon aux Anglais, Lyon, \a Vendée ani iroj'alistes, nos poris bloqués, des baïonnettes et des vais-
ux à la circonférence, une conspiration permanente au centre. La France était perdue;el c'est pour l'avoir sauvée, pour avoir sauvé les destinées du monde, que vous comptez avec la Terreur pour le sang répandu ! Avez-vous auparavant compté avec les nobles, avec les prêtres, avec les rois, eux qui ont si longtemps fait verser le sang de millions d'hommes pour un mot, pour nn vain Iroptiée, souvent pour l'étroit 4l stérile espace d'un champ de bataille! {Bnnjants applauimemenls.)
Je le répt'te, aujourd'hui plus Je Terreur à redouter. La tiolenco de t'attaque est en raison des forces de la résistance. La résistance où est-elle ? 11 y avait alors la ligue formidable des nobles et des prêtres. A Thcnre qu'il est, il n*y a plus sérieusement de noblesse; elle est un mol ; je me trompe, elle est un ridicule! (Ài>plauilissemenls.)
Il n'j a plus de nobles depuis qu'un paysan a pu ré[)on<tre i un émigré qui se vantait bien haut que ses ancêtres avaient gagné des balailk-s : a Moi aussi J'en aï gagné; donc je »uis un ancêtre. » {Itircx d' adhésutn.)
El le clergé ! . . . Oh ! respect ii la foi ! respect au sanctuaire inviolable de la conscience ! mais guerre aux souitle» menées, aux intrigues domestiques, aux machinations ténébreuses; et le clergé ne sera pas plus k redouter que la ;]K)bIesse, il ne formera plus un Ëtat dans l'Ëtat! {Brav<» iÊMmimes.) ToléraDcc pour chacun dans soD foyer ou dam
renceinte de ses temples; mais, au nom même du principe de la liberté de conscience, qu^il n'y ail de culte extérieur que le culte de Tamour sacré de la patrie. {Tonnerre d^ajh plaudissements.)
Les prêtres ont combattu la liberté à son berceau : témoin cette séance du 22 octobre où, dans le sein de l'Assemblée nationale, fut présenté un vieillard de ces montagnes que nous apercevons d'ici, un vieillard du Jura, âgé de cent vingt ans, esclave des prêtres, le serf d'un couvent, qui venait réclamer vainement l'affranchissement que la loi lui avait conquis le 4 août 1789. L'Assemblée tout entière se leva par respect devant ce doyen de l'humanité (Adhésion) ; mais le décret ne fut ^:^ j^ exécuté qu'après sa mort, et ce dernier serf des prêtres ne vit pas la liberté.
Aujourd'hui encore ce sont les prêtres qui contribuent le^: plus à maintenir l'esclavage des colonies, en secondant 1 maîtres, en défendant leur oppression au nom du ciel. E bien ! qu'ils jouissent pour eux de la liberté qu'ils combat tent dans les autres; mais qu'ils en jouissent à titre de ci — toyens, sans avoir des règles à part, des instituts à part, de^ associations à part, et sans pouvoir surtout amortir tanC d'innombrables richesses. (Owi, oui^ouil)
Vous le voyez, pas plus contre eux que contre la noblesse la Terreur n'est possible, car les mœurs ont prononcé, h loi est faite, et il s'agit simplement de l'appliquer. [Bravo! bravo I)
Insensés ceux qui ont peur du retour de la Terreur, quand il ne reste plus que deux forces véritables : le peuple et la bourgeoisie, et que le peuple et la bourgeoisie, dans ces patriotiques réunions, ne semblent plus animés que de la même idée : réaliser les grands principes de notre Révolution. (Applaudmements vnanimes.) Que la nation, le peuple et la bourgeoisie, se lève jamais, et qu'elle regaixle
ennemis en face, ils auront, comme en 1850, disparu sous son souffle puissant. {Oui I oui !)
Nous, véritables enfants de la Révolution française, acceptons-la donc dans son indivisibilité. Ne souffrons pas plus qu'on fédéralise les idées, que les Montagnards n'ont laissé fédéraliser le sol. {Applaudissements prolongés.)
Oui : A l'Assemblée nationale, qui a brisé la tyrannie cléricale et nobiliaire, commencé l'unité de la France, essayé l'égalité de l'impôt, décrété la liberlé des opinions religieuses , formé les gardes nationales ! {Bravo ! bravo I)
A la Législative, qui a combattu vaillamment pour la défense du peuple, précipité du trône la monarchie parjure ! {Applaudissements.)
A la Convention, qui non seulement a sauvé le pays dans cet héroïque et gigantesque élan qu'on appelle la levée en masse^ mais qui a doté la France et le monde des plus grandes, des plus vitales institutions! {Nouveaux applaudissements.)
Nous ne parlerons de 1850 que pour mémoire... C'est une pierre d'attente. {Bravos prolongés.)
Oui, les faux amis de la Révolution, les petits réformistes devront s'y résigner; mais ce qu'ils retranchent de leurs devises, de leurs écussons, de leur politique, la Convention, ce qu'ils présentent comme le chaos et.le désordre fut, dans l'histoire de l'humanité, sous le rapport des institutions, la source la plus puissante et la plus féconde. On rougit vraiment d'avoir à venger la gloire de son pays de si basses clameurs.
Qui retrouve et consacre d'une manière ineffaçable les droits imprescriptibles de l'homme? la Convention.
Qui fait appel à la solidarité des peuples et établit entr(» eux une espèce de mutualité? la Convention.
Qui fonde l'unité de Tadminisli ation, de la dette publique,
(les poids et mesures; qui essaie même de Tunité des codes! la Convention !
Qui décrète pour l'enfiince Téducation commune et gratuite, une pension pour ia famille surchargée, une retraite pour les invalides de l'industrie et de l'agriculture? la Convention.
Et dans le domaine de la pensée, des sciences, des arts, nous vivons, tous les peuples vivent de Tesprit des grandes fondations qu'elle jeta, en passant, sur sa route.
Faudra-t-il toujours le redire? ce fut la Convention qui créa rinstitut, l'École des Arts-et-Métiers, l'École polytechnique, l'École normale, le Conservatoire de musique.
En un mot, tout ce qui est grand, tout ce que le monde nous envie... et à quoi, depuis, nous n'avons guère fait que d'ajouter les vices. {Salve d'applaudissements.)
Et j'en oublie... Voilà donc cette époque d'anarchie, de chaos. C'est pour cette cause si méprisable que sont morts, martyrs de leurs idées, tant d'hommes calomniés et méconnus, qui avaient fait le plus grand des sacrifices, celui de leur mémoire, et qui ont attendu cinquante ans pour qu'elle fût un peu réhabilitée.
La plupart d'entre eux n'ont pas même une tombe ignorée; car leurs cendres ont été dispersées; comme ces législateurs antiques, demi-dieux qui, après avoir accompli leur œuvre d'humanité et de génie, disparaissaient dans un nuage lumineux ou dans un tourbillon de la tempête, sans laisser d'autres traces parmi les humains que leurs travaux et leurs bienfaits. {Bruyantes acclamations.)
Eh bien ! citoyens, au lieu de conserver intactes ces grandes traditions, de vivre de leur gloire, de la fiiire incessamment rayonner, car son éclat suffit à la défendre, il est des hommes qui s'en prétendent les représentants, et qui font alliance avec les ennemis mêmes de la Révolution dans scm acception la plus haute, avec les contempteurs de 1793
et de la Convention. Au lieu de prouver que les reproches adressés à la démocratie sont injustes, ils semblent les confirmer en s'effaçant, en se glissant timidement dans des banquets où les droits du peuple sont oubliés, comme s'ils devaient y jeter Teffroi. Ils passent entre les fourches caudines de 1789 et de 1830, s'amusant au petit jeu des réformes imperceptibles, au service des intrigants de j)ortofeuilles qui, satisfaits demain à leur tour, les repousseront dédaigneusement. Ils ont le grand tort de douter des forces de la démocratie, au lieu d'y faire incessamment appel. {Oui^ oui, ouil) Ah ! ils ne savent point assez combien ce gouvernement, depuis quelque temps, nous a donné d'auxiliaires. {Cest vrai I c^est vrai I)
Cette politique qui me paraît manquer de virilité, de dignité, n'est pas la nôtre. C'est à cette occasion qu'un journal que je n'ai pas besoin de nommer, et que vous connaissez tous, m'a récemment attaqué. On a dit de moi : a Mais, cet homme, où a-t-il puisé sa compétence et son autorité. » {Oh I oh I) Mon autorité est dans l'inflexibilité des principes auxquels vous venez d'applaudir. Ce n'est assurément paî> dans mes services rendus, puisqu'il me reste encore à donner ma liberté et mon sang. {Salve (T applaudissements.)
Où j'ai puisé ma compétence! Mais à Lille, à Dijon, au milieu de vous. {De toutes parts : Ouil ouil) C'est la compétence de ces trois villes que ce journal imprudent attaque. Moi, j'ai parlé; elles, elles ont applaudi; j'ai fait entendre des accents dont leur patriotisme m'avait fourni les inspirations. {Bravos unanimes.) Les injures qu'on m'adresse, il faut les élever jusqu'à vous. {Oui I oui I nous les acceptons.) Lille, Dijon, Châlon, auront prouvé au moins qu'il y avait une démocratie radicale en France; avec l'incroyable effacement du journal dont nous parlons, je ne sais guère si on pourrait encore s'en douter. {Cest vrai! c'est vrai!) Oh 1 rédacteur de la Tribune, combien votre ardeur s'est éteinte !
{Bravo I bravo I) Votre autorité à vous, citoyens, à moi, je le répète, c'est celle des principes ; elle est souveraine, elle est sacrée. {Acclamations générales.)
On s'est décidé à un débat public; soit, je l'accepte ; car vous, car moi, nous pourrions nous tromper. Posons donc bien les termes de la lutte. {Écoutez! écoutez t) Avez-vous voulu des bastilles? {Dénégations énergiqms.)
Croyez-vous que la Charte soit susceptible de développements tels qu'ils puissent suffire à la démocratie? {NonI non I non I)
ttes-vous d'avis d'une fusion avec M. Thiers pour l'éventualité d'une régence? {Explosion formidable de nani) Le regardez-vous comme un homme incomparable, ainsi que l'a salué ce journal? {Allons donc!)
Voulez-vous au moins d'une fusion passagère avec lui pour la réforme que M. Guizot est sur le point de consentir; car il a fait publier, il y a deux jours, à Paris, dans une revue dont il dirige l'esprit, qu'il accepterait peut-être une réforme, l'adjonction des capacités. Quoi ! tant de sang versé depuis 50 ans pour aboutir à moins que rien, à un caprice de M. Guizot! {Tonnerre d'applaudissements.)
Est-ce là ce que vous voulez? {Non! non!)
Je vous propose une chose. S'injurier est inutile, quand on est sincère; ce qu'il faut, c'est se convaincre réciproquement. En m'appuyant de vos 2000 voix, vous pensez que je suis dans le droit chemin, comme on l'a cru à Lille, comme on l'a cru h Dijon? {Oui! oui!) Un journal a beau s'estimer infaillible, il ne peut pas rayer de la carte de France trois villes de cette importance, dont la vôtre, citoyens, est celle où il devait trouver plus d'indulgence, puisqu'il y comptait de nombreuses amitiés. Eh bien ! qu'un grand jury, pris, cfi nombre égal, dans la démocratie fran- (;aise, soit appelé de plusieurs points de la France pourjuger qui n tort, qui a raison, qui sert les intérêts de la cau<îe
sacrée du peuple, qui la déserte. J'accepte le débat pour moi et pour vous tous.
{De Imites parts : Oui, pour tom I tom I)
Et il serait beau, citoyens, que la démocratie française, après avoir ainsi réglé une affaire d'intérieur, se rapprochât à son tour des autres démocraties du monde.
Il se produit en ce moment en Europe un grand mouvement parmi tous ces déshérités qui souffrent par le cœur ou par la faim. [C'est vrai I c'est vrail) C'est le moment de les consoler, de les raffermir, d'entrer en communion avec eux. {Ouil oui I Bravos prolongés,)
Les temporisateurs dont nous attaquons la conduite molle et languissante répondent qu'on peut attendre encore, et, en présence de ces symptômes universels dont je viens de parler, ils proposent ou font proposer, comme amélioration, l'abaissement du marc d'argent, du cens électoral à 100 francs. Vraiment^ il faut qu'ils jugent par la tête, lorsque nous ici, nous jugeons par le cœur. (Longue approbation.)
Attendre sans cesse ! quand, dernièrement, un savant officiel écrivait que l'ouvrier peut se suffire par son travail à la condition qu'il ne sera pas malade, qu'il ne subira pas de chômage, qu'il n'aura point d'enfants, qu'il ne contractera aucun vice! {Agitation.)
Pour que Thomme vive, il faut qu'il n'ait pas les besoins de la vie, qu'il soit doué de quelque chose de surhumain. {Mouvetnent d'indignation.)
A ce tableau si sombre et si lugubre, j'ai senti toutes les fibres de la douleur et du désespoir s'agiter en, mon âme* (Bravo I bravo I)
La misère ne sévit pas moins au sein de nos populations agricoles. Le peuple a pour lui l'air des champs; c'est quelque chose sans doute; mais quelles habitations! quels aliments! Il paie un demi-milliard d'impôt à TÉtat; il paie un milliard à l'usure; si bien que nous voyons cet étrange
et itoiiloiircux s[>ectacle, qiio c«1iii qui fait venir te blanc est Torcôile se borner au pain noir; que celui qti live le vin est souvent obligé de se cnnlcnler li'uu vei d'eau. (Âpptauilistiements.)
El la démocratie française peut atlf^uclre! Je le ré] peux qut parlent ainsi nnl appremment une autre âiiif que la nôire. (Nouveaux, applaudissement!,.)
Le prolétariat de l'Angleterre est assicf^c aussi par la faim; l'Irlande bientôt nVxislera plus; la llet^'iqucsedécii chaque jour. l)émocrates de tous les pajs, resteroiis-nt impassibles en présence d'un panni fléau social?' Que cœurs nous servent de conseillers; mais assemblons-ni au nom du druiletnon pas au nom du besoin. Que l'homi recouvre [KirLoul sa liberté, la terre et l'industrie sauranl le nourrir! Démocrates de tous les pays, ayons noire congrus [Apptaudmements frénéiiifties), commi: les absolutisti-s ont vainement essayé d'avoir le leur! EnlendoiiMious sur Icure affaires comme ils méditaient de s'entendre sur le; nôtres! Ils ont comploté de se partaj^er ou de se vendre peuples; rachetons-les de la servitude! {Kxplmvm dt plaudiisemeiUs.)
Une terre libre, la seule république de rEuro|ke, la Sul est digne d'un pareil spectacle. (Braw! bravo!) Tout y sera inspirateur, et sa vieille hisloii'e, et ses montagnes, et ses luttes si récentes. (Brarol brarol) On se sent fort le terrain de la victoire et du droit. Qu'une de ses villes dé|)cndantes pi-éte asile pour quelques jours ans précui imciliques de la délivrant» des peuples, et, par les elTr de celte sainte ligue, les peuples, plus confiants en mêmes, hâteront l'heure de leur affranchtsst'nicnt, {Appt dmemenU prolongés.)
Permetteï-moi donc, citoyens, de dire non plus sei ment : A l'unité de la Révolution française, mais aussi l'union de toutes les démocraties !
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DISCOURS PRONONCÉ A LA CHAMURE DES DÉPUTÉS