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AUX ÉLECTEURS DE LA SARTHE

(23 novembre 1841)

De fait, messieurs, dans celte affaire solennelle, et où s'agite un principe constitutionnel et national ; dans une question où ma liberté et mon sort sont engagés, je m'étais imposé la loi de ne pas prendre la parole ; ma pensée politique devait vous être expliquée, conime elle le sera en effet par mon illustre ami, M. Àrago.

Mais on a recherché quelles ont été mes intentions et je dois les expliquer personnellement.

On vous a dit, messieurs, que mon discours contenait une provocation à la révolution et au renversement du gouvernement ; et, partant de ce point, on vous a demandé une répression sévère ; sui* ce point, le ministère public et moi nous sommes plus près de nous entendre qu'on ne pourrait le penser; si j'ai provoqué à la révolte, punissez-moi, je l'ai mérité.

Mais si je n'ai demandé qu'une révolte pacifique, vous devez reconnaître que je n'ai rien fait de coupablci

Quand j'ai paru devanl les électeurs de la Sarlhe, de quoi ctais-je préoccupé? de questions qui ont été Tobjet de mon élude favorite.

Ce que je veux, messieurs, c'est ce que vous voulez; je veux empêcher une révolution, grâce à une réforme radicale. Mais, dit M. le procureur général, M. Ledru-RoUin dit que cette réforme sera le premier pas ; donc, la réforme opérée, il demanderait encore quelque chose.

Je le répète, messieurs, quand vous aurez changé le système électoral, après avoir consulté le peuple, si le peuple continue encore à être malheureux, il ne pourra plus s'en prendre qu'à lui-même.

Il est prouvé qu'en France, il y a douze millions d'hommes qui vivent dans la misère ; que faire pour cicatriser des plaies aussi profondes? J'ai dit ce que j'ai cru y être le plus propre; la Chambre ne fait rien pour arriver à ce but, et j'ai pensé qu'il fallait faire quelque chose : sans doute le cœur TOUS bat comme à moi à la vue de tant de douleurs. Mais ce n'est pas assez de dire que votre cœur bat; mieux vaudrait se mettre à l'œuvre.

Voilà, messieurs, quelle a été ma pensée; voyons si, pour la première fois de ma vie, mes expressions n'auront pas rendu ma pensée; car, messieurs,tout est là ; et je le répète, je n'ai voulu parler que d'une réforme pacifique.

J'ai ditque, si on ne recourait pasàune reforme, ces douze millions d'hommes feraient une révolution, et pour l'éviter j'ai cru, à tort ou à raison, qu'il fallait avoir recours à la réforme électorale, pour que, si désormais le peuple était malheureux, il ne pût accuser que lui de son malheur ; c*est dans cette pensée que j'ai proposé ce moyen, je l'ai dit expressément, pour éviter une révolution violente.

Et cependant, messieurs, on prétend que je yeux faire une révolution violente; je parle de réforme pacifique^ et vouh dites que je fais un appel à la force brutale.

J'ai (lit qu'il y avait trois améliorations sociales à obtenir : l'égalité de l'impôt, l'organisation du travail, et l'organisation démocralique de Tarmée ; si vous me faites un procès de tendance, osez le dire, et je vous répondrai ; mais vous aimez mieux laisser planer sur moi le mot de communiste par lequel vous voulez effrayer les jurés. Eh bien, je le proclame bien haut, j'aime la propriété qui est le fondement de toute moralité; je ne suis pas communiste^ je hais les communistes ; je les hais plus que vous-mêmes ne les haïssez; car on nous jette trop souvent à la face leui'S absurdes opinions.

Je veux que l'ouvrier devienne propriétaire, non pas par le vol, mais par les voies légales, et je dis que quand il sera propriétaire, il sera plus tranquille et plus moral ; peutêtre est-ce là une utopie, mais c'est du moins l'utopie d'un bon cœur. Pour bien juger ce procès, écartons l'appareil judiciaire qui nous entoure : supposez que nous soyons au 25 juillet, vous électeurs et moi candidat ; je vous exposerais franchement, comme je l'ai fait, quelles sont mes opinions; si elles n'étaient pas les vôtres, vous ne m'éliriez pas, mais vous diriez : voilà un honnête homme, et vous me serreriez la main; ici, messieurs, vous ne me condamnerez pas ; voilà ce que j'avais à vous dire.

DISCOURS PRONONCE A Ik CHAMRRE DES DÉPUTES

DA5S LA DISCUSSION DO BUDGET DO HINISTÈRB DB L*lllTéRIBOR CHAPITRE DES DÉPENSES SECRÈTES

( 10 mars 1842)

Messieurs,

Le Gouvernement, pour motiver sa demande de fonds secrets, s'appuie sur deux considérations : la nécessité des circonstances et la confiance qu'il dit avoir inspirée. Votre commission s'associe à cette demande ; elle fait plus, elle propose une innovation ; elle veut que ce crédit extraordinaire ne soit plus une question de confiance, mais qu'on le reporte au budget ordinaire de la police à compter de 1843.

Messieurs, puisque le hasard me donne la parole le premier, avant d'examiner la question même, permettez-moi de dire mon opinion sur cette innovation qui vous est proposée.

Le titre de crédit extraordinaire atteste l'origine de cet impôt, c'est-à-dire qu'il a reposé d'abord sur des circonstances éphémères, variables, changeantes, qui, d'un moment à l'autre, peuvent ne plus être les mêmes. Or, messieurs, si ce que vous propose la commission était adopté, qu'en résulterait-il? si l'on faisait passer de l'extraordi-

naire à TorcHnaire ce vole de l'impôt? si de Texception on faisait une règle générale? Il en résulterait qu'une fois la règle faite, acceptée, on ne penserait plus à sa revision ; que de nouvelles circonstances arrivant, on demanderait au pays des fonds complémentaires ; de façon que cet impôt, cette charge serait assimilée, permettez-moi de le dire, à ces subsides de guerre qui devaient cesser avec la paix^ et qui, depuis Charles YI, Henri IV, Louis XIV, Napoléon, obèrent encore le pays.

C'est vainement que, pour appuyer cette innovation, on prétend que les questions de cabinet, trop souvent multipliées, nuisent aux intérêts matériels du pays. Vous comprenez qu'à défaut de cette question de cabinet, chaque occasion peut en fournir une autre, et que son déplacement même n'en changerait pas la nature.

Au surplus, messieurs, est-ce que ce n'est pas se préoccuper des intérêts matériels du pays que de s'enquérir du caractère, de la moralité, de la destination d'un impôt qui grève le pays?

Je le dis donc, à mes yeux, l'innovation est malheureuse ; je demande que ce crédit reste précaire, isolé, saillant, pour que le pays, ayant sans cesse les yeux sur lui, en demande la réduction d'abord, et la suppression le plus tôt possible.

Maintenant, messieurs, dirai-je un mot de la nécessité actuelle des fonds secrets? C'est une question qui a été fort épuisée. Leur destination, vous le savez, est toujours la même : c'est, nous dit-on, pour surveiller les factions, les sociétés secrètes qui pullulent — ce sont les termes du rapport — sur le sol de la France.

Je me demanderais alors si les fonds secrets reçoivent bien leur destination ; je me demanderais quelle conspiration a été découverte à l'aide des fonds secrets ? je me demanderais s'il en est une seule redoutable, s'il est m^seul

attentat sérieux qui ail été prévenu par les fonds secrets. {Murmures.)

Je me demanderais encore si les fonds secrets ne doiven êlre employés qu'à surveiller des Français, et pourquoi, Tan dernier, la contre-révolution espagnole s*organisant presque officiel lement, recrutant ses soldats dans les départements, n'a pas été dépistée par la police ?

Messieurs, sur les fonds secrets, il a été dit à cette tribune un mot qui juge à jamais leur emploi : ce mot est sorti de la bouche d'un ancien préfet de police qui en avait en partie le maniement. Il vous a dit : « Les fonds secretsl mais les deux tiers n'en sont pas employés aux besoins de la police. »

Eh bien, je souhaite qu'à l'approche des élections prochaines ces paroles ne soient pas trop tôt vériGées.

J'arrive, et je me hâte de le faire, à ce qui est, selon moi, l'objet de la question, le point du débat.

Le ministère vous a dit qu'il avait la confiance du pays, qu'il avait la confiance de la Chambre. Voyons donc si cette assertion est fondée, si le ministère a la confiance du pays et de la Chambre. L'a-t-il du moins en disant ce qu'il est ? Ta-t-il en disant réellement ce qu'il veut? Là est pour moi véritablement la question. Or, la France est un pays^l instincts généreux, libéraux. Lorsqu'un système, lorsqu'une théorie de réaction lui est présentée de toutes pièces, lorsque cette théorie est présentée d'ensemble, d'un seul jet, le pays se révolte et frappe celte théorie de réprobation. Permettezffloi, mesdeurs, je le fais sans souvenirs irritants, permetlez-moi de rappeler à vos esprits ce qui s'est passé l'année dernière à l'égard du rapport de la commission chargée de l'eiamen des fonds secrets.

Vous vous en souvenez, le rapport disait qu'il fallait à l'extérieur la paix partout, qu'il fallait la paix toujours : à rintéi|^ur, qu'il fallait un ministère de résistance persévé-

rante. Il ajoutait, ce rapport : que la France n'était pas capable des institutions qu'elle possédait, ce sont ses termes, et il se terminait ainsi : « Que ceux qui ne sont pas électeurs le deviennent par la fortune, qui est accessible à

Vous redirai-je Teffet produit par <je rapport ; vous diraije qu'il a été pour ainsi dire désavtÉpâr la Chambre, vous dirai-je que le ministère interpellé a refusé de s'y associer, et pourquoi? Parce que le ministère a parfaitement senti qu'il y avait imprudence, danger même à lever trop subitement le voile; que le pays, pris ainsi à Timproviste en présence d'une théorie antilibérale, se révolterait et réagirait par ses nobles instincts.

Voilà ce que le ministère a senti. Voyons maintenant ce qu'il a fait. Le ministère a pensé, dans son habileté, qu'une fois la session passée, le pays s'endormirait; il a pensé qu'il pourrait alors, avec adresse, attaquer une à une les libertés que, dans leur ensemble, il n'avait pu impunément menacer. Cette résolution prise, voyons le ministère à l'œuvre.

Et d'abord, à l'intérieur, comment débute-t-il ? Il commence par la loi sur les annonces judiciaires. Vous vous rapjflrtez ce qu'on vous a dit lorsque cette loi fut portée ici ; que la loi ne serait pas une loi politique, qu'elle ne serait pas interprétée politiquement. Et cependant, il faut le reconnaître, la loi a servi à détruire, en province, la presse de l'opposition, et l'on a presque dit depuis à cette tribune, que cela était bien, et l'on a presque avoué que (fêtait là le but de la loi.

Le ministère, qu'a-t-il fait encore ? Il saisit préventivement les journaux, puis il les relaxe, mais quand? lorsque les abonnés, interrompus dans leur service, ont disparu en grande quantité.

Le ministère a fait plus, il savait qu'une grande conquête

avait été faite par la révolution de Juillet : la juridiction '^i*^ du jury appliquée aux délits de presse ; eh bien, il cherche à faire dévier cette institution, et que fait-il ? Les fonctionnaires publics, plus ou moins autorisés, cédant à ce qu^ils jugent être la pensée intime du cabinet, les fonctionnaires publics, au lieu de âAmander la réparation des diffamations devant les cours d^lf^Éi<»| s'adressent aux tribunaux civils. . . [M(mtement$ divers.)

Les fonctionnaires publics s'adressent aux tribunaux civils, et par suite des amendes on absorbe le capital des journaux ; trois d'entre eux restent sur la place par Teffet de ces rigoureuses condamnations.

On va plus loin encore : on sait que la Cour des pairs est une cour sans appel, qu'elle n'est soumise à aucun contrôle possible ; on sait que la Cour des pairs est avant tout un corps politique; eh bien, par une théorie que je ne veux pas qualiûcr, par la théorie de la complicité indirecte et morale, on traîne les journaux devant la Cour des pairs, et Ton fait condamner un écrivain au grand s^candale du pays. (Exclamations au centre .) Enfin, on touche au jury. {Interruption et rire au centre.) Écoutez! avant de rire. Je ne veux pas envenimer la question, croyez-le bien : on imiche au jury. Je ne parlerai pas des doutes répandus sur le contenu de la lettre, je ne parlerai: que des termes mêmes apportes ici par l'un de MM. les ministres. Il a dit : a Cette lettre contenait seulement ceci : Nous aurons affaire aux jurés probes et libres de 1842. »

Je m'arme de ces termes, et je réponds : En 1841, ils n étaient donc pas probes et libres, les jurés? Or, pour savoir si ceux-ci seraient plus probes et plus libres, quels moyens avez-vous employés? quels sont ceux que vous pouviez employer? comment pouvez-vous le savoir? Vous avez donc eu recours à des artiûces extraordinaires, nouveaux. On a prétendu que le jury n'avait pas été épuré! Voici ma

réponse : Depuis la recrudescence des poursuites contre la presse, les journaux sont devenus plus modérés, jpersonnc ne peut le contester. {Rire au œrUre.) Attendez.-, par votre rire, vous avez fortifié mon argument. (Exclamation.) Oui, vous avez fortifié mon argument ; car les journaux ont été plus modérés^ et cependant il n'en est pas un, pas un seul, qui ait été acquitté. Comprenez-vous, maintenant? Donc votre jury avait été partialement, politiquement épurée [Mouvement en sens divers.) Enfin, vous avez introduit ou laissé introduire une jurisprudence flétrie par la Restaura* tion, une jurisprudence flétrie dans les écrits de M. le ministre des affaires étrangères lui-même. La jurisprudence contre les imprimeurs, que vous avez introduite, est une censure brutale, inintelligente. {Murmurée au centre.) C'est donc ainsi qu'à l'intérieur on a traité ce que M. le ministre de l'instruction publique appelait, sous la Restauration, la plus vitale de nos libertés^ mot qui, souvent répété, lui a valu sa renommée cl sa fortune politique. [On rii.)

Voilà, messieurs, pour la politique intérieure du cabinet.

Maintenant, jetons un coup d'œil,et je le ferai rapidement, sur sa politique extérieure.

Réveillerai-je la question d'Orient [exclamations au centre)^ dont la conclusion a profondément froissé le sentiment national?

Rappellerai-je Finsulte faite à notre pavillon dans la personne de nos marins du Marabout^ insulte racontée douloureusement, avec détail dans les journaux, par le capitaine insulté, qui n'a pas été démentie, et qui attend sa réparation?

Parlerai-je d'une lettre plus récente, écrite par le capitaine de VEtnay et qui atteste que, dans les parages de l'Afrique, il a été soumis, de la part de l'Angleterre, à la visite la plus humiliante, et qu'il n'a pas trouvé un seul bâtiment français pour le protéger sur cette plage ?

Mentiqinerai-je le traité sur le droit de visite, dont le texte nVpas été reproduit fidèlement à cette tribune, le droit de visite dont la conséquence était d'amoindrir la prépondérance de notre brave et glorieuse marine?

Ressuscilerai-je enûn le débat si pénible qui s^est passé devant la Chambre des communes d'Angleterre? Dernièrement, disait-on, TAngleterre avait reconnu la possession légitime, entre les mains de la France, de nos conquêtes d'Alger. Vous le savez, un premier démenti, démenti implicite, je me hâte de le dire, a été donné ! Dans les journaux arrivés d'hier, que trouve-t-on? Une nouvelle explication qui a eu lieu dans la Chambre des communes, et lord Aberdeen qui vient déclarer qu'il n'a jamais engagé sa parole; que, quand il a dit qu'il n'avait pas d'observation à faire actuellement, il n'entendait pas qu'il n'avait pas d'observation à présenter plus tard. [Mouvement.)

Or, voici la situation parfaitement précisée ; je ne m'arrête pas aux mots observations ou objections^ peu m'importe, je dis que de ce débat ressorlent deux choses : d'abord que l'Angleterre a la résolution arrêtée de ne légitimer jamais cette possession. {Une voix : Nom n'en avons pas besoin.)

Alors, pourquoi le cabinet nous a-t-il fait valoir cette concession comme méritant une réciprocité de concession de notre part? J'ajoute qu'il y a eu un dernier fait beaucoup plus grave, c'est la nécessité humiliante dans laquelle s'est cru placé le Gouvernement de demander à FÀDgleterre qu'elle sanctionnât la possession d'Alger [dénigaiions au banc des ministres) , comme si le sang qui Ta conquise, le sang qui l'arrose n'était pas un brevet suffisant.

Voilà donc, vous le voyez, à l'intérieur, une politique qui est toute de compression contre les lois de la presse; à l'extérieur, une politique qui est toute d'amoindrisse-»

ment vis-à-vis de l'étranger. Se trouvent ainsi réalisées ces paroles du rapport : qu'il fallait la paix partout et tourjours; qu'il fallait à l'intérieur une résistance opiniâtre.

J'avais donc raison de le dire en commençant. Quand la France, qui, de prime abord, s'effraye d'un système de réaction, quand la France est prise ensuite dans son sommeil, elle laisse envahir une à une ses libertés, sa noble et fière indépendance. (Rumeurs aux centres.)

En face de ces faits accusateurs, que répond le ministère? Il vous dit : Je le reconnais, je suis un ministère de résistance, un ministère de conservation. Au milieu des écueils semés sous mes pas, je me glorifie de celte politique, et je fais bien de la suivre ; sans elle le pouvoir serait renversé.

Résistance^ conservation^ messieurs, ce sont deux mots qui ne sont pas nouveaux dans le vocabulaire politique.

11 est un cabinet qui, à une autre époque, dans un pays voisin, les a également employés. Ce ministère était celui de la Cabale; ministère qui exploitait les terreurs révolutionnaires du protectorat deCromwell, qui parlait sans cesse de factions, sans cesse de sociétés secrètes, et qui a muselé les libertés de l'Angleterre à ce point qu*il Ta jetée dans les bras d'une restauration.,.. [Mouvements divers.)

M. le ministre des affaires étrangères parait rire de cette citation. .. {Dénégations au centre et au banc des ministres.) Fjh bien, messieurs, je demande à la Chambre la permission de lui lire un passage tracé de main de maître par M. le ministre des affaires étrangères sur oe^binet et sur son rapprochement avec les événements de la France. C'est trèscourt : « Là aussi, dit l'écrivain, beaucoup d'honnêtes gens

(Le ministre : De quelle date ?)

La conscience, monsieur, n'a pas de date, et les principes sont de tous les temps.... (Agau4^he : Très-bien I très-

bienl) a Là aussi beaucoup rrhonnétes gens, dcgoùlés de la licence révolulionnaire et de la corruption qui s'étaient introduites dans le Long Parlement ou dans les serviteurs de Cromwell, s'étaient flattés que le parti des tories ramènerait dans le Gouvernement l'ordre, la droiture, le respect de tout ce qui est sacré. »

Vous voyez que c'est votre prétention.

€ — Les tories saisirent le pouvoir, et ils fournirent le plus intrigant, le plus licencieux, le plus dépravé des ministères. » {Rires à gauche.)

a L'esprit national élait contre eux, et, pour le surmonter, ils donnèrent à la corruption parlementaire une régularité, une étendue jusque-là ignorées. Clarendon luimême les en accuse, et Robert Walpole ne fit que marcher sur les traces du comte de Damby. C'est qu'il est de l'essence d'un parti, dont la cour et l'aristocratie sont le foyer, de pousser plus loin et plus vite que tout autre dans une )olitique perverse et licencieuse. 11 profite d'abord de tout 'avantage que lui donnent les excès populaires ; il loue et rallie les penchants honnêtes, les besoins réguliers; il exploite les idées d'ordre^ de religion^ de morale ; mais elles ne sont pour lui que des forces de circonstance, de nécessité, de situation : rendu bientôt à la vraie nature, il les dédaigne, les méconnaît, les outrage sans cesser de les invoquer, et offre ainsi ce mélange de dépravation et d'hypocrisie, le plus fatal des exemples comme le plus honteux des jougs. » {Mouvements divers .)

Rémtance, tÉl/ÊUfirvation : je comprends parfaitement qu'à l'ombre de ces mots, aujourd'hui encore, beaucoup d'esprits craintifs et timorés se rallient loyalement à vous.

Une fois définis, une fois que les faux-semblants auront disparu, j'en suis convaincu, les cœurs véritablement français cesseront de suivre votre drapeau.

Résister, qu'est-ce donc ? Ne pas se laisser entraîner par

le courant, mais c'est aussi ne pas se laisser aller en

arrière*

Conserver, qu'est-ce encore ? Ne pas perdre, mais aussi ne pas envahir.

Je vous demande si, quand vous n'accordez pas l'adjonction des capacités proposée il y a onze ans par le Gouvernement lui-même [bruit)^ si, dans ce cas, vous ne rétrogradez pas ? {Dénégaliom au centre.)

Je vous demande si, quand vous rejetez la question des incompatibilités prise en considération il y a un an, il y a deux ans, vous ne rétrogradez pas ?

Je vous demande enfîn si vous prétendez conserver la presse quand vous la minez insensiblement, quand vous i'ébréchez chaque jour, quand vous ne le faites pas ouvertement comme l'a fait la Restauration une bonne fois par ordonnance, mais quand vous le faites chaque jour à coups de canif comme on tuait les huguenots au saint temps de la Ligue? {Rumeurs diverses.) Yoilà ce que je vous demande.

Eh bien, dans ce cas, messieurs, il est évident que vous ne conservez pas ; vous faites autre chose, vous envahissez .les droits de la presse. Voilà ce que vous faites.

Maintenant il est parfaitement expliqué que vous ne res- ;tez point immobiles, comme le disait Thonorable M. de Xa^martine; il est const^ant que vous rétrogradez, que vous réagissez, que vous n'avez pas Tintelligence des temps nouveaux. . •

Où sont donc alors vos racines, où est votre pivot dans le pays?

Est-ce par hasard dans le parlement? Ne savez-vôus pas, messieurs, que l'honorable M. de Lamartine vous a dit qu'il avait bien voulu rester un instant stationnaire, mais qu'il ne voulait pas reculer?

Ne savez-vous pas que MMà Dufaure et Passy.... (inter-

ruption), et d'autres que je ne nomme pas, veulent bien conserver aussi les inslitulions du pays, mais qu^ils ne veulent pas les détruire? Ne savez-vous pas que votre pivot n*est pas dans l*arraée, car l'armée a un trésor de gloire à conserver. {Vives réclamatmis.) Et l'armée ne veut pas qu'on demande à l'étranger le brevet de ses victoires !

Enfin, messieurs, votre force, vous ne la puisez pas non plus dans les classes pauvres, car vous leur dites de ne pas espérer de longtemps, et quand elles voyaient le mouvement prêt à se faire à leur surface, espérant qu'un jour il arriverait jusqu'à elles, vous leur dites : Il n'y a rien à faire pour votre émancipation ; vous pouvez acquérir l'électorat par le travail. {Voix nombreuses : Ouil ouil)

Et ces classes pauvres vous répondent : Tant que le travail sera organisé comme il l'est aujourd'hui.... {7UMvelle interruption), tant que le travail sera organisé comme il Test aujourd'hui, tant que la concurrence sera ce qu'elle est {iwuvelle interruption) , comment économiser ; comment économiser pour devenir propriétaire, quand un travail sans relâche suffit à peine au pain du jour?

Voilà ce qu'elles répondent.

Croyez- vous, enfin , avoir votre force dans la bourgeoisie? {Écùutezl écoutez!) Eh bien, je vous réponds que non.

{Une mix : Qu' entendez-vou^ par la bourgeoisie?) J'entends les classes moyennes, le pays légal, comme vous l'appelez. Le pays légal a pu s'endormir, après la victoire, d'un sommeil égoïste; mais croyez bien que, quand il verra que ce n'est pas seulement ceux que vous appelez ses eflhemis que vous attaquez, que vous touchez à sa liberté chérie, à cette liberté de la presse, pour laquelle il a combattu, croyez bien qu'alors la bourgeoisie se lèvera à son tour. {Nouvelles exclamations au centre.) Je termine par un mot.

Maintenant que je vous ai dit ce que vous aviez fait, permettez-moi d'ajouter, pour qu'aux élections prochaines on ne s'y trompe pas, et pour qu'on reconnaisse vos candidats, permettez-moi d'ajouter le nom qui vous est dû : Vous n'êtes point un ministère de conservation, vous êtes un ministère de contre-révolution.

(Une certaine agitation se manifeste dans rassemblée à la suilc de ce discours.)

DISCOURS PRONONCÉ A U CHAMBRE DES DÉPUTES

i nopos d'une pinnoN demakdaiit la revisiom du modb de publication

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