BERNARD-LAZARE ET TRARIEUX
J'ai reçu la lettre suivante :
Paris, premier décembre,
Monsieur le Sénateur,
Je viens de voir votre article d'aujourd'hui. J'y ai lu, avec quelque surprise, cette phrase : « Gloire à Zola pour avoir poussé le premier cri de réveil. »
Vous avez oublié peut-être que, dès le mois d'octobre 1896, mon frère, Bernard-Lazare, bien avant tous les autres, le premier contre tous, avait dénoncé l'iniquité commise.
Vous avez oublié sans doute que, pendant un an, seul contre le pays entier, il a protesté contre l'œuvre odieuse, qu'il a usé ses forces dans une propagande obstinée et que c'est lui, plus que tout autre, qui réussit à éveiller les consciences, à porter la lumière dans les esprits. Cela, du moins, nous, les siens, nous ne l'oublions pas. Et c'est le même amour de la justice qui, durant toute sa vie, anima mon frère, qui nous fait nous révolter de voir oublié ainsi celui qui a donné son existence pour libérer les autres, et qui est parti sans