XXX INTRODUCTION
à saisir comment nous passons de nos sensations aux objets extérieurs , et refusant de prendre, comme Condillac, Thomme tel qu'il aurait pu être et non tel qu'il est, il croit que le toucher donne à l'enfant la notion d'inlpénétrabilité, par suite l'idée des corps et de l'étendue, tout en inclinant à penser cependant que la vue, à elle seule, nous permettrait de distinguer l'étendue qui est nôtre de celle qui est hors de nous. A Malebranche et surtout à Berkeley, il se borne à répondre que, puisque les mêmes effets naissent des mêmes causes, puisqu'ea admettant, pour un moment, l'existence des corps, les sensations ne sauraient être ni plus vives, ni plus uniformes, il faut nécessairement supposer que les corps existent (n. 13).
La morale ne doit ni être mise à la fin de la philosophie, ni traitée en quelques lignes. Elle ne suppose pas nécessairement la connaissance de Dieu, puisque, s'il en était ainsi, il n'y aurait aucune vertu chez les païens. Elle part de la liberté ou du sentiment que nous avons de pouvoir faire une chose contraire à celle que nous faisons actuellement. La liberté nous conduit, grâce à la connaissance acquise par les sens, de nos rapports avec nos semblables et de nos besoins réciproques, à définir le mal moral ou l'injuste, ce qui nuit à la société en troublant le bien-être physique de ses membres, et à affirmer la justice des lois qui, sans elle, ne subsisteraient
LQEUVRE XXXI
que comme un moyen efficace de conduire les hommes par la crainte (n. 17). Les lois naturelles et écrites sont nécessaires au maintien de la société, celles qui ne sont pas écrites la rendent douce et florissante. La vertu est d'autant plus pure que l'amour de l'humanité est plus grand. Le désintéressement naît de Tamour éclairé de nous-mêmes et forme la première vertu morale. Benoncer, en tout ou en partie, à ce qui ne nous «stpas absolument nécessaire, est un devoir pour nous, quand il y a des citoyens qui manquent du nécessaire absolu, et le luxe est un crime contre l'humanité, toutes les fois qu'un seul membre de la société souffre et qu'on ne l'ignore pas. Le législateur doit, par des lois qui protègent et lient également tous les citoyens, établir, non une égalité métaphysique qui est une chimère, mais une égalité morale. Les lois criminelles peuvent permettre d'attaquer la vie de son ennemi pour défendre la sienne, mais jamais d'attaquer la fortune de qui que ce soit. Les lois civiles doivent indiquer quand il faut sacrifier le bien particulier au bien public, établir les impôts d'après des principes justes, distinguer la dépendance civile et la dépendance domestique, modifier cette dernière pour resserrer la première. Elles doivent aussi rendre les conditions du mariage moins onéreuses au sexe le plus faible, attribuer des récom-
penses personnelles à ceux qui enrichissent l'Etat ou lui font honneur, établir la tolérance à l'égard