‹ Discours préliminaire de l'encyclopédie (volume 2)Chapitre 19 sur 87 · XXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXII INTRODUCTION

de toutes les manières d'adorer TEtre suprême. Les Etats ont les mêmes devoirs que les membres d'une société. Les citoyens doivent observer les lois et consacrer leur vie, leurs talents et les connaissances qu'ils ont acquises, au service de l'Etat; le philosophe, être détaché des honneurs et des richesses.

Composer un catéchisme de morale, ce futTambition dernière et suprême de d'Alembert. Il aurait voulu prendre pour modèle V Abrégé du catéchisme historique de Fleury, exposer d'abord, dans un article court, net et précis, les principes et les vérités à établir, puis les développer dans une espèce de dialogue, par des demandes très courtes et très simples, de manière qu'on put s'assurer si les enfants les ont comprises ou les leur rendre propres, quand ils les ont saisies. Ainsi l'enfant deviendrait ce qu'il est nécessaire qu'il soit pour les autres hommes, juste, humain, compatissant, charitable. Même d'Alembert eût voulu utiliser l'histoire et former avec « âme et goût », pour chacune des conditions sociales, un recueil des actions et des paroles mémorables. Nous savons, par sa Correspondance avec Frédéric II, pourquoi il n'a pas mis ce projet à exécution : « La source de la morale et du bonheur, écrit-il le 21 janvier 1770, est la liaison intime de notre véritable intérêt avec l'accomplissement de nos devoirs; l'amour éclairé de nous-mêmes est le principe de tout sacrifice moral. Un point m'a toujours embar-

l'œuvre XXXIII

rassé : ceux qui n'ont rien, qui donnent tout à la société et à qui la société refuse tout, qui peuvent à peine nourrir de leur travail une famille nombreuse ou même qui n'ont pas de quoi la nourrir, peuvent-ils avoir d'autre principe de morale que la loi, et comment pourrait-on leur persuader que leur véritable intérêt est d'être vertueux, dans le cas oii ils pourraient impunément ne Têtre pas? Si f avais trouvé à cette question une solution satisfaisante^ il y a longtemps que /aurais donné mon catéchisme de. morale. » Le 1 mars 1770, d'Alembert expose, avec plus de précision encore, la difficulté qui l'arrête : a Je conviens que, d'une part, la crainte des lois et des supplices, et, de l'autre, l'espérance d'être soulagé par les âmes vertueuses, peuvent être un frein capable de retenir ceux qui sont dans l'indigence... Mais que l'indigent soit sans espérance d'être secouru et assuré de pouvoir en cachette dérober au riche une partie de son superflu pour subvenir h sa propre subsistance..., je demande ce qu'il doit faire en ce cas et s'il peut, ou même s'il doit se laisser mourir de faim, lui et sa famille... Dans ce cas de nécessité absolue (30 avril 1770), le vol est permis et même est une action juste... Cette doctrine, toute raisonnable qu'elle est, n'est pas bonne à mettre dans un catéchisme de morale, par l'abus que* la cupidité ou la paresse pourrait en faire. C'est ce qui empêche de faire un catéchisme de morale à l'usage de tous les hommes de la

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