XXXIV INTRODUCTION
société... Le mot de Ténigme est que la distribu lion des fortunes est d'une inégalité monstrueuse qu'il est aussi atroce qu*absurde de voir les uni regorger de superflu et les autres manquer di nécessaire. » Sans doute Frédéric II a raison d< remarquer que d' Alembert suppose « un cas purement métaphysique », et Ton peut douter que la morale positive doive avoir pour lin le bonheai; de l'individu; mais d'Alembert a bien vu qu'il fallait la constituer pour une société où la religion n'est plus acceptée de tous ; il a bien indiqué les difficultés dont la solution s'impose à nous bien plus encore qu'à ses contemporains.
Venons maintenant h l'œuvre littéraire de d'AIembert : elle comprend le Discours prélinU" naire, des traductions, différents opuscules et les Éloges historiques. Que d'AIembert ait cultivé les lettres, il n'y arien d'étonnant, puisqu'il les a toujours aimées. Mais pourquoi a-t-il consenti à devenir le secrétaire perpétuel de l'Académie française et le chef des gens de lettres? Gomment a-t-il concilié des travaux littéraires, où l'on ne sait par où saisir la vérité, avec les spéculations mathématiques, qui toujours la donnent au chercheur obstiné? Une page curieuse de YEssai stêf les gens de lettres a pour objet de montrer ce qui a mis les géomètres si fort à la mode : « On regardait, dit-il, comme une chose décidée, qu'un géomètre, transporté hors de sa sphère, ne devait pas avoir le sens commun; il était pourtant facile de se
l'oeuvre XXXV
détromper par la lecture de Descartes, de Hobbes, de Leibnitz et de tant d'autres... Un géomètre... s*est trouvé par hasard posséder, dans un degré peu commun, cet agrément de Tesprit dont nous faisons tant de cas... Bientôt tout géomètre s'est vuindistinctementrecherché. » D'AIembert, amené à composer le Discours préliminaire, a voulu à son tour prouver « qu'un géomètre pouvait avoir le sens commun ». L'ouvrage fut un succès littéraire. D'Alembert entreprit de faire voir qu'un géomètre était capable de traiter les sujets les plus légers comme les plus sérieux, qu'il pouvait même aborder et mener à meilleure fin ce qui avait été jusque-là l'œuvre de purs littérateurs. Bien plus, il ne craint pas de faire ce que condamnait si sévèrement le géomètre tourné en ridicule dans les Lettres persanes (cxxvni) : il traduit et cesse de penser par lui-même, au lieu de s'appliquer à la recherche de tant de belles vérités <ju un « calcul facile nous fait découvrir tous les jours ». A vrai dire, « la facilité qu'il apportait aux mathématiques lui laisse le temps de cultiver encore les belles-lettres avec succès ». Puis, dès 1765, sa tète fatiguée ne peut plus supporter que rarement l'application nécessaire à la géométrie ; il s'amuse alors à écrire Y Histoire de C Académie fTançaise. D'ailleurs, il habite la même maison que M*^ de Lespinasse, qu'il aime à associer à ses travaux : la géométrie n'a rien qui puisse lui plaire, tandis qu'elle se croit, encouragée d'/ail-