XL INTRODUCTION
en détail, la manière dont il faut excuser les Croisades de saint Louis. L'Eloge de Crébillon est surtout celui de Voltaire, qui, dans l'Eloge de la Motte, est mis bien au-dessus de J.-B. Rousseau, tandis que Fontenelle s'y trouve tout à la fois vanté et critiqué. Fénelon devient un philosophe, l'abbé Fleury un de ses prédécesseurs et de ses auxiliaires, qui lui suggère l'idée d'un catéchisme de morale^ auquel il songe encore à propos de Gédoyn. Il défend les Encyclopédistes, au lieu de nous renseigner sur Houtteville; il expose l'avantage des traductions et classe les écrivains latins, tout en critiquant Helvétius, en vantant les Géorgiques de Delille et le chapitre de Montaigne sur l'amitié, sous prétexte de faire l'Eloge de Sacy. Il trouve moyen de louer d'Aguesseau et Turgot, Montesquieu et l'abbé de Boismont comparé à Bossuet et à Fénelon, le prince de Beauveau et l'archevêque de Toulouse, même M"® de Lespinasse, mais surtout et partout Voltaire.
Un des Éloges les plus caractéristiques en c^ sens, c'est celui de l'abbé de Choisy, où figurent tour à tour, Philippe de Valois et le roi Jean, Charles V, Charles VI, et saint Louis, Fontenelle et Fleury, Dioclétien et Théodoric, les contes de fées et Bourdaloue, le roman, la tragédie et l'histoire. De même, dans l'Éloge de Saint- Aulaire, « l'homélie de l'archevêque de Grenade », dit avec irrévérence la Harpe, peu suspect alors
l'œuvre xli
de sévérité pour les philosophes, d'Alembert parle de Delille et des fainéants, orgueilleux, ignorants et oisifs parce qu'ils sont nobles, de Despréaux et de Molière, de la Pucelle et de Chapelain, de Malherbe et des tourbillons, du fondement de la morale et de l'apothéose de Voltaire!
En outre, d'Alembert écrit à côté de M"° de Lespinasse et trop souvent il pense à amuser les femmes qui feront partie de son auditoire : les anecdotes, les bons mots qui sont parfois peu spirituels, et rarement à leur place, nous éloignent de plus en plus du Discours préliminaire et du but que devaient atteindre les Éloges histoniques. Comment d'Alembert ne se souvient-il pas de ce qu'il avait conseillé aux traducteurs : s'ils ne doivent s'attaquer qu'à ce qui est excellent, comment ne voit-il pas qu'il n'aurait pas dû entreprendre l'histoire de gens dont il n'y a rien à dire, sinon qu'ils furent de l'Académie française?
Sur tout cela, il faut donc passer condamnation et regretter qu'on ait donné au public i200 pages, qui auraient pu et dû être réduites au tiers ou au quart, pour le plus grand avantage de l'auteur et de ses lecteurs. Les éloges de Bossuet, de Fléchier et de Massillon, de Despréaux et de Montesquieu, de Dumarsais et de Marivaux, qui valent celui de Bernouilli, même ceux de Jean Cousin, de Saint-Pierre et de Ter-