‹ Discours préliminaire de l'encyclopédie (volume 2)Chapitre 27 sur 87 · XLVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLVIII INTRODUCTION

D'abord c'est l'œuvre d'un homme admiré en Europe et en France à des titres fort divers, comme polémiste et comme mathématicien, comme savant et comme encyclopédiste, comme philosophe et comme écrivain. Puis c'est la quintessence des connaissances mathématiques, philosophiques et littéraires, que l'auteur avait acquises pendant vingt années d'études : il y reproduit, comme on le verra plus loin (p. 30 à 36, 94, 100, 116, etc.), et quelquefois littéralement, les résultats les plus généraux et les plus incontestables de ses méditations antérieures. (~ Aussi trente ans plus tard, Frédéric II compare ( encore la préface de l'Encyclopédie à tout ce qu'il / a fait lui-même de grand et de mémorable dans / la paix, dans la guerre, dans les lettres et dans la V politique. Et les hommes qui vivaient en 1751 n'étaient pas si peu favorisés qu ils dussent saluer avec bonheur un ouvrage médiocre : Fontenelle et Montesquieu (p. 242, 246) avaient publié les meilleures de leurs œuvres; Voltaire était dans toute sa gloire; Diderot, Rousseau, Buffon, Condillac (p. 243, 244, 246) avaient débuté de manière à annoncer quelle place ils occuperaient dans le xviii® siècle.

En outre, le Discours préliminaire Xion^ montre

ce que devait être l'Encyclopédie. Elle fut sans

4 doute une formidable machine de guerre, qui

7 ruina l'ancien régime, religieux ou politique, plus

t^que ne l'auraient fait Voltaire et Rousseau, Buffon

et Montesquieu, Raynal, Helvétius et d'Holbach, parce qu'elle condensait et résumait tout ce qui était épars dans des œuvres nombreuses, parfois âiffuses et difficiles à coordonner ou à rassembler.. Les parlements, le clergé et le gouvernement n'y virent presque jamais autre chose. Mais TEncyclopédie était aussi destinée à tracer les linéaments de la société nouvelle. Le mélange de polémiques contre le passé et de théories destinées à l'avenir, même la présence de collaborateurs qui, restant attachés à l'ancien ordre de choses, voulaient le modifier plutôt que le détruire, firent qu'on n'en saisit pas toujours, aujourd'hui même, le côté novateur et positif. En outre, quand Diderot fut seul, le libraire le Breton la « châtra, dépeça, mutila, la mit en lambeaux, sans jugement et sans goût ». De là les plaintes de Voltaire, de d'Alembert, même de Diderot, qui ne retrouvent pas, dans l'œuvre, l'idéal rêvé et cherché. Le Discours préliminaire^ au contraire, nous donne nettement ce qu'avaient voulu les Encyclopédistes. Ainsi il sera étudié avec profit par tous ceux qui cherchent à connaître d'Alembert, l'Encyclopédie et le XVIII® siècle dans son ensemble.

Mais ne présente-t-il qu'un intérêt purement historique? Pour répondre à cette question, il faut en examiner la méthode, le fond et la forme.

Quelle méthode a été suivie dans le Discours V^éliminaire'i Pour M. J. Bertrand, d'Alembert

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