‹ Discours préliminaire de l'encyclopédie (volume 2)Chapitre 55 sur 87 · Encyclopédie : « et se rapporte aux spéculations · texte numérisé non relu

Encyclopédie : « et se rapporte aux spéculations

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philosophe, si on peut parler ainsi, que le masque embelli d'un de nos plus grands besoins. L'imitation de la belle Nature y est moins frappante et plus resserrée que dans les deux autres arts dont nous venons de parler; ceux-ci expriment indifféremment et sans restriction toutes les parties de la belle Nature, et la représentent telle qu'elle est, uniforme ou variée ; TArchitecture au contraire se borne à imiter par"^ l'assemblage et l'union des différents corps qu'elle emploie, l'arrangement symétrique que la nature observe plus ou moins sensiblement dans chaque individu, et qui contraste si bien avec la belle variété du tout ensemble.

La Poésie qui vient après la Peinture et la Sculpture, et qui n'emploie pour l'imitation que les mots/ disposés suivant une harmonie agréable à l'oreille, parle plutôt à l'imagination qu'aux sens; elle lui représente d'une *manière vive et touchante les objets qui composelit cet univers, et semble plutôt les créer que les peindre, par la chaleur, le mouvement, et la vie qu'elle saitMeur donner. Enfin la Musique, qui parle à la fois à l'imagination et aux sens, tient le dernier rang dans l'ordre de l'imitation ; non que son imitation soit moins parfaite dans les objets qu'elle se propose de représenter, mais parce qu'elle semble bornée jusqu'ici à un plus petit nombre d'images; ce qu'on doit moins attribuer à sa nature, qu'à trop peu d'invention et de ressources dans la plupart de ceux qui la cultivent. Il ne sera pas inutile de faire sur cela quelques réflexions. La musique, qui dans son origine n'était peut-être destinée à représenter que / d# bruit, est devenue peu à peu une espèce de dis-

rentes parties de nos connaissances et sur les caractères qui les distinguent, il ne nous reste plus qu'à former un ^bre généalogique ou encyclopé dique qui les rassemble sous un même point de vue, et qui serve à marquer leur origine et les liaisons qu'elles ont entre elles. Nous expliquerons dans un moment Tusage que nous prétendons faire de cet arbre. Mais Texécution n'en est pas sans difficulté. Quoique l'histoire philosophique que nous venons de donner de l'origine de nos idées soit fort utile pour faciliter un pareil travail, il ne faut pas croire que l'arbre encyclopédique doive ni puisse même être servilement assujetti à cette histoire. Le système général des sciences et des arts est une espèce de labyrinthe, de chemin tortueux, où l'esprit s'engage sans trop connaître là route qu'il doit tenir. Pressé par ses besoins et par ceux du corps auquel il est uni, il étudie d'abord les premiers objets qui se présentent à lui; pénètre le plus avant qu'il peut dans la connaissance de ces objets; rencontre bientôt des difficultés qui l'arrêtent, et soit par l'espérance ou même par le désespoir de les vaincre, se jette dans une nouvelle route; revient ensuite sur ses pas; franchit quelquefois les premières barrières pour en rencontrer de nouvelles; et passant rapidement d'un objet à un autre, fait sur chacun de ces objets à différents intervalles et comme par secousses, une suite d'opérations dont * la discontinuité est un effet nécessaire de la génération même de ses idées. Mais ce désordre, tout philosophique

1. Encyclopédie : « dont la génération même de ses idées rend la discontinuité nécessaire. Mais ce désordre, etc. >»

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ju'il est de la part de l'esprit*, défigurerait, ou plutôt anéantirait entièrement un arbre encyclopédique dans lequel on voudrait le représenter.

D'ailleurs, comme nous Tavons déjà fait sentir au svyet de la Logique, la plupart des sciences qu'on regarde comme renfermant les principes de toutes les autres, et qui doivent par cette raison occuper les premières places dans l'ordre encyclopédique, n'observent pas le même rang dans l'ordre généalogique des idées, parce qu'elles n'ont pas été inventées les^ premières. En effet, notre étude primitive a dû être celle des individus ; ce n'est qu'après avoir considéré leurs propriétés particulières et palpables, que nous avons, par abstraction de notre esprit, envisagé leurs propriétés générales et communes, et formé la Métaphysique et la Géométrie; ce n'est qu'après un long usage des premiers signes, que nous avons perfectionné l'art de ces signes au point d'en faire une science; ce n'est enfin qu'après une longue suite d'opérations sur les objets de nos idées que nous avons par la réflexion donné des règles à ces opérations mêmes.

Enfin le système de nos connaissances est composé

de différentes branches, dont plusieurs ont un même

point de réunion; et comme en partant de ce point il

i^'est pas possible d^ s'engager à la fois dans toutes

fes routes, c'est la nature des différents esprits qui

"^termine le choix. Aussi est-il assez rare qu'un même

^sprit en parcoure à^^la fois un grand nombre. Dans

'étude de la n8|(t\ire\ les hommes se sont d'abord

^ - Encyclopédie : « de l^î

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j système de connaissances qu'il est permis * de réduii;re ■ à des règles positives, invariables et indépendantes i du caprice ou de l'opinion, et Userait permis de dL:we en ce sens, que plusieurs de nos sciences sont di.^8 arts,'^tant envisagées par leur côté pratique! M^m-is comme il y a des règles pour les opérations de 1'^^ sprit ou de l'âme, il y en a aussi pour celles du cor|g3S, c'est-à-dire pour celles qui bornées aux corps ex "térieurs, n'ont besoin que de la main seule pour é"tTe exécutées. De là la distinction des arts en libéra. "«jx et en mécaniques, et la supériorité qu'on accoir<le aux premiers sur les seconds. Cette supériorité ^sf sans doute injuste à plusieurs égards. Néanmoins parmi les préjugés, tout ridicules qu'ils peuvent être, il n'en est point qui n'ait sa raison, ou pour parler plus exactement, son origine ; et la philosophie souvent impuissante pour corriger les abus, peut au moins en démêler la source. La force du corps ayant été le premier principe qui a rendu inutile le droit que tous les hommes avaient d'être égaux, les plus faibles, dont le nombre est toujours le plus grand, se sont joints ensemble pour la réprimer. Jls ont donc établi par le secours des lois et des différentes sortes de gouvernements, une inégalité de convention dont la force a cessé d'être le principe. Cette dernière inégalité étant bien affermie, les hommes en se réunissant avec raison pour la conserver, n'ont pas laissé de réclamer secrètement contre elle par ce désir de supériorité que rien n'a pu détruire en eux. Ils ont

1. Encyclopédie : « qu'il est possible de réduire ». Même texte dans l'édition de 1759.

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donc cherché une sorte de dédommagement dans ■ ,-.44;^ une inégalité moins arbitraire ; et la force corporelle, V enchaînée par les lois, ne pouvant plus offrir aucun moyen de supériorité, ils ont été réduits à chercher dans la différence des esprits un principe d'inégalité aussi naturel, plus paisible, et plus utile à la société. Ainsi la partie la plus noble de notre être s'est en quelque manière vengée des premiers avantages que

Ja partie la plus vile avait usurpés; et les talents de l'esprit ont été généralement reconnus pour supé-

vrieurs à ceux du corps. Les arts mécaniques, dépen- ^ . dant d'une opération manuelle, et asservis, qu'on me • ' permette ce terme, à une espèce de routine, ont été abandonnés à ceux d'entre les hommes que les préjugés ont placés dans la classe la plus inférieure. L'indigence qui a forcé ces hommes à s'appliquer à un pareil travail, plus souvent que le goût et le génie ûe les y ont entraînés, est devenue ensuite une raison pour les mépriser, tant elle nuit à tout ce qui Taccompagne. A l'égard des opérations libres de l'esprit, elles ont été le partage de ceux qui se sont crus sur ce point les plus favorisés de la nature. Cependant l'avantage que les arts libéraux ont sur les arts mécaniques, par le travail que les premiers exigent \ de l'esprit, et par la difficulté d'y exceller, est suffi- • samment compensé par l'utilité bien supérieure que les derniers nous procurent pour la plupart. C'est cette utilité même qui a forcé de les réduire à des opérations purement machinales, pour en faciliter la pratique à un plus grand nombre d'hommes. Mais la société en respectant avec justice les grands génies qui Téclairent, ne doit point avilir les mains qui la

bien y avoir sa place. Il reste donc nécessairement de l'arbitraire dans la division générale. L'arrangement le plus naturel serait celui où les objets se succéderaient par les nuances insensibles qui servent tout à la fois à les séparer et à les unir. Mais le petit nombre d'êtres qui nous sont connus, ne nous permet pas de marquer ces nuances. L'univers n'est qu'un vaste Océan, sur la surface duquel nous apercevons quelques îles plus ou moins grandes, dont la liaison avec le continent nous est cachée.

On pourrait former l'arbre de nos connaissances en les divisant, soit en naturelles et en révélées, soit en utiles et agréables, soit en spéculatives et pratiques, soit en évidentes, certaines, probables et sensibles, soit en connaissances des choses et connaissances des signes ; et ainsi à l'infini. Nous avons choisi une division qui nous a paru satisfaire tout à la fois le plus qu'il est possible à l'ordre encyclopédique de nos connaissances et à leur ordre généalogique. Nous devons cette division à un auteur célèbre dont nous parlerons dans la suite de ce Discours * : nous avons pourtant cru y devoir faire quelques changements, dont nous rendrons compte. Mais nous sommes trop convaincus de l'arbitraire qui régnera toujours dans une pareille division, pour croire que notre système soit l'unique ou le meilleur; il nous suffira que notre travail ne soit pas entièrement désapprouvé par les bons esprits. Nous ne voulons point ressembler à cette foule de naturalistes qu'un philosophe moderne a eu tant de raison de censurer, et qui occupés sans cesse

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