Encyclopédie .: « de cette préface
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des montres, réchappement et la répétition, ne sontils pas aussi estimés que ceux qui ont travaillé successivement à perfectionner l'algèbre ? D'ailleurs, si ' j'en crois quelques philosophes que le mépris de la multitude pour les arts n'a point empêchés de les étudier, il est certaines machines si compliquées, et dont toutes les parties dépendent tellement Tune de l'autre, qu'il est difficile que l'invention en soit due à plus d'un seul homme. Ce génie rare dont le nom est enseveli dans l'oubli, n'eût-il pas été bien digne d'être placé à côté du petit nombre d'esprits créateurs, qui nous ont ouvert dans les sciences des routes nouvelles?
Parmi les arts libéraux qu'on a réduits à des principes, ceux qui se proposent l'imitation de la Nature, ont été appelés Beaux-Arts, parce qu'ils ont principalement l'agrément pour objet. Mais ce n'est pas la seule chose qui les distingue des arts libéraux plus nécessaires ou plus utiles, comme la Grammaire, la Logique et la Morale. Ces derniers ont des règles fixes 6t arrêtées, que tout homme peut transmettre à un autre : au lieu que la pratique des Beaux-Arts consiste principalement dans une invention qui ne prend pière ses lois que du génie; les règles qu'on a écrites sur ces arts n'en sont proprement que la partie mécanique; elles produisent à peu près l'effet du téles- <îope, elles n'aident que ceux qui voient.
U résulte de tout ce que nous avons dit jusqu'ici que les différentes manières dont notre esprit opère sur les objets, et les différents usages qu'il tire de ces objets mêmes, sont le premier moyen qui se présente à nous pour discerner en général nos connais-
l'autre les distribue sur notre globe. Toutes deux tirent un grand secours de l'histoire de la terre et de celle des cieux, c'est-à-dire des faits historiques, et des observations célestes ; et s'il était permis d'emprunter ici le langage des poètes, on pourrait dire que la science des temps et celle des lieux sont filles de l'Astronomie et de l'Histoire.
Un des principaux fruits de l'étude des empires et de leurs révolutions, est d'examiner comment les hommes, séparés, pour ainsi dire, en plusieurs grandes familles, ont formé diverses sociétés; comment ces différentes sociétés ont donné naissance aux différentes espèces de gouvernements; comment elles ont cherché à se distinguer les unes des autres, tant par les lois qu'elles se sont données, que par les signes particuliers que chacune a imaginés pour que ses membres communiquassent plus facilement entre 6UX. Telle est la source de cette diversité de langues et de lois, qui est devenue pour notre malheur un objet considérable d'étude. Telle est encore l'origine de la Politique, espèce de morale d'un genre particulier et supérieur, à laquelle les principes de la Morale ordinaire ne peuvent quelquefois s'accommoder qu'avec beaucoup de finesse, et qui pénétrant dans les ressorts principaux du gouvernement des États, démêle ce qui peut les conserver, les affaiblir ou les détruire : étude peut-être la plus difficile de toutes, par les connaissances *■ qu'elle exige qu'on ait sur les peuples et sur les hommes, et par l'étendue
1. Encyclopédie: * psiv les cqnndiisssLnces profondes des peuple et des hommes qu'elle exige, et par l'étendue et la variété de talents qu'elle suppose »,
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€t la variété des talents qu'elle suppose; surtout quand le politique ne veut point oublier que la loi naturelle, antérieure à toutes les conventions particulières, est aussi la première loi des peuples, et que pour être homme d'État, on ne doit point cesser d'être homme.
Voilà les branches principales de cette partie de la connaissance humaine, qui consiste ou dans les idées directes que nous avons reçues par les sens, ou dans la combinaison et la comparaison de ces idées, combinaison qu'en général on appelle Philosophie, Ces branches se subdivisent en une infinité d'autres dont l'énumération serait immense et appartient plus à ^Encyclopédie même * qu'à sa préface.
La première opération de la réflexion consistant à rapprocher et à unir les notions directes, nous avons dû commencer dans ce Discours par envisager la réflexion de ce côté-là, et parcourir les différentes sciences qui en résultent. Mais les notions formées par la combinaison des idées primitives ne sont pas les seules dont notre esprit soit capable. Il est une autre espèce de connaissances réfléchies, dont nous devons maintenant parler. Elles consistent dans les idées que nous nous formons à nous-mêmes, en imaffl'nant et en composant des êtres semblables à ceux qui sont l'objet de nos idées directes : c'est ce qu'on appelle l'imitation de la Nature, si connue et si recommandée par les anciens. Comme les idées directes qui nous frappent le plus vivement sont celles dont nous conservons le plus aisément le souvenir,
i. Encyclopédie : •« et appartient plus à cet ouvrage même ».
ce sont aussi celles que nous cherchons le plus réveiller en nous par Timitation de leurs objets, les objets agréables nous frappent plus étant ré que simplement représentés, ce qu'ils perdent d'ag ment * en ce dernier cas est en quelque manière co pensé par celui qui résulte du plaisir de Timitati" A l'égard des objets qui n'exciteraient, étant ré( que des sentiments tristes ou tumultueux, leur ii tation est plus agréable que les objets mêmes, pa qu'elle nous place à cette juste distance, où ne éprouvons le plaisir de l'émotion sans en ressentir désordre. C'est dans cette imitation des objets caj blés d'exciter en nous des sentiments vifs ou agri blés, de quelque nature qu'ils soient, que consiste général l'imitation de la belle Nature, sur laqu( tant d'auteurs ont écrit sans en donner d'idée net soit parce que la belle Nature ne se démêle que ] un sentiment exquis, soit aussi parce que dans ce matière les limites qui distinguent l'arbitraire du \ ne sont pas encore bien fixées, et laissent quel( espace libre à l'opinion.
A la tête des connaissances qui consistent d l'imitation, doivent être placées la Peinture et Sculpture, parce que ce sont celles de toutes l'imitation approche le plus des objets qu'elle rej sente, et parle le plus directement aux sens. On p y joindre cet art, né de la nécessité et perfectio par le luxe, l'Architecture, qui s'étant élevée degrés des chaumières aux palais, n'est aux yeuî
1. Encyclopédie : « représentés, ce déchet d'agrément es quelque manière ».
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philosophe, si on peut parler ainsi, que le masque embelli d'un de nos plus grands besoins. L'imitation de la belle Nature y est moins frappante et plus resserrée que dans les deux autres arts dont nous venons de parler ; ceux-ci expriment indifféremment et sans restriction toutes les parties de la belle Nature, et la représentent telle qu'elle est, uniforme ou variée ; l'Architecture au contraire se borne à imiter par"^ l'assemblage et l'union des différents corps qu'elle emploie, l'arrangement symétrique que la nature observe plus ou moins sensiblement dans chaque individu, et qui contraste si bien avec la belle variété du tout ensemble.
La Poésie qui vient après la Peinture et la Sculpture, et qui n'emploie pour l'imitation que les mots/ disposés suivant une harmonie agréable à l'oreille, parle plutôt à l'imagination qu'aux sens; elle lui représente d'une ^manière vive et touchante les objets qui composebt cet univers, et semble plutôt les créer çue les peindre, par la chaleur, le mouvement, et la vie qu'elle saitMeur donner. Enfin la Musique, qui parle à la fois à l'imagination et aux sens, tient le dernier rang dans l'ordre de l'imitation ; non que son imitation soit moins parfaite dans les objets qu'elle se propose de représenter, mais parce qu'elle semble bornée jusqu'ici à un plus petit nombre d'images; ce qu'on doit moins attribuer à sa nature, qu'à trop peu d'invention et de ressources dans la plupart de ceux qui la cultivent. Il ne sera pas inutile de faire sur cela quelques réflexions. La musique, qui dans son ^figine n'était peut-être destinée à représenter que ^ bruit, est devenue peu à peu une espèce de dis-
celle de Tâme; et celte science a pour but, ou la connaissance spéculative de l'âme humaine, ou celle de ses opérations. La connaissance spéculative de rame dérive en partie de la Théologie naturelle, et en partie de la Théologie révélée, et s'appelle Pneumatologie ou Métaphysique particulière. La connaissance de ses opérations se subdivise en deux branches, ces opérations pouvant avoir pour objet, ou la découverte de la vérité, ou la pratique de la vertu. La découverte de la vérité, qui est le but de la Logique, produit Tart de la transmettre aux autres; ainsi, Tusage que nous faisons de la Logique est en partie pour notre propre avantage, en partie pour celui des êtres semblables à nous; les règles de la Morale se rapportent moins à l'homme isolé, et le supposent nécessairement en société avec les autres hommes.
La science de la Nature n'est autre que celle des corps. Mais les corps ayant des propriétés générales qui leur sont communes, telles que l'impénétrabilité, la mobilité et l'étendue, c'est encore par l'étude d© ces propriétés, que la science de la nature doit com— "^ mencer : elles ont, pour ainsi dire, un côté purement^ intellectuel par lequel elles ouvrent un champ immense aux spéculations de l'esprit, et un côté matériel et sensible par lequel on peut les mesurer. 1*9^ spéculation intellectuelle appartient à la Physique générale, qui n'est proprement que la métaphysique des corps; et la mesure est l'objet des mathématiques, dont les divisions s'étendent presque à^l'infini.
Ces deux sciences conduisent à la Physique parti-' culière, qui étudie les corps en eux-mêmes, et qui
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n'a que les individus pour objet. Parmi les corps dont il nous importe de connaître les propriétés, le nôtre doit tenir le premier rang, et il est immédiatement suivi de ceux dont la connaissance est le plus nécessaire à notre conservation : d'où résultent l'Anatomie, l'Agriculture, la Médecine et leurs différentes branches. Enfin tous les corps naturels soumis à notre examen produisent les autres parties innombrables de la physique raisonnée.
La Peinture, la Sculpture, l'Architecture , la Poésie, la Musique et leurs différentes divisions, composent la troisième distribution générale qui naît de l'imagination, et dont les parties sont comprises sous le nom de Beaux-Arts. On pourrait aussi les renfermer sons le titre général de Peinture, puisque tous les Beanx-Arts se réduisent à peindre, et ne diffèrent que parles moyens qu'ils emploient; enfin, on pourrait les rapporter tous à la Poésie, en prenant ce mot dans sa signification naturelle, qui n'est autre chose qn'invention ou création.
Telles sont les principales parties de notre arbre encyclopédique. On les trouvera plus en détail à la fin de ce Discours préliminaire. Nous en avons formé ^e espèce de carte à laquelle nous avons joint une explication beaucoup plus étendue que celle qui vient <i'être donnée. Cette carte et cette explication ont été déjà publiées dans le Prospectus^ comme pour pressentir le goût du public; nous y avons fait quelques changements dont il sera facile de s'apercevoir, et ^i sont le fruit ou de nos réflexions, ou des conseils ^6 quelques philosophes, assez bons citoyens pour prendre intérêt à notre ouvrage. Si le public éclairé
donne son approbation à ces changements, elle sera la récompense de notre docilité; et, s'il ne les approuve pas, nous n'en serons que plus convaincus de Timpossibilité de former un arbre encyclopédique qui soit au gré de tout le monde.
La division générale de nos connaissances suivant nos trois facultés a cet avantage qu'elle pourrait fournir aussi les trois divisions du monde littéraire, en Érudits, Philosophes et Beaux Esprits : en sorte qu'après avoir formé l'arbre des sciences, on pourrait former sur le même plan celui des gens de lettres. La mémoire est le talent des premiers; la sagacité appartient aux seconds, et les derniers ont l'agrément en partage. Ainsi, en regardant la mémoire comme un commencement de réflexion, et en y joignant la réflexion qui combine, et celle qui imite, on pourrait dire en général que le nombre plus ou moins grand d'idées réfléchies, et la nature de ces idée&f constituent la difTérence plus ou moins grande qu'il y a entre les hommes ; que la réflexion prise dans l® sens le plus étendu qu'on puisse lui donner, form^ le caractère de l'esprit, et qu'elle en distingue le^ difTérents genres. Du reste, les trois espèces de répU--* bliques dans lesquelles nous venons de distribuer le^ gens de lettres, n'ont pour l'ordinaire rien de conor-" mun, que de faire assez peu de cas les unes de^ autres*. Le poète et le philosophe se traitent mutuel-^ lement d'insensés, qui se repaissent de chimères 9 l'un et l'autre regardent l'érudit comme une espèce d'avare, qui ne pense qaà amasser sans jouir, et qii.»