‹ Discours préliminaire de l'encyclopédie (volume 2)Chapitre 58 sur 87 · Encyclopédie : « les auteurs · texte numérisé non relu

Encyclopédie : « les auteurs

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des montres, Téchappement et la répétition, ne sontils pas aussi estimés que ceux qui ont travaillé suc- . cessivement à perfectionner Talgèbre? D'ailleurs, si ' j'en crois quelques philosophes que le mépris de la multitude pour les arts n'a point empêchés de les étudier, il est certaines machines si compliquées, et dont toutes les parties dépendent tellement Tune de l'autre, qu'il est difficile que l'invention en soit due ^ plus d'un seul homme. Ce génie rare dont le nom est enseveli dans l'oubli, n'eût-il pas été bien digne d'être placé à côté du petit nombre d'esprits créateurs, qui nous ont ouvert dans les sciences des routes nouvelles?

Parmi les arts libéraux qu'on a réduits à des principes, ceux qui se proposent l'imitation de la Nature, ont été appelés Beaux-Arts, parce qu'ils ont principalement l'agrément pour objet. Mais ce n'est pas la seule chose qui les distingue des arts libéraux plus ûécessaires ou plus utiles, comme la Grammaire, la logique et la Morale. Ces derniers ont des règles fixes et arrêtées, que tout homme peut transmettre à un iutre : au lieu que la pratique des Beaux-Arts consiste principalement dans une invention qui ne prend guère ses lois que du génie; les règles qu'on a écrites sur ces arts n'en sont proprement que la partie mécanique; elles produisent à peu près l'effet du téles- <îope, elles n'aident que ceux qui voient.

Il résulte de tout ce que nous avons dit jusqu'ici que les différentes manières dont notre esprit opère sur les objets, et les différents usages qu'il tire de ^es objets mêmes, sont le premier moyen qui se présente à nous pour discerner en général nos connais-

La seconde remarque que nous avons à faire, c est qu'il ne faut pas attribuer à notre arbre encyclopédique plus d'avantage que nous ne prétendons lui en donner. L'usage des divisions générales est de rassembler un fort grand nombre d'objets : mais il ne faut pas croire qu'il puisse suppléer à l'étude de ces objets mômes. C'est une espèce de dénombrement des connaissances qu'on peut acquérir; dénombrement frivole pour qui voudrait s'en contenter, utile pour qui désire d'aller plus loin. Un seul article raisonné sur un objet particulier de science ou d'art, renferme plus de substance que toutes les divisions et subdivisions qu'on peut faire des termes généraux ; et pour ne point sortir de la comparaison que nous avons tirée plus haut des cartes géographiques, celui qui s'en tiendrait à l'arbre encyclopédique pour toute connaissance, n'en saurait guère plus que celui qui pour avoir acquis par les mappemondes une idée générale du globe et de ses parties principales, s® natterait de connaître les différents peuples qui Vbdr bitent, et les États particuliers qui le composent. C^ qu'il ne faut point oublier surtout, en considérao^ notre système figuré, c'est que l'ordre encyclopédique qu'il présente est très différent de l'ordre généalogique des opérations de l'esprit; que les sciences qui s'o^^ cupent des êtres généraux, ne sont utiles qu'autat^* qu'elles mènent à celles dont les êtres particuliers sol** l'objet; qu'il n'y a véritablement que ces êtres parti' culiers qui existent, et que si notre esprit a créé 1^^ êtres généraux, c'a été pour pouvoir étudier pli^^ facilement l'une après l'autre les propriétés qui p0^^ leur nature existent à la fois dans une même substance ^

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seconde est plus propre aux objets physiques, dont la connaissance est le fruit du rapport constant et invariable de nos sens. La probabilité a principalement lieu pour les faits historiques, et en général pour tous les événements passés, présents et à venir, <îue nous attribuons à une sorte de hasard, parce que nous n'en démêlons pas les causes. La partie de cette ^connaissance qui a pour objet le présent et le passé, quoiqu'elle ne soit fondée que sur le simple témoignage, produit souvent en nous une persuasion aussi forte que celle qui naît des axiomes. Le sentiment €st de deux sortes. L'un destiné aux vérités de naorale, s'appelle conscience; c'est une suite de la loi naturelle et de Tidée que nous avons du bien et du mal; et on pourrait le nommer évidence du cœur, parce que tout différent qu'il est de l'évidence de l'esprit attachée aux vérités spéculatives, il nous subjugue avec le même empire. L'autre espèce de sentiment est particulièrement affectée à l'imitation de la belle Nature et à ce qu'on appelle beautés d'expres- "Sion. Il saisit avec transport les beautés sublimes et frappantes, démêle avec finesse les beautés cachées, «t proscrit ce qui n'en a que l'apparence. Souvent niéme il prononce des arrêts sévères sans se donner ^ peine d'en détailler les motifs, parce que ces motifs dépendent d'une foule d'idées difficiles à développer sur-le-champ, et plus encore à transmettre aux ^'itpes. C'est à cette espèce de sentiment que nous devons le goût et le génie, distingués l'un de l'autre ^^ ce que le génie est le sentiment qui crée, et le j^Ût, le sentiment qui juge.

Après lé détail où nous sommes entrés sur les diffé-

de grands génies, dont les ouvrages ont contribué èi répandre la lumière parmi les hommes, et ces ouvrages ayant fourni pour le nôtre les secours généraux, nous devons commencer à en parler avant que de rendre * compte des secours particuliers que nous avons obtenus. Pour ne point remonter trop haut, fixons-nous à la renaissance des lettres.

Quand on considère les progrès de Tesprit depuis cette époque mémorable, on trouve que ces progrès se sont faits dans l'ordre qu'ils devaient naturellement suivre. On a commencé par l'érudition, continué par les belles-lettres, et fmi par la philosophie. Cet ordre diffère à la vérité de celui que doit observer l'homme abandonné à ses propres lumières, ou borné au commerce de ses contemporains, tel que nous l'avons principalement considéré dans la première partie de ce Discours : en effet, nous avons fait voir que l'esprit isolé doit rencontrer dans sa route 1* philosophie avant les belles-lettres. Mais en sorta»*' d'un long intervalle d'ignorance que des siècles de lumière avaient précédé, la régénération des idée^-» si on peut parler ainsi, a dû nécessairement être dif" férente de leur génération primitive. Nous alloa^ tâcher de le faire sentir.

Les chefs-d'œuvre que les anciens nous avaien-* laissés dans presque tous les genres avaient ét^ oubliés pendant douze siècles. Les principes dc^ sciences et des arts étaient perdus, parce que 1^ beau et le vrai qui semblent se montrer de toute ^ parts aux hommes, ne les frappent guère à moin^

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