VI INTRODUCTION
les plus brillants, comme il placera l'éloge des arts mécaniques à côté de celui des beaux-arts et des belles-lettres. Grâce à la famille de son père, il entre au collège des Quatre-Nations : il marque un goût fort vif pour la poésie latine et pour les belles-lettres, puis pour les mathématiques. D'ailleurs, il fait toutes ses études avec un succès tel que le souvenir s'en conserva dans le collège. Personne cependant na jugé plus sévèrement cet enseignement qui lui avait fait perdre, disait-il plus tard, les années les plus précieuses de sa jeunesse. Janséniste et cartésien comme ses maîtres, il croit aux idées innées, aux tourbillons et à la prémotion physique; il commente rÉpître de saint Paul aux Romains, et laisse espérer un nouveau Pascal. Mais si, par la suite, il fut toujours, comme ce dernier, l'adversaire des Jésuites, il ménagea moins encore « la canaille janséniste ». Il ne se borna pas aux sectes. Un siècle environ après les Pensées^ V Encyclopédie affaiblit peut-être plus le catholicisme, que PApologie de Pascal ne lui avait rendu de force. Quant à Descartes, d'Alembert Tadmira toute sa vie; mais il n'en fut de même ni des idées innées, ni des tourbillons. Seules les mathématiques et les belles-lettres lui furent toujours également chères; c'est ainsi, et non à coup sûr comme l'espéraient ses maîtres, qu'il rappelle Pascal.
Avec les 1200 francs de rente que lui avait
LA VIE DE D'aLEMBERT VII
laissés son père, il ne lui était guère possible de vivre sans « un état qui lui assurât plus de fortune ». Ses amis l'engagent à étudier le droit; arrivé à la licence, il s'essaye de lui-même à la médecine, « la plus ridicule chose, écrivait-il plus tard, que les hommes aient inventée, après la théologie et avec la métaphysique ». Mais sa vocation pour les mathématiques remporte : il cherche seul les démonstrations et les solutions, trouve même des propositions qu'il croit d'abord nouvelles, et après avoir présenté quelques mémoires à l'Académie des sciences, il y entre comme adjoint à vingt-quatre ans. Son Traité de dynamique le place l'année suivante parmi les premiers mathématiciens de l'Europe. Trois ans plus tard, il est couronné par l'Académie de Berlin, dont il est élu membre, sans scrutin et par acclamation. Ses travaux sur l'astronomie mathématique préparent la mécanique céleste de Laplace, comme ses recherches antérieures annonçaient la mécanique analytique de. Lagrange.
Pensionnaire surnuméraire en 1756, lorsqu'il n'y avait pas de place vacante, — ce qui ne s'était &it pour personne, — c'est seulement en 1765, et non sans peine, qu'il devient pensionnaire titulaire et acquiert ainsi tous les droits attachés au litre de membre de l'Académie des sciences.
Mais vers 1749, peut-être sous l'influence de fOD ami Diderot, « le fils du coutelier de Langres », il revient aux lettres. Le Discours préliminaire