‹ Discours préliminaire de l'encyclopédie (volume 2)Chapitre 84 sur 87 · PREMIÈRE PARTIE, ENCYCLOPÉDIE (p · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, ENCYCLOPÉDIE (p

Il s'agit de renfermer dans un système t/ni les branches infiniment variées de la science humaine. Le premier pas à faire dans cette recherche, c'est d'examiner la généalogie et la filiation de nos connaissances, les causes qui ont dû les faire naître, et les caractères qui les distinguent, en un mot de remonter jusqu'à l'origine et à la génération des idées (p. 12- 57). Quand on a fait cette histoire philosophique de rorigine de nos idées, il est possible de former un arbre généalogique ou encyclopédique, de donner le système général des sciences et des arts (p. 57-75).

Nos connaissances sont directes ou réfléchies. Les connaissances directes sont celles que nous recevons par les sens : la première chose que nos sensations nous apprennent, c'est notre existence; la seconde, c'est l'existence des objets extérieurs (p. 15-17). Les connaissances réfléchies que l'esprit acquiert en opérant sur les directes, en les unissant et en les combinant, constituent la philosophie, quand elles portent sur nous-mêmes et sur les objets extérieurs (p. 17-47). Elles produisent les Beaux-Arts, quand nous imaginons et composons des êtres semblables à ceux qui sont l'objet de nos idées directes, c'est-à-dire quand nous imitons la nature (p. 47-51)-

Quelles sont les branches principales de la philosophie? ?^^ les premières idées réfléchies que nos sensations occasionnentr

ANALYSE DU DISCOURS PRÉLDOXAiaE 185

viennent les notions purement intellectaelles du TÎce et de la vertu, le principe et la nécessité des lois, la spiritualité de rame, Texistence de Dieu et nos deroirs envers lui, en un mot, les Tentés dont nous avons le besoin le plus prompt et le plus indispensable (p. 17-22j.

De ces premières vérités, la néce ssité de pourvoir à des besoins qui se multiplient sans cessêlîous ramène aux corps. On en fait une étude générale (p. ââ-3d; et en même temps on s'applique à d'autres connaissances qui sont relatives à celle-ci (p. 39-47).

En considérant par abstraction les propriétés générales et communes des corps et en généralisant de plus en plus nos perceptions, nous créons successivement la géométrie, l'arithmétique, l'algèbre (p. 2â-28j ; puis en leur rendant l'impénétrabilité, la mécanique (p. 28-29). De l'application de la géométrie et de la mécanique au monde des corps, naissent les sciences physico- mathématiques , astronomie, catoptrique, dioptrique, etc. (p. 28-30). Puis vient la physique générale et expérimentale, qui n'est qu'un recueil raisonné d'expériences et d'observations (p. 30-33).

Ainsi les connaissances certaines accordées à nos lumières naturelles sont concentrées entre deux limites, l'une est l'idée de nous-mêmes qui conduit à celle de l'Etre tout-puissant et de nos principaux devoirs; l'autre est la partie des mathématiques qui a pour objet les propriétés générales des corps, de l'étendue et de la grandeur. Entre les deux il y a un intervalle immense où quelques traits de lumière s'échappent de distance en distance à travers des nuages sans nombre (p. 33-39).

A ces connaissances dont nos besoins ont été la première origine se joignent la logique, la grammaire, l'éloquence. Puis l'homme, cherchant à embrasser le passé, le présent et l'avenir, crée l'histoire dont la chronologie et la géographie sont les rejetons et les soutiens; enfin la politique, espèce de morale d'un genre particulier et supérieur (p. 3947).

La secon de__Qpé ration de, l a réflexion^ qui a pour objet l'imitation de la nature (p. 47-51), produit la peinture et la sculpture auxquelles on peut joindre l'architecture, puis la poésie et enfin la musique.

Comment discerner ces connaissances les unes des autres (p. 51-57) ? D'abord par la manière dont notre esprit opère sur les objets et les difîérents usages qu'il en tire (p. 51-56). Ainsi les sciences et les arts se distinguent par la spéculation et la pratique; les arts mécaniques répondent aux règles qui portent sur les opérations du corps; les arts libéraux à celles qui

portent sur les opérations de l*esprit. Des arts libéraux, on appelle beaux-arts ceux qui ont pour objet Timitation de la nature. Il y a d'autres moyens de les discerner : la manière dont nos connaissances nous affectent et les différents jugements que notre àme porte de ses idées, désignés par les mots évidence, probabilité, sentiment et goût (p. 56-57).

Venons à la formation de Tarbre généalogique ou encyclopédique, qui rassemble toutes nos connaissances sous un même point de vue et sert à marquer leur origine et les liaisons qu'elles ont entre elles (p. 57-75). Il n'est pas assujetti servilement à l'histoire philosophique de l'origine de nos idées, mais il doit offrir le plus grand nombre de liaisons et de rapports entre les sciences, satisfaire le plus qu'il e&t possible à l'ordre encyclopédique de nos connaissances et à leur ordre généalogique. Notre âme s'occupe d'objets spirituels ou matériels, par des idées directes ou par des idées réfléchies : la mémoire répond aux connaissances directes, la raison et l'imagination aux connaissances réfléchies. De là les trois divisions générales du système, les trois objets généraux des connaissances humaines : l'histoire, la philosophie, les beaux-arts. La distribution générale des êtres en spirituels et en matériels fournit la sous-division des trois branches générales; Dieu, les esprits créés, l'homme, le monde corporel ou la nature fournissent les divisions de l'histoire et de la philosophie. L'imagination ne s'occupe que des êtres matériels dans la peinture, la sculpture, l'architecture, la poésie, la musique et leurs différentes divisions. De même l'arbre des gens de lettres comprend les érudits, dont la mémoire est le talent, les philosophes auxquels appartient la sagacité, les beaux-esprits qui ont l'agrément en partage (p. 57-71).

Pour concilier l'ordre encyclopédique avec l'ordre alphabétique (p. 71-75), on a employé trois moyens, le système figuré qui est à la tête de l'ouvrage, la' science à laquelle chaque article se rapporte et la manière dont l'article est traité. Trois choses forment l'ordre encyclopédique : le nom de la science à laquelle l'article appartient; le rang de cette science dans l'arbre; la liaison de l'article avec d'autres dans la même science ou dans une science différente, liaison indiquée par les renvois ou facile à sentir, au moyen des termes techniques expliqués suivant leur ordre alphabétique. Mais il serait souvent absurde de vouloir trouver une liaison immédiate entre un article et un autre article pris à volonté, et il ne faut pas attribuer à l'arbre encyclopédique plus d'avantage que nous ne prétendons lui en donner.

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