ET DES ARTS (P
L*histoire des sciences et des arts montre leur état présent et par quelle gradation on y est arrivé. On Ta esquissée de la Henaissance à la fin du xvn» siècle (p. 75-112); puis de 1700 à 1750 (p. 112-126).
Celui qui considère les progrès de l'esprit depuis la renaissance des lettres, trouve qu'on a commencé par l'érudition (p. 76-82), continué par les belles-lettres (p. 82-84) et les beauxarts (p. 84-87); puis fini par la philosophie (p. 87-112).
Les chefs-d'œuvre que les anciens nous avaient laissés dans presque tous les genres ayant été oubliés pendant douze siècles, il fallut, pour sortir de la barbarie, une de ces révolutions qui font prendre à la terre une face nouvelle. L'étude des langues et de l'histoire fut la première à laquelle on se livra. De là une foule d'érudits profonds (p. 76-81).
Puis on aperçut les beautés que les anciens avaient répandues dans leurs ouvrages, on les copia servilement et le XVI" siècle eut en abondance des poètes, des orateurs et des historiens latins (p. 81-82).
Les gens de lettres cherchent ensuite à dire, dans les langues modernes, ce que les anciens avaient dit dans les leurs. Mais Ronsard défigure la langue française. Ensuite on pense d'après soi et alors éclosent tous les chefs-d'œuvre du dernier siècle en éloquence, en histoire, en poésie et dans les différents genres de littérature, avec Malherbe, Balzac, Port-Royal, Corneille, Racine, Despréaux, Molière, La Fontaine et Bossuet (p. 82-84).
Dans le même temps, les arts fleurissent avec Poussin, Puget, Le Sueur, Le Brun, Quinault, Lulli. Pourtant la renaissance de la peinture et de la sculpture a été beaucoup plus rapide que celle de la poésie et de la musique. C'est de l'Italie que nous avons reçu les sciences et surtout les beaux-arts et le bon goût (p. 84-87).
La philosophie ne faisait pas les mêmes progrès : les anciens n'étaient pas aussi parfaits comme philosophes que comme écrivains et on ne pouvait suppléer à l'étude de la nature par celle de leurs ouvrages. La scolastique nuisait aux progrès de la vraie philosophie. La philosophie grecque n'était pas même bien connue. Des théologiens, voulant mettre en sûreté leurs opinions particulières, les érigeaient en dogmes. D'autres croyaient la religion faite pour nous éclairer aussi sur le sys-
tème du monde. Par Tabus de raulorité spirituelle, réunie à la temporelle, peu s*en fallut qu*on ne défendît au genre humain de penser (p. 87-91).
D'illustres personnages préparaient de loin la lumière dont le monde devait être éclairé (p. 91-105). A leur tête se place Bacon dont les ouvrages méritent encore plus notre lecture que nos éloges (p. 92-96). Au chancelier Bacon succéda l'illustre Descartes : les mathématiques font aujourd'hui la partie la plus solide et la moins contestée de sa gloire ; forcé de créer une physique toute nouvelle, il n'a pu la créer meilleure; sa métaphysique, aussi ingénieuse et aussi nouvelle, a eu le même sort à peu près (p. 96-100). Newton, à qui la route a été préparée par Huyghens (et par Descartes), donna à la philosophie une forme qu'elle semble devoir conserver (p. 1OO-103). Locke créa la métaphysique à peu près comme Newton avait créé la physique (p. 103-105). A côté de ces maîtres de l'esprit humain se placent plusieurs philosophes illustres qui ont beaucoup contribué à l'avancement des sciences : Galilée, Harrey, Huyghens, Pascal, Malebranche, Boyle, Vésale, Sydenham, Boerhaave et une infinité d'anatomistes et de physiciens célèbres ; Leibnitz, dont la philosophie est aujourd'hui fort accueillie et fort combattue dans le nord de l'Europe (p. 105-107).
Ce n'est pas de leur vivant que ces grands hommes ont changé la face des sciences : Bacon n'a point été chef de secte; les ouvrages de Descartes ont été persécutés en France après sa mort ; Newton n'y a eu de partisans que depuis Maupertuis; Locke a été oublié longtemps pour Rohault et pour Régis (p. 107-112).
La philosophie forme le goût dominant du xvni" siècle. L'érudition est méprisée (p. 112-115). Mais les ouvrages scientifiques ont acquis les avantages qui appartenaient aux ouvrages de belles-lettres, avec Fontenelle et BufTon. Condillac a porté les derniers coups au goût des systèmes (p. 115-117).
L'esprit philosophique a été nuisible aux progrès des belleslettres, et les ouvrages d'esprit sont en général inférieurs à ceux du siècle précédent; mais nous avons J.-B. Rousseau, Crébillon et surtout Voltaire; Montesquieu, des historiens, des auteurs comiques et des romanciers. Nos peintres- et nos sculpteurs sont remarquables; Rameau a porté la musique à une perfection jusque-là inconnue (p. 118-123).
Il faut en outre mentionner les travaux des compagnies savantes, qui, bien organisées, seront fort utiles aux progrès de l'esprit, sans corrompre les mœurs, quoi qu'en diseJ-J- Rousseau (p. 123-126).
Le Prospectus.
Depuis la Renaissance des lettres, on doit aux Dictionnaires les lumières générales qui se sont répandues dans la société. Si le goût du travail et de Tétude s'éteint, la faute en est au bel esprit et à Tabus de la philosophie, plutôt qu'aux Dictionnaires (p. 126-128).
Mais les Encyclopédies ont paru avant le dernier siècle, et on a fait des progrès considérables, grâce aux grands hommes et aux compagnies savantes. Chambers a puisé dans des ouvrages français. Son plan et son dessein sont excellents. Toutefois il est incomplet (p. 128-131). On a refait un grand nombre de ses articles ; même la partie mathématique a subi des modifications considérables. On a changé son arbre généalogique des sciences et des arts. Notre ouvrage devant contenir un jour toutes les connaissances, nous avons choisi des collègues qui ont fait le Dictionnaire de leur partie et nous avons réuni tous ces Dictionnaires (p. 131-133).
- Nous avons suivi l'ordre alphabétique, plus facile et plus commode pour nos lecteurs (p. 133-135). Nous avons rempli les vides qui sé[>arent deux sciences ou deux arts. Chaque article a le style propre à son auteur, et celui qui convient à la matière traitée (p. 135-136).
La matière de l'Encyclopédie se réduit à trois chefs : les sciences, les arts libéraux, les arts mécaniques. Pour les sciences et les arts libéraux, on a donné la préférence aux auteurs reconnus pour les meilleurs. On a commencé en traitant d'une science par en donner la définition, qui toutefois serait mieux placée à la fin du livre (p. 136-139).
L'empire des sciences et des arts est un monde éloigné du vulgaire. On a allié aux principes des sciences et des arts libéraux l'histoire de leur origine et de leurs progrès successifs. Les articles qui concernent les éléments des sciences sont travaillés avec tout le soin possible (p. 139-141). Des amateurs ou des savants nous ont communiqué des manuscrits; des recherches nouvelles ont été publiées; des secours obligeants ont été reçus de tous côtés. La postérité, avec notre Dictionnaire, dira : tel était alors l'état des sciences et des beauxarts; elle ajoutera ses découvertes à celles que nous aurons enregistrées (p. 141-143).
11 n'a été presque rien écrit sur les arts mécaniques. On s'est adressé aux plus habiles ouvriers, on s'est procuré des
machines et on a fait soi-même de mauvais ouvrages pour ap prendre aux autres comment on en fait de bons. On a suivi pour chaque art, une méthode déterminée. On a donne 600 planches avec explication et renvois. En résumé, on i traité des sciences et des arts sans en supposer une connais sance préliminaire, de manière à ce que Touvrage tienne liei de bibliothèque dans tous les genres à, un homme du mond et dans tous les genres, excepté le sien, à un savant de profe^sr sion (p. 143-149).
Gonclnsion.
D'Alembert parle des auteurs : il a fait les articles de thématique et de physique générale. Diderot a fait beauco ^^j^ plus; il a donné la description des métiers; il a suppléé, da^.^^^ les différentes parties, un nombre prodigieux d'articles cji// manquaient et a apporté à tous le même soin qu*à Tartic/e Art, qui a eu un si grand succès. Cette collection se présente avec tout ce qui peut intéresser pour elle. Les auteurs n'attendent que la satisfaction d'avoir bien mérité de la patrie (p. 149).