‹ Discours préliminaire de l'EncyclopédieChapitre 20 sur 73 · Encyclop^die : « que rien de raisonnahle n’a dii · texte numérisé non relu

Encyclop^die : « que rien de raisonnahle n’a dii

DE l’ENCYCLOPEDIE

des vertus opposees k ces vices, connaissance precieiise, dont une union et une egalite parfaites nous aiiraient peut-etre prives.

Par I’idee acquise du juste et de I’injuste, et conse- (luemment de la nature morale des actions, nous somines naturellement amenes k examiner quel est en nous le principe qui agit, ou, ce qui est la meme chose, la substance qui veut et qui congoit. II ne faut pas approfondir beaucoup la nature de notre corps cl I'idee que nous en avons, pour reconnaitre qu’il ne saurait 6tre cette substance, puisqiie les proprietes que nous observons dans la matiere n’ont rien de commun avec la faculte de vouloir et de penser : d’oii il resulte que cet etre appele IS’ous est forme de deux principes de differente nature, tellement unis, qu’il r^gne entre les mouvements de I’un et les affeC' lions de I’autre une correspondance que nous ne saurions ni suspendre ni alterer, et qui les tient dans un assujettissement reciproque. Cet esclavage si independant de nous, joint aux reflexions que nous sonimes forces de faire sur la nature des deux principes et sur leur imperfection, nous el^ve k la contemplation d’une Intelligence toute-puissante a qui nous devons ce que nous sommes, et qui exige par consequent notre culte : son existence, pour etre reconnue, n’aurait besoin que de notre sentiment interieur, quand meme le temoignage universe! des autres hommes, et celui de la nature entiere, ne s’y joindraient pas.

'll est done evident que les notions purement intellectuelles du vice et de la vertu, le principe et la necessite des lois, la spiritualite de I’^une, I’existence

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de Dijeu et nos devoirs eiivers lui, en un moL les verites dont nous avoiis le besoin le plus prompt et le plus indispensable, sont le fruit des premieres idees retlechies que nos sensations occasionnent.

Quelque interessantes que soient ces premieres verites pour la plus noble portion de nous-memes, le corps auquel elle est unie nous ramene bientbt a lui par la necessite de pourvoir a des besoins qui se multiplientsans cesse. Sa conservation doit avoir pour objet, ou de prevenir les maux qui le menacent, ou de remedier a ceux dont il est atteint. C est a quoi nous cherchons a satisfaire par deux moyens ; savoir, par nos decouvertes particulieres, et par les reclierches des autres hommes; recherches dont noire commerce avec eux nous met a portee de protiter. De la ont dA naitre d’abord I’agriculture, la medecine, enlin tous les arts les plus absolument necessaires. 11s ont ete en meme temps et nos connaissances primitives, et la source de toutes les autres, meme de cellos qui en paraissent tres eloignees par leur nature ; c’est ce qu’il 1‘aut developper plus en detail.

Les premiers hommes, en s’aidant mutuellement de leurs lumieres, c’est-a-dire de leurs efforts separes ou reunis, sont parvenus, peut-etre en assez peu do temps, a dAcouvrir une partie des usages auxquels ils pouvaient employer les corps. Avides de connaissances utiles, ils ont dA ecarler d’abord toute speculation oisive, considerer rapidement les uns apres les autres les differents etres que la nature leur prescntait, et les combiner, pour ainsi dire, materiel lement, par leurs ])roprietes les plus frappantes et les plus palpables. A cette premiere combinaison, il a dA en

de^l’encyclopedie

succeder une autre plus recherchee, mais loujotirs relative ci leurs besoins, et qui a principalemeiit consiste dans une etude plus approfondie de quelques proprietes .inoins sensibles, dans I’alteration et la decomposition des corps, et dans I’lisage qu’on cii pouvait tirer.

Gependant, quelque chemin que les hommes doiit nous parlous et leurs successeurs aient ete capables de faire, excites par un objet aussi iiiteressant que celui de leur propre conservation, I’experience et I’observation de ce vaste univers leur ont fait rencontrer bientdt des obstacles que leurs plus grands efforts n’ont pu franchir. L’esprit accoutume a la meditation, et avide d’en tirer quelque fruit, a du trouver alors une espece de ressource dans la decouverte des proprietes des corps uniquement curieuse, decouverte qui ne connait point de bOrnes. En eflfet, si un grand nombre de connaissances agreables suffisait pour consoler de la privation d’une verite utile, on pourrait dire que I’etude de la Nature, quand elle nous .refuse le necessaire, fournit du moins avec profusion a nos plaisirs : c’est une espece de superllu qui supplee* quoique tres imparfaitement, a ce qui nous manque. De plus, dans I’ordre de nos besoins et des objets de nos passions, le plaisir tient une des premieres places, et la curiosite est un besoin pour qui sail penser, surtout lorsque ce desir inquiet est anime par une sorte de depit de ne pouvoir entierement se satisfaire. Nous devons done un grand nombre de connaissances simplement agreables a rimpuissance malheureuse oil nous sommes d'acquerir celles qui nous seraient d’une plus grande necessiUi Un autre

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motif sort k nous soutenii* dans un pareil travail', si [’utility n’en est pas I’objet, elle peut en etre au moins le pretexte. II nous suffit d’avoir trouve quelquefois un ^avantage reel dans certaines connaissances, ou d’abord nous ne Tavions pas soupgonne, pour nous autoriser a regarder toutes les recherches de pure curiosite, comme pouvant un jour nous etre utiles. Voila Torigine et la cause des progres de cette vaste science, appelee en general Physique ou etude de la Nature, qui comprend tant de parties differentes : Pagriculture et la medecine, qui Pont principalement fait naitre, n’en sont plus aujourd’hui que des branches. Aussi, quoique les plus essentielles et les premieres de toutes, elles ont ete plus ou moins en honneur h proportion qu’elles ont ete plus ou moins etouffees et obscurcies par les autres.

Dans cette etude que nous faisons de la Nature, en partie par necessite, en partie par amusement, nous remarquons que les corps ont un grand nombre de proprietes, mais tellernent unies pour la plupart dans un meme sujet, qu’afm de les etudier chacune plus a fond, nous sommes obliges de les considerer separement. Par cette operation de notre esprit, nous decouvrons bientdt des proprietes qui paraissent appartenir h tous les corps, comme la faculte de se mouvoir ou de rester en repos, et celle de se communiquer dii mouvement, source des principaux changements que nous observons dans la Nature. L’examen de ces proprietes, et surtout de la derniere, aide par nos propres sens, nous fait bientdt decouvrir une autre propri^te dont elles dependent ; c’est Pimpenetrabilite, ou cette espece de force par laquelle chaque corps en

exclut tout autre du lieu qu’il occupe, de maiiiere que deux corps rapproches le plus qu’il est possible, ne peuvent jamais occuper un espace moindre que celui qu’ils remplissaient etant desunis. L’impenetrabilile est la propriete principale par laquelle nous distinguons les corps des parties de I’espace indefini ou nous imaginons qu’ils sont places; du moins c’est ainsi que nos sens nous font juger; et s’ils nous trompenl sur ce point, c’est une erreur si metaphysique, que notre existence et notre conservation n’en ont rieu h craindre, et que nous y revenons continuellemeut comme malgre nous par notre maniere ordinaire de concevoir. Tout nous porte h regarderl’espace comme le lieu des corps, sinon reel, au moins suppose; c’esl en effet par le secours des parties de cet espace considerees comme penetrables et immobiles, que nous parvenons a nous former I’idee la plus nette que nous puissions avoir du mouvement. Nous somrnes done comme naturellement contraints k distinguer, au moins par I’esprit, deux sortes d’etendue, dont I’une est impenetrable, et I’autre constitue le lieu des corps. Ainsi quoique I’impenetrabilite entre necessairemenl dans I’id^e que nous nous formons des portions dela matiere, cependant comme c’est line propriete relative, e’est-a-dire dont nous n’avons I’idee qu’en examinant deux corps ensemble, nous nous accoutumons bientdt a la regarder comme distinguee de I’etendue, et k considerer celle-ci separement de I’autre.

Par cette nouvelle consideration nous ne voyons plus les corps que comme des parties figurees et etendues de I’espace; point de vue le plus general et le plus abstrait sous lequel nous puissions les envi-

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sager. Car retendue Oil nous ne distiiiguerions poiiiL de parties figurees, ne serait qu’un tableau lointainet obscur, oil tout nous echapperail, parce qu’il nous serait impossible d’y rien discerner. La couleur et la figure, proprietes toujours attachees aux corps, quoique variables pour cliacun d’eux, nous servent en quelque sorte k les detacher du fond de I’espace; Tune de ces deux proprietes est m6me suffisante a cet egard ; aussi pour considerer les corps sous la forme la plus intellectuelle, nous preferons la figure cl la couleur, soit parce que la figure nous est plus farniliere ' elant a la fois connue par la vue et par le toucher, soit parce qu’il est plus facile de considerer dans un corps la figure sans la couleur, que la couleur sans la figure; soit enfin parce que la figure sert a fixer plus aisement et d’une maniere moins vague, les parlies de I’espace.

Nousvoilh done conduits a determiner les proprietes de I’etendue, simplement en taut que figuree. G’est robjcl de la Geometric, qui pour y parvenir plus facilement, considere d’abord I’etendue limitee par line seule dimension, ensuite par deux, et enfin sous les trois dimensions qui constituent I’essence du corps intelligible, e’est-a-dire d’une portion de I’espace terminee en tout sens par des bornes intellectuellcs.

Ainsi, par des ojierations et des abstractions successives de notre esprit, nous depo’uillons la matiere de presque toutes ses proprietes sensibles, pour n’envisager en ([uelque maniere que son fantome; et I’on doit sentir d’abord que les decouvertes auxquellcs

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