LA VIE DE D’ALEMBERT VII
laiss^s son pere, il ne lui 4tait gu^re possible de vlvre sans » uii elat qui liii assurfit plus de forlime ». Ses amis Tengagent a 4tudier le droit; arriv6 h la licence, il s’essaye de lui-m^me k la medecine, « la plus ridicule chose, ecrivait-il plus tard, que les hommes aient invent^e, apres la th^ologie et avec la metaphysique ». Mais sa vocation pour les math^matiques I’emporte : il cherche seul les demonstrations et les solutions, trouve m6me des propositions qu’il croit d’abord liouvelles, et aprfes avoir presents quelques memoires a I’Acad^mie des sciences, il y entre comme adjoint a vingt-quatre ans. Son Traite de dynamique le place I’annee suivante parmi les premiers math^maticiens de I’Europe. Trois ans plus- tard, il est couronn6 par I’Academie de Berlin, dont il est 61u membre, sans scrutin et par acclamation. Ses travaux sur I’astronomie mathematique preparent la mecanique celeste de Laplace, comme ses recherches anterieures annon- Qaient la mecanique analytique de Lagrange. Pensionnaire surnumeraire en 17S6, lorsqu’il n’y avait pas de place vacante, — ce qui ne s’etait fait pour personne, — c’est seulement en 1765, et non sans peine, qu’il devient pensionnaire titulaire et acquiert ainsi tous les droits attaches au litre de membre de I’Academie des sciences.
Mais vers 1749, peut-6tre sous I’influence de son ami Diderot, « le fils du coutelier de Langres », il revient aux lettres. Le Discours preliminaire
VIII INTRODUCTION
de I’Encyclopedie r6vfele un 6crivain que Ton place k cote de Voltaire et de Montesquieu, de Fontenelle et de Condillac, de Diderot, de Rousseau et de Buffon. Tandis qu’en France le gouverne- ' ment « Toublie » et meme « le persecute' » a cause de I’Encyclop^die, Frederic II Ini offre, avec des avantages considerables, la presidence de son Academie. D’Alembert refuse, mais il accepte ensuite une modeste pension de 1200 livres. En 1762, il se rend a Berlin : plus heureux que Voltaire, parce qu’il a su se faire respecter, il ' remplit, en fait, toute sa vie le r6le de president de r Academie, et trouve chez Frederic I’amitie la plus vive, la plus franclie et la plus delicate.
L’ann6e ou il est pensionne par le roi de Prusse, il entre a 1’ Academie frangaise, dont il est en 1772 le secretaire perpetuel. Pendant de longues ann6es, il se fait applaudir d’un public d’6lite et il exerce, dans les Elections, surtout apres laflaort de Duclos, une influence tres grande, dont'il se sert pour faire de TAcademie « I’asile de la philosophie ». En 1756, la reine de Suede lui offre une place d’associd a son Academie, et Louis XV, sur la proposition de d’Argenson, lui donne une pension de 1500 francs sur le tresor royal. Un an auparavant, a la recommandation du pape Benoit XIV, il avail 6te regu a I’lnstitut de Bologne. En 1759, un arret du Gonseil supprime le privilege accorde pour rimpression de I’Encyclopedie et, par ordre superieur, les jour-'