‹ Discours préliminaire de l'EncyclopédieChapitre 33 sur 73 · Encyclopedic : « I’un de I’autre · texte numérisé non relu

Encyclopedic : « I’un de I’autre

et par le besoin qiie nous avons de le connaitre. Audessous de cet fitre supreme sont les esprits crees dont la Revelation nous apprend I’existence. Ensuite vient riiomme, qui compose de deux principes, tient par son ^me aux esprits, et par son corps an moiide , materiel; et enfm ce vaste univers que nousappelons le monde corporel ou la Nature. Nous ignorons pourquoi I’auteur celebre qui nous sert de guide dans ^ cette distribution, a plac6 la nature avant Fhomme dans son-systeme; il semble au contraire que tout engage k placer Thomme sur le passage qui separe Dieu et les esprits d’avec les corps.

L’Histoire en tant qu’elle se rapporte k Dieu, ren- i ferme ou la revelation oU la tradition, et se divise 1 sous ces deux points de vue, en histoire sacree et ! en histoire ecciesiastique. L’histoire de Thomme a i pour objet, ou ses actions, ou ses connaissances ; et ; elle est par consequent civile ou litteraire, c’est-a- ; dire se partage entre les grandes nations et les grands I genies, entre les rois et les gens de lettres, entre les conquerants et les philosophes. Enfm, Fhistoire de la i Nature est celle des productions innombrables qu'on j y observe, et forme une quantite de branches presque ! egale au nombre de ces diverses productions. Parmi i ces diflerentes branches doit etre placee avec dis- j tinction fhistoire des arts, qui n’est autre chose que ’ fhistoire des usages que les hommes ont faits des j productions de la nature, pour satisfaire a leurs | besoins ou h leur curiosity. 1

Tels sont les objets principaux de la memoire. j Venons presentement a la faculte qui reflechit, et qui i raisonne. Les 6tres tant spirituels que mat^riels sur '

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lesquelselle s’exerce, ayant qiielques propriet6s generales, comme Texistence, lapossibilitej la dureeiTexainen de ces propri^tes forme d’abord cette branche de la philosophie, dont toiites les aiitres empruntent en partie leurs principes ;.on la nomme rOnlologie ou science de I’^tre, on Metaphysique generale. Nous descendons de Ih aux dilTerents etres particuliers, et les divisions que fournit la science de ces differents 6tres sont formees sur le m^me plan que celle de I’Histoire.

La science de Dieu appelee Theologie a deux branches ; la Theologie naturelle n’a de connaissance de Dieu que celle que produit la raison seule, conpaissance qui n’est pas dune fort grande etendue; la Theologie revelee tire de I’histoire sacree une connaissance beaucoup plus parfaite de cet fitre. De cette meme Theologie revelee, resulte la science des esprits crees. Nous avons cru encore ici devoir nous ecarter de notre auteur. II nous semble que la science, consideree comme appartenant a la raison, ne doit point etre divisee comme elle Fa ete par lui en Theologie et en Philosophie; car la Theologie revelee n’est autre chose que la raison appliques aux faits revel6s : on pent dire qu’elle tient k FHistoire par les dogmes qiFelle enseigne, et h la Philosophie par les consequences qu’elle tire de ces dogmes. Ainsi separer la Theologie de la Philosophie, ce serait arracher du Ironc un rejeton qui de lui-meme y est uni. II semble aussi que la science des esprits appartient bien plus intimement a la Theologie revelee, qu’a la Theologie naturelle,.

La premiere partie de la science de I’homme est

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celle de I’^me; et cetle science a pour but, ou la connaissance speculative de I’^me humaine, ou celle de ses operations. La connaissance speculative de rs.me derive en partie de laTheologie naturelle, et en partie de la Theologie rev61ee, et s’appelle Pneumatologie ou Metaphysique particuliere. La connaissance de ses operations se subdivise en deux branches, ces operations pouvant avoir pour objet, ou la decouverte de la verite, ou la pratique de la vertu. La decouverte de la verite, qui est le but de la Logique, prodiiit I’art de la transmettre aux autres; ainsi, Tusage que nous faisons de la Logique est en partie pour notre propre avantage, en partie pour celui des etres semblables a nous; les regies de la Morale se rapportent moins a riiomme isole, et le supposent necessairement en societe avec les autres hommes.

La science de la Nature n’est autre que celle des corps. Mais les. corps ayant des proprietes g^nerales qui leur sont communes, telles que Limpen^trabilite, la mobilite et I’etendue, c’est encore par I’etude de ces proprietes, que la science de la nature doit commencer : elles ont, pour ainsi dire, un c6te purement intellectuel par lequel elles ouvrent un champ immense aux speculations de I’esprit, et un c6te materiel et sensible par lequel on pent ies mesurer. La speculation intellectuelle appartient k la Physique generale, qui n’est proprement que la metaphysique des corps; et la mesure est I’objet des mathematiques, dont les divisions s’etendent presque a Pinfini.

Ces deux sciences conduisent a la Physique parli- ^ulifere, qui 6tudie les corps en eux-m6mes, et qui

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n’a que les individus pour objet. Parmi les corps dont il nous importe de connaitre les proprietes, le ndtre doit tenir le premier rang, et il^est immediatement suivi de ceux dont la connaissance est le plus neces saire k notre conservation : d’oii resultent FAnatomie, FAgriculture, la Medecine et leurs differentes branches. Enfin tous^les corps naturels soumis k notre examen produisent les autres parties innombrables de la physique raisonnee.

La Peinture, la Scjulpture, FArchitecture, la Poesie, la Musique et leurs differentes divisions, composent la troisi^me distribution generate qui nail de Fimagination, et dont les parties sont comprises sous le nom de Beaux-Arts. On pourrait aussi les renfermer sous le titre general de Peinture, puisque tous les Beaux-Arts se reduisent a peindre, et ne different que par les moyens qu’ils emploient; enfin, on pourrait les rapporter tous h la Poesie, en prenant ce mot dans sa signification naturelle, qui n’est autre chose qu’invention ou creation,

Telles sont les principales parties de notre arbre encyclopedique. On les trouvera plus en detail k la fin de ce Discours preliminaire. Nous en avons forme line espece de carte a laquelle nous avons joint une explication beaucoup plus etendue que celle qui vienl d’etre donnee. Cette carte et cette explication ont ete deja publi^es dans le Prospectus^ comme pour pressentir le gout du public; nous y avons fait quelques changements dont il sera facile de s’apercevoir, et qui sont le fruit ou de nos refiexions, ou des conseils do quelques philosophes, assez bons citoyens pour prendre inter^t A notre ouvrage. Si le public 6claire

donne son approbation ^ ces changements^ elle sera \Ia recompense de notre docilite; et, s’il ne les approuve pas, nous n’en serons que plus convaincus de I’impossibilit^ de former un arbre encyclop^dique qui soit au gre de tout le monde.

La division generale de nos connaissances suivant nos trois facultes a cet avantage qu’elle pourrait fournir aussi les trois divisions du monde litleraire, en Erudits, Philosophes et Beaux Esprits : en sorte qu’apres avoir forme I’arbre des sciences, on pourrait former sur le m^me plan celui des gens de lettres. La m^moire est le talent des premiers; la sagacite appartient aux seconds, et- les derniers ont I’agrement en partage. Ainsi, en regardant la memoire comme un commencement de reflexion, et en y joignant la reflexion qui combine, et celle qui imite, on pourrait dire en general que le nombre plus ou moins grand d’idees reftechies, et la nature de ces idees, constituent la difference plus ou moins grande qu’il y a entre les homines ; que la reflexion prise dans le sens le plus 6tendu qu’on puisse lui donner, forme le caract^re de I’esprit, et qu’elle en distingue les differents genres. Du reste, les trois espfeces de republiques dans lesquelles nous venons de distribuer les gens de lettres, n’ont pour I’ordinaire rien de commun, que de faire assez peu de cas les unes des autres L Le po^te et le philosophe se traitent mutuellement d’insenses, qui se repaissent de chim^res; I’un et I’autre regardent I’erudit comme une esp6ce d’avare, qui ne pense qu’h amasser sans jouir, et qui

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