‹ Discours préliminaire de l'EncyclopédieChapitre 37 sur 73 · Encyilop^die : « des · texte numérisé non relu

Encyilop^die : « des

pueril : I’examen approfondi de la nature, et la grande etude de I’homme, etaieni reinplaces par niille ques- j lions frivoles sur des 6lres abstrails et metaphysi- | ques; questions dont la solution, bonne ou mauvaise, j demandait souvent beaucoup de subtilile, et par con- j sequent un grand abus de I’esprit. Qu’on joigne a cc | desordre I’etal d’esclavage ou presque toute rEui-opo etait plongee, les ravages de la superstition qui nail de I'ignorance, et qui la reproduit <i son tour ; et Ton verra que rien ne manquait aux obstacles qui eloignaienl le retour de la raison et du gout; car il n’y a que la liberie d’agir et de penser qui soil capable de produire de grandes cboses, et elle n’a besoin que de lumieres pour se preserver des exces.

Aussi fallut-il an genre humain, pour sorlir de la barbarie, une de cos revolutions qui font prendre a' la terre une face nouvelle : I'Empire grec esl detruit, sa mine fait refluer en Europe le peu de connaissances qui restaient encore an monde : rinvention de riniprimerie, la protection des Medicis et de Francois P'' raniinenl les esprits, et la lumiere renait de loules parts. i

L’etude des langues et de Thistoire abandonnee par necessile durant les siCcles d’ignorance, fut la premiere a laquelle on se livra. L’esprit humain se trouvait, au sortir de la barbarie, dans une espece d’enfance, avide d’accumuler des idees, et incapable pourtant d’en acquerir d’abord d’un certain ordre par I’espCce d’engourdissement ou les facultes de I’cimC avaient ete si longtemps. De toutes ces facultes, la memoire fut cede que Ton cultiva d’abord, parce qu’elle est la plus facile ii satisfaire, et que les con-

DE L’ENCYCLOPEDIE

naissances qu’on obtient par son secours, sont celles qiii peiivent le plus ais6ment 6tre ontassees. On ne cornmenga done point par etudier la. Nature, ainsi ([lie les premiers hommes avaient dd faire; on jouissait d’un secours dont its etaient d(3pourvus, e.elui des ouvrages des anciens, que la gdnerosite des grands et rimpression commengaient k rendre communs ; on ' croyait n’avoir qu’a lire pour devenir savant; et it est bien plus aise de lire que de voir. Ainsi, on devora sans distinction tout ce que les anciens nous avaient laisse dans chaque genre : on les traduisit, on les commenta; et, par une espdee de reconnaissance on 'se mit cl les adorer, sans connaitre a beaucoup pres ce qu’ils valaient.

De la cette foule d’erudits, profonds dans les langues savantes, jusqu’a dedaigner la leur, qui, comme I’a dit un auteur celebre, connaissaient tout dans les

anciens, hors la grdee et la llnesse, et qu’un vain * etalage d’drudition rendait si orgueilleux ; parce que les avantages qui coi^tent le moins sont pour Tordinaire ^ ceux dont on aime le plus k se parer. C’etait une espece de grands seigneurs, qui sans ressembler par le merite reel a ceux dont ils tenaient la vie, tiraient beaucoup de vanite de croire leur appartenir. D’ailleurs, cette vanite n’etait point sans quelque espece de pretexte. Le pays de I’erudition etdes faits est inepuisable; on croit, pour ainsi dire, voir tons les jours augmenter sa substance par les acquisitions que Ton y fait .sans peine. Au contraire le pays de la raison et des d^couvertes est d’une assez petite

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