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Encyclopedie : • des syslfemes

DE L’ENCYCLOPEDIE

physique est'dans la geometrie. S’il est quelquefois necessaire pour nous mettre dans le chemin de la verite, il est presque toujours incapable de nous y conduire par lui-nreine. Eclaire par I’observation de la nature, il peut entrevoir les causes des plienomenes : mais c’est au calcul a assurer pour ainsi dire I’existence de ces causes, en determinant exactement les ellets qu’elles peuvent produire, el en comparant ces effets avec ceux que I’experience nous decouvre. Toute hypothese denuee d’un tel secours acquiert rarement ce degre de certitude, qu’on doit toujours cherclier dans les sciences naturelles, et qui neanmoins se trouve si peu dans ces conjectures frivoles qu’on honore du nom de systbmes. S’il nepoiivait y en avoir que de cetteespece, le principal merite du physicien serait, ^ proprement parler, d’avoir I’esprit de systeme, et de n’en faire jamais. A Fegard de I’usage des systemes dans les autres sciences, mille experiences prouvent combien il est dangereux.

La physique est done uniquement bornee aux observations et aux calculs; la medecine h, I’histoire du corps humain, de ses maladies etde leurs remedes; I’histoire naturelle a la description detaillee des vegetaux, des ^nimaux et des mineraux; la cliimie k la composition et a la decomposition experimentale des corps; en un mot toutes les sciences, renfermees dans les faits autant qu’il'leur est possible, et dans les consequences qu’on en peut deduire, n’accordenl ricn a I’opinion, que quand elles y sont torches. Je ne parle point de la geometrie, de I’astronpmie et de la mecanique, destinees par leur nature ^ aller toujours en se perfectionnant de plus en plus.

On abuse des meilleures choses. Get' esprit philosopliiqiie, si a la mode aujoiird’hui, qui veut tout voir et ne rien supposer, s’est repandu jusque dans les belles-lettres; on pretend m6me qu’il est nuisible k leurs progres, et il est difficile de se le dissimuler. Notre si^cle porte ci la combinaison et a I’analyse, semble vouloir introduire les discussions froides et didactiques dans les choses de sentiment. Ge n’est pas que les passions et le goht n’aient une logique qui leur appartient; mais cette logique a des principes tout differents de ceux de la logique ordinaire : ee sont ces principes qu’il faut demel'er en nous et c’est, il faut I’avouer, de quoi une philosophie commune est peu capable. Livree tout enti^re ^ I’examen des perceptions tranquilles de I’^me, il lui est bien plus facile d’en dem61er les nuances que celles de nos passions, ou en general des sentiments vifs qui nous affectent. Et comment cette espece de sentiments ne serait-elle pas difficile h analyser avec justesse? Si d’un c6t6, il faut se livrer a eux pour les connaitre, de I’autre, le temps oil ra,me en est alFectee, 'fest celui oil elle pent le.s etudier le moins. Il faut poiirtant convenir que cet esprit de discussion a contribue'ti affranchir notre litterature de radmiralion aveugle des anciens; il nous a appris ii n’estimer en eux que les beautes que nous serions contraiiils d’admirer dans des modernes. Mais c’est peut-etre aussi k la m6me source que nous devons je ne sais quelle metaphysique du coeur, qui s’est emparee de nos tlieMres; s’il ne fallait pas Ten bannir entierement, encore moins fallail-il I’y laisser regner. Cette an atom ie de I’ijime s’est glissee jusque dans nos

conversations; on y disserte, on n’y parle plus; et nos societes ont perdu leurs principaux agrements, , la clialeur et la gaiete.

Ne soyons done pas etonnes que nos ouvrages d’esprit soient en general inferieurs k ceux du siecle precedent. On pent na6me en trouver la raison dans les efforts que nous faisons pour surpasser nos predecesseurs. Le gofft et I’art d’ecrire font en peu do temps des progres rapides, des qu’une fois la veritable route est ouverte : a peine un grand genie at-il entrevu le beau, qu’il I’apergoit dans toute son e ten due; et I’imita/tion de la belle Nature semble bornee a de certaines limites qu’une generation ou deux tout au pltis, ont bientdt atteintes; il ne reste ^ la generation suivante que d’imiter; mais elle ne se contente pas de ce partage; les richesses qu’elle a acquises autorisent le desir de les accroitre; elle veut ajouter ^ ce qu’elle a regu, et manque le but en cherchant k le passer. On a done tout la fois plus de principes pour bien juger, un plus grand fonds de lumieres, plus de bons juges, et moins de bons ouvrages; on ne dit point d’un livre qu’il est bon, mais que e’est le livre d’un homme d’esprit. C’est ainsi que le si6cle de Demetrius de Phal6re a succede immediatement a celui de Demosth^ne, le siecle de Lucain et de Seneque'Si celui de Ciceron et de Virgile, et le nOtre a celui de Louis XIV.

Je ne parle ici que du siecle en general, car je suis bien eloigne de faire la satire de quelques hommes d’un rnerite rare avec qui nous vivons. La constitution physique du monde litteraire entraine, comme celle du monde materiel, des revolutions forcees,

dont il serait aussi injuste de se plaindre que du changem ent des saisons. D’ailleurs comme nous devons au siecle de Pline les ouvrages admirables de Quinlilien et de Tacite, que la generation precedenle ii’aurait peut-etre pas ete en etat de produire, le nutre laissera a la poslerite des monuments dont il a droit de se glorifier. Un poete celebre par ses lalenis et par ses malheurs a efface Malherbe dans ses odes, el Marot dans ses epigrammes et dans ses epitres. Nous avons vu naitre le seul poeme epique que la France puisse opposer ci cejux des Grecs, des Romains, des Italiens, des Anglais et des Espagnols. Deux hommes illustres, entre lesquels iiotre nation semble partagee, et que la posterite saura mettre chacun a sa place, se disputent la gloire du cothurne, et Ton voit encore avec un extreme plaisir leurs tragedies apres celles de ^ Corneille et de Racine. L’un de ces deux hommes, le meme a qui nous devons la Henriade, sOr d’obtenir parmi le tr^s petit nombre de grands poetes une place distiiiguee et qui n’est qu’a !ui, possede en meme temps au plus haut degre un talent que n’a eu presque aucun po^te, memo dans un degre mediocre, celui d’ecrire en prose. Person ne n'a mieux connu Fart si rare de rendre sans effort chaque idee par le terme qui lui est propre, d'eml)cllir lout sans se meprendre sur le coloris propre a ( lia(iue chose; enfin, ce qui caracterise plus qu’on ne l)ense les grands ecrivaius, de n’^tre jamais ni audessus, ni au-dessous de son sujet. Son Essai sur le siecle de Louis XIV est un morceau d’aulant plus pre-

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